Ambiance chaleureuse et lumineuse évoquant l'épanouissement et la sérénité du modèle PERMA
Psychologie positive

Modèle PERMA : les 5 piliers du bien-être de Seligman

30 min de lecture

Il y a des jours où l'on se sent pleinement vivant, en phase avec ce que l'on fait et avec les personnes qui nous entourent. Et d'autres où l'on avance en pilote automatique, sans vraiment savoir ce qui nous manque. Longtemps, la psychologie s'est surtout intéressée à ce second cas de figure : comprendre et soigner ce qui ne va pas. Mais au tournant des années 2000, un courant est venu poser une autre question, tout aussi importante : qu'est-ce qui fait qu'une vie est bonne à vivre ? Le modèle PERMA, proposé par le psychologue américain Martin Seligman, est l'une des réponses les plus abouties à cette question.

PERMA, c'est un acronyme qui décrit cinq piliers du bien-être durable : les émotions Positives, l'Engagement, les Relations positives, le sens (Meaning) et l'Accomplissement. L'idée est simple et profonde à la fois : le bien-être n'est pas une chose unique que l'on aurait ou n'aurait pas, mais un ensemble de dimensions que chacun peut cultiver, à sa manière et à son rythme.

Dans cet article, nous vous proposons un voyage détaillé au cœur de chacun de ces cinq piliers : ce qu'ils recouvrent vraiment, pourquoi ils comptent, et surtout comment les nourrir concrètement dans une vie ordinaire. Nous verrons aussi comment évaluer son propre équilibre avec le questionnaire de référence, ce que la recherche observe réellement, et pourquoi il est essentiel de garder de la nuance pour ne pas tomber dans le piège de la « positivité toxique ». Considérez ce guide comme une boussole, pas comme une injonction au bonheur. Si vous cherchez d'abord une vue d'ensemble du domaine, notre guide complet de la psychologie positive constitue un excellent point de départ complémentaire.

Aux origines du modèle PERMA : Martin Seligman et la science de l'épanouissement

D'une psychologie de la souffrance à une science du bien-être

Pour comprendre PERMA, il faut remonter un peu en arrière. Pendant la majeure partie du XXe siècle, la psychologie clinique s'est concentrée, pour de très bonnes raisons, sur la maladie : dépression, anxiété, traumatismes, troubles en tout genre. Cette orientation a permis des avancées considérables et a soulagé d'innombrables personnes. Mais elle laissait dans l'ombre une question complémentaire : au-delà de l'absence de trouble, qu'est-ce qui permet à un être humain de s'épanouir vraiment ?

À la fin des années 1990, alors qu'il présidait l'Association américaine de psychologie, Martin Seligman a contribué à lancer un mouvement baptisé « psychologie positive ». L'objectif n'était pas de nier la souffrance ni de la remplacer par une pensée magique, mais d'élargir le champ d'étude : s'intéresser aussi aux forces, aux émotions agréables, au sens, aux relations qui nourrissent, à tout ce qui fait qu'une vie vaut la peine d'être vécue. La psychologie positive ne s'oppose donc pas à la psychologie du soin ; elle la complète.

Du « bonheur authentique » à la théorie du bien-être

La première grande formulation de Seligman, exposée dans son livre Authentic Happiness (2002), plaçait le bonheur au centre. Mais au fil des années, il a estimé que le mot « bonheur » était trop réducteur : il évoque surtout une humeur agréable, alors que beaucoup de choses précieuses — l'engagement dans une tâche exigeante, le sens que l'on donne à ses efforts, le lien profond avec autrui — ne se résument pas à « se sentir joyeux ».

C'est ainsi que, dans Flourish (2011), Seligman a proposé de remplacer l'objectif unique du « bonheur » par un concept plus riche : le flourishing, que l'on peut traduire par épanouissement ou floraison. Et pour rendre ce concept mesurable et actionnable, il l'a décomposé en cinq éléments : les cinq piliers du modèle PERMA. Le déplacement est subtil mais décisif : on ne cherche plus seulement à « être heureux », on cherche à faire grandir plusieurs dimensions de sa vie qui, ensemble, soutiennent un bien-être solide et durable.

Qu'est-ce que le modèle PERMA, concrètement ?

Le modèle PERMA repose sur une intuition validée par de nombreux travaux : le bien-être est multidimensionnel. Autrement dit, il ne se réduit pas à un seul indicateur, comme le fait de se sentir satisfait de sa vie. Il se compose de cinq briques distinctes mais reliées entre elles :

| Pilier | Lettre | En une phrase | | :- | :- | :- | | Émotions positives | P | Ressentir de la joie, de la gratitude, de la sérénité, de l'espoir. | | Engagement | E | Être absorbé, happé par une activité qui nous passionne (le « flow »). | | Relations positives | R | Se sentir relié, soutenu, aimé et utile aux autres. | | Sens | M | Appartenir et servir quelque chose qui nous dépasse. | | Accomplissement | A | Progresser, réussir, atteindre des objectifs qui comptent pour nous. |

Trois idées essentielles se cachent derrière ce tableau.

D'abord, chaque pilier compte pour lui-même. On ne cultive pas de bonnes relations uniquement pour être plus heureux ; le lien humain a une valeur en soi. De même, l'engagement dans une activité passionnante est précieux, même quand il ne s'accompagne pas d'un sourire permanent. Seligman insiste sur ce point : ces cinq éléments sont poursuivis pour eux-mêmes, pas seulement comme des moyens d'atteindre autre chose.

Ensuite, les piliers sont mesurables séparément. C'est ce qui a permis d'en faire un outil de travail concret, et non un simple slogan. Les recherches de validation ont confirmé que les cinq dimensions se distinguent bien les unes des autres tout en restant corrélées : elles se soutiennent mutuellement sans se confondre.

Enfin, l'équilibre entre les piliers est profondément personnel. Il n'existe pas de « bon » profil PERMA universel. Certaines personnes puisent surtout leur énergie dans les relations, d'autres dans l'accomplissement ou le sens. L'intérêt du modèle n'est pas de vous faire ressembler à un idéal, mais de vous aider à repérer les dimensions que vous pourriez nourrir davantage.

Les 5 piliers du bien-être détaillés

Entrons maintenant dans le cœur du modèle. Pour chaque pilier, nous verrons ce dont il s'agit, pourquoi il compte, et comment le cultiver au quotidien par de petits gestes accessibles.

P — Les émotions positives

Ce que c'est. Le premier pilier concerne l'ensemble des émotions agréables : la joie, bien sûr, mais aussi la gratitude, la sérénité, l'espoir, la curiosité, l'amusement, la fierté ou l'inspiration. Il ne s'agit pas d'être euphorique en permanence — ce serait irréaliste et, nous le verrons, contre-productif — mais d'augmenter la fréquence et la richesse des moments agréables dans une vie, et de savoir les savourer pleinement.

Pourquoi ça compte. Les émotions positives ne sont pas un simple « bonus » agréable. Selon la théorie dite de « l'élargissement et de la construction », elles élargissent notre répertoire de pensées et d'actions : quand on se sent bien, on est plus curieux, plus créatif, plus ouvert aux autres et plus capable de résoudre des problèmes. Au fil du temps, ces moments construisent des ressources durables — des liens sociaux, des compétences, une meilleure résistance au stress. Les émotions positives agissent aussi comme un contrepoids : elles n'effacent pas les difficultés, mais elles aident à mieux les traverser.

Comment le cultiver. Quelques pistes simples, à adapter à votre tempérament :

  • Tenir un journal de gratitude. Noter chaque soir trois choses qui se sont bien passées, même minuscules, et pourquoi. C'est l'un des exercices les plus étudiés de la psychologie positive. Une revue systématique récente sur les interventions de gratitude observe des effets favorables sur plusieurs indicateurs de santé mentale, tout en rappelant que ces effets sont réels mais souvent modestes.
  • Savourer. Ralentir sur un plaisir simple — la première gorgée de café, un rayon de soleil, une musique aimée — au lieu de le consommer distraitement.
  • Cultiver l'espoir et l'optimisme réaliste. Non pas « tout ira bien », mais « je peux agir, et de bonnes choses restent possibles ».
  • Prendre soin de son corps. Sommeil, mouvement et lumière du jour influencent notre chimie émotionnelle. Pour approfondir ce lien corps-humeur, notre article sur les neurotransmetteurs du bonheur explique comment dopamine, sérotonine et endorphines participent à notre équilibre.
Un point de vigilance dès ce premier pilier : cultiver les émotions positives ne veut pas dire refuser les émotions désagréables. La tristesse, la colère ou la peur ont leur utilité ; les accueillir fait partie d'un bien-être sain.

E — L'engagement et l'état de flow

Ce que c'est. L'engagement désigne ces moments où l'on est complètement absorbé par une activité, au point d'en perdre la notion du temps. Le psychologue Mihály Csíkszentmihályi a donné un nom à cet état : le flow, ou « expérience optimale ». Dans le flow, l'attention est totalement mobilisée, le sentiment d'effort s'efface, et l'on ne fait plus qu'un avec ce que l'on fait. Cela peut arriver en jouant de la musique, en cuisinant, en jardinant, en pratiquant un sport, en dessinant, en travaillant sur un projet stimulant ou même dans une conversation passionnante.

Pourquoi ça compte. Fait intéressant, pendant le flow, on ne ressent pas forcément d'émotion positive intense — on est trop absorbé pour cela. C'est souvent après coup que l'on se sent rechargé, fier et pleinement vivant. L'engagement est donc un pilier bien distinct des émotions positives : il nourrit le bien-être par un autre canal, celui de l'absorption et de l'usage de nos forces. Une vie riche en flow est une vie où l'on met régulièrement ses talents en action.

Comment le cultiver. Le flow apparaît quand trois conditions se rencontrent : un objectif clair, un retour immédiat sur ce que l'on fait, et un équilibre entre le défi de la tâche et nos compétences (ni trop facile, ce qui ennuie, ni trop difficile, ce qui angoisse). Concrètement :

  • Identifier ses activités « flow ». Repérez ce qui vous fait oublier l'heure et cherchez à en faire un peu plus de place dans la semaine.
  • Réduire les distractions. Le flow déteste les interruptions. Couper les notifications, se donner des plages de concentration protégées.
  • Ajuster la difficulté. Si une activité vous ennuie, corsez-la un peu ; si elle vous stresse, découpez-la en étapes plus accessibles.
  • Mobiliser ses forces personnelles. Le flow survient plus facilement quand on utilise ce en quoi l'on est naturellement bon. Des pratiques attentionnelles comme la méditation de pleine conscience peuvent, par ailleurs, renforcer la capacité à se concentrer pleinement sur l'instant.

R — Les relations positives

Ce que c'est. Ce pilier concerne la qualité de nos liens : se sentir aimé, soutenu, valorisé, mais aussi être présent pour les autres. Il englobe les amitiés, la famille, le couple, les collègues, la communauté. Seligman aime rappeler une évidence trop souvent oubliée : très peu de choses vraiment positives dans une vie se vivent en parfaite solitude.

Pourquoi ça compte. Les relations comptent probablement parmi les prédicteurs les plus robustes du bien-être. Des études de long terme montrent que la qualité de nos liens influence non seulement notre moral, mais aussi notre santé physique et notre longévité. Nous sommes une espèce profondément sociale : le sentiment d'appartenance et de connexion agit comme un socle sur lequel reposent les autres piliers. À l'inverse, l'isolement et la solitude pèsent lourdement sur le moral et méritent d'être pris au sérieux.

Comment le cultiver. Les relations se nourrissent moins de grands gestes que de petites attentions répétées :

  • Écouter vraiment. Offrir une attention pleine, sans regarder son téléphone, transforme la qualité d'un échange.
  • Répondre avec chaleur aux bonnes nouvelles des autres. La façon dont on réagit quand un proche partage une réussite — avec un enthousiasme sincère plutôt que par indifférence — renforce puissamment le lien.
  • Exprimer sa gratitude aux personnes qui comptent. Dire, écrire, remercier, de vive voix ou par un message.
  • Investir du temps régulier. Un appel hebdomadaire, un repas partagé, une marche à deux : la régularité prime sur l'intensité.
  • Prendre soin de son dialogue intérieur. Il est difficile d'être chaleureux avec les autres quand on est dur avec soi-même. Apprendre à apaiser sa voix critique intérieure libère de l'énergie pour la relation.

M — Le sens (Meaning)

Ce que c'est. Le sens, c'est le sentiment d'appartenir et de servir quelque chose de plus grand que soi : une cause, une famille, une communauté, une foi, un métier, une transmission, un idéal. C'est répondre, à sa manière, à la question « pourquoi est-ce que je me lève le matin ? ». Le sens ne se décrète pas ; il se découvre et se construit, souvent dans la durée.

Pourquoi ça compte. Le sens est ce qui permet de tenir dans l'effort et de traverser les épreuves. Une activité qui a du sens reste précieuse même quand elle est difficile ou peu gratifiante à court terme. C'est un pilier particulièrement structurant : les personnes qui éprouvent un fort sentiment de sens tendent à faire preuve d'une meilleure résilience face à l'adversité. Le sens transforme une succession de tâches en une histoire cohérente dont on est l'auteur.

Comment le cultiver. On ne « fabrique » pas du sens sur commande, mais on peut créer les conditions pour qu'il émerge :

  • Clarifier ses valeurs. Qu'est-ce qui compte vraiment pour vous ? Aligner un peu plus ses journées sur ces valeurs.
  • Contribuer. Le bénévolat, l'entraide, le soin apporté à autrui sont des sources puissantes de sens.
  • Relier ses tâches à un « pourquoi ». Même un travail ordinaire prend une autre couleur quand on perçoit à qui et à quoi il sert.
  • Transmettre. Partager un savoir, accompagner, éduquer. Sur ce terrain, la psychologie positive appliquée à l'éducation des enfants montre comment le sens et les forces se cultivent dès le plus jeune âge.

A — L'accomplissement

Ce que c'est. L'accomplissement — parfois traduit par « réalisation » ou « réussite » — désigne la poursuite et l'atteinte d'objectifs, le sentiment de progresser, de maîtriser une compétence, de mener des projets à leur terme. Il inclut l'ambition, la persévérance, la discipline, mais aussi la simple satisfaction d'avoir fait ce que l'on s'était promis de faire.

Pourquoi ça compte. Comme l'engagement, l'accomplissement peut être poursuivi pour lui-même, indépendamment du plaisir immédiat ou même du sens. Progresser et réussir nourrit le sentiment de compétence et l'estime de soi. Ce pilier rappelle que le bien-être n'est pas seulement une affaire de sérénité : il y a une joie propre à se dépasser, à voir le fruit de ses efforts, à devenir un peu plus capable qu'hier.

Comment le cultiver. L'enjeu est de viser des accomplissements qui vous ressemblent, plutôt que des réussites dictées par le regard des autres :

  • Se fixer des objectifs clairs et découpés. Des buts précis, réalistes et fractionnés en étapes visibles entretiennent la motivation.
  • Célébrer les progrès, pas seulement les résultats. Reconnaître le chemin parcouru, y compris les petits pas.
  • Développer la persévérance. Accepter que l'effort et les revers font partie du processus, sans les vivre comme des échecs personnels.
  • Choisir ses batailles. Tout accomplir est impossible ; mieux vaut réussir ce qui compte vraiment pour soi que courir après une performance permanente. Dans le monde du travail, cet équilibre est crucial pour prévenir le burnout, car un accomplissement déconnecté du sens et des relations peut mener à l'épuisement.

Des piliers qui se renforcent mutuellement

S'il est utile de détailler les cinq piliers un par un, il serait trompeur de les imaginer comme des cases étanches. Dans la vraie vie, ils s'alimentent en permanence les uns les autres, formant une sorte de cercle vertueux. Une activité engageante (E) menée avec des personnes que l'on apprécie (R) génère souvent des émotions positives (P) ; si, en plus, elle sert une cause qui nous tient à cœur (M) et nous fait progresser (A), les cinq dimensions se trouvent nourries d'un seul et même geste.

C'est une nouvelle rassurante : vous n'avez pas besoin de « travailler » cinq chantiers séparés. Souvent, une seule action bien choisie — s'inscrire à un atelier collectif autour d'une passion, s'engager dans une association, reprendre un projet créatif entouré de proches — active plusieurs piliers à la fois. À l'inverse, quand un pilier vacille durablement, il peut fragiliser les autres : un isolement relationnel prolongé, par exemple, rend plus difficile l'accès aux émotions positives comme au sens. C'est pourquoi il est précieux de repérer, sans dramatiser, le pilier qui aurait le plus besoin d'attention en ce moment : le renforcer profite généralement à l'ensemble de l'édifice.

Cette interdépendance explique aussi pourquoi le modèle parle d'épanouissement plutôt que de simple satisfaction. On ne « coche » pas des cases : on cultive un équilibre vivant, qui se déplace au fil des saisons de la vie. Certaines périodes mettront l'accent sur l'accomplissement, d'autres sur les relations ou le sens. C'est normal, et même souhaitable.

Mesurer son bien-être : le PERMA-Profiler

L'un des grands mérites du modèle est d'avoir donné naissance à un outil de mesure accessible : le PERMA-Profiler, développé par Julie Butler et Margaret Kern. Il s'agit d'un questionnaire bref, composé d'un peu plus d'une vingtaine d'items, qui évalue chacun des cinq piliers ainsi que quelques dimensions complémentaires (les émotions négatives, la santé, la solitude et un score global de bien-être). Chaque énoncé est coté sur une échelle de 0 à 10.

L'intérêt de cet outil n'est pas de vous attribuer une « note de bonheur », mais de dresser un profil. En visualisant vos cinq scores côte à côte, vous repérez d'un coup d'œil vos points d'appui et les dimensions qui mériteraient un peu plus d'attention. Une personne peut, par exemple, obtenir un score élevé en relations et en émotions positives, mais plus faible en accomplissement — ce qui oriente naturellement le travail à faire.

Quelques précautions d'usage, dans un esprit honnête. Ce type de questionnaire est un outil de réflexion personnelle, pas un diagnostic. Il reflète un état à un instant donné, qui varie avec les périodes de la vie. Ses qualités psychométriques ont été étudiées dans plusieurs populations et se révèlent globalement satisfaisantes, tout en restant discutées selon les contextes culturels. Enfin, un score bas sur un pilier n'est pas un verdict : c'est plutôt une invitation, une piste d'exploration.

À noter : Seligman lui-même a plus récemment évoqué l'ajout possible d'un sixième pilier, la vitalité physique (la santé, le mouvement, le sommeil), donnant le modèle parfois appelé « PERMA-V ». L'idée souligne à quel point le corps et l'esprit sont indissociables dans l'équation du bien-être.

Ce que la recherche observe, avec nuance

Que sait-on vraiment de l'efficacité de cette approche ? Il est utile de regarder les données avec honnêteté, sans les survendre ni les minimiser.

Plusieurs constats se dégagent. D'abord, la structure du modèle tient la route : les travaux de validation, comme ceux de Kern et de ses collègues menés auprès d'étudiants, confirment que les cinq piliers forment bien des dimensions distinctes et pertinentes du bien-être. Ensuite, les interventions de psychologie positive — exercices de gratitude, mise en action de ses forces, actes de gentillesse, projection dans un « meilleur soi possible » — ont fait l'objet de nombreux essais contrôlés. Une méta-analyse de référence portant sur des dizaines d'études conclut qu'elles peuvent améliorer le bien-être et réduire les symptômes dépressifs, avec des effets réels mais de taille modérée.

Des travaux plus récents vont dans le même sens. Un essai mené auprès d'étudiants universitaires montre qu'un programme éducatif fondé sur le modèle PERMA améliore leur bien-être sur les cinq dimensions. Des synthèses explorent aussi son usage comme cadre pour prévenir l'épuisement professionnel et soutenir le bien-être dans des milieux exigeants.

Mais la nuance est de mise, et la littérature elle-même la revendique. Une revue de 2026 cartographiant l'ensemble des interventions de psychologie positive insiste sur leurs limites : hétérogénéité des protocoles, effets qui peuvent s'estomper avec le temps, qualité méthodologique inégale et question de la durabilité des bénéfices. Autrement dit, PERMA est un cadre solide et utile pour organiser sa réflexion sur le bien-être, et les exercices associés apportent souvent un bénéfice — mais ce n'est ni une recette miracle, ni un substitut à un accompagnement quand la souffrance est profonde. Pour un examen approfondi de ces preuves dans un contexte de santé exigeant, notre article dédié explore le modèle PERMA à l'épreuve des faits.

Le piège à éviter : la « positivité toxique »

Il serait dommage — et même contre-productif — de transformer le modèle PERMA en injonction à être heureux. C'est le risque de ce que l'on appelle la « positivité toxique » : cette pression, parfois bien intentionnée, à afficher une attitude positive en toutes circonstances, à « voir le bon côté » de tout, à refouler ou à faire taire les émotions désagréables.

Or ce n'est pas du tout l'esprit de la psychologie positive telle que Seligman l'a pensée. Rappelons-le clairement : les émotions désagréables — tristesse, colère, peur, découragement — sont normales, utiles et légitimes. Elles nous informent, nous protègent, nous mettent en mouvement. Un deuil, une injustice, une perte appellent de la peine, pas un sourire forcé. Vouloir supprimer toute négativité, c'est se couper d'une part essentielle de son expérience et, paradoxalement, s'exposer à davantage de mal-être encore.

Le PERMA-Profiler intègre d'ailleurs explicitement une mesure des émotions négatives : le modèle ne prétend pas les faire disparaître, mais tient compte de leur place. Le but n'est pas de « penser positif » à tout prix, mais de faire grandir, quand c'est possible, les cinq dimensions du bien-être — tout en accueillant avec bienveillance ce qui, en nous, ne va pas fort. Un bien-être authentique n'est pas un ciel sans nuages : c'est la capacité à vivre pleinement, avec ses hauts et ses bas.

Cet équilibre est aussi une question de bienveillance envers soi. Se reprocher de ne pas être assez « épanoui » ne fait qu'ajouter de la souffrance à la souffrance. Là encore, l'idée n'est pas de se noter, mais de s'orienter, doucement.

Appliquer PERMA au quotidien : une progression douce sur cinq semaines

Comment passer du modèle à l'action sans se mettre la pression ? Une approche simple consiste à explorer un pilier par semaine, avec une seule petite intention à la fois. Rien d'obligatoire : voyez cela comme un menu dans lequel vous piochez selon vos envies.

  • Semaine 1 — Émotions positives (P). Chaque soir, notez trois choses agréables de votre journée et pourquoi elles ont compté. Ajoutez un moment de « savourage » quotidien : un plaisir simple vécu en pleine conscience.
  • Semaine 2 — Engagement (E). Identifiez une activité qui vous absorbe et offrez-lui une plage protégée, sans notifications. Observez ce que vous ressentez pendant et après.
  • Semaine 3 — Relations (R). Contactez une personne qui compte pour vous sans raison particulière, juste pour prendre des nouvelles. Entraînez-vous à écouter vraiment, sans écran.
  • Semaine 4 — Sens (M). Prenez dix minutes pour écrire ce qui donne du sens à votre vie. Choisissez un petit geste de contribution : rendre service, aider, transmettre.
  • Semaine 5 — Accomplissement (A). Fixez-vous un objectif modeste et atteignable, découpé en étapes. À la fin, célébrez le chemin parcouru, quel qu'en soit le résultat.
Après ces cinq semaines, faites le point avec douceur : quels piliers vous ont paru naturels ? Lesquels demandent plus d'attention ? L'objectif n'est pas la perfection, mais une conscience un peu plus fine de ce qui vous fait du bien — pour ajuster, ici et là, quelques habitudes.

Quand le mal-être s'installe : s'autoriser à demander de l'aide

Le modèle PERMA et les pratiques de bien-être sont de merveilleux compléments à une vie équilibrée. Mais ils ne remplacent pas un accompagnement professionnel, et il est important de le dire avec clarté. Si vous traversez une période de détresse durable, si la tristesse, l'anxiété ou le vide s'installent et pèsent sur votre quotidien pendant plusieurs semaines, si vous perdez le goût des choses ou le sommeil, ces signaux méritent d'être pris au sérieux. Ils ne traduisent pas un manque de volonté ou de « pensée positive » : ce sont des raisons légitimes de se faire aider.

Parler à un professionnel — psychologue, psychiatre, médecin — n'est pas un aveu de faiblesse, c'est un acte de soin envers soi. Un accompagnement adapté peut faire une réelle différence. Vous pouvez consulter un psychologue près de chez vous pour être écouté et orienté dans un cadre bienveillant et confidentiel.

Et si la souffrance devient trop lourde, si des pensées sombres ou des idées suicidaires apparaissent, ne restez pas seul avec elles. En France, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement 24 h/24 et 7 j/7. Des professionnels formés sont là pour vous écouter, à tout moment. En cas d'urgence vitale, composez le 15 (SAMU) ou le 112.

Questions fréquentes sur le modèle PERMA

Que signifie l'acronyme PERMA ?

PERMA regroupe les initiales des cinq piliers du bien-être identifiés par Martin Seligman : Positive emotions (émotions positives), Engagement, Relationships (relations positives), Meaning (sens) et Accomplishment (accomplissement). Ensemble, ces cinq dimensions décrivent ce qui contribue à une vie épanouie, ce que Seligman appelle le flourishing.

Qui a créé le modèle PERMA ?

Le modèle a été formulé par le psychologue américain Martin Seligman, considéré comme l'un des fondateurs de la psychologie positive. Il l'a présenté dans son livre Flourish (2011), en approfondissant des travaux entamés dès la fin des années 1990. Le questionnaire de mesure associé, le PERMA-Profiler, a été développé par Julie Butler et Margaret Kern.

Faut-il exceller dans les cinq piliers pour être épanoui ?

Non. Il n'existe pas de profil idéal unique. Chacun trouve son propre équilibre : certaines personnes s'épanouissent surtout à travers les relations, d'autres par l'accomplissement ou le sens. Le modèle sert à repérer vos points d'appui et les dimensions à nourrir davantage, pas à vous conformer à une norme. Un score plus bas sur un pilier est une invitation à l'explorer, pas un échec.

Le modèle PERMA est-il fiable et reconnu ?

Le modèle repose sur des bases empiriques sérieuses : sa structure en cinq dimensions a été validée, et les interventions de psychologie positive qui s'y rattachent montrent, dans plusieurs méta-analyses, des effets bénéfiques réels mais de taille modérée sur le bien-être. Il faut toutefois rester nuancé : les protocoles sont hétérogènes, certains effets s'estompent avec le temps, et PERMA ne remplace pas une prise en charge lorsque la souffrance est importante.

Quelle est la différence entre PERMA et PERMA-V ?

Le « V » ajouté à PERMA renvoie à la vitalité physique : la santé, le sommeil, l'activité physique. Cette évolution souligne que le corps est indissociable du bien-être mental. Le socle reste identique — les cinq piliers d'origine — mais PERMA-V rappelle l'importance de prendre soin de son corps comme fondation de l'épanouissement.

Comment commencer à appliquer PERMA sans se mettre la pression ?

Le plus simple est de choisir un seul pilier et une seule petite action. Par exemple, noter trois choses positives chaque soir (émotions positives) ou contacter un proche chaque semaine (relations). L'idée est de procéder par petits pas réguliers, en accueillant aussi les moments difficiles, plutôt que de viser un « bonheur » permanent. La régularité douce compte bien plus que l'intensité.

En résumé : une boussole vers l'épanouissement

Le modèle PERMA offre une carte précieuse pour comprendre ce qui, concrètement, nourrit une vie épanouie : des émotions positives à savourer, un engagement qui nous absorbe, des relations qui nous relient, un sens qui nous porte et des accomplissements qui nous font grandir. Sa force est de rappeler que le bien-être n'est pas un état figé à atteindre, mais un ensemble de dimensions vivantes que chacun peut cultiver, à son rythme et à sa manière.

Gardez à l'esprit l'essentiel : ce modèle est une invitation, pas une injonction. Il s'accompagne toujours d'une profonde bienveillance envers soi, y compris dans les moments où l'on ne va pas bien. Faites-en un allié, pas un juge.

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⚕️ Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié.

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Cet article fait partie de notre dossier Psychologie positive.

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FW

Fabrice Wigishoff

Fondateur de ViziWell

Triple master en hypnose thérapeutique, 30 ans d'expérience en hypnothérapie et coaching. Spécialiste de l'arrêt du tabac, gestion du stress et préparation mentale. Passionné de neurosciences, Fabrice décrypte les études cliniques mondiales pour rendre les thérapies complémentaires accessibles à tous.

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Auteurs des sources scientifiques

MS

Martin E.P. Seligman

Professeur de psychologie — University of Pennsylvania, Philadelphie, USA

Fondateur de la psychologie positive et créateur du modèle PERMA (Positive Emotion, Engagement, Relationships, Meaning, Accomplishment). Ancien président de l'American Psychological Association.

MK

Margaret L. Kern

Professeure agrégée en psychologie positive — Centre for Wellbeing Science, University of Melbourne

Chercheuse spécialisée dans la mesure du bien-être ; co-conceptrice du PERMA-Profiler et autrice de travaux de validation du cadre PERMA.