Phytothérapie et sommeil : comment choisir la plante qui correspond à votre insomnie
Toutes les insomnies ne se ressemblent pas. Et toutes les plantes ne ciblent pas les mêmes mécanismes. Plutôt que de vous proposer un énième « top 10 des tisanes pour dormir », cet article croise les données de 14 méta-analyses et plus de 80 essais cliniques pour vous aider à identifier la plante — ou la combinaison de plantes — qui correspond précisément à votre profil.
Un Français sur trois déclare mal dormir. Face aux conséquences documentées du manque de sommeil, les plantes médicinales représentent souvent le premier réflexe — avant les somnifères, parfois à la place d'une vraie prise en charge. Le problème : on les choisit au hasard, sur la foi d'un emballage rassurant ou d'un conseil en herboristerie. Or la recherche clinique des cinq dernières années a considérablement affiné notre compréhension de ces molécules végétales. Elle montre surtout qu'elles n'agissent pas toutes de la même façon, ni sur les mêmes cibles neurobiologiques.
Cet article propose une approche différente : partir de votre type d'insomnie pour identifier la plante la plus pertinente, puis construire un protocole personnalisé à partir des dosages validés par les essais cliniques.
Comprendre le terrain : trois profils d'insomnie, trois stratégies végétales
Avant de parler de plantes, il faut poser un diagnostic fonctionnel. La recherche distingue trois grands schémas d'insomnie, chacun relevant de mécanismes neurobiologiques distincts.
L'insomnie d'endormissement se caractérise par une latence de sommeil supérieure à 30 minutes. Le cerveau reste en hyperactivation corticale : les pensées tournent, le mental refuse de lâcher prise. Sur le plan neurochimique, c'est un déficit de signalisation GABAergique — le système de freinage du cerveau — qui est en cause. Les plantes qui modulent directement les récepteurs GABA-A sont ici les plus pertinentes.
L'insomnie de maintien fait que l'on s'endort correctement, mais on se réveille à 3 h ou 4 h du matin sans pouvoir se rendormir. Ce profil est souvent lié à une dérégulation de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS) : le cortisol, qui devrait rester au plancher pendant la nuit, remonte prématurément. Les plantes adaptogènes, capables de moduler cet axe, deviennent alors les alliées de choix.
Le sommeil non réparateur donne l'impression de dormir suffisamment longtemps, mais de se réveiller épuisé. L'architecture du sommeil est altérée : trop de sommeil léger, pas assez de sommeil profond (stade N3) ni de sommeil paradoxal. Ce profil répond mieux à des plantes qui agissent sur la qualité structurelle du sommeil plutôt que sur la simple induction.
Cette grille de lecture change tout. Car une valériane prescrite à quelqu'un dont le problème est un cortisol nocturne élevé sera nettement moins efficace qu'un ashwagandha — et inversement.
Les plantes GABAergiques : le système de freinage du cerveau
Le GABA (acide gamma-aminobutyrique) est le principal neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central. Quand il se fixe sur ses récepteurs, il réduit l'excitabilité neuronale et prépare le terrain pour le sommeil. Plusieurs plantes interagissent avec ce système, mais pas de la même manière.
Valériane (Valeriana officinalis) : le modulateur polyvalent
La valériane est probablement la plante la plus étudiée en matière de sommeil. Une méta-analyse de 2020 portant sur 60 études et 6 894 participants a conclu qu'elle améliore la qualité subjective du sommeil de manière significative, tout en soulignant que l'efficacité varie considérablement selon la forme galénique utilisée 1]. Une méta-analyse plus récente de 2023, centrée sur les paramètres objectifs (polysomnographie), a montré que la valériane augmente spécifiquement la durée du [sommeil profond de stade N3 — un résultat particulièrement intéressant pour les personnes dont le sommeil manque de profondeur [2].
Son mécanisme d'action est triple : elle inhibe la recapture du GABA, bloque sa dégradation par la GABA transaminase, et contient elle-même du GABA libre. L'acide valérénique, son composé signature, agit comme modulateur allostérique positif des récepteurs GABA-A — un mécanisme qui rappelle celui des benzodiazépines, mais sans les effets de dépendance [3].
Protocole validé : 300 à 600 mg d'extrait standardisé (0,8 % d'acide valérénique minimum), 30 à 60 minutes avant le coucher. Les études montrent qu'il faut compter 2 à 4 semaines d'utilisation régulière pour observer un effet significatif — la valériane n'est pas un somnifère d'action immédiate [2].
Profil idéal : insomnie d'endormissement avec ruminations mentales, difficulté à « éteindre le cerveau ».
Passiflore (Passiflora incarnata) : la spécialiste de l'anxiété pré-sommeil
La passiflore occupe une niche particulière : elle brille dans les situations où l'anxiété est le principal obstacle à l'endormissement. Un essai clinique de 2011 en double aveugle contre placebo chez 41 adultes a démontré qu'une simple tisane de passiflore, consommée pendant une semaine, améliore significativement la qualité subjective du sommeil mesurée par les journaux de sommeil, validés par polysomnographie [4].
Une revue systématique de 2024 publiée dans le Journal of Ethnopharmacology a compilé l'ensemble des données disponibles et confirme l'efficacité de la passiflore à la fois sur l'anxiété et sur la qualité du sommeil, avec un profil de sécurité remarquable [5]. Une seconde revue systématique de 2024, dans Molecules, a analysé spécifiquement les essais sur le sommeil et conclut à un bénéfice significatif, bien que la taille des effets reste modeste en l'absence d'anxiété concomitante [6].
Son mode d'action passe par les flavonoïdes (chrysine, vitexine, isovitexine) qui stimulent la libération de GABA et inhibent les enzymes qui dégradent à la fois le GABA et la sérotonine — un double mécanisme qui explique son effet à la fois anxiolytique et facilitateur du sommeil [3].
Protocole validé : en tisane, 2 g de parties aériennes séchées infusées 10 minutes, 1 heure avant le coucher. En extrait, 400 à 800 mg d'extrait standardisé. Efficacité observable dès la première semaine [4].
Profil idéal : insomnie d'endormissement liée à l'anxiété, syndrome prémenstruel avec troubles du sommeil.
Houblon (Humulus lupulus) : le partenaire synergique
Le houblon, seul, a un niveau de preuve modeste. Mais son intérêt explose lorsqu'il est combiné à la valériane. Un essai clinique randomisé a montré que la combinaison valériane-houblon (Ze 91019) augmente la durée du sommeil de 21,7 minutes en moyenne par nuit, et surtout allonge la nuit la plus courte de la période de traitement de 48,7 minutes — un indicateur cliniquement pertinent pour les dormeurs « fragiles » [7]. Une analyse portant sur trois essais et plus de 250 participants confirme que la combinaison valériane-houblon est significativement plus efficace que la valériane seule [8].
Le mécanisme semble passer par le 2-méthyl-3-butén-2-ol, un métabolite des acides amers du houblon (humulone, lupulone), qui potentialise l'action du GABA au niveau des récepteurs [3].
Protocole validé : houblon rarement utilisé seul. En combinaison avec la valériane : 500 mg d'extrait de valériane + 120 mg d'extrait de houblon, 30 minutes avant le coucher [7].
Profil idéal : personnes ayant obtenu un bénéfice partiel avec la valériane seule et cherchant à amplifier l'effet.
Magnolia (Magnolia officinalis) : le GABAergique puissant et méconnu
L'écorce de magnolia contient deux composés remarquables — l'honokiol et le magnolol — qui sont des modulateurs allostériques positifs puissants des récepteurs GABA-A, agissant spécifiquement sur le site des benzodiazépines. Une étude de 2012 a démontré que le magnolol induit le sommeil chez la souris via ce mécanisme, en augmentant le sommeil NREM sans altérer le sommeil REM [9]. L'honokiol montre des résultats similaires avec une augmentation significative du sommeil non-REM [10].
Ce qui distingue le magnolia des autres plantes GABAergiques, c'est sa capacité simultanée à réduire le cortisol. Un essai chez des femmes périménopausées a montré qu'une combinaison magnolia-isoflavones de soja améliore significativement la qualité du sommeil tout en abaissant le cortisol salivaire [11]. Cette double action — GABAergique et anti-cortisol — en fait un pont intéressant entre les plantes sédatives et les plantes adaptogènes.
Protocole : 200 à 400 mg d'extrait d'écorce standardisé en honokiol et magnolol, 30 à 60 minutes avant le coucher.
Profil idéal : insomnie mixte (endormissement ET maintien), terrain anxieux avec composante de stress chronique.
Les plantes adaptogènes : remettre l'axe du stress à l'heure
Quand l'insomnie est liée au stress chronique — cortisol élevé, réveils nocturnes, fatigue au réveil — les plantes purement GABAergiques ne suffisent pas. Il faut agir en amont, sur la régulation de l'axe HHS.
Ashwagandha (Withania somnifera) : le régulateur de l'axe du stress
L'ashwagandha est l'adaptogène qui possède le corpus de preuves le plus solide sur le sommeil. Une méta-analyse de 2021 portant sur 5 essais contrôlés randomisés (400 participants) a conclu à un effet significatif sur la qualité globale du sommeil (différence moyenne standardisée : -0,59), avec des résultats particulièrement marqués chez les personnes diagnostiquées insomniacs, à des doses supérieures ou égales à 600 mg/jour, et sur des durées de traitement d'au moins 8 semaines [12].
Le mécanisme est fascinant et diffère radicalement des plantes GABAergiques. Une étude publiée dans PLOS ONE a identifié le triéthylène glycol — présent dans l'extrait aqueux des feuilles — comme le composé directement responsable de l'induction du sommeil, en augmentant significativement le sommeil NREM. Fait remarquable : l'extrait alcoolique, pourtant riche en withanolides (les composés les plus « célèbres » de l'ashwagandha), s'est révélé inefficace pour induire le sommeil [13]. Cette découverte a des implications directes sur le choix de l'extrait : pour le sommeil spécifiquement, les extraits à spectre complet (KSM-66, Sensoril) qui préservent les composés hydrosolubles semblent préférables aux extraits purement concentrés en withanolides.
Par ailleurs, l'ashwagandha module l'axe HHS en réduisant le cortisol, et interagit avec les récepteurs GABA-A et les récepteurs sérotoninergiques 5-HT1A [14].
Protocole validé : 600 mg/jour d'extrait standardisé (KSM-66 ou Sensoril), en une ou deux prises. Pour le sommeil, privilégier une prise le soir. Effet significatif à partir de 6 à 8 semaines [12].
Profil idéal : insomnie de maintien liée au stress chronique, réveils à 3-4 h du matin, fatigue diurne persistante malgré un temps de sommeil suffisant.
Les plantes à action douce : les tisanes qui fonctionnent vraiment
Camomille (Matricaria chamomilla) : l'amélioration douce de la qualité du sommeil
La camomille est souvent sous-estimée par les praticiens, considérée comme un « remède de grand-mère » sans réel fondement scientifique. Les données récentes racontent une autre histoire. Une méta-analyse de 2024 publiée dans Complementary Therapies in Medicine a analysé les essais cliniques disponibles et conclu que la camomille améliore significativement le score PSQI (Pittsburgh Sleep Quality Index), sans toutefois modifier la durée totale du sommeil [15]. Une méta-analyse antérieure de 2019 avait déjà confirmé ces résultats, en ajoutant que la camomille était la seule plante testée à ne provoquer strictement aucun effet indésirable dans les 69 essais cliniques examinés [16].
Ce profil — amélioration qualitative sans sédation — fait de la camomille un choix particulièrement judicieux pour les personnes âgées (chez qui la sédation excessive augmente le risque de chute), pour les femmes enceintes (profil de sécurité excellent), et pour les enfants.
Le mécanisme d'action passe principalement par l'apigénine, un flavonoïde qui se lie aux récepteurs GABA-A et aux récepteurs aux benzodiazépines, mais avec une affinité modérée — ce qui explique l'effet doux mais réel [3].
Protocole validé : en tisane, 3 à 5 g de fleurs séchées infusées 10 minutes, 30 à 45 minutes avant le coucher. En extrait, 270 à 400 mg de camomille standardisée en apigénine [15].
Profil idéal : troubles légers du sommeil, personnes âgées, personnes cherchant un complément à une bonne hygiène de sommeil plutôt qu'un traitement de l'insomnie.
Mélisse (Melissa officinalis) : la plante digestive qui favorise le sommeil
La mélisse mérite une place à part dans cette analyse car elle illustre un principe souvent négligé : la connexion intestin-cerveau dans les troubles du sommeil. Un essai clinique de 2023 en double aveugle contre placebo a montré qu'un extrait standardisé de mélisse (sous forme de phytosome pour améliorer la biodisponibilité) réduit significativement le stress émotionnel et améliore les conditions de sommeil chez des adultes en bonne santé [17]. Chez les femmes ménopausées, un essai comparatif contre le citalopram (antidépresseur ISRS) a montré que 500 mg/jour de mélisse améliorent davantage la qualité de vie — dont le sommeil — que l'antidépresseur [18].
Le mécanisme repose sur l'acide rosmarinique et les composés phénoliques qui inhibent la GABA transaminase (augmentant ainsi les niveaux de GABA disponible) et exercent une action spasmolytique sur le tube digestif. Cette double action en fait la plante de choix pour les personnes dont les troubles du sommeil sont associés à un inconfort digestif — ballonnements, reflux, syndrome de l'intestin irritable.
Protocole validé : 300 à 600 mg d'extrait standardisé, ou en tisane (3 à 5 g de feuilles fraîches ou séchées). Peut être utilisée en association avec la valériane [17].
Profil idéal : troubles du sommeil associés à un inconfort digestif, stress émotionnel avec somatisation digestive.
Lavande (Lavandula angustifolia) : la voie olfactive vers le sommeil
La lavande se distingue de toutes les autres plantes de cet article par sa voie d'administration principale : l'inhalation. Une méta-analyse de 2026, portant sur 11 essais contrôlés randomisés et 628 adultes, a confirmé que l'inhalation d'huile essentielle de lavande exerce un effet significatif sur l'amélioration du sommeil (différence moyenne standardisée : -0,56) [19]. Des résultats similaires ont été observés spécifiquement chez les personnes âgées dans une méta-analyse dédiée de 2025 [20].
Le mécanisme est élégant : le linalol et l'acétate de linalyle, les deux composés majoritaires de l'huile essentielle, sont absorbés par voie nasale et atteignent rapidement le système limbique, où ils modulent les voies GABAergiques, cholinergiques, histaminergiques et monoaminergiques [19]. C'est un effet quasi immédiat — contrairement à la valériane qui nécessite des semaines — ce qui en fait un excellent outil de « transition » en début de protocole.
Protocole validé : 2 à 3 gouttes d'huile essentielle de Lavandula angustifolia sur l'oreiller ou en diffusion dans la chambre 30 minutes avant le coucher. En capsules (Silexan/Lasea), 80 mg/jour. Effets observables dès la première utilisation [19].
Profil idéal : personnes cherchant un effet immédiat, en complément d'une autre plante à action retardée. Excellent en période de transition (voyage, décalage horaire, stress aigu). Pour approfondir, consultez notre dossier sur l'aromathérapie lavande et sommeil.
Le framework décisionnel : quelle plante pour quel profil
L'un des problèmes majeurs de la phytothérapie du sommeil est l'absence de guide décisionnel clair. En croisant les données des études citées, voici un arbre de décision pratique.
Étape 1 : identifier votre type d'insomnie principal
Si vous avez du mal à vous endormir (latence supérieure à 30 min), passez à l'étape 2A. Si vous vous réveillez en milieu de nuit (réveils à 3-4 h), passez à l'étape 2B. Si vous dormez suffisamment en durée mais vous réveillez fatigué, passez à l'étape 2C.
Étape 2A — Insomnie d'endormissement
Y a-t-il une composante anxieuse forte (pensées qui tournent, appréhension du coucher) ? Si oui, commencez par la passiflore (400-800 mg ou tisane). Si c'est plutôt une hyperactivation mentale diffuse sans anxiété marquée, commencez par la valériane (300-600 mg). Dans les deux cas, ajoutez la lavande en inhalation pour un effet immédiat pendant que la plante principale monte en puissance.
Étape 2B — Insomnie de maintien
Le stress chronique est-il un facteur identifiable (charge mentale professionnelle, période de vie difficile) ? Si oui, l'ashwagandha (600 mg/jour) est le premier choix. Si les réveils sont accompagnés de bouffées de chaleur (contexte périménopausique), le magnolia (200-400 mg) mérite d'être exploré. Si la cause reste floue, une combinaison valériane-houblon est un bon point de départ.
Étape 2C — Sommeil non réparateur
La valériane est ici particulièrement pertinente grâce à son action documentée sur le sommeil profond N3 [2]. Si un inconfort digestif accompagne le tableau, ajoutez la mélisse. Si la fatigue diurne est le symptôme dominant, l'ashwagandha est un meilleur choix car il agit sur l'énergie et la récupération en parallèle du sommeil.
Étape 3 : évaluer et ajuster
Accordez 2 à 4 semaines à chaque protocole avant de juger de son efficacité. Tenez un journal de sommeil simple (heure de coucher, temps estimé d'endormissement, réveils nocturnes, heure de lever, note de fraîcheur au réveil de 1 à 10). Si le bénéfice est partiel, envisagez une combinaison synergique plutôt qu'un changement de plante.
Combinaisons synergiques : les associations validées par la recherche
La phytothérapie du sommeil atteint un autre niveau d'efficacité lorsqu'on combine des plantes agissant sur des mécanismes complémentaires. Certaines associations ont été spécifiquement étudiées.
Valériane + Houblon : la combinaison la mieux documentée. Augmente la durée de sommeil et la stabilité du sommeil au-delà de ce que chaque plante obtient seule [7][8]. Le houblon potentialise l'action GABAergique de la valériane.
Mélisse + Valériane : une combinaison traditionnelle qui trouve un rationnel dans les mécanismes : la mélisse apporte son action sur la GABA transaminase (qui empêche la dégradation du GABA) tandis que la valériane inhibe la recapture du GABA — deux mécanismes complémentaires qui augmentent le GABA disponible par deux voies distinctes [3].
Passiflore + Camomille : une association pertinente pour les profils anxieux légers chez des personnes sensibles ou chez les personnes âgées. La camomille adoucit le profil d'action et ajoute sa propre contribution via l'apigénine.
Ashwagandha (soir) + Lavande (inhalation au coucher) : un protocole intéressant qui combine l'action adaptogène à moyen terme de l'ashwagandha avec l'effet immédiat de la lavande. Particulièrement utile en période de stress aigu superposé à un stress chronique.
Magnolia + Ashwagandha : pour les insomnies sévères liées au stress, cette combinaison cible à la fois le versant GABA (magnolia) et l'axe HHS (ashwagandha). Non étudiée en combinaison directe, mais les mécanismes sont complémentaires et non antagonistes.
Sécurité et précautions : ce que les études disent vraiment
La réputation de « naturalité » des plantes ne les dispense pas d'un examen de leurs risques. Les revues systématiques de sécurité permettent de poser un cadre clair [21].
Interactions médicamenteuses : la valériane peut potentialiser l'effet des benzodiazépines, des barbituriques et d'autres sédatifs. Cette interaction est prévisible étant donné son mécanisme GABAergique — associer valériane et somnifère de prescription revient à additionner deux mécanismes similaires, avec un risque de somnolence excessive. L'ashwagandha peut interagir avec les médicaments thyroïdiens et les immunosuppresseurs. Le millepertuis (parfois associé aux plantes du sommeil) présente des interactions majeures avec de nombreux médicaments via l'induction du cytochrome P450.
Effets indésirables : dans l'ensemble, le profil de sécurité des plantes citées dans cet article est favorable. Les effets les plus fréquemment rapportés avec la valériane sont des céphalées légères, des vertiges et des troubles digestifs — tous transitoires et de faible intensité [1]. La camomille se distingue par une absence quasi totale d'effets indésirables dans les essais cliniques [16]. L'ashwagandha peut provoquer de rares cas de troubles hépatiques à doses élevées ou en usage prolongé.
Populations spécifiques : les femmes enceintes ou allaitantes devraient limiter leur choix à la camomille (bon profil de sécurité) et à la lavande en inhalation. La valériane, la passiflore et l'ashwagandha sont déconseillées pendant la grossesse par manque de données suffisantes. Pour les enfants, la camomille en tisane reste la seule option bien documentée. Pour les personnes sous traitement médicamenteux chronique, une consultation avec un pharmacien ou un médecin est indispensable avant toute supplémentation.
Qualité des produits : les revues soulignent que la variabilité entre les produits commerciaux est l'un des principaux facteurs d'échec thérapeutique [1]. Privilégiez les extraits standardisés (avec pourcentage de principe actif garanti), les marques qui publient leurs analyses de lot, et les produits portant une certification de qualité (normes BPF ou équivalent).
Construire son protocole en 4 semaines
Pour ceux qui souhaitent passer à l'action de façon structurée, voici un cadre de mise en place progressive.
Semaine 1 — Phase d'amorce : commencez par la lavande en inhalation chaque soir (effet immédiat, pas de période de latence). Instaurez un journal de sommeil pour établir votre « ligne de base ». Si vous identifiez une composante anxieuse, ajoutez une tisane de passiflore 1 h avant le coucher. Sinon, une tisane de camomille suffit pour cette phase.
Semaines 2-3 — Montée en puissance : introduisez la plante principale correspondant à votre profil (valériane, ashwagandha ou magnolia selon l'arbre décisionnel ci-dessus). Maintenez la lavande et la tisane du soir. Surveillez les signaux : amélioration de l'endormissement, réduction des réveils, qualité du réveil matinal.
Semaine 4 — Évaluation et ajustement : comparez votre journal de sommeil à la ligne de base. Si l'amélioration est partielle (score de fraîcheur au réveil amélioré de 2-3 points sur 10), envisagez d'ajouter une plante synergique (houblon si vous êtes sous valériane, mélisse si une composante digestive persiste). Si l'amélioration est significative (4+ points), maintenez le protocole tel quel pendant 8 semaines minimum avant d'envisager un sevrage progressif.
Au-delà de la semaine 4 : la phytothérapie du sommeil n'est pas un traitement à vie. L'objectif est de rétablir des patterns de sommeil normaux, puis de réduire progressivement les doses. Les plantes adaptogènes comme l'ashwagandha se prêtent à des cures de 8 à 12 semaines entrecoupées de pauses. Les plantes GABAergiques comme la valériane peuvent être utilisées de façon plus continue, sans risque de dépendance documenté, mais un sevrage progressif est toujours préférable.
Ce que la phytothérapie ne peut pas (et ne doit pas) remplacer
La phytothérapie du sommeil fonctionne mieux lorsqu'elle s'inscrit dans une approche globale. Aucune plante ne compensera une exposition massive aux écrans le soir, des horaires de coucher anarchiques, ou une consommation de caféine après 14 h. Améliorer la qualité de son sommeil naturellement reste le prérequis indispensable. De même, une insomnie persistant depuis plus de trois mois malgré une hygiène de sommeil correcte et un protocole phytothérapeutique bien conduit justifie une consultation médicale. Les thérapies cognitivo-comportementales de l'insomnie (TCC-i) restent le traitement de référence de l'insomnie chronique, et la phytothérapie peut parfaitement s'y associer — elle facilite souvent la transition pour les patients qui arrêtent des somnifères.
L'avenir de ce domaine est prometteur : les essais cliniques deviennent plus rigoureux, les formulations plus standardisées, et la compréhension des mécanismes plus fine. La prochaine frontière sera probablement la personnalisation basée sur le chronotype et les biomarqueurs de stress — mais cela, c'est une histoire pour un prochain article.
Sources
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