Manager à l’écoute de deux collègues autour d’une table avec cafés et carnets dans un bureau lumineux et végétalisé
Psychologie positive

Psychologie positive au travail : engagement, sens et limites

⏱ 45 min de lecture

Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie

🔎 Réponse en bref : la psychologie positive appliquée au travail ne consiste pas à « positiver » coûte que coûte, mais à cultiver ce qui fait tenir et s’investir : des ressources (autonomie, soutien, reconnaissance, possibilités d’apprendre), l’usage de ses forces, le sentiment que son travail a du sens. Le modèle exigences-ressources (JD-R) de Schaufeli et Bakker montre que l’engagement se nourrit surtout de ces ressources, tandis que l’épuisement naît d’exigences trop lourdes. Les méta-analyses disponibles (Donaldson 2019, Knight 2017, Carolan 2017) retrouvent des effets réels mais modestes des interventions, plus nets quand elles sont collectives et ancrées dans l’organisation. Elles ne remplacent ni une amélioration des conditions de travail, ni une prise en charge médicale en cas d’épuisement : si vous êtes à bout, parlez-en à votre médecin traitant ou au médecin du travail, et en cas d’idées noires, appelez le 3114.
Le lundi matin qui pèse, l’impression de faire « tourner la machine » sans savoir pourquoi, les réunions où plus personne ne propose rien : la démotivation au travail est fréquente et elle n’a rien d’un défaut de caractère. De l’autre côté, beaucoup de managers voient leur équipe s’éteindre doucement et se demandent ce qu’ils peuvent faire, à leur niveau, sans tomber dans les séminaires « bonheur » qui sonnent faux.

La psychologie positive s’est beaucoup intéressée à ces questions depuis une vingtaine d’années. Elle a produit des concepts utiles (engagement, forces de caractère, sens du travail), des outils concrets (feedback sur ce qui fonctionne, exercices de gratitude, « job crafting ») et une littérature scientifique qui permet aujourd’hui de faire le tri entre ce qui est solide et ce qui relève de l’effet de mode. Elle a aussi ses angles morts, et ils sont importants : une démarche « positive » mal utilisée peut culpabiliser les personnes en difficulté et détourner l’attention de conditions de travail dégradées.

Cet article s’adresse à la fois au salarié démotivé qui cherche des leviers pour lui-même et au manager qui veut améliorer le bien-être de son équipe. Il présente ce que montrent les études, ce qu’on peut essayer concrètement, et surtout les situations où il ne faut pas compter sur la psychologie positive, mais sur un médecin, un psychologue ou les ressources prévues par le droit du travail. Pour une vue d’ensemble de la discipline, vous pouvez commencer par notre guide complet de la psychologie positive.

Démotivation, désengagement, épuisement : de quoi parle-t-on ?

Avant de chercher des solutions, il est utile de mettre des mots précis sur ce que l’on vit. Trois situations se ressemblent en surface mais n’appellent pas du tout les mêmes réponses.

La baisse de motivation passagère

Tout le monde traverse des périodes creuses : un projet qui s’éternise, une réorganisation, une tâche répétitive, une fatigue de fin d’année. La motivation fluctue naturellement. Si vous retrouvez de l’élan pendant les congés, si certaines journées restent agréables, si vous dormez correctement et gardez du plaisir en dehors du travail, il s’agit le plus souvent d’une baisse de régime qui peut répondre à des ajustements : changer certaines tâches, demander un feedback, retrouver des moments de collaboration.

Le désengagement durable

Le désengagement est plus profond. On fait le minimum, on ne se sent plus concerné par les résultats, on a « décroché » mentalement. Il s’explique souvent par un déséquilibre installé : peu d’autonomie, peu de reconnaissance, un sentiment d’injustice, des valeurs heurtées, l’impression que ses compétences ne servent à rien. C’est sur ce terrain que la psychologie positive au travail a le plus à dire, à condition de regarder aussi l’organisation et pas seulement l’individu.

L’épuisement professionnel (burn-out)

L’épuisement professionnel est d’une autre nature. L’Organisation mondiale de la santé le décrit dans sa classification internationale (CIM-11) comme un phénomène lié au travail, résultant d’un stress chronique au travail qui n’a pas été géré avec succès, et caractérisé par trois dimensions : un sentiment d’épuisement, une distance mentale ou du cynisme vis-à-vis de son travail, et une baisse de l’efficacité professionnelle. Il s’accompagne souvent de troubles du sommeil, de difficultés de concentration, de symptômes physiques et peut se compliquer d’une dépression.

Le burn-out relève d’une évaluation médicale. Le médecin traitant et le médecin du travail sont les interlocuteurs de premier recours : ils peuvent évaluer la situation, proposer un arrêt de travail si nécessaire, orienter vers un psychiatre ou un psychologue et, pour le médecin du travail, agir sur le poste. Des exercices de gratitude ou un atelier « forces » ne sont pas une réponse adaptée à un épuisement installé, et il serait injuste de laisser croire qu’on pourrait s’en sortir seul en changeant d’état d’esprit. Notre article sur la fatigue, le stress et l’épuisement mental jusqu’au burnout détaille les signaux qui doivent alerter, et celui consacré au retour au travail après un burn-out aborde la reprise.

⚠️ Signaux d’alerte : épuisement qui ne cède pas avec le repos, troubles du sommeil qui durent plus de quelques semaines, pleurs fréquents, sentiment de vide, consommation accrue d’alcool ou de médicaments pour tenir, idées noires. Dans ces situations, consultez votre médecin traitant ou le médecin du travail sans attendre. Si vous avez des pensées suicidaires, appelez le 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h/24) ou le 15 en cas d’urgence.

L’engagement au travail : un concept précis, pas une injonction

Le mot « engagement » est souvent employé dans les entreprises comme synonyme de « se donner à fond ». En psychologie du travail, il a un sens beaucoup plus précis, et ce sens est utile pour comprendre ce que l’on vit.

Vigueur, dévouement, absorption

Le psychologue néerlandais Wilmar Schaufeli et ses collègues définissent l’engagement au travail comme un état d’esprit positif et épanouissant lié au travail, caractérisé par trois composantes :

  • la vigueur : un niveau élevé d’énergie et de persévérance, l’envie d’investir des efforts dans son travail ;
  • le dévouement : le sentiment que son travail est important, qu’il a du sens, qu’il inspire et suscite de la fierté ;
  • l’absorption : être pleinement concentré, le temps passe vite, on a du mal à se détacher de ce que l’on fait.
L’engagement a été pensé comme une sorte de contrepoint positif à l’épuisement professionnel. Là où le burn-out associe épuisement et distance cynique, l’engagement associe énergie et implication. Ce n’est pas le surinvestissement : une personne engagée peut parfaitement décrocher le soir et prendre des vacances. Le travail compulsif, au contraire, s’accompagne souvent d’une incapacité à s’arrêter et d’une culpabilité dès qu’on ne travaille pas.

Le modèle exigences-ressources (JD-R)

Le cadre le plus utilisé pour comprendre l’engagement est le modèle « Job Demands-Resources » (JD-R), développé notamment par Arnold Bakker, Evangelia Demerouti et Wilmar Schaufeli. Son idée centrale est simple : chaque métier, quel qu’il soit, combine deux grandes familles de caractéristiques.

  • Les exigences du travail : charge de travail, pression temporelle, exigences émotionnelles (gérer des clients mécontents, des patients en souffrance), conflits, ambiguïté de rôle, interruptions permanentes. Elles demandent un effort soutenu et ont un coût, physique et psychologique.
  • Les ressources du travail : autonomie, soutien des collègues et de la hiérarchie, feedback sur son travail, reconnaissance, possibilités d’apprendre et de progresser, clarté des objectifs, participation aux décisions. Elles aident à atteindre ses objectifs, à faire face aux exigences et à se développer.
Le modèle décrit deux processus relativement distincts. Le premier est un processus d’usure : lorsque les exigences sont élevées et durables, elles épuisent les ressources d’énergie et favorisent le burn-out puis des problèmes de santé. Le second est un processus motivationnel : les ressources nourrissent l’engagement, qui à son tour est associé à de meilleurs résultats, une plus grande implication dans l’organisation et moins d’envie de partir.

Ce que montrent les études : dans une étude menée sur plusieurs échantillons de salariés néerlandais, Schaufeli et Bakker (2004) ont montré que l’épuisement professionnel était surtout prédit par des exigences élevées et un manque de ressources, alors que l’engagement était prédit par la présence de ressources au travail. Le burn-out faisait le lien entre exigences et problèmes de santé, l’engagement entre ressources et intention de rester dans l’entreprise. Dans leur synthèse de 2007, Bakker et Demerouti soulignent aussi que les ressources peuvent amortir l’effet des exigences et qu’elles comptent particulièrement quand les exigences sont fortes. Ce sont des études corrélationnelles pour une grande part : elles décrivent des liens solides et répétés, sans prouver à elles seules chaque relation de cause à effet.

Ce que cela change pour vous

Ce modèle a une conséquence très concrète, que l’on soit salarié ou manager : la démotivation n’est pas d’abord un problème de « mentalité ». Elle signale souvent un déséquilibre entre ce que le travail demande et ce qu’il donne pour y faire face. Avant de chercher à « se motiver », il est utile de se poser deux questions :

  1. Quelles exigences de mon travail sont devenues trop lourdes, et lesquelles pourraient être allégées, partagées ou mieux organisées ?
  2. Quelles ressources me manquent : de l’autonomie, du soutien, du retour sur mon travail, de la reconnaissance, l’occasion d’apprendre ?
Pour un manager, la même grille permet de regarder l’équipe sans chercher de coupable. Une équipe démotivée manque presque toujours de quelque chose : du temps, de la clarté, de la marge de manœuvre, de la reconnaissance, ou tout simplement de moments où l’on se parle d’autre chose que des urgences.

Les forces de caractère au travail

Un des apports les plus connus de la psychologie positive est la notion de « forces de caractère ». Christopher Peterson et Martin Seligman ont proposé une classification de 24 forces, regroupées en six grandes vertus : la curiosité, la persévérance, l’honnêteté, la gentillesse, l’équité, le leadership, la prudence, l’humour, la gratitude, l’espoir, l’amour de l’apprentissage, et bien d’autres. Chacun en possède à des degrés divers, et quelques-unes, dites « forces signatures », nous ressemblent particulièrement : les utiliser donne de l’énergie plutôt que d’en coûter.

Pourquoi c’est pertinent au travail

L’idée est que nous avons plus de chances de nous sentir engagés quand notre travail nous permet d’exprimer ce que nous faisons naturellement bien et avec plaisir. Un comptable curieux s’ennuiera moins s’il peut analyser des anomalies ; une infirmière dotée d’un grand sens de l’humour pourra s’appuyer sur cette force dans les moments tendus ; un technicien très persévérant sera précieux sur les dossiers complexes que d’autres abandonnent.

Ce que montrent les études : Claudia Harzer et Willibald Ruch (2015) ont étudié deux groupes de salariés, l’un composé de professions variées (214 personnes), l’autre d’infirmières et infirmiers (175 personnes). Les forces de caractère étaient liées à la manière de faire face aux difficultés, et les forces dites intellectuelles (curiosité, créativité, amour de l’apprentissage…) atténuaient en partie l’effet négatif du stress professionnel sur la satisfaction au travail. Chez les soignants, les forces relationnelles jouaient un rôle plus important. Il s’agit d’une étude transversale : elle montre des associations, et les auteurs appellent eux-mêmes à confirmer le lien de cause à effet.

Comment repérer ses forces

Il existe des questionnaires validés (comme le VIA, disponible gratuitement en français), mais on peut aussi procéder plus simplement :

  • Repérer les moments d’énergie : pendant une ou deux semaines, notez les tâches après lesquelles vous vous sentez plus vivant, plutôt que vidé. Quelles qualités utilisiez-vous ?
  • Demander à des proches ou à des collègues de confiance : « Dans quelles situations me trouves-tu le plus à l’aise ? Qu’est-ce que je fais bien sans même m’en rendre compte ? »
  • Relire ses réussites : pensez à trois moments professionnels dont vous êtes fier, et identifiez ce qui, en vous, a permis qu’ils se produisent.

Utiliser ses forces autrement, sans tout changer

L’objectif n’est pas forcément de changer de métier. Il s’agit souvent de trouver de nouvelles façons d’exprimer ses forces dans son poste actuel : proposer d’accueillir les nouveaux arrivants si la bienveillance fait partie de vos forces, prendre en charge la veille sur un sujet si vous êtes curieux, structurer un processus si vous aimez l’ordre et la prudence. Cela rejoint ce que les chercheurs appellent le « job crafting », abordé plus bas.

Un point de vigilance : parler de forces ne doit pas faire oublier les fragilités, ni servir d’argument pour ignorer les difficultés d’une personne. Les forces sont une ressource parmi d’autres, pas une injonction à être toujours « au meilleur de soi-même ». Et si vous doutez de votre légitimité au point de ne plus oser prendre la parole, notre article sur la confiance en soi au travail et l’art de s’affirmer professionnellement propose des pistes complémentaires.

Le sentiment de sens : pourquoi « à quoi sert ce que je fais ? » compte autant

Beaucoup de personnes démotivées ne se plaignent pas d’abord de la charge de travail, mais d’un sentiment de vide : « Je ne vois plus à quoi sert ce que je fais. » Ce sentiment de sens est l’un des leviers les plus puissants de l’engagement.

Ce qui donne du sens au travail

Le sens du travail repose généralement sur plusieurs éléments :

  • l’utilité perçue : voir que son travail aide quelqu’un, contribue à quelque chose qui compte ;
  • la cohérence avec ses valeurs : ne pas avoir à faire des choses que l’on désapprouve, pouvoir faire un travail de qualité ;
  • la vision d’ensemble : comprendre comment sa tâche s’insère dans un tout, au lieu d’exécuter un fragment isolé ;
  • le développement : apprendre, progresser, devenir meilleur dans ce que l’on fait ;
  • l’appartenance : faire partie d’un collectif dans lequel on se sent reconnu.
Ce que montrent les études : la méta-analyse de Blake Allan et ses collègues (2019), qui a rassemblé 44 articles et plus de 23 000 personnes, montre que le sentiment d’avoir un travail qui a du sens est fortement associé à l’engagement, à l’attachement à l’organisation et à la satisfaction au travail, et de façon modérée à la satisfaction de vie, à la santé perçue et à une moindre envie de quitter son poste. Le modèle le mieux ajusté suggère que le sens au travail agit en grande partie à travers l’engagement et la satisfaction. Ces résultats reposent sur des données majoritairement corrélationnelles et auto-déclarées.

Le « travail empêché » : quand le sens est abîmé

En France, les travaux de psychologie et de clinique du travail ont beaucoup insisté sur une source majeure de perte de sens : le « travail empêché », c’est-à-dire le sentiment de ne pas pouvoir faire un travail de qualité, faute de temps, de moyens ou à cause de procédures absurdes. Ce point est essentiel : quand le sens est abîmé par l’organisation, des exercices individuels de « recherche de sens » ne suffisent pas, et peuvent même devenir irritants. Il faut alors pouvoir parler du travail réel, des contraintes, des arbitrages, et chercher collectivement des marges de manœuvre.

Quelques pistes pour retrouver du sens

  • Relier sa tâche à ses bénéficiaires : qui profite concrètement de ce que je fais ? Un retour d’un client, d’un usager ou d’un collègue d’un autre service peut transformer la perception d’un travail.
  • Identifier ce qui compte pour soi : quelles valeurs voulez-vous honorer dans votre travail (rigueur, entraide, créativité, transmission) ? Où pouvez-vous les exprimer, même modestement ?
  • Parler du travail réel avec son manager ou ses collègues : ce qui empêche de bien faire, ce qui pourrait être simplifié.
  • Accepter que le sens ne soit pas partout : un travail peut être alimentaire tout en laissant de la place au sens dans d’autres domaines de la vie. Ce n’est pas un échec.

Gratitude, reconnaissance et feedback : des leviers simples, à manier avec justesse

La gratitude au travail

Parmi les exercices de psychologie positive, ceux qui portent sur la gratitude sont les plus étudiés : noter régulièrement des choses pour lesquelles on se sent reconnaissant, écrire une lettre de remerciement, prendre le temps de remercier explicitement quelqu’un.

Ce que montrent les études : la revue systématique de Yu Komase et ses collègues (2021) a été la première à se concentrer sur la gratitude chez les travailleurs. Neuf essais contrôlés randomisés ont été retenus. Les « listes de gratitude » amélioraient le stress perçu et les symptômes dépressifs, mais les effets sur le bien-être étaient inconstants. Les programmes comportant quatre listes ou moins ne montraient pas de changement significatif, ce qui suggère qu’une certaine régularité est nécessaire. Les auteurs soulignent la forte hétérogénéité des études et le manque de travaux sur l’expression concrète de la gratitude entre collègues.
Concrètement, si vous voulez essayer pour vous-même :

  • prenez cinq minutes, deux ou trois fois par semaine pendant plusieurs semaines, pour noter trois éléments de votre journée de travail qui se sont bien passés ou pour lesquels vous êtes reconnaissant (une aide reçue, un problème résolu, un échange agréable) ;
  • ajoutez pour chacun une phrase sur ce que vous y avez apporté ou sur la personne qui y a contribué ;
  • si une personne vous a vraiment aidé, dites-le-lui de façon précise.
Si l’exercice vous paraît artificiel, ou s’il renforce un sentiment de culpabilité (« je devrais être reconnaissant, et pourtant je vais mal »), arrêtez-le. Il n’est pas fait pour masquer une souffrance. Vous trouverez d’autres exercices détaillés, avec leurs limites, dans notre article sur les interventions de psychologie positive et les exercices validés.

La reconnaissance : un besoin, pas une prime

Pour un manager, la reconnaissance est l’une des ressources les plus accessibles du modèle JD-R. Elle ne se résume pas aux primes ou aux grandes annonces. Les formes de reconnaissance qui comptent le plus au quotidien sont souvent simples :

  • la reconnaissance du travail accompli : « Le dossier que tu as rendu hier était très clair, ça m’a fait gagner une heure en réunion » ;
  • la reconnaissance des efforts, même quand le résultat n’est pas au rendez-vous ;
  • la reconnaissance de la personne : se souvenir d’un événement important, demander des nouvelles sincèrement ;
  • la reconnaissance des difficultés : admettre que la période est lourde, plutôt que de faire comme si tout allait bien.

Le feedback qui aide à progresser

Le feedback est une ressource à part entière. L’approche de psychologie positive insiste sur un point souvent négligé : on apprend aussi beaucoup en analysant ce qui fonctionne. Quelques principes, tirés de la pratique managériale et cohérents avec la recherche :

  • être précis : un « bravo » vague a peu d’effet ; un retour qui décrit le comportement et son impact aide à le reproduire ;
  • parler aussi de ce qui marche bien, régulièrement, pas seulement lors de l’entretien annuel ;
  • ne pas noyer les critiques dans des compliments artificiels (la fameuse technique du « sandwich » est souvent perçue comme manipulatrice) ;
  • rendre le feedback réciproque : demander à l’équipe ce qui l’aide et ce qui la freine dans votre façon de manager.
Le feedback positif ne remplace pas la discussion sur les problèmes. Une équipe à qui l’on ne parle que des réussites alors qu’elle croule sous la charge aura le sentiment, à juste titre, de ne pas être entendue.

Le « job crafting » : remodeler son travail de l’intérieur

Le « job crafting », que l’on pourrait traduire par « façonnage du travail », désigne les ajustements que les salariés font eux-mêmes, à leur échelle, pour rendre leur travail plus en accord avec leurs forces, leurs intérêts et leurs besoins. Il prolonge directement le modèle JD-R. On distingue généralement trois axes :

  • les tâches : en ajouter, en retirer ou en modifier la façon de les faire (automatiser une partie répétitive, prendre en charge une mission qui vous intéresse) ;
  • les relations : choisir avec qui travailler davantage, créer des occasions d’entraide, solliciter un mentor ;
  • la perception : changer la manière dont on se représente son travail, en se reconnectant à son utilité.
Pour un salarié, le job crafting peut commencer par un petit exercice : listez vos tâches de la semaine, classez-les selon l’énergie qu’elles vous donnent ou vous coûtent, puis cherchez une ou deux modifications réalistes à proposer. Pour un manager, l’enjeu est de rendre ces ajustements possibles : laisser de la marge, accepter qu’un collaborateur réorganise son temps, discuter des missions qu’il aimerait prendre.

Le job crafting a une limite claire : il suppose une certaine autonomie. Dans un poste très contraint, ou quand la charge déborde, demander aux salariés de « façonner » leur travail revient à leur faire porter un problème d’organisation. Ce n’est alors pas le bon outil.

Ce que montrent les méta-analyses sur les interventions de psychologie positive au travail

Les interventions de psychologie positive au travail sont nombreuses et variées : programmes de développement du « capital psychologique » (espoir, efficacité personnelle, résilience, optimisme), ateliers sur les forces, exercices de gratitude, programmes de job crafting, formations au management, applications en ligne. Que retrouvent les synthèses de la recherche ?

Une revue fondatrice : Meyers, van Woerkom et Bakker (2013)

La revue de littérature de Maria Christina Meyers, Marianne van Woerkom et Arnold Bakker (2013) a été l’une des premières à rassembler les interventions de psychologie positive menées dans les organisations. Elle a recensé quinze études. Ses conclusions sont prudentes : ces interventions semblent être un outil prometteur pour améliorer le bien-être et la performance des salariés, et contribuent aussi à réduire le stress et l’épuisement ; l’effet sur la dépression et l’anxiété est plus faible. Les auteurs insistent sur le petit nombre d’études et leur qualité inégale.

La méta-analyse de Donaldson, Lee et Donaldson (2019)

Six ans plus tard, Scott Donaldson, Joo Young Lee et Stewart Donaldson ont publié ce qu’ils présentent comme la première méta-analyse dédiée aux interventions de psychologie positive au travail. Elle rassemble 22 études portant sur cinq familles d’interventions (dont le capital psychologique, les forces, le job crafting et la gratitude).

Ce que montrent les études : dans la méta-analyse de Donaldson et ses collègues (2019), les interventions de psychologie positive au travail avaient un petit effet favorable sur les résultats souhaitables (engagement, performance, bien-être au travail : g = 0,25) et un effet petit à modéré sur la réduction des résultats indésirables, comme le stress (g = −0,34). Autrement dit, les effets existent, mais ils sont modestes : on parle d’une amélioration perceptible à l’échelle d’un groupe, pas d’une transformation spectaculaire de chaque personne.

Les interventions sur l’engagement : Knight, Patterson et Dawson (2017)

Caroline Knight et ses collègues de l’université de Sheffield se sont intéressés aux interventions qui visent explicitement l’engagement au travail. Vingt études ont été retenues, classées en quatre types : le renforcement des ressources personnelles, le renforcement des ressources du travail, la formation au leadership et la promotion de la santé.

Ce que montrent les études : l’effet global des interventions sur l’engagement était petit mais positif (g = 0,29, sur 14 études analysables). Les interventions menées en groupe montraient un effet moyen à important, nettement supérieur aux autres formats. L’hétérogénéité était forte et la qualité de mise en œuvre très variable d’une organisation à l’autre. Les auteurs recommandent de concevoir les interventions avec les organisations et d’évaluer la manière dont elles sont réellement déployées (Knight et al., 2017).
Ce résultat sur les formats collectifs est précieux pour les managers : les démarches qui réunissent les personnes, qui créent des espaces d’échange et de décision partagée, semblent plus porteuses que les programmes individuels déposés « par-dessus » le travail.

Les programmes en ligne : Carolan, Harris et Cavanagh (2017)

Beaucoup d’entreprises proposent aujourd’hui des applications ou des programmes numériques de bien-être. La méta-analyse de Stephany Carolan et ses collègues de l’université du Sussex a porté sur 21 essais contrôlés randomisés d’interventions psychologiques en ligne en milieu de travail (pas uniquement de psychologie positive, beaucoup étaient inspirées des thérapies cognitives et comportementales).

Ce que montrent les études : ces programmes amélioraient le bien-être psychologique (g = 0,37) et l’efficacité au travail (g = 0,25) par rapport aux groupes témoins. Les programmes les plus suivis étaient plutôt courts (six à sept semaines), accompagnés par une personne, et utilisaient des rappels par e-mail ou SMS ainsi que des outils de suivi personnalisés (Carolan et al., 2017).

Et en dehors du travail : un rappel à la modestie

Les grandes méta-analyses sur les interventions de psychologie positive en population générale vont dans le même sens. Celle de Linda Bolier et ses collègues (2013), qui portait sur 39 études et plus de 6 000 participants, retrouvait de petits effets sur le bien-être subjectif (0,34), le bien-être psychologique (0,20) et les symptômes dépressifs (0,23), avec des indices de biais de publication. Une réanalyse publiée par White, Uttl et Holder (2019) a montré qu’une fois corrigé le biais lié aux études de petite taille, ces effets étaient nettement plus modestes que ceux annoncés initialement. Notre article sur les critiques et les limites de la psychologie positive revient en détail sur ces débats.

Pour prendre la mesure de ce qu’une démarche de psychologie positive peut apporter dans un autre contexte, l’article sur l’efficacité des interventions de psychologie positive évaluée en cancérologie à travers le modèle PERMA illustre bien la même tension entre des résultats encourageants et des effets mesurés modestes.

Ce qu’il faut retenir

En résumé, les études permettent de dire que :

  1. les interventions de psychologie positive au travail ont des effets favorables mais modestes sur l’engagement, le bien-être et le stress ;
  2. les formats collectifs, ancrés dans le fonctionnement réel de l’équipe, semblent plus porteurs que les programmes individuels isolés ;
  3. la régularité compte : quelques séances ponctuelles produisent peu de changements durables ;
  4. la qualité des études reste inégale, avec beaucoup de petits échantillons et des mesures auto-déclarées ;
  5. aucune de ces interventions n’a vocation à compenser des exigences excessives ou un management défaillant.

Les limites : l’« injonction au bonheur » et les conditions de travail

C’est sans doute la partie la plus importante de cet article. La psychologie positive au travail a suscité des critiques sérieuses, et elles méritent d’être entendues, que l’on soit salarié ou manager.

Le risque de l’« injonction au bonheur »

Plusieurs auteurs, dont la sociologue Eva Illouz et le psychologue Edgar Cabanas dans leur essai « Happycratie », ont dénoncé la manière dont l’idéal du bonheur peut devenir une norme sociale, voire un outil de gestion. Au travail, cela peut se traduire par :

  • des « chief happiness officers », des baby-foot et des ateliers de bien-être pendant que les effectifs baissent et que la charge augmente ;
  • l’idée implicite que celui qui va mal n’a pas su « rester positif » ;
  • une pression à afficher sa bonne humeur, qui s’ajoute aux exigences émotionnelles existantes ;
  • la transformation de problèmes collectifs (organisation, sous-effectif, management) en problèmes individuels (manque de résilience, d’optimisme).
Ces critiques ne disqualifient pas les outils de psychologie positive, mais elles rappellent qu’ils peuvent être détournés. Les émotions négatives, la colère face à une injustice, la tristesse ou l’inquiétude ont une fonction : elles signalent que quelque chose ne va pas. Les étouffer au nom d’un « esprit positif » n’aide personne.

Ne pas masquer des conditions de travail dégradées

En France, l’employeur a une obligation légale de prévention des risques professionnels, y compris psychosociaux (charge, organisation, relations, sens du travail). Les démarches de prévention distinguent classiquement trois niveaux :

  • la prévention primaire agit sur les causes : organisation du travail, charge, moyens, management ;
  • la prévention secondaire aide les personnes à mieux faire face (formation, gestion du stress, développement des ressources personnelles) ;
  • la prévention tertiaire prend en charge les personnes déjà en difficulté.
La plupart des interventions de psychologie positive relèvent de la prévention secondaire. Elles peuvent être utiles, mais elles ne remplacent jamais une action sur les causes. Une équipe en sous-effectif chronique ne retrouvera pas son engagement grâce à un cahier de gratitude. Pour un manager, le bon réflexe est donc de commencer par regarder les exigences et les ressources concrètes de son équipe, et d’utiliser les outils de psychologie positive en complément, jamais en substitution. Les démarches plus larges de qualité de vie au travail sont abordées dans notre article sur le coaching en entreprise et la qualité de vie au travail.

Pas de culpabilisation

Si vous êtes démotivé, ce n’est pas un manque de volonté ni un défaut d’optimisme. C’est très souvent une réaction compréhensible à une situation. Les pistes proposées ici sont des possibilités, pas des devoirs supplémentaires. Si elles ne vous parlent pas, ou si vous êtes trop fatigué pour les essayer, c’est une information importante en soi, qui justifie d’en parler à un professionnel.

Harcèlement, conflits graves, souffrance : vers qui se tourner

Certaines situations dépassent complètement le cadre de la psychologie positive et appellent des réponses spécifiques.

  • Harcèlement moral ou sexuel, discrimination, violences : vous pouvez vous adresser au médecin du travail (tenu au secret médical), aux représentants du personnel ou au référent harcèlement du comité social et économique (CSE), à l’inspection du travail, et au Défenseur des droits en cas de discrimination. Conservez des traces écrites (e-mails, dates, témoins). En cas de violences, le 17 (ou le SMS au 114 pour les personnes sourdes ou malentendantes) et le 3919 pour les violences faites aux femmes peuvent aussi être sollicités.
  • Souffrance au travail installée : le médecin du travail peut proposer un aménagement de poste, une visite de pré-reprise ou orienter vers une consultation spécialisée en souffrance au travail.
  • Épuisement, troubles du sommeil, anxiété ou tristesse durables : consultez votre médecin traitant, qui pourra évaluer la situation et, si besoin, vous orienter vers un psychiatre ou un psychologue.
  • Idées noires ou pensées suicidaires : appelez le 3114, gratuit et accessible 24 h/24, 7 j/7. En cas de danger immédiat, composez le 15 ou le 112.

Pistes concrètes pour le salarié démotivé

Si votre situation ne relève pas de l’urgence et que vous souhaitez retrouver de l’élan, voici quelques pistes, à adapter librement.

1. Faire un état des lieux exigences-ressources

Prenez une feuille, tracez deux colonnes. À gauche, ce qui vous coûte le plus d’énergie au travail. À droite, ce qui vous aide ou vous en redonne. Regardez ensuite ce qui a changé ces derniers mois. Souvent, la démotivation s’explique par la disparition d’une ressource (un collègue parti, moins d’autonomie, moins de reconnaissance) ou l’apparition d’une nouvelle exigence. Ce diagnostic peut servir de base à une discussion avec votre manager ou le médecin du travail.

2. Identifier une force à mobiliser

Choisissez une de vos forces et cherchez une façon de l’utiliser cette semaine dans votre travail, même modestement. Observez ce que cela change à votre énergie.

3. Repérer ce qui fonctionne

En fin de journée, notez une chose qui s’est bien passée et ce que vous y avez apporté. L’objectif n’est pas de nier les difficultés, mais de rééquilibrer une attention qui, en période de démotivation, se focalise naturellement sur ce qui ne va pas.

4. Retisser du lien

Le soutien social est une des ressources les plus protectrices. Déjeuner avec un collègue, demander de l’aide sur un problème, proposer la vôtre : ces petits gestes reconstruisent un sentiment d’appartenance.

5. Préserver la récupération

L’engagement ne se construit pas sur l’épuisement. Respecter des temps de pause, déconnecter le soir, dormir suffisamment et garder des activités qui ressourcent hors du travail sont des conditions de base. Des pratiques comme la méditation peuvent aider certaines personnes à mieux récupérer : notre article sur la méditation en entreprise et le bien-être au travail fait le point sur ce que l’on en sait, et celui sur la pleine conscience et la psychologie positive explore les liens entre les deux approches.

6. Oser en parler

Votre manager ne sait pas toujours ce que vous vivez. Une conversation préparée, centrée sur le travail et des propositions concrètes plutôt que sur des reproches, peut débloquer beaucoup de choses. Si ce n’est pas possible, le médecin du travail ou un psychologue peut vous aider à y voir plus clair.

Pistes concrètes pour le manager qui veut améliorer le bien-être de son équipe

Commencer par écouter

Avant toute initiative, demandez à votre équipe ce qui l’aide et ce qui la freine. Des entretiens individuels ou une réunion dédiée, où chacun peut s’exprimer sans crainte, donnent souvent plus d’informations que n’importe quel questionnaire. Acceptez d’entendre des critiques : c’est le signe que la confiance existe.

Agir d’abord sur les ressources et les exigences

Les études sur le modèle JD-R suggèrent que le levier le plus solide pour l’engagement est l’augmentation des ressources : autonomie dans l’organisation des tâches, clarté des priorités, soutien en cas de difficulté, accès à la formation, participation aux décisions qui concernent l’équipe. Parallèlement, cherchez à alléger les exigences évitables : réunions inutiles, interruptions, objectifs contradictoires, procédures redondantes.

Pratiquer une reconnaissance sincère et régulière

Prenez l’habitude de souligner ce qui est bien fait, de façon précise et authentique. Remerciez pour l’aide apportée entre collègues. Prenez le temps, en réunion, de revenir sur ce qui a fonctionné, pas seulement sur ce qui a échoué.

Valoriser les forces de chacun

Lors des entretiens, demandez à vos collaborateurs ce qu’ils aiment faire et ce qu’ils font bien. Quand c’est possible, ajustez la répartition des missions en conséquence. Une équipe où chacun peut mobiliser ses forces est souvent plus complémentaire et plus solidaire.

Privilégier les démarches collectives

Les résultats de Knight et ses collègues sur les interventions de groupe invitent à construire les initiatives avec l’équipe plutôt que pour elle : choisir ensemble un ou deux axes d’amélioration, tester, faire le bilan. Un atelier ponctuel imposé d’en haut a beaucoup moins de chances de produire un effet durable.

Rester vigilant sur les signaux de souffrance

Un manager n’est pas un soignant, et ce n’est pas son rôle de poser un diagnostic. En revanche, il peut repérer des changements (isolement, irritabilité inhabituelle, erreurs répétées, absences), en parler avec bienveillance à la personne concernée et l’orienter vers le médecin du travail ou les ressources de l’entreprise. Prendre soin de son équipe passe aussi par prendre soin de soi : les managers sont eux aussi exposés à l’épuisement.

Éviter les pièges

  • Ne pas imposer d’exercices de gratitude ou de « bonne humeur » obligatoires.
  • Ne pas utiliser les forces ou l’engagement comme critères d’évaluation punitifs.
  • Ne pas présenter un programme de bien-être comme une réponse à une surcharge structurelle.
  • Ne pas confondre engagement et disponibilité permanente.

Quand consulter

Il est conseillé de consulter un professionnel, et de ne pas compter uniquement sur des démarches personnelles, dans les situations suivantes :

  • votre médecin traitant : si la démotivation s’accompagne de fatigue persistante, de troubles du sommeil, d’une perte d’appétit, d’une tristesse ou d’une anxiété qui durent plus de deux semaines, ou de symptômes physiques inexpliqués ;
  • le médecin du travail : si vos difficultés sont liées à vos conditions de travail, à une surcharge, à des conflits ou à un harcèlement ; vous pouvez demander une visite à tout moment, et il est tenu au secret médical ;
  • un psychologue : pour comprendre ce qui se joue dans votre rapport au travail, retrouver du sens, travailler sur vos ressources personnelles ou préparer une décision professionnelle importante. Certains psychologues sont spécialisés en psychologie du travail ou formés aux approches de psychologie positive ;
  • en urgence : en cas d’idées suicidaires, appelez le 3114 ; en cas de danger immédiat, le 15 ou le 112.
Pour un manager, consulter un psychologue du travail ou un consultant en prévention des risques psychosociaux peut aider à poser un diagnostic d’équipe et à construire une démarche adaptée.

Trouver un psychologue

Si vous souhaitez être accompagné pour retrouver de l’élan au travail, comprendre votre démotivation ou réfléchir à la façon de soutenir votre équipe, un psychologue peut vous aider, en complément du suivi par votre médecin traitant ou le médecin du travail. Vous pouvez trouver un psychologue près de chez vous dans notre annuaire.

Questions fréquentes

La psychologie positive au travail, est-ce du management « bisounours » ?

Non, si elle est bien utilisée. La recherche sérieuse en psychologie positive au travail s’intéresse aux ressources qui permettent de s’investir durablement : autonomie, soutien, reconnaissance, sens, usage de ses forces. Elle ne demande pas de nier les difficultés. Elle devient problématique quand elle sert à afficher une bonne humeur de façade ou à éviter de traiter des problèmes d’organisation.

L’engagement, est-ce la même chose que la motivation ?

Pas tout à fait. La motivation désigne ce qui pousse à agir. L’engagement, au sens de Schaufeli et Bakker, est un état plus global qui associe énergie (vigueur), sentiment d’importance de son travail (dévouement) et concentration (absorption). On peut être motivé par un salaire sans être engagé, et l’engagement se nourrit surtout des ressources du travail.

Les exercices de gratitude peuvent-ils aider en cas de burn-out ?

Le burn-out relève d’une évaluation et d’une prise en charge médicales : arrêt de travail si nécessaire, suivi par le médecin traitant, le médecin du travail, et souvent un psychologue ou un psychiatre. Les exercices de gratitude ont été étudiés surtout chez des salariés en bonne santé, avec des effets modestes sur le stress perçu. Ils ne constituent pas un traitement de l’épuisement professionnel. Pendant la convalescence, certaines personnes les trouvent utiles, d’autres non : c’est à discuter avec son thérapeute.

En tant que manager, par quoi commencer ?

Par l’écoute et l’observation : qu’est-ce qui pèse sur l’équipe, qu’est-ce qui lui manque ? Ensuite, agir sur une ou deux ressources concrètes (clarté des priorités, autonomie, reconnaissance) et sur les exigences évitables. Les démarches collectives, construites avec l’équipe, semblent plus porteuses que les programmes individuels imposés.

Les applications de bien-être proposées par l’entreprise sont-elles utiles ?

Les programmes numériques étudiés dans les essais ont montré des effets modestes mais réels sur le bien-être et l’efficacité au travail, surtout lorsqu’ils sont courts, accompagnés par une personne et qu’ils utilisent des rappels. Leur intérêt dépend de leur qualité et de la façon dont ils sont proposés : ils ne doivent pas se substituer à une action sur les conditions de travail ni à un accès à un professionnel.

Je suis démotivé mais je n’ose pas en parler : est-ce grave ?

La démotivation est fréquente et n’est pas une faute. En parler peut toutefois aider à identifier ce qui a changé et à trouver des solutions. Si vous ne vous sentez pas à l’aise avec votre manager, le médecin du travail est un interlocuteur confidentiel. Si la démotivation s’accompagne de tristesse, de troubles du sommeil ou d’idées noires, consultez votre médecin traitant, et appelez le 3114 en cas de pensées suicidaires.

En résumé

La psychologie positive appliquée au travail offre des repères utiles pour comprendre la démotivation et soutenir l’engagement : l’équilibre entre exigences et ressources, l’usage de ses forces, le sentiment de sens, la reconnaissance et le feedback. Les études montrent des effets réels mais modestes des interventions, plus nets lorsqu’elles sont collectives, régulières et ancrées dans le travail réel. Elles ne remplacent ni une amélioration des conditions de travail, ni l’avis d’un médecin en cas d’épuisement. Utilisée avec justesse, sans injonction ni culpabilisation, elle peut aider chacun, salarié ou manager, à remettre un peu plus de vie dans le travail.

Sources

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⚕️ Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié.

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FW

Fabrice Wigishoff

Fondateur de ViziWell · Supervision éditoriale

Triple master en hypnose thérapeutique, 30 ans d'expérience en hypnothérapie et coaching. Spécialiste de l'arrêt du tabac, gestion du stress et préparation mentale. Passionné de neurosciences, Fabrice décrypte les études cliniques mondiales pour rendre les thérapies complémentaires accessibles à tous.

En savoir plus →

Auteurs des sources scientifiques

CH

Claudia Harzer

Psychological Assessment, Department of Psychology, University of Kassel, Kassel, Germany

SC

Stephany Carolan

School of Psychology, University of Sussex, Brighton, United Kingdom

YK

Yu Komase

Department of Mental Health, Graduate School of Medicine, The University of Tokyo, Tokyo, Japan

CK

Caroline Knight

Institute of Work Psychology, University of Sheffield Management School, Sheffield, United Kingdom

LB

Linda Bolier

Trimbos Institute, Utrecht, the Netherlands