Patiente en fauteuil de perfusion, yeux fermés, recevant une séance de Reiki près d’une infirmière dans un hôpital de jour
Reiki

Reiki et médecine conventionnelle : quelle complémentarité ?

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Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie

🔎 Réponse en bref : le Reiki peut trouver une place à côté des traitements médicaux, surtout pour le confort et l’apaisement, mais jamais à leur place. Une méta-analyse de 2024 (Guo et al., 824 participants) rapporte une baisse de l’anxiété après des séances de Reiki, alors que la revue Cochrane de Joyce et Herbison (2015) juge les données insuffisantes pour conclure sur l’anxiété et la dépression. Le niveau de preuve reste faible : les études les mieux conduites, notamment en cancérologie, trouvent souvent des effets non distincts du groupe contrôle simulé. Le bon usage consiste donc à en parler à son médecin, à poursuivre tous ses traitements et à considérer le Reiki comme un moment de détente encadré, pas comme un soin de la maladie.
Vous êtes en cours de chimiothérapie, ou vous vivez depuis des années avec une douleur qui ne lâche pas. Un jour, une infirmière, une association de patients, une amie ou une plaquette posée dans la salle d’attente vous parle du Reiki. Certains centres l’affichent dans leur programme de soins de support, d’autres non. Votre oncologue n’en a jamais parlé. Sur internet, vous lisez à la fois que « le Reiki est utilisé dans les hôpitaux » et qu’il s’agit d’une pratique sans fondement. Difficile de savoir quoi en penser quand on est déjà fatigué, inquiet et pris dans un parcours de soins chargé.

Cet article part de votre situation, pas de la discipline. Il répond à quatre questions concrètes : où le Reiki est-il réellement proposé à côté de la médecine conventionnelle, que montrent les essais et les revues de la littérature, quelles sont les limites de ces travaux, et comment l’intégrer, si vous le souhaitez, sans jamais mettre en danger votre prise en charge. Vous trouverez aussi des repères pour choisir un praticien et reconnaître les signaux de dérive décrits par la Miviludes.

Le Reiki, en deux mots, et pourquoi on vous le propose

Le Reiki est une pratique d’origine japonaise, codifiée au début du XXe siècle par Mikao Usui. Le praticien pose les mains, ou les maintient à quelques centimètres du corps, selon une série de positions, pendant que la personne reste habillée, allongée ou assise. Une séance dure le plus souvent entre 20 et 60 minutes. Ses praticiens la décrivent comme une transmission d’« énergie ». Il faut le dire clairement dès le départ : selon le centre américain de référence sur les médecines complémentaires (NCCIH), aucune donnée scientifique ne vient étayer l’existence de ce champ d’énergie. Pour le détail de ce qui se passe concrètement pendant une séance, vous pouvez lire notre guide sur le déroulement d’une séance de Reiki.

Pourquoi alors le Reiki se retrouve-t-il dans certains services hospitaliers ? Parce que la question posée par les soignants n’est pas « le Reiki agit-il sur la tumeur ou sur la lésion ? » (la réponse est non, et aucun programme sérieux ne le prétend), mais « un moment calme, non invasif, avec une présence bienveillante et un toucher léger peut-il aider certaines personnes à mieux traverser des soins difficiles ? ». C’est sur ce terrain du confort, de l’anxiété, de la douleur ressentie et de la qualité de vie que les études ont été menées, et c’est seulement sur ce terrain que la question de la complémentarité a un sens.

Complémentaire, alternatif, intégratif : des mots qui changent tout

Ces trois termes ne sont pas interchangeables, et la différence a des conséquences directes pour votre santé :

  • Complémentaire : la pratique s’ajoute aux traitements validés, sans rien modifier à ces traitements. C’est le seul cadre acceptable pour le Reiki.
  • Alternatif : la pratique remplace un traitement validé. Dans une maladie grave comme un cancer, ce choix est associé à une perte de chances réelle. Aucune donnée ne permet d’envisager le Reiki de cette façon.
  • Intégratif : l’équipe médicale coordonne elle-même l’ensemble des soins, conventionnels et complémentaires, dans un projet commun, avec une évaluation de ce qui est proposé.
Cette distinction rejoint celle que l’on retrouve pour d’autres approches, par exemple dans notre article sur la complémentarité entre médecine traditionnelle chinoise et médecine occidentale : ce qui protège le patient, ce n’est pas l’étiquette de la pratique, c’est le cadre dans lequel elle s’inscrit.

Où le Reiki est-il proposé à côté de la médecine conventionnelle ?

En France : en marge des soins de support

En cancérologie, la France a défini un « socle » de soins oncologiques de support dans une instruction de la Direction générale de l’offre de soins et de l’Institut national du cancer datée du 23 février 2017. Ce socle comprend quatre soins de base : la prise en charge de la douleur, l’accompagnement nutritionnel et diététique, le soutien psychologique et la prise en charge sociale, familiale et professionnelle. Il est complété par des soins complémentaires reconnus : activité physique adaptée, conseils d’hygiène de vie, soutien des proches et aidants, préservation de la fertilité et prise en charge des troubles de la sexualité.

Le Reiki ne figure pas dans ce référentiel. Lorsqu’il est proposé dans un établissement français, c’est donc en dehors de ce socle, le plus souvent par l’intermédiaire d’associations, de bénévoles ou de praticiens intervenant dans le cadre d’une offre de bien-être, aux côtés de la socio-esthétique, de la relaxation, de la sophrologie ou de la réflexologie. La situation varie beaucoup d’un établissement à l’autre. D’autres approches corporelles ou psychocorporelles disposent de travaux plus nombreux en oncologie, comme l’hypnose en soins de support, la sophrologie en cancérologie ou la réflexologie pendant les traitements, et il est utile de les connaître pour comparer.

Ce point a aussi un revers. Dans son rapport d’activité 2022-2024, publié en avril 2025, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) s’inquiète de la banalisation de pratiques comme le Reiki, le magnétisme ou les bols tibétains dans des établissements de santé publics et des maisons de retraite, sans encadrement médical. Autrement dit, la présence du Reiki dans un hôpital n’est pas en soi une preuve de validation scientifique : elle dépend de la manière dont l’établissement encadre l’intervention.

À l’étranger : des programmes hospitaliers évalués

Aux États-Unis, le Reiki est proposé dans de nombreux hôpitaux, souvent au sein de services de médecine intégrative. Un exemple récent et bien documenté est celui des University Hospitals de Cleveland. Natalie Dyer et ses collègues y ont évalué un programme de Reiki assuré par des bénévoles formés dans deux centres de perfusion ambulatoire, où les patients reçoivent notamment leur chimiothérapie. Entre mars 2022 et février 2024, 392 séances de 15 à 20 minutes ont été proposées à 268 patients, d’âge moyen 63 ans, pendant leur perfusion. Avant et après chaque séance, ils ont rempli une échelle de symptômes standardisée (l’échelle d’Edmonton, notée de 0 à 10).

Ce que montrent les études
Étude : Dyer et al., Journal of Pain and Symptom Management, 2025 (programme de Reiki en centre de perfusion, Cleveland).
Effectif : 268 patients atteints de cancer ou de maladies chroniques, 392 séances de 15 à 20 minutes.
Résultat : baisses moyennes juste après la séance de 1,78 point pour la douleur, 1,33 pour la fatigue, 2,09 pour l’anxiété, 2,30 pour les nausées, et hausse de 1,37 point du bien-être, sur une échelle de 0 à 10. Les patients décrivent une expérience positive et relaxante.
Limite : il s’agit d’une évaluation avant-après sans groupe contrôle. On ne peut pas distinguer l’effet propre du Reiki de celui du repos, de l’attention reçue ou de l’attente positive. Les effets à long terme n’ont pas été mesurés.
Ce type de programme illustre bien la place réaliste du Reiki à l’hôpital : un temps de confort pendant un soin long, proposé en plus du traitement, et évalué sur le ressenti immédiat des patients. Il ne dit rien d’un effet sur l’évolution de la maladie, et ce n’était pas son objet.

Ce que montrent les essais et les revues

La recherche sur le Reiki existe depuis plus de vingt ans. Elle est abondante en nombre d’articles, mais pauvre en essais de grande taille et de bonne qualité. Les revues systématiques successives permettent de suivre l’évolution du niveau de preuve. Pour une analyse plus détaillée, étude par étude, vous pouvez consulter notre dossier sur les preuves scientifiques du Reiki et leurs limites.

Les premières revues : des données trop fragiles pour conclure

En 2008, Myeong Soo Lee, Max Pittler et Edzard Ernst ont publié dans l’International Journal of Clinical Practice une revue systématique de neuf essais randomisés. Certains suggéraient un bénéfice sur la dépression, le stress ou la douleur par rapport à un groupe contrôle simulé, d’autres ne retrouvaient aucune différence, par exemple sur l’anxiété des femmes enceintes avant une amniocentèse ou sur la douleur de la neuropathie diabétique. Les auteurs soulignaient surtout des défauts méthodologiques répétés : petits effectifs, conception inadaptée, résultats mal rapportés. Leur conclusion était que les preuves ne suffisaient pas pour considérer le Reiki comme un traitement de quelque affection que ce soit.

En 2009, l’équipe de Sondra vanderVaart (Université de Toronto) parvenait à un constat proche dans le Journal of Alternative and Complementary Medicine. Sur 12 essais retenus, 9 rapportaient un effet significatif, mais 11 sur 12 obtenaient une note de qualité méthodologique jugée faible. Autrement dit, beaucoup d’études « positives » reposaient sur des bases trop fragiles pour être interprétées avec confiance.

La revue Cochrane de 2015 sur l’anxiété et la dépression

La revue Cochrane de Janine Joyce et Peter Herbison, publiée en 2015, est souvent citée car Cochrane applique des critères particulièrement stricts. Les auteurs n’ont trouvé que trois essais randomisés répondant à leurs critères, menés chez des hommes traités par radiothérapie pour un cancer de la prostate, chez des personnes âgées de plus de 55 ans vivant à domicile et chez des étudiants. Au total, seules 25 personnes présentaient une anxiété et 17 une dépression, auxquelles s’ajoutaient 20 personnes présentant l’une ou l’autre sans précision. Avec si peu de données, aucune analyse statistique commune n’était possible. Le risque de biais était jugé incertain ou élevé pour la plupart des critères. Conclusion : les données sont insuffisantes pour dire si le Reiki est utile ou non chez les personnes de plus de 16 ans souffrant d’anxiété, de dépression ou des deux.

Cette conclusion ne signifie pas que le Reiki n’a aucun effet : elle signifie que la recherche, en 2015, ne permettait pas de trancher. C’est une nuance importante pour le patient, qui doit comprendre qu’il s’engage dans une pratique dont le bénéfice est incertain.

L’anxiété : la piste la plus étudiée

L’anxiété est la mesure la plus fréquente dans les études récentes, et c’est aussi celle qui concerne le plus directement les personnes en parcours de soins lourds : attente des résultats, examens, perfusions, interventions chirurgicales. En 2024, Xiulan Guo et ses collègues (Capital University of Physical Education and Sports, Pékin) ont publié dans BMC Palliative Care une méta-analyse portant sur 824 participants adultes. Ils rapportent une réduction de l’anxiété après Reiki, avec une différence moyenne standardisée de -0,82 (intervalle de confiance à 95 % : -1,29 à -0,36), ce qui correspond, sur le papier, à un effet important.

Les auteurs notent cependant deux points essentiels pour un patient en cancérologie ou en chirurgie : les résultats étaient moins constants pour l’anxiété préopératoire et pour l’anxiété liée à la mort chez les patients atteints de cancer, et les écarts entre études pouvaient tenir à l’état physique et psychologique des participants ainsi qu’à leurs attentes vis-à-vis du traitement. Les effets les plus nets concernaient des interventions courtes (trois séances ou moins) ou des cycles de six à huit séances, dans des situations comme l’anxiété liée à une endoscopie digestive, à la fibromyalgie ou à la dépression. Pour une vue détaillée de cette question, voyez notre article sur le Reiki face à l’anxiété, ainsi que celui consacré au Reiki et à la gestion du stress.

Dans le champ plus large de la santé mentale, la revue systématique de Juceli Morero et ses collègues (Université de São Paulo, 2021) a retenu 11 études. Elle conclut à un rôle bénéfique potentiel du Reiki en complément des soins, tout en insistant sur la nécessité d’essais randomisés plus larges, aux protocoles standardisés.

La douleur : des résultats hétérogènes et une méta-analyse contestée

La douleur est l’autre grand terrain d’étude. En 2014, Susan Thrane et Susan Cohen (Université de Pittsburgh) ont analysé sept essais randomisés, dont quatre chez des patients atteints de cancer, en calculant la taille d’effet de chacun. Les différences entre groupes allaient d’un effet modeste (d = 0,32 pour la douleur, en comparant le Reiki au simple repos chez des patients atteints de cancer) à des effets très élevés dans de petits essais chez des personnes âgées vivant à domicile. Une telle dispersion est typique de petites études et appelle à la prudence.

En 2023, Abdullah Avci et Meral Gün (Université de Mersin, Turquie) ont réuni sept études expérimentales ou quasi expérimentales sur le Reiki chez des patients atteints de cancer, soit 572 patients au total, avec des effectifs allant de 18 à 180. Cinq études rapportaient une baisse de la douleur, deux n’en retrouvaient pas. Les auteurs concluent qu’un nombre limité d’études va dans le sens d’un effet positif et demandent des essais randomisés de meilleure qualité.

Un épisode illustre bien la fragilité de ce champ. En 2018, une méta-analyse de Melike Demir Doğan, publiée dans Complementary Therapies in Clinical Practice, concluait à une baisse significative de la douleur à partir de quatre essais et 212 participants. Or l’intervalle de confiance publié pour l’effet principal allait de -1,867 à +0,0124 : il incluait la valeur zéro, ce qui est incompatible avec une conclusion de différence statistiquement significative. Jose M. Moran et ses collègues (Université d’Estrémadure, Espagne) ont signalé cette erreur d’interprétation dès 2018, puis ont dénoncé en 2022 la poursuite des citations de cette méta-analyse comme si elle démontrait un effet. Un rectificatif a été publié en 2021. Pour vous, la leçon est simple : un titre d’étude « positif » ne suffit pas, il faut regarder ce que disent réellement les chiffres. Nous détaillons ces données dans notre article sur ce que l’on peut attendre du Reiki face à la douleur.

Cancer : confort à court terme, différences rarement durables

C’est probablement la synthèse la plus utile pour un patient en oncologie. En 2023, Hauptmann et ses collègues (hôpital universitaire d’Iéna, Allemagne) ont publié dans le Journal of Cancer Research and Clinical Oncology une revue systématique des « thérapies bioénergétiques » (Reiki, toucher thérapeutique, Healing Touch, polarité) chez les patients atteints de cancer. Sur 2 477 références examinées, 21 publications portant sur 1 375 patients ont été retenues, principalement des femmes atteintes d’un cancer du sein.

Ce que montrent les études
Étude : Hauptmann et al., Journal of Cancer Research and Clinical Oncology, 2023 (revue systématique, thérapies bioénergétiques dont le Reiki, en cancérologie).
Effectif : 21 publications, 1 375 patients, en majorité atteintes d’un cancer du sein.
Résultat : des améliorations à court terme de la qualité de vie, de la douleur et des nausées, sans différence durable à long terme. Le risque d’effets indésirables apparaît faible.
Limite : les études de bonne qualité ne retrouvent pas de différence entre ces approches et les groupes contrôles actifs (séance simulée, massage, relaxation, yoga, méditation, simple compagnie) ou passifs (soins habituels, repos). Seules les études de faible qualité montraient des effets significatifs.
Ce résultat est central pour comprendre la complémentarité. Il suggère que ce qui aide, dans une séance de Reiki, tient probablement en grande partie à ce que la séance partage avec d’autres moments de soin : le calme, l’allongement, le toucher respectueux, l’attention d’une personne disponible. Ce n’est pas rien quand on traverse une chimiothérapie, mais cela relativise toute idée d’un effet spécifique.

D’autres revues plus récentes vont dans le même sens prudent. En 2026, Zeliha Turan et Derya Tülüce ont analysé quatre études portant sur 339 femmes atteintes d’un cancer du sein. Elles rapportent une baisse possible de la fatigue et une amélioration du confort et du bien-être, avec une bonne tolérance, mais soulignent le faible nombre d’études, les petits effectifs et les différences de méthode.

Qualité de vie et soins palliatifs

Sur la qualité de vie, la méta-analyse de Kuiliang Liu et ses collègues, publiée en 2025 dans Systematic Reviews, a regroupé des essais randomisés portant sur 661 participants. Elle rapporte une amélioration de la qualité de vie après Reiki, mais l’effet est faible (différence moyenne standardisée de 0,28, intervalle de confiance de 0,01 à 0,56), avec une borne basse très proche de zéro. Cela correspond à un bénéfice possible mais modeste, qui doit être confirmé.

En soins palliatifs, la revue systématique de Raquel Pontes-Gomes et Paulo Reis-Pina (Université de Lisbonne), publiée en 2026 dans Palliative Medicine, a inclus neuf études et 415 participants, principalement atteints de cancer. Certaines rapportaient une amélioration de la douleur, de l’anxiété, de la fatigue ou du sommeil, et les témoignages évoquaient détente, confort et soutien émotionnel. Mais la certitude des preuves est jugée très faible, ce qui empêche toute conclusion ferme. Surtout, les effets indésirables étaient rarement recherchés : une seule étude les surveillait, et elle a rapporté un événement grave considéré comme possiblement lié à l’intervention. Ce point rappelle que « doux » ne veut pas dire « sans aucun risque », en particulier chez des personnes très fragiles.

Ce qu’en retient le NCCIH

Le centre américain National Center for Complementary and Integrative Health résume la situation de façon sobre : le Reiki n’a pas été clairement démontré comme utile pour un objectif de santé particulier, les études sur la douleur, l’anxiété et la dépression sont de qualité limitée et leurs résultats incohérents, et aucun effet nocif n’a été mis en évidence. Il recommande de discuter de toute décision de soins avec un professionnel de santé.

Pourquoi les résultats divergent : les limites méthodologiques à connaître

Comprendre ces limites vous aidera à lire les promesses que vous rencontrerez, que ce soit sur une plaquette, un site de praticien ou un article de presse.

Le problème du groupe contrôle simulé

Pour savoir si un effet est propre au Reiki, il faut le comparer à une séance qui lui ressemble en tout point sauf l’élément supposé actif. Les chercheurs utilisent donc souvent un « Reiki simulé » : une personne non formée reproduit les mêmes gestes et les mêmes positions des mains. Quand le Reiki et la séance simulée donnent des résultats proches, on parle d’effets non distincts du groupe contrôle simulé. C’est précisément ce que retrouvent plusieurs essais de bonne qualité. Ce constat n’annule pas le confort ressenti par les patients, mais il indique que ce confort tient probablement au cadre de la séance plutôt qu’à une « énergie » transmise.

Le contrôle simulé a lui-même des limites : il est difficile de masquer complètement l’intervention au praticien, et parfois au patient. Les mesures étant le plus souvent subjectives (douleur, anxiété, bien-être notés par le patient), l’attente d’un bienfait peut influencer les réponses.

Des effectifs trop petits

La plupart des essais incluent quelques dizaines de participants. Avec de tels effectifs, le hasard peut produire des résultats spectaculaires dans un sens ou dans l’autre, comme le montrent les tailles d’effet très dispersées calculées par Thrane et Cohen. Les méta-analyses tentent de compenser en regroupant les études, mais si les études de départ sont fragiles, la synthèse le reste aussi.

Des protocoles très différents

Durée de la séance (de 15 minutes à plus d’une heure), nombre de séances (une seule ou plus de huit), Reiki en présence ou à distance, niveau de formation du praticien, population étudiée (étudiants, personnes âgées, patients opérés, patients en soins palliatifs) : presque tout varie d’une étude à l’autre. Comparer ces travaux revient souvent à comparer des interventions différentes.

Des mesures à court terme

La grande majorité des études mesurent les symptômes juste avant et juste après la séance. Elles renseignent donc sur un soulagement immédiat, pas sur une amélioration durable de la qualité de vie ou du vécu de la maladie. La revue de Hauptmann et ses collègues ne retrouvait d’ailleurs pas de différence à long terme.

Des effets indésirables peu étudiés

Le Reiki est généralement présenté comme dépourvu de risque direct, et le NCCIH indique qu’aucun effet nocif n’a été mis en évidence. Mais les études recherchent rarement les effets indésirables de façon systématique. Surtout, le principal risque n’est pas dans la séance elle-même : il est indirect, lorsque la pratique conduit à retarder un diagnostic, à espacer ou à interrompre un traitement, ou à s’éloigner de l’équipe soignante.

Ce que le Reiki peut apporter, et ce qu’il ne peut pas apporter

À partir de ces données, on peut dresser un tableau réaliste, sans enthousiasme excessif ni rejet de principe.

Ce que le Reiki peut raisonnablement apporter à certaines personnes :

  • un moment de calme et de détente pendant un parcours de soins éprouvant ;
  • une sensation de confort et de bien-être immédiat, notamment pendant une perfusion ou avant un examen ;
  • une baisse ressentie de l’anxiété ou de la tension, au moins à court terme ;
  • une expérience de toucher respectueux et de présence attentive, parfois précieuse quand le corps est surtout l’objet d’examens et de gestes techniques.
Ce que le Reiki ne peut pas apporter :

  • un effet sur une tumeur, une infection, une maladie inflammatoire ou une lésion ;
  • un remplacement de la chimiothérapie, de la radiothérapie, de la chirurgie, de l’hormonothérapie, des antalgiques ou d’un traitement psychiatrique ;
  • un diagnostic : un praticien de Reiki n’est pas habilité à « détecter » une maladie ni à interpréter des symptômes ;
  • une garantie de résultat, quelle que soit la durée ou le prix des séances.
Il est utile aussi de garder en tête que des approches comparables, mieux étudiées pour certains symptômes, existent : activité physique adaptée pour la fatigue liée au cancer, hypnose pour l’anxiété procédurale, thérapies cognitives et comportementales ou pleine conscience pour la douleur chronique. Le Reiki n’entre pas en concurrence avec elles, mais il ne doit pas non plus les faire oublier.

Intégrer le Reiki en toute sécurité dans votre parcours de soins

Si, après avoir pesé ces éléments, vous souhaitez essayer le Reiki, voici les règles qui protègent votre santé.

Règle n°1 : informez votre médecin ou votre équipe soignante

Parlez-en à votre oncologue, à votre médecin traitant, au médecin de la consultation douleur ou à l’infirmière de coordination. Vous n’avez pas à demander une autorisation, mais l’information permet de coordonner les soins et d’éviter les mauvaises surprises : certaines situations demandent des précautions (cathéter central, chambre implantable, plaie opératoire, radiodermite, lymphœdème, fragilité osseuse, immunodépression importante avec risque infectieux). Votre équipe peut aussi vous indiquer si l’établissement propose une offre encadrée, souvent gratuite, et quelles autres approches de soins de support vous sont accessibles.

Règle n°2 : ne retardez et n’interrompez jamais un traitement

C’est la règle la plus importante. Aucun résultat d’étude ne justifie de décaler une chimiothérapie, de refuser une intervention chirurgicale, de diminuer un traitement antalgique ou d’arrêter un antidépresseur au profit du Reiki. En cas de cancer, toute décision concernant le traitement se prend avec votre oncologue, et avec lui seul. Un praticien qui vous suggère le contraire sort de son rôle.

Règle n°3 : ne laissez pas un symptôme nouveau sans avis médical

Une douleur qui change, une fièvre pendant une chimiothérapie, un essoufflement, un saignement, une grande faiblesse ou une confusion ne relèvent pas d’une séance de Reiki mais d’un avis médical rapide. En cas d’urgence vitale, appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Pour savoir quand une douleur doit amener à consulter, vous pouvez vous appuyer sur notre guide des signaux d’alerte de la douleur.

Règle n°4 : en cas de détresse psychique, le bon numéro est le 3114

Un diagnostic grave ou une douleur qui dure épuisent. Si vous avez des idées noires ou des pensées suicidaires, ou si vous êtes inquiet pour un proche, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Le Reiki ne remplace ni un psychologue, ni un psychiatre, ni un traitement en cours.

Règle n°5 : fixez-vous un objectif modeste et évaluez-le

Plutôt que d’attendre un changement profond, demandez-vous ce que vous attendez concrètement : vous détendre pendant les perfusions, mieux dormir la nuit qui suit une séance, vous sentir moins tendu avant un examen. Notez avant et après chaque séance votre niveau d’anxiété ou de douleur sur une échelle de 0 à 10, comme dans les études. Au bout de trois ou quatre séances, faites le point : si vous ne ressentez aucun bénéfice, rien ne justifie de continuer.

Le cas particulier de la douleur chronique

Lorsque la douleur dure depuis plus de trois mois, elle devient une maladie à part entière, avec ses mécanismes propres, comme nous l’expliquons dans notre article pour comprendre la douleur chronique. Sa prise en charge repose sur une approche globale, souvent coordonnée par une structure spécialisée douleur chronique : traitements médicamenteux adaptés, activité physique, approches psychologiques, kinésithérapie. Le Reiki peut éventuellement s’y ajouter comme moment de détente, mais il ne doit pas détourner de ce parcours ni conduire à multiplier les dépenses au détriment de soins mieux évalués.

Choisir un praticien de Reiki : les critères qui comptent

En France, le Reiki n’est pas une profession de santé réglementée. Il n’existe ni diplôme d’État, ni ordre professionnel, et n’importe qui peut se déclarer praticien après une formation de quelques jours. Notre article sur la formation et le cadre légal du praticien Reiki détaille les niveaux et les parcours. Pour une personne malade, quelques critères simples permettent de faire un choix plus sûr :

  • Transparence sur ce qu’est le Reiki : le praticien présente sa pratique comme un moment de détente et de bien-être, pas comme un traitement. Il ne parle ni de « soigner » votre maladie ni de résultats garantis.
  • Respect de votre suivi médical : il vous encourage à poursuivre vos traitements et à informer votre médecin. Il ne commente pas vos prescriptions.
  • Expérience auprès des personnes malades : une habitude de travail avec des patients en cancérologie ou en soins palliatifs, voire une intervention dans un établissement de santé dans un cadre défini, est un bon signe. Demandez comment il adapte la séance à votre état (position, durée, zones à éviter).
  • Tarifs clairs et annoncés à l’avance : pas de forfait de nombreuses séances à payer d’avance, pas de surcoût pour des « soins spéciaux ». Pour avoir des repères de prix et connaître les éventuelles prises en charge par les mutuelles, consultez notre article sur les tarifs et le remboursement du Reiki.
  • Respect du consentement : il vous explique où il va poser les mains, accepte que certaines zones ne soient pas touchées et vous laisse interrompre la séance à tout moment.
  • Hygiène et prudence : surtout pendant une chimiothérapie, il reporte la séance s’il est malade et respecte les précautions d’hygiène.
Vous pouvez trouver des praticiens près de chez vous dans notre annuaire de praticiens de Reiki et de thérapies complémentaires, puis appliquer ces critères lors du premier échange.

Les signaux de dérive : ce que la Miviludes appelle à surveiller

Les personnes malades, fatiguées ou inquiètes sont plus vulnérables aux discours qui promettent beaucoup. Selon son rapport d’activité 2022-2024, la Miviludes a reçu 4 571 signalements ou demandes d’information en 2024, contre 4 148 en 2022, et environ 37 % concernaient le domaine de la santé et du bien-être. Les signaux d’alerte qu’elle décrit s’appliquent pleinement au Reiki :

  • Le dénigrement de la médecine conventionnelle : le praticien critique votre oncologue, la chimiothérapie, les médicaments ou les examens.
  • La promesse d’un résultat miraculeux, en particulier si elle s’accompagne d’une incitation, même discrète, à arrêter ou à espacer un traitement.
  • La revendication d’un savoir exclusif : il serait le seul à pouvoir vous aider, avec des tarifs élevés et des séances qui se multiplient.
  • La pression pour couper les liens avec votre famille, vos amis ou vos soignants qui « ne comprendraient pas ».
  • Un discours pseudo-scientifique qui emprunte le vocabulaire médical (« cellules », « fréquences », « immunité », « détoxification ») pour donner une apparence de sérieux.
  • La culpabilisation : si la maladie progresse, ce serait parce que vous « bloquez l’énergie » ou que vous n’avez pas fait assez de séances.
Si vous reconnaissez l’un de ces signaux, interrompez les séances, parlez-en à votre médecin et, si besoin, signalez la situation à la Miviludes. Un proche peut aussi le faire s’il s’inquiète pour vous.

Comment parler du Reiki avec votre médecin

Beaucoup de patients n’osent pas aborder les pratiques complémentaires en consultation, par peur d’être jugés. Pourtant, la plupart des soignants préfèrent être informés. Voici une façon simple d’ouvrir la discussion :

  • « On m’a proposé des séances de Reiki pendant mes perfusions. Je ne compte rien changer à mon traitement, mais je voulais savoir si cela pose un problème dans ma situation. »
  • « Y a-t-il des précautions à prendre avec ma chambre implantable, ma cicatrice ou ma peau irradiée ? »
  • « L’hôpital propose-t-il des soins de support pour l’anxiété ou la douleur : psychologue, hypnose, sophrologie, activité physique adaptée ? »
  • « Si je ressens un mieux-être après les séances, est-ce que je peux vous en parler pour que nous en tenions compte dans mon suivi ? »
Si votre médecin émet une réserve précise, liée par exemple à votre état infectieux ou à votre fatigue, suivez-la. S’il n’y voit pas d’obstacle, vous pourrez essayer avec un cadre clair. Pour vous préparer à votre première séance, notre article sur le Reiki et l’apaisement du stress donne aussi des repères utiles sur ce que l’on ressent habituellement.

Questions fréquentes

Le Reiki peut-il remplacer un traitement contre le cancer ?

Non. Aucune étude ne montre d’effet du Reiki sur l’évolution d’un cancer, et les revues disponibles portent uniquement sur des symptômes comme l’anxiété, la douleur, la fatigue ou la qualité de vie. Le Reiki ne doit jamais retarder ni remplacer une chimiothérapie, une radiothérapie, une chirurgie ou une hormonothérapie. Toute question sur votre traitement se règle avec votre oncologue.

Pourquoi certains hôpitaux proposent-ils du Reiki si les preuves sont faibles ?

Parce que l’objectif n’est pas de traiter la maladie, mais d’offrir un moment de confort, sans risque direct notable, à des patients qui le demandent. Les évaluations de ces programmes, comme celle menée à Cleveland, montrent une satisfaction élevée et un mieux-être immédiat ressenti, mais sans groupe contrôle. En France, le Reiki ne fait pas partie du socle officiel des soins de support en cancérologie, et la Miviludes alerte sur sa diffusion sans encadrement médical dans certains établissements.

Le Reiki est-il dangereux ?

La séance elle-même ne présente pas de danger direct identifié selon le NCCIH, même si les effets indésirables sont rarement étudiés de façon rigoureuse, et une revue en soins palliatifs signale un événement grave possiblement lié. Le principal risque est indirect : retarder un diagnostic, interrompre un traitement ou s’éloigner de son équipe soignante. D’où l’importance d’informer votre médecin et de choisir un praticien qui respecte votre suivi.

Combien de séances faut-il prévoir ?

Il n’existe pas de protocole validé. Dans les études, les effets sur l’anxiété ont été observés après des interventions courtes (trois séances ou moins) ou des cycles de six à huit séances. Un essai de trois ou quatre séances, avec une auto-évaluation simple de votre anxiété ou de votre douleur, suffit pour savoir si cela vous apporte quelque chose. Méfiez-vous des forfaits de nombreuses séances payables d’avance.

Le Reiki est-il remboursé ?

Le Reiki n’est pas pris en charge par l’Assurance maladie. Certaines mutuelles proposent un forfait « médecines douces » qui peut, selon les contrats, couvrir une partie des séances. Dans certains établissements, des séances sont proposées gratuitement par des associations. Vérifiez auprès de votre mutuelle et de votre équipe soignante.

Que faire si je me sens moins bien après une séance ?

Une émotion forte, de la fatigue ou des pleurs peuvent survenir après un moment de relâchement, surtout en période de maladie. Mais tout symptôme physique nouveau ou inquiétant (douleur, fièvre, essoufflement, malaise) doit être signalé à votre équipe médicale, et en cas d’urgence il faut appeler le 15 ou le 112. Si la détresse psychique est importante ou si des idées suicidaires apparaissent, appelez le 3114.

En résumé

Le Reiki peut être un complément de confort dans un parcours de soins lourd, notamment en cancérologie ou dans la douleur chronique, à condition de rester exactement cela : un complément. Les essais et les revues rapportent des améliorations à court terme de l’anxiété, de la douleur ressentie et du bien-être, mais le niveau de preuve reste faible, et les études les plus rigoureuses trouvent souvent des effets non distincts du groupe contrôle simulé. Pour l’intégrer sans risque : informez votre médecin, ne retardez ni n’interrompez jamais un traitement, fixez-vous un objectif modeste, choisissez un praticien transparent et restez attentif aux signaux de dérive.

Si vous souhaitez essayer dans un cadre clair, vous pouvez trouver un praticien de Reiki près de chez vous dans l’annuaire ViziWell.

Sources

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  15. Dyer NL, Rodgers-Melnick SN, Fink KE, et al. Evaluation of a Reiki Volunteer Program within Two Cancer Infusion Centers. Journal of Pain and Symptom Management. 2025;69(3):e211-e219. PMID : 39613272. DOI : 10.1016/j.jpainsymman.2024.11.017
  16. National Center for Complementary and Integrative Health (NCCIH). Reiki. https://www.nccih.nih.gov/health/reiki
  17. Miviludes. Rapport d’activité 2022-2024 (avril 2025), présenté par Vidal : « Santé et bien-être en tête des signalements de dérives sectaires ». https://www.vidal.fr/actualites/31309-sante-et-bien-etre-en-tete-des-signalements-de-derives-sectaires.html
  18. Instruction DGOS/INCa du 23 février 2017 relative à l’amélioration de l’accès aux soins oncologiques de support des patients atteints de cancer.
⚕️ Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié.

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FW

Fabrice Wigishoff

Fondateur de ViziWell · Supervision éditoriale

Triple master en hypnose thérapeutique, 30 ans d'expérience en hypnothérapie et coaching. Spécialiste de l'arrêt du tabac, gestion du stress et préparation mentale. Passionné de neurosciences, Fabrice décrypte les études cliniques mondiales pour rendre les thérapies complémentaires accessibles à tous.

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Auteurs des sources scientifiques

ST

Susan Thrane

Professeure associée en sciences infirmières — The Ohio State University College of Nursing, États-Unis

Chercheuse en soins infirmiers et thérapies complémentaires, co-autrice de la revue 2014 sur les effets du Reiki sur la douleur et l'anxiété chez l'adulte, avec calcul des tailles d'effet.

XG

Xiulan Guo

Capital University of Physical Education and Sports, Beijing, China

RP

Raquel Pontes-Gomes

Center for Palliative Medicine, Faculty of Medicine, University of Lisbon, Portugal

JJ

Janine Joyce

Chercheuse, première autrice de la revue Cochrane sur le Reiki — Dunedin, Otago, Nouvelle-Zélande

Première autrice, avec G. Peter Herbison, de la revue Cochrane « Reiki for depression and anxiety » (2015), qui conclut à des données insuffisantes pour se prononcer.

ML

Myeong Soo Lee

PhD — Korea Institute of Oriental Medicine

Chercheur spécialisé dans l'évaluation méthodologique des médecines complémentaires, coauteur de nombreuses revues systématiques critiques, dont celle de 2008 sur le Reiki concluant à une absence de preuve d'efficacité.