Addiction comportementale vs addiction à une substance : les similitudes
Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie
🔎 Réponse en bref : une addiction se définit par un comportement devenu compulsif, une perte de contrôle et sa poursuite malgré des conséquences négatives, que l'objet soit une substance (alcool, tabac, opioïdes) ou un comportement (jeu d'argent, jeu vidéo). Les études d'imagerie montrent des chevauchements réels des circuits cérébraux de la récompense entre les deux familles, ce qui justifie le terme d'addiction comportementale. Mais à ce jour, seuls le trouble du jeu d'argent (DSM-5 et CIM-11) et le trouble du jeu vidéo (CIM-11) sont officiellement reconnus comme addictions sans substance ; les autres usages envahissants (écrans, achats, sport, alimentation) restent débattus. Autre nuance de taille : une addiction comportementale ne provoque ni toxicité d'organe ni sevrage physique potentiellement dangereux, contrairement à l'alcool ou aux opioïdes. Un autodiagnostic en ligne ne suffit pas : seule une évaluation par un médecin addictologue, un psychologue ou un CSAPA permet de faire la part entre une habitude envahissante et un véritable trouble.Vous passez des heures sur une application, vous rejouez « une dernière fois », vous faites des achats que vous regrettez aussitôt, ou vous ne tenez plus en place sans votre séance de sport quotidienne. Et une question revient : est-ce une mauvaise habitude, ou une vraie addiction ? Sur internet, on trouve autant de tests que de réponses contradictoires. Certains articles psychiatrisent le moindre penchant, d'autres balaient d'un revers de main l'idée même qu'on puisse être « accro » sans produit. La réalité est plus nuancée, et c'est précisément cette nuance que cet article s'efforce de restituer, sans dramatiser ni minimiser.
L'enjeu n'est pas théorique. Reconnaître une addiction comportementale trop vite, c'est risquer de transformer une souffrance ordinaire en diagnostic ; la nier trop longtemps, c'est laisser une personne s'enfoncer sans aide. Nous allons donc distinguer ce qui relève d'un consensus scientifique solide, ce qui reste discuté, et ce qui relève de l'abus de langage. Vous y trouverez des repères pour vous situer, et surtout une boussole claire : en cas de doute, l'étape utile n'est pas un quiz en ligne, mais un échange avec un professionnel formé.
Ce qui définit une addiction, indépendamment du produit
Avant de comparer addictions avec et sans substance, il faut s'entendre sur ce qu'est une addiction. Car le mot est devenu si courant qu'il a perdu de sa précision. On se dit « accro » au chocolat, à une série, à une personne. Ces usages métaphoriques sont inoffensifs dans la conversation, mais ils brouillent la compréhension d'un trouble qui, lui, est bien défini sur le plan clinique.
En addictologie, une addiction ne se résume pas à aimer beaucoup quelque chose, ni même à en consommer souvent. Elle se caractérise par un faisceau de signes qui traduisent une perte de liberté. La personne ne choisit plus vraiment : elle est entraînée. Les cliniciens s'accordent sur plusieurs dimensions centrales, qui valent quel que soit l'objet de la dépendance.
- La perte de contrôle : la personne consomme ou s'adonne au comportement plus longtemps, plus souvent ou plus intensément qu'elle ne le voudrait, malgré des tentatives répétées de réduire.
- Le craving : une envie intense, parfois irrépressible, qui envahit les pensées et s'impose même quand on souhaiterait s'en passer.
- La poursuite malgré les conséquences : on continue alors que les dégâts s'accumulent, sur la santé, les finances, le couple, le travail ou les études.
- L'envahissement : une part croissante du temps et de l'énergie est absorbée par l'activité, au détriment du reste de la vie.
- La souffrance ou l'altération du fonctionnement : le trouble génère une détresse ou une dégradation concrète du quotidien.
Dépendance physique et dépendance psychique : deux notions à ne pas confondre
Une source fréquente de confusion vient du mot « dépendance ». On distingue classiquement la dépendance physique, marquée par la tolérance (besoin d'augmenter les doses) et le sevrage physiologique à l'arrêt, et la dépendance psychique, dominée par le craving et la préoccupation mentale. Une addiction peut associer les deux, ou reposer surtout sur la seconde.
Les addictions comportementales se caractérisent précisément par une dépendance essentiellement psychique : il n'y a pas d'intoxication chimique d'un organe, et le « sevrage » éventuel se manifeste par de l'irritabilité, de l'anxiété ou une humeur maussade, non par les complications médicales graves que peut entraîner, par exemple, l'arrêt brutal de l'alcool. Cette distinction, nous le verrons, est l'une des différences les plus importantes et les plus souvent oubliées.
Ce que les classifications internationales reconnaissent aujourd'hui
C'est sans doute le point sur lequel l'information en ligne est la plus trompeuse. On lit partout des listes d'« addictions » au travail, au sport, au sexe, aux achats, au sucre, au smartphone. Or, dans les classifications médicales de référence, le périmètre reconnu est beaucoup plus restreint. Distinguer ce qui est officiellement reconnu de ce qui reste une hypothèse de recherche est une question d'honnêteté intellectuelle.
Deux grands systèmes font autorité. Le DSM-5, manuel de l'Association américaine de psychiatrie, et la CIM-11, la classification internationale des maladies de l'Organisation mondiale de la santé. Leur évolution récente est instructive.
| Trouble | DSM-5 (2013) | CIM-11 (entrée en vigueur 2022) | | :- | :- | :- | | Trouble du jeu d'argent | Reconnu comme addiction comportementale | Reconnu comme trouble lié à un comportement addictif | | Trouble du jeu vidéo | Mentionné en annexe, à étudier | Reconnu comme diagnostic (gaming disorder) | | Achats, sexe, écrans, sport, alimentation | Non reconnus comme addictions | Non reconnus comme addictions (le trouble du comportement sexuel compulsif figure ailleurs, parmi les troubles du contrôle des impulsions) |
Le trouble du jeu d'argent (ce que l'on appelait autrefois « jeu pathologique ») a été le premier à franchir le pas. Dans le DSM-5, il a quitté la catégorie des troubles du contrôle des impulsions pour rejoindre celle des troubles addictifs, précisément parce que les données neurobiologiques, cliniques et génétiques le rapprochaient des addictions aux substances. Comme le soulignent Grant et Chamberlain dans leur analyse comparative du DSM-5 et de la CIM-11, ce reclassement a marqué un tournant conceptuel : il devenait possible d'être « dépendant » sans aucune substance.
Le trouble du jeu vidéo a suivi un chemin plus récent et plus prudent. La CIM-11 l'a intégré comme diagnostic à part entière, tandis que le DSM-5 l'a seulement placé en annexe, parmi les affections nécessitant des recherches complémentaires. Cette différence de statut entre les deux manuels illustre bien que le champ est en construction. Saunders et ses coauteurs, dans le travail de délimitation du trouble du jeu vidéo qui a accompagné son inscription dans la CIM-11, insistent d'ailleurs sur la nécessité de critères stricts pour ne pas confondre une pratique intensive, même quotidienne, avec un véritable trouble.
Les grands absents : écrans, achats, sport, alimentation
Pour tout le reste, la prudence est de mise. L'usage problématique des smartphones et des réseaux sociaux, l'achat compulsif, la dépendance au sport ou certaines formes de dépendance alimentaire partagent des traits cliniques avec les addictions, et la recherche s'y intéresse activement. Mais aucun n'est, à ce jour, reconnu comme une addiction dans le DSM-5 ou la CIM-11. Zou et ses collègues, dans leur revue des définitions des addictions avec et sans substance, rappellent que la frontière entre comportement excessif et addiction véritable reste l'un des débats les plus vifs de la discipline.
Cela ne signifie pas que ces comportements ne font pas souffrir. Une personne submergée par les réseaux sociaux ou par les achats en ligne peut éprouver une réelle perte de contrôle. Simplement, la science n'a pas encore tranché la question de savoir s'il s'agit d'addictions au sens strict, de symptômes d'un autre trouble (anxiété, dépression, trouble du contrôle des impulsions), ou d'habitudes problématiques relevant d'un autre cadre. Notre article sur les réseaux sociaux et la dopamine, pour comprendre le piège addictif explore cette zone grise avec les mêmes précautions, tout comme celui consacré à l'addiction aux écrans et à l'hyperconnexion.
Le circuit de la récompense : les points communs réels
Si les addictions avec et sans substance sont rapprochées, ce n'est pas par analogie commode : c'est parce que l'imagerie cérébrale a mis en évidence des chevauchements concrets. Au cœur de cette parenté se trouve le circuit de la récompense, un réseau de régions reliant notamment l'aire tegmentale ventrale, le noyau accumbens et le cortex préfrontal, et dont la dopamine est le principal messager.
Ce circuit est ancien et vital. Il nous pousse à répéter ce qui favorise la survie : manger, tisser des liens, apprendre. Il fonctionne par anticipation : lorsqu'une expérience se révèle plus gratifiante que prévu, une bouffée de dopamine signale au cerveau « c'est important, recommence et souviens-toi ». Les substances addictives détournent ce mécanisme en provoquant une libération de dopamine bien supérieure à celle des récompenses naturelles. Or les comportements addictifs, comme le jeu d'argent, activent en partie les mêmes régions.
Ce que montrent les étudesAu-delà de l'imagerie, les ressemblances sont cliniques. On retrouve dans les deux familles le phénomène de craving, l'escalade (jouer des sommes croissantes pour retrouver la même excitation, qui évoque la tolérance), la poursuite malgré les pertes, les tentatives d'arrêt infructueuses et un soulagement transitoire suivi d'un mal-être. On retrouve aussi des facteurs de vulnérabilité partagés : impulsivité, antécédents familiaux, troubles de l'humeur ou de l'anxiété associés, et une survenue souvent précoce, à l'adolescence ou chez le jeune adulte, période où le cortex préfrontal est encore en maturation.
Les travaux d'imagerie cérébrale réunis par Balodis et Potenza mettent en évidence des points communs neurobiologiques et psychologiques entre le trouble du jeu d'argent et les troubles liés aux substances : réactivité des circuits de la récompense face aux signaux associés au jeu, difficultés de prise de décision, impulsivité et altérations du contrôle préfrontal. Potenza et ses coauteurs, dans la monographie de référence consacrée au trouble du jeu d'argent, décrivent un profil clinique et cérébral qui recoupe largement celui des addictions aux substances. Ces résultats restent toutefois en grande partie corrélationnels : ils décrivent des associations observées à l'échelle de groupes, et ne permettent pas, à eux seuls, d'affirmer que le comportement « cause » ces modifications ni de poser un diagnostic chez un individu donné.
Le rôle de l'apprentissage et des déclencheurs
Un autre point commun tient à la mémoire. Le cerveau n'enregistre pas seulement la récompense, mais tout ce qui l'entoure : lieux, horaires, émotions, personnes. Ces éléments deviennent des déclencheurs capables, longtemps après, de réveiller l'envie. Un joueur abstinent peut ressentir un craving intense en passant devant un établissement de jeu, exactement comme une personne dépendante à l'alcool devant un bar. Cette plasticité du cerveau, qui ancre les automatismes, explique pourquoi la volonté seule suffit rarement, et pourquoi les approches de prévention de la rechute accordent tant d'importance à l'identification des situations à risque.
Les différences que l'on oublie : sevrage physique, tolérance, toxicité
L'analogie entre addictions avec et sans substance est éclairante, mais elle a une limite que l'enthousiasme pour les images cérébrales fait parfois oublier. Mettre un signe d'égalité entre jouer de façon compulsive et consommer de l'héroïne serait une erreur, à la fois scientifique et humaine. Plusieurs différences majeures doivent être rappelées.
La première, et la plus importante sur le plan de la sécurité, est l'absence de toxicité directe. Une substance comme l'alcool, le tabac ou un opioïde est une molécule qui agit sur l'organisme et peut l'endommager : cirrhose, cancers, overdoses, atteintes cardiovasculaires. Un comportement, aussi envahissant soit-il, ne provoque pas d'intoxication d'organe. Les dommages d'une addiction comportementale sont bien réels, mais ils sont surtout psychologiques, sociaux et financiers (surendettement, isolement, dépression), non le fait d'une toxicité chimique.
La deuxième différence concerne le sevrage physique. L'arrêt de certaines substances peut déclencher un syndrome de sevrage dangereux : l'arrêt brutal de l'alcool ou des benzodiazépines, en particulier, peut entraîner des convulsions ou un delirium tremens, et nécessite un encadrement médical. Rien de tel avec une addiction comportementale : l'arrêt du jeu peut provoquer irritabilité, nervosité, troubles du sommeil ou humeur dépressive, mais pas de complication médicale aiguë mettant la vie en jeu par le seul fait du sevrage.
La troisième nuance porte sur la tolérance. Dans les addictions aux substances, elle a un substrat pharmacologique précis : le corps s'adapte à la molécule. Dans les addictions comportementales, on observe un phénomène d'escalade (jouer plus, plus gros, plus longtemps), mais son mécanisme n'est pas strictement superposable à la tolérance pharmacologique. Grant et Chamberlain soulignent justement que transposer mécaniquement tous les critères des substances aux comportements demande de la prudence.
| Dimension | Addiction à une substance | Addiction comportementale | | :- | :- | :- | | Toxicité d'organe | Possible, parfois sévère | Absente | | Sevrage physique dangereux | Possible (alcool, benzodiazépines, opioïdes) | Non | | Craving | Oui | Oui | | Perte de contrôle | Oui | Oui | | Chevauchement des circuits de récompense | Oui | Oui (documenté surtout pour le jeu d'argent) | | Reconnaissance officielle | Large | Limitée (jeu d'argent, jeu vidéo) |
Retenir ces différences n'affaiblit pas la réalité de la souffrance liée aux addictions comportementales. Cela permet au contraire une prise en charge adaptée : on n'aborde pas de la même manière un sevrage alcoolique, qui peut exiger une hospitalisation, et un accompagnement d'un trouble du jeu, essentiellement psychothérapeutique. Pour un exemple concret du versant « substance », notre article sur l'alcool et la dépendance, et les approches d'accompagnement illustre cette spécificité.
Pourquoi le terme « addiction » est parfois utilisé abusivement
Le succès du mot « addiction » a un revers. À force d'être appliqué à tout, il risque de ne plus rien désigner de précis, et de banaliser des troubles sévères tout en pathologisant des comportements ordinaires. Comprendre pourquoi ce glissement se produit aide à garder un regard juste.
D'abord, il y a la force de l'analogie cérébrale. Dire qu'une activité « libère de la dopamine » est devenu un argument marketing et un raccourci médiatique. Mais toute activité agréable mobilise la dopamine : un bon repas, une conversation, une musique. La présence de dopamine ne fait pas d'un plaisir une addiction. C'est la dérégulation durable du circuit, associée à la perte de contrôle et aux conséquences négatives, qui compte, pas la simple activation.
Ensuite, il y a un enjeu de société. Qualifier un produit ou un service d'« addictif » peut servir des intérêts variés : alerter sur des pratiques de conception qui captent l'attention, mais aussi, parfois, déresponsabiliser ou vendre des solutions. Il est légitime de s'interroger sur les mécanismes de captation de l'attention des applications, sans pour autant conclure que tout utilisateur intensif souffre d'une addiction caractérisée.
Enfin, il y a le besoin, très humain, de mettre un nom sur un malaise. Se dire « accro » peut être une façon de reconnaître qu'un comportement échappe au contrôle. C'est un signal à prendre au sérieux. Mais le mot employé dans la conversation n'est pas un diagnostic. Entre l'habitude un peu trop présente et le trouble constitué, il existe tout un dégradé, et seul un professionnel peut situer une personne sur ce continuum. L'exemple de l'addiction alimentaire et du sucre, et du cycle de la dépendance montre bien cette difficulté : le comportement est réel, la souffrance aussi, mais le statut nosographique reste discuté.
Repérer un basculement : critères cliniques et auto-questionnaires
Comment savoir, concrètement, si une habitude est devenue un problème ? Il n'existe pas de seuil magique en nombre d'heures ou de parties. Ce qui compte, ce sont les critères cliniques évoqués plus haut, appliqués avec honnêteté. Voici quelques questions, inspirées des grilles utilisées en consultation, qui peuvent servir de point de départ à une réflexion personnelle (et non de diagnostic).
- Ai-je déjà essayé de réduire ou d'arrêter sans y parvenir durablement ?
- Est-ce que je consacre à cette activité beaucoup plus de temps ou d'argent que je ne le voudrais ?
- Est-ce que j'y pense souvent lorsque je ne la pratique pas (préoccupation, craving) ?
- Est-ce que je continue malgré des conséquences négatives (disputes, dettes, fatigue, baisse des résultats) ?
- Est-ce que je mens ou minimise à ce sujet auprès de mes proches ?
- Est-ce que j'utilise cette activité pour fuir une émotion pénible (ennui, anxiété, tristesse) ?
- Est-ce que son absence me rend irritable ou anxieux ?
Le cas particulier des adolescents et de leurs parents
Les parents s'inquiètent souvent du temps que leurs enfants passent devant les écrans ou les jeux. Cette vigilance est saine, mais elle gagne à ne pas confondre une pratique intensive, fréquente à cet âge, avec un trouble. Les signaux d'alerte pertinents ne sont pas tant le nombre d'heures que leurs conséquences : décrochage scolaire, abandon des autres activités et des amis, troubles du sommeil, agressivité marquée lorsqu'on interrompt l'activité, mensonges répétés. Face à ces signes, le dialogue bienveillant et, si besoin, une consultation valent mieux qu'un affrontement ou qu'une interdiction brutale.
Les prises en charge disponibles et leur niveau de preuve
Bonne nouvelle : les addictions, avec ou sans substance, se soignent, et l'on peut s'en rétablir. Les approches diffèrent toutefois selon l'objet et selon la présence ou non d'une composante physique. Voici un panorama des prises en charge dont l'efficacité est la mieux étayée.
Pour les addictions comportementales, et le trouble du jeu d'argent en particulier, les psychothérapies occupent la première place. Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont les plus évaluées : elles aident à repérer les pensées qui entretiennent le comportement, à gérer le craving, à affronter les situations à risque et à prévenir la rechute. L'entretien motivationnel, qui renforce la motivation au changement sans brusquer, est souvent associé. Les groupes d'entraide peuvent compléter le dispositif. Potenza et ses coauteurs rappellent que, pour le jeu d'argent, les interventions psychologiques disposent du socle de preuves le plus solide, tandis que les traitements médicamenteux restent d'un intérêt plus limité et non spécifique.
Pour les addictions aux substances, la palette est plus large car elle peut inclure un volet médical. Selon le produit, un sevrage encadré, des traitements de substitution (par exemple pour les opioïdes ou le tabac) et un suivi des complications s'ajoutent à l'accompagnement psychologique. Là encore, les approches combinées, qui traitent aussi les troubles associés comme la dépression ou l'anxiété, donnent les meilleurs résultats.
Dans les deux cas, des approches complémentaires peuvent soutenir le travail de fond, toujours en appui d'un suivi spécialisé et jamais à sa place. La gestion du stress et des pulsions par des techniques corporelles, par exemple, est abordée dans nos articles sur la sophrologie pour gérer les pulsions par la relaxation et sur l'hypnose comme soutien complémentaire dans l'accompagnement des addictions. Ces méthodes ne remplacent pas une prise en charge, mais peuvent en améliorer le confort et l'adhésion.
Il faut enfin rappeler que le rétablissement est un processus, rarement linéaire. Une rechute n'efface pas les progrès ; elle fait souvent partie du chemin et invite à ajuster la stratégie plutôt qu'à baisser les bras. L'entourage joue ici un rôle déterminant, comme le détaille notre article sur le rôle de l'entourage dans la prévention de la rechute, et les stratégies du quotidien comptent autant que les séances, ainsi que le montre notre guide sur la prévention de la rechute et les stratégies au quotidien.
Où s'adresser en France : CSAPA, addictologue, associations
Si vous vous reconnaissez dans ce que vous venez de lire, pour vous-même ou pour un proche, l'étape utile n'est pas un test de plus, mais un contact avec un professionnel. Plusieurs portes d'entrée existent, gratuites et confidentielles pour certaines.
| Interlocuteur | Rôle principal | | :- | :- | | Médecin traitant | Premier interlocuteur, écoute, évaluation initiale et orientation | | Addictologue | Spécialiste du diagnostic et du traitement des addictions, avec et sans substance | | Psychologue | Accompagnement psychothérapeutique, travail sur les causes, les émotions et la prévention de la rechute | | CSAPA | Centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie, gratuits et confidentiels | | Associations et groupes d'entraide | Soutien par les pairs, pour la personne concernée comme pour l'entourage |
Le CSAPA est souvent le point de départ le plus simple : on peut y accéder sans avance de frais, parfois sans rendez-vous, et y rencontrer une équipe pluridisciplinaire. Le psychologue, lui, est un allié précieux pour explorer ce qui nourrit le comportement et pour construire des stratégies durables. Si vous souhaitez un accompagnement de ce type, vous pouvez consulter un psychologue près de chez vous via notre annuaire. Faire ce premier pas, même modeste, c'est déjà reprendre de l'espace sur le problème.
Lignes d'écoute et numéros utiles
Des services anonymes et gratuits peuvent vous informer, vous orienter et vous soutenir, que vous soyez directement concerné ou proche d'une personne en difficulté :
- Drogues Info Service : 0 800 23 13 13 (appel gratuit depuis un poste fixe)
- Alcool Info Service : 0 980 980 930
- Tabac Info Service : 39 89
- Joueurs Info Service (jeu d'argent et de hasard excessif) : 09 74 75 13 13
- En cas de détresse psychique intense ou d'idées suicidaires : appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible 24h/24 et 7j/7.
Questions fréquentes
Peut-on être réellement dépendant sans substance ?
Oui, pour certains comportements. Le trouble du jeu d'argent est reconnu comme une addiction à part entière dans le DSM-5 et la CIM-11, et le trouble du jeu vidéo dans la CIM-11. On parle alors d'addiction comportementale, car on y retrouve la perte de contrôle, le craving et la poursuite malgré les conséquences, avec des chevauchements cérébraux documentés. En revanche, pour la plupart des autres comportements (écrans, achats, sport), la science n'a pas encore établi qu'il s'agit d'addictions au sens médical strict. Être très pris par une activité n'est pas synonyme de dépendance.
Quelles addictions comportementales sont reconnues officiellement ?
À ce jour, deux seulement. Le trouble du jeu d'argent, reconnu par le DSM-5 (2013) et la CIM-11, et le trouble du jeu vidéo, reconnu par la CIM-11 (le DSM-5 le classe encore comme un domaine à étudier). Les autres usages envahissants ne figurent pas comme addictions dans ces classifications : ils font l'objet de recherches, mais leur statut reste débattu. Cette prudence des instances médicales mérite d'être connue, car elle contraste avec l'usage très large du mot « addiction » dans les médias.
Comment savoir si une habitude est devenue une addiction ?
En observant non pas la fréquence seule, mais la perte de contrôle et les conséquences. Si vous avez essayé de réduire sans y parvenir, si l'activité envahit votre temps ou votre budget, si vous continuez malgré des dommages, si elle vous sert à fuir des émotions et si son absence vous rend irritable, il est pertinent d'en parler. Ces signaux ne constituent pas un diagnostic : seule une évaluation par un addictologue, un psychologue ou un CSAPA permet de faire la part des choses, car d'autres troubles peuvent produire des symptômes voisins.
Les mécanismes cérébraux sont-ils les mêmes avec ou sans produit ?
En partie seulement. Les études d'imagerie montrent des chevauchements réels des circuits de la récompense, notamment pour le trouble du jeu d'argent, avec une réactivité comparable aux signaux déclencheurs et des difficultés de contrôle. Mais ces données sont surtout corrélationnelles, et des différences majeures demeurent : une addiction comportementale ne provoque ni intoxication d'organe, ni sevrage physique dangereux. L'analogie cérébrale est donc utile pour comprendre, mais elle ne doit pas faire oublier ce qui distingue un comportement d'une substance.
Qui consulter pour une addiction sans produit ?
Vous pouvez commencer par votre médecin traitant, qui écoutera et orientera. Pour une prise en charge spécialisée, l'addictologue et le psychologue sont les interlocuteurs de référence, et les CSAPA offrent un accueil gratuit et confidentiel avec une équipe pluridisciplinaire. Les thérapies cognitivo-comportementales et l'entretien motivationnel sont les approches les mieux évaluées pour les addictions comportementales. Des associations et groupes d'entraide complètent utilement ce dispositif, pour la personne concernée comme pour ses proches.
Ce qu'il faut retenir
Peut-on être dépendant sans substance ? Oui, mais pas de tout, et pas n'importe comment. La réponse honnête tient en trois temps. D'abord, une addiction se définit par la perte de contrôle, le craving et la poursuite malgré les conséquences, indépendamment de l'objet : c'est un fonctionnement, pas une substance. Ensuite, les classifications internationales ne reconnaissent aujourd'hui que deux addictions comportementales, le trouble du jeu d'argent et le trouble du jeu vidéo ; pour les écrans, les achats ou le sport, le débat reste ouvert et la prudence s'impose. Enfin, si les circuits cérébraux de la récompense se chevauchent réellement, les différences comptent tout autant : une addiction comportementale ne provoque ni toxicité ni sevrage physique dangereux, ce qui change la prise en charge.
Le fil conducteur de cet article est un refus de deux excès : ne pas psychiatriser des habitudes ordinaires, et ne pas minimiser une souffrance réelle. Entre les deux, il y a une démarche simple et efficace : en cas de doute, demander l'avis d'un professionnel plutôt que de s'en remettre à un test en ligne. Les addictions se soignent, on peut s'en rétablir, et l'accompagnement fait une différence décisive.
Si vous vous interrogez sur votre rapport à un comportement, ou sur celui d'un proche, le plus utile n'est pas de trancher seul, mais d'ouvrir le dialogue avec un soignant formé. Vous pouvez dès aujourd'hui prendre contact avec un psychologue via notre annuaire pour une première évaluation bienveillante. Ce premier pas ne vous engage à rien, sinon à mieux comprendre ce qui se joue, et à décider ensuite en connaissance de cause.
Sources
- Potenza MN, Balodis IM, Derevensky J, Grant JE, Petry NM, Verdejo-Garcia A, Yip SW. Gambling disorder. Nature Reviews Disease Primers. 2019;5(1):51. PMID: 31346179. DOI: 10.1038/s41572-019-0099-7.
- Balodis IM, Potenza MN. Common neurobiological and psychological underpinnings of gambling and substance-use disorders. Progress in Neuro-Psychopharmacology & Biological Psychiatry. 2020;99:109847. PMID: 31862419. DOI: 10.1016/j.pnpbp.2019.109847.
- Grant JE, Chamberlain SR. Expanding the definition of addiction: DSM-5 vs. ICD-11. CNS Spectrums. 2016;21(4):300-303. PMID: 27151528. DOI: 10.1017/S1092852916000183.
- Zou Z, Wang H, d'Oleire Uquillas F, Wang X, Ding J, Chen H. Definition of Substance and Non-substance Addiction. Advances in Experimental Medicine and Biology. 2017;1010:21-41. PMID: 29098666. DOI: 10.1007/978-981-10-5562-1_2.
- Saunders JB, Hao W, Long J, King DL, Mann K, Fauth-Bühler M, et al. Gaming disorder: Its delineation as an important condition for diagnosis, management, and prevention. Journal of Behavioral Addictions. 2017;6(3):271-279. PMID: 28816494. DOI: 10.1556/2006.6.2017.039.
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