L'avenir de l'hypnose médicale : recherches en cours et perspectives
Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie
🔎 Réponse en bref : La recherche sur l'hypnose médicale avance vite, mais de façon inégale. Le socle le plus solide concerne les gestes médicaux et la chirurgie : une méta-analyse de 50 essais randomisés (4 269 patients) retrouve une baisse de la détresse, de la douleur et de la consommation de médicaments, avec des effets modérés et très variables d'une étude à l'autre (Holler et al., Clinical Psychology Review, 2021). Les pistes nouvelles (imagerie cérébrale, réalité virtuelle, stimulation magnétique, applications) sont prometteuses mais reposent encore surtout sur des études pilotes. Pour vous, cela signifie une aide complémentaire crédible, jamais un remplacement des soins.Vous avez peut-être entendu parler d'une opération réalisée « sous hypnose », vu passer un reportage sur un casque de réalité virtuelle qui apaise avant une chimiothérapie, ou lu qu'une étude de Stanford « augmentait l'hypnotisabilité » grâce à une stimulation du cerveau. Et vous vous demandez, légitimement, où est la frontière entre l'effet d'annonce et ce qui est réellement établi. Peut-être avez-vous une intervention programmée, une douleur qui dure, un examen qui vous angoisse, et vous voulez savoir si l'hypnose peut avoir une place dans votre parcours, sans vous raconter d'histoires.
Cet article fait le point, en octobre 2026, sur ce que la recherche a consolidé, ce qu'elle explore, et ce qu'elle ignore encore. Nous avons vérifié chaque étude citée (titre, revue, année, identifiant PubMed ou DOI) et, pour les essais « en cours », leur enregistrement sur le registre public ClinicalTrials.gov. Quand la preuve est mince, nous le disons.
Ce que vous vivez : beaucoup de promesses, peu de repères
Le premier problème n'est pas l'hypnose elle-même, c'est le brouillard autour d'elle. D'un côté, des services hospitaliers de plus en plus nombreux proposent l'hypnose en salle de réveil, en radiologie interventionnelle, en maternité ou en oncologie. De l'autre, une offre privée très hétérogène, où l'on trouve des praticiens formés en milieu hospitalier comme des formations éclair de quelques jours. Entre les deux, des titres d'articles qui parlent de « révolution » ou de « fin de l'anesthésie ».
Résultat : beaucoup de personnes arrivent avec deux attentes contradictoires. Soit l'espoir que l'hypnose va régler à elle seule une douleur ancienne, soit la méfiance d'avoir affaire à du spectacle. La réalité scientifique se situe entre ces deux pôles, et elle est plus intéressante que l'un comme l'autre. Si vous découvrez le sujet, notre article sur l'hypnose médicale, ses bienfaits et ses applications pose les bases avant d'entrer dans les recherches récentes.
Il faut aussi savoir que « l'hypnose médicale » recouvre des pratiques très différentes. Il y a l'hypnose conversationnelle utilisée par un soignant pendant un geste (une prise de sang, une pose de cathéter), l'hypnosédation qui associe hypnose et anesthésie locale pendant une chirurgie, les séances d'hypnose thérapeutique pour une douleur chronique ou un syndrome de l'intestin irritable, l'auto-hypnose apprise pour être pratiquée seul, et désormais des formats enregistrés, numériques ou immersifs. Ces pratiques n'ont pas le même niveau de preuve. Les mettre dans le même sac est la source de beaucoup de malentendus.
La photo d'ensemble : vingt ans de méta-analyses
Pour savoir où en est vraiment la recherche, le meilleur point de départ est une « revue de revues », c'est-à-dire un travail qui rassemble toutes les méta-analyses disponibles sur un sujet. C'est exactement ce qu'ont fait Jenny Rosendahl et ses collègues de l'hôpital universitaire d'Iéna, en Allemagne.
Ce que montrent les étudesQue retenir de cette vue d'ensemble ? D'abord que l'hypnose n'est plus un sujet marginal : des centaines d'essais randomisés existent. Ensuite que l'essentiel de la preuve se concentre sur deux terrains précis, les gestes médicaux et la douleur. Enfin, que la qualité méthodologique reste le point faible : petits effectifs, difficulté à comparer à un groupe témoin crédible, grande variété de protocoles. Les auteurs eux-mêmes appellent à comparer l'hypnose aux interventions déjà établies et à identifier les personnes qui n'en tirent pas de bénéfice. C'est là que se joue l'avenir de la discipline.
Étude : Rosendahl, Alldredge et Haddenhorst, Frontiers in Psychology, 2023, revue systématique de méta-analyses publiées depuis 2000.
Effectif : 49 méta-analyses regroupant 261 essais randomisés distincts.
Résultat : les preuves les plus robustes concernent les patients qui subissent des gestes médicaux (12 revues, 79 essais) et les patients douloureux (4 revues, 65 essais). Parmi les effets rapportés, 25,4 % étaient moyens et 28,8 % importants. Les effets les plus nets apparaissent pour la douleur, les gestes médicaux et chez les enfants et adolescents.
Limite : seules 9 méta-analyses sur 49 ont été jugées de haute qualité méthodologique, et beaucoup d'essais se recoupent d'une revue à l'autre.
Pour un panorama indication par indication, vous pouvez lire notre synthèse sur les preuves méta-analytiques de l'hypnose selon les troubles.
Chirurgie et gestes médicaux : le terrain le mieux étudié
Ce qu'est l'hypnosédation
L'hypnosédation est née dans les années 1990, notamment au CHU de Liège en Belgique, où des équipes d'anesthésie ont commencé à opérer certains patients sous anesthésie locale associée à un accompagnement hypnotique, au lieu d'une anesthésie générale. Le principe n'est pas de « remplacer » l'anesthésie : l'anesthésie locale reste en place, l'anesthésiste reste présent, et la possibilité de basculer vers une sédation ou une anesthésie générale est toujours prévue. L'hypnose sert à réduire l'anxiété, à modifier le vécu de la douleur et, parfois, à diminuer les doses de sédatifs ou d'antalgiques nécessaires.
Concrètement, la personne reste consciente, elle peut répondre aux questions, mais son attention est focalisée sur une expérience intérieure guidée (un souvenir agréable, un lieu ressource) pendant que l'intervention se déroule. Ce n'est ni un sommeil ni une perte de contrôle. Une revue publiée dans le Handbook of Clinical Neurology en 2019 décrit cette pratique comme associée à un meilleur confort peropératoire, à une réduction de l'anxiété et de la douleur périopératoires, et à une diminution des besoins en médicaments sédatifs ou antalgiques, tout en impliquant des régions cérébrales comme le cortex cingulaire antérieur et le cortex préfrontal.
Ce que montrent les essais
Ce que montrent les étudesCes chiffres méritent d'être traduits. Un effet de 0,37 sur la douleur, c'est un effet petit à modéré : perceptible en moyenne, mais loin d'une disparition de la douleur. L'effet sur la détresse est plus marqué, ce qui correspond à ce que décrivent beaucoup de patients : ils ne souffrent pas « zéro », mais ils vivent l'intervention avec beaucoup moins d'angoisse. Pour la personne qui doit se faire opérer, c'est souvent ce qui compte le plus.
Étude : Holler et al., Clinical Psychology Review, 2021, méta-analyse actualisée d'essais randomisés chez l'adulte opéré.
Effectif : 50 essais, 4 269 patients.
Résultat : effets favorables à l'hypnose sur la détresse psychologique (g = 0,55, il faut traiter environ 3 personnes pour qu'une en bénéficie), la douleur (g = 0,37), la consommation de médicaments (g = 0,46), la récupération (g = 0,26) et la durée de l'intervention (g = 0,23). Pas d'effet net sur les paramètres physiologiques (tension, fréquence cardiaque).
Limite : les résultats varient fortement d'une étude à l'autre, sans que les auteurs puissent expliquer pourquoi. Pour la plupart des critères, l'intervalle de prédiction inclut l'absence d'effet : dans un hôpital donné, l'effet observé peut être nul.
Les études d'observation en chirurgie du sein
L'équipe des Cliniques universitaires Saint-Luc, à Bruxelles, a publié plusieurs travaux sur l'hypnosédation en chirurgie du cancer du sein. Dans une étude d'observation de 300 patientes (150 sous anesthésie générale, 150 sous hypnosédation), la durée d'hospitalisation était plus courte dans le groupe hypnose (3 jours contre 4,1) et l'anxiété postopératoire plus basse (Berlière et al., The Breast, 2018). Une étude ultérieure de 284 patientes a retrouvé des marqueurs inflammatoires (CRP, rapport neutrophiles sur lymphocytes) plus bas au premier jour chez les patientes ayant bénéficié de l'hypnosédation (Cancers, 2024).
Ces résultats sont intéressants, mais il faut les lire avec prudence : il ne s'agit pas d'essais randomisés. Les patientes qui choisissent l'hypnosédation ne sont peut-être pas comparables à celles qui préfèrent l'anesthésie générale (moins anxieuses au départ, chirurgies différentes, motivation plus forte). Ces travaux ouvrent des pistes, notamment sur le lien entre stress périopératoire et inflammation, mais ils ne permettent pas de conclure que l'hypnose « réduit l'inflammation » de façon causale.
Pour les soins dentaires, qui sont un autre terrain d'application fréquent, voyez notre article sur l'hypnose et l'hypnosédation chez le dentiste.
Douleur : des données plus nombreuses, des effets réels mais modestes
En laboratoire, un effet clair
La douleur est le domaine où l'hypnose a été le plus étudiée en conditions contrôlées. En laboratoire, on peut provoquer une douleur standardisée (chaleur, froid, pression) chez des volontaires et mesurer précisément l'effet d'une suggestion hypnotique.
Ce que montrent les étudesCe travail a une conséquence importante : il montre que la réponse à l'hypnose dépend fortement de la personne. Nous y reviendrons, car c'est l'un des grands chantiers de la recherche actuelle.
Étude : Thompson et al., Neuroscience and Biobehavioral Reviews, 2019, méta-analyse d'essais expérimentaux contrôlés.
Effectif : 85 études, 3 632 participants en bonne santé.
Résultat : effet antalgique de l'hypnose sur tous les critères (intensité, seuil et tolérance à la douleur), avec des tailles d'effet de 0,54 à 0,76. Avec des suggestions antalgiques directes, la réduction de la douleur atteint 42 % chez les personnes très suggestibles et 29 % chez les personnes moyennement suggestibles. Le bénéfice est minime chez les personnes peu suggestibles.
Limite : il s'agit de douleurs provoquées chez des volontaires sains. Les auteurs soulignent qu'il faut des données cliniques de haute qualité pour savoir si ces résultats valent pour la douleur chronique.
En clinique, un complément plutôt qu'un traitement isolé
Pour la douleur chronique, les données sont moins nombreuses. Une méta-analyse menée au CHU de Poitiers a rassemblé les essais randomisés sur l'hypnose dans les douleurs musculo-squelettiques et neuropathiques chroniques (Langlois et al., Neuroscience and Biobehavioral Reviews, 2022). Sur 9 essais et 530 participants, l'hypnose s'accompagnait d'une baisse modérée de l'intensité douloureuse (g = -0,42) et du retentissement de la douleur sur la vie quotidienne (g = -0,39). Détail qui compte : l'effet devenait plus net à partir de 8 séances (g = -0,56), alors qu'il était faible et non significatif en dessous.
Un autre travail, publié en 2024 dans Pain Reports par une équipe de l'université d'Australie-Méridionale, pose une question encore plus proche de la pratique réelle : que gagne-t-on à ajouter l'hypnose à un traitement déjà en place ? Sur 70 essais (6 078 participants), l'hypnose ajoutée aux soins habituels réduisait la douleur d'environ 7 à 9 points sur une échelle de 0 à 100, selon le contexte (douleur chronique, gestes médicaux, soins de brûlures). Ajoutée à des médicaments dans la douleur chronique, la réduction atteignait environ 13 points. Mais les auteurs jugent la certitude globale des preuves « très faible ».
Traduisons encore. Sept à neuf points sur cent, c'est peu à l'échelle d'une seule mesure, mais pour une personne qui vit avec une douleur quotidienne, c'est parfois la différence entre une journée gérable et une journée subie, surtout si cela s'ajoute à d'autres leviers. Ce n'est pas une solution miracle, c'est une pièce du puzzle. Pour aller plus loin sur ce sujet précis, lisez notre article sur l'hypnose et la douleur chronique selon les méta-analyses, et pour comprendre pourquoi la douleur persiste parfois sans lésion visible, notre dossier sur les mécanismes de la douleur chronique.
Imagerie cérébrale : ce que l'on voit (et ne voit pas) dans le cerveau
Un état cérébral identifiable
Pendant longtemps, la question « l'hypnose existe-t-elle vraiment ? » a divisé les chercheurs. L'imagerie cérébrale a largement déplacé le débat. On sait aujourd'hui que l'état hypnotique s'accompagne de modifications mesurables de l'activité cérébrale, distinctes du simple repos ou de l'évocation d'un souvenir.
L'étude de référence sur ce point vient de l'université Stanford (Jiang et al., Cerebral Cortex, 2017). Les chercheurs ont sélectionné 57 personnes très ou très peu hypnotisables parmi 545 volontaires, puis ont observé leur cerveau en IRM fonctionnelle au repos, pendant l'évocation d'un souvenir et pendant deux expériences d'hypnose guidée. Trois changements caractérisaient l'état hypnotique :
- une baisse d'activité du cortex cingulaire antérieur dorsal, une région impliquée dans la détection des conflits et la vigilance, ce qui correspond à l'absorption et au fait de « lâcher » le contrôle critique ;
- un renforcement des connexions entre le cortex préfrontal dorsolatéral (réseau du contrôle exécutif) et l'insula (réseau de saillance), une zone clé de la perception du corps, ce qui pourrait expliquer la capacité à moduler des sensations physiques ;
- une diminution des connexions entre ce même cortex préfrontal et le réseau du mode par défaut, impliqué dans le discours intérieur et la conscience de soi, ce qui correspond à la moindre « auto-observation » décrite pendant l'hypnose.
Douleur et cerveau sous hypnose
D'autres travaux d'imagerie, dont ceux menés de longue date à Liège, ont montré que les suggestions hypnotiques modifient l'activité des régions qui traitent la douleur, notamment le cortex cingulaire antérieur, ainsi que leurs connexions avec le cortex préfrontal, le thalamus et les ganglions de la base. Autrement dit, sous hypnose, le signal nerveux de la douleur arrive bien au cerveau, mais la façon dont il est traité, évalué et ressenti change. C'est cohérent avec ce que rapportent les patients : « je sentais le geste, mais il ne me dérangeait pas ». Notre article sur les endorphines et l'hypnose détaille certaines hypothèses biologiques sur cette modulation.
La limite de ces travaux est leur taille : les études d'imagerie portent souvent sur quelques dizaines de personnes, en majorité des volontaires en bonne santé. Les extrapoler à un patient douloureux chronique, dont le système nerveux a pu se sensibiliser au fil des années, reste une hypothèse.
Hypnotisabilité : le grand chantier de la personnalisation
Pourquoi l'hypnose « prend » plus chez certains
Toutes les personnes ne répondent pas de la même manière aux suggestions hypnotiques. Les chercheurs parlent d'hypnotisabilité, une caractéristique assez stable dans le temps, que l'on peut mesurer par des tests standardisés. Une partie des personnes est peu hypnotisable, beaucoup se situent dans une zone moyenne, et une minorité est très réceptive. La méta-analyse de Thompson citée plus haut montre à quel point ce trait pèse : 42 % de réduction de la douleur chez les personnes très suggestibles, 29 % chez les moyennes, et presque rien chez les peu suggestibles.
Ce constat a deux implications pratiques. D'abord, une partie des résultats décevants dans certains essais s'explique peut-être par le fait qu'ils mélangent des personnes très et peu répondeuses. Ensuite, si vous avez essayé l'hypnose sans ressentir grand-chose, ce n'est ni un échec personnel ni la preuve que « vous n'y croyez pas ». C'est peut-être simplement votre profil, et d'autres approches corps-esprit pourraient mieux vous convenir.
Peut-on augmenter l'hypnotisabilité ? L'essai SHIFT
C'est sans doute la piste la plus futuriste de la recherche actuelle. Puisque l'imagerie a montré le rôle du cortex préfrontal dorsolatéral gauche, une équipe de Stanford a testé l'idée de moduler cette région par stimulation magnétique transcrânienne, une technique non invasive déjà utilisée en psychiatrie.
Ce que montrent les étudesUn commentaire publié dans Cell Reports Medicine (Marchand, 2024) souligne l'intérêt de cette approche pour les patients douloureux qui répondent peu à l'hypnose. Mais soyons clairs : on est au stade de la preuve de concept. Personne ne propose aujourd'hui une stimulation magnétique avant une séance d'hypnose en pratique courante, et il faudra plusieurs essais supplémentaires pour savoir si cela améliore réellement la douleur ou la qualité de vie. C'est un signal intéressant pour l'avenir, pas une option disponible.
Étude : Faerman et al., Nature Mental Health, 2024, essai randomisé en double aveugle, préenregistré (SHIFT).
Effectif : 80 personnes atteintes de fibromyalgie, peu ou moyennement hypnotisables.
Résultat : 92 secondes de stimulation magnétique ciblée (theta-burst continu) sur une zone du cortex préfrontal dorsolatéral gauche définie par l'imagerie de chaque patient ont augmenté l'hypnotisabilité davantage qu'une stimulation simulée (p = 0,046).
Limite : l'effet était transitoire (plus de différence entre les groupes une heure après), l'essai ne mesurait pas l'effet sur les symptômes (douleur, fatigue), et la réponse variait d'une personne à l'autre.
Réalité virtuelle et hypnose : une alliance prometteuse, mais nuancée
Le principe
La « réalité virtuelle hypnotique » combine un casque immersif (paysages sous-marins, forêts, voyage dans l'espace) avec une voix qui guide une induction hypnotique et une musique adaptée. L'idée est séduisante pour les hôpitaux : un outil standardisé, utilisable sans hypnothérapeute formé présent en permanence, qui pourrait apaiser l'anxiété et réduire la douleur pendant un geste. Plusieurs solutions commerciales sont déjà utilisées dans des services français et belges. Nous avons consacré deux articles à ce sujet : hypnose et réalité virtuelle en milieu de soins et la combinaison réalité virtuelle et hypnose contre la douleur et l'anxiété.
Ce que montrent les essais récents
Les résultats publiés depuis 2024 dessinent un tableau contrasté, et c'est précisément ce qui les rend utiles.
Ce que montrent les étudesD'autres essais sont plus réservés. Dans un essai pilote de 120 patients recevant une chambre implantable sous anesthésie locale, la réalité virtuelle hypnotique n'a pas réduit significativement la douleur ni l'anxiété par rapport au groupe sans casque, avec seulement une tendance à une moindre consommation de certains médicaments (Steinkraus et al., Perioperative Medicine, 2024). En chirurgie ambulatoire du pied, un essai belge de 57 patients a comparé la réalité virtuelle seule, la réalité virtuelle avec hypnose et une sédation habituelle par midazolam pendant la pose des anesthésies locorégionales : la satisfaction, l'anxiété et la récupération étaient comparables entre les trois groupes (Carella et al., Regional Anesthesia and Pain Medicine, 2026). Cela peut se lire de deux façons : l'outil immersif n'a pas fait mieux que le médicament, mais il n'a pas fait moins bien non plus, sur un petit effectif.
Étude : Doncker et al., Supportive Care in Cancer, 2026, essai randomisé chez des patients d'hématologie placés en isolement protecteur.
Effectif : 60 adultes (30 avec réalité virtuelle hypnotique, 30 avec une activité témoin), 20 minutes par jour pendant 3 jours.
Résultat : l'anxiété du moment a baissé plus fortement avec la réalité virtuelle hypnotique (-6,4 points) qu'avec l'activité témoin (-1,9 point).
Limite : essai ouvert dans un seul centre, et beaucoup de questionnaires manquants au 2e et au 3e jour. La douleur, déjà faible, n'a pas différé entre les groupes.
Enfin, une étude expérimentale de l'université de Liège apporte une nuance importante (Rousseaux et al., European Journal of Pain, 2025). Chez 24 volontaires sains soumis à une douleur électrique standardisée, l'hypnose de relaxation, la réalité virtuelle seule et la réalité virtuelle hypnotique ont toutes réduit la douleur et le réflexe nociceptif, mais sans différence entre elles. Les auteurs concluent que la réalité virtuelle seule est déjà efficace et qu'ajouter l'hypnose ne donne pas toujours un meilleur résultat, la combinaison pouvant même créer des interférences dans certains cas. De même, dans un essai israélien de 67 patients avant une ponction de moelle osseuse, c'est la réalité virtuelle seule (et non un enregistrement d'hypnose de 7 minutes) qui a le plus réduit les inquiétudes juste avant le geste, un effet qui ne persistait pas après (Levy Yurkovski et al., Scientific Reports, 2025).
Ce qu'il faut en retenir
La réalité virtuelle hypnotique est un outil réel, bien toléré, qui semble utile surtout contre l'anxiété liée à un geste ou à une hospitalisation. Pour la douleur, les résultats sont plus inconstants. Et la question de savoir si c'est l'hypnose, l'immersion ou simplement la distraction qui agit n'est pas tranchée. Si un service vous propose un casque avant un examen, rien ne vous empêche d'accepter : les effets indésirables rapportés sont rares (nausées liées à l'immersion, inconfort). Mais n'en attendez pas un effet garanti, et n'hésitez pas à signaler si l'expérience vous gêne. Si c'est l'IRM qui vous inquiète, notre article sur l'angoisse dans le tunnel de l'IRM et l'hypnose propose des repères concrets.
Les essais en cours : ce que l'on saura dans les prochaines années
Vous lirez parfois que « de nombreuses études sont en cours ». C'est vrai, et c'est vérifiable. Une recherche sur le registre public ClinicalTrials.gov, réalisée le 9 octobre 2026, retrouve environ 70 études enregistrées comme « en recrutement » qui mentionnent l'hypnose parmi leurs interventions (toutes ne portent pas uniquement sur l'hypnose). Parmi les 40 premières études listées, près de la moitié ont leur premier centre en France, en Belgique ou en Suisse, signe du dynamisme francophone sur ce sujet. Voici quelques exemples dont l'enregistrement est consultable, classés par thème. Leur présence sur le registre ne préjuge en rien de leurs résultats.
Chirurgie et réduction des opioïdes. Un essai américain évalue l'effet d'une hypnose délivrée par des infirmières pendant la chirurgie du cancer du sein sur la consommation d'opioïdes (NCT05766891). En France, l'essai HYPNO-APP teste une hypnose sur smartphone contre la douleur aiguë après une opération (NCT05854914). Si ces essais confirment une épargne en opioïdes, ce serait un argument de poids, car la réduction de ces médicaments est une priorité de santé publique.
Réalité virtuelle hypnotique. Au CHU Grenoble Alpes, l'essai HYPNOSURG-VR prévoit de randomiser 130 hommes devant subir une biopsie de prostate sous anesthésie locale, avec ou sans réalité virtuelle hypnotique, le critère principal étant la douleur maximale évaluée par un examinateur qui ignore le groupe du patient (protocole publié dans l'International Journal of Surgery Protocols, 2025). Au Canada, deux essais dont les protocoles sont publiés et enregistrés comparent la réalité virtuelle hypnotique à la réalité virtuelle seule chez des personnes âgées souffrant d'arthrose de la main (NCT06833905, 80 participants prévus, protocole dans BMJ Open, 2025) et chez des patients greffés de cellules souches en hématologie (NCT06817759, 60 participants prévus, protocole dans PLOS ONE, 2026). À la date de notre consultation, ces deux derniers essais apparaissaient encore comme « pas encore en recrutement » sur le registre, leurs résultats ne sont donc pas attendus avant plusieurs mois. Aux Pays-Bas, un essai étudie l'association hypnose et réalité virtuelle contre les démangeaisons (NCT06787794).
Sommeil, ménopause et soins de support. En France, l'essai HypERR évalue une hypnothérapie dans l'insomnie chronique prise en charge en médecine générale (NCT06898099), et un autre teste une solution d'auto-hypnose numérique guidée contre les bouffées de chaleur chez des femmes sous hormonothérapie après un cancer (NCT06552091). Sur ce dernier sujet, notre article sur l'hypnose et les bouffées de chaleur rappelle les résultats déjà publiés.
Enfants et neurologie. Aux Pays-Bas, un essai teste des exercices d'hypnose médicale en ligne pour la santé mentale d'enfants d'école primaire (NCT07157358). En Suisse, une étude explore l'effet de l'hypnose sur l'attention chez des personnes ayant eu un AVC, un traumatisme crânien ou une sclérose en plaques (NCT07256704).
Ce panorama dit quelque chose d'important : la recherche s'éloigne de la question « est-ce que l'hypnose marche ? » pour aller vers des questions plus fines. Chez qui ? Pour quel critère précis (douleur, anxiété, médicaments consommés, durée d'hospitalisation) ? Sous quelle forme (en présentiel, enregistrée, immersive) ? Et à quel coût pour le système de soins ?
Le numérique : l'hypnose en application, une diffusion à grande échelle
L'autre grande tendance est la diffusion numérique. David Spiegel, psychiatre à Stanford et figure majeure du domaine, plaidait en 2024 dans la revue Neuron pour une diffusion de l'auto-hypnose par application, estimant l'hypnose sous-utilisée malgré les preuves d'efficacité issues d'essais randomisés. Il s'agit d'un texte d'opinion d'expert, pas d'un essai clinique.
Une étude rétrospective publiée dans NPJ Digital Medicine en 2025 a analysé près de 283 000 séances d'auto-hypnose réalisées par 84 395 utilisateurs d'une application de gestion du stress. Le stress déclaré baissait après chaque séance, avec des effets importants (d d'environ 0,7 à 0,8), un peu plus marqués chez les personnes plus hypnotisables et les plus âgées. C'est encourageant, mais il s'agit d'une étude d'observation, sans groupe de comparaison : on ne peut pas distinguer l'effet propre de l'hypnose de celui de prendre dix minutes pour soi, ni savoir ce que deviennent les personnes qui abandonnent l'application.
Pour vous, l'enseignement est double. L'auto-hypnose enregistrée peut être un outil utile au quotidien, notamment pour le stress, le sommeil ou la préparation à un geste médical. Mais elle ne remplace pas un accompagnement personnalisé lorsque le problème est complexe, ancien ou associé à une souffrance psychique. Si vous voulez vous lancer, notre guide pratique de l'auto-hypnose pour débuter propose des exercices simples et sûrs.
Ce que la recherche ne sait pas encore
Il serait malhonnête de présenter l'avenir de l'hypnose médicale sans ses zones d'ombre. Voici les principales.
La comparaison avec un témoin crédible. Il est très difficile de construire, pour l'hypnose, un groupe témoin aussi convaincant qu'une gélule identique sans principe actif dans un essai médicamenteux. Beaucoup d'essais comparent l'hypnose aux « soins habituels », ce qui ne permet pas de séparer l'effet spécifique de l'hypnose de l'effet de l'attention, du temps passé avec un soignant ou des attentes positives. Les meilleurs essais récents utilisent des groupes témoins actifs (écoute de musique, relaxation, information), mais ils restent minoritaires.
L'hétérogénéité des pratiques. Une « séance d'hypnose » peut durer 7 minutes en enregistrement ou une heure avec un praticien, comporter des suggestions antalgiques directes ou non, être répétée une fois ou douze fois. La méta-analyse de Poitiers suggère qu'il faut au moins 8 séances pour un effet net sur la douleur chronique ; celle de Thompson montre que les suggestions antalgiques directes font la différence. Standardiser ce qu'on appelle « hypnose » est un enjeu central.
Le long terme. La plupart des essais mesurent les effets juste après la séance ou à quelques semaines. On sait peu de choses sur ce qui se passe à un an ou plus, sauf dans quelques domaines comme le syndrome de l'intestin irritable, où des suivis prolongés existent. Si ce sujet vous concerne, voyez notre article sur l'hypnose et le syndrome de l'intestin irritable.
Qui n'en bénéficie pas. Les chercheurs d'Iéna le notent explicitement : identifier les personnes pour qui l'hypnose n'apporte rien est une priorité. C'est précisément l'intérêt des travaux sur l'hypnotisabilité.
Le coût et l'organisation des soins. Former des soignants, libérer du temps en salle d'intervention, acheter des casques de réalité virtuelle : tout cela a un coût. Les études médico-économiques restent rares, alors que ce sont elles qui décideront de la généralisation dans les hôpitaux.
Ce que cela change concrètement pour vous
Au-delà des études, voici ce que vous pouvez faire de ces connaissances selon votre situation.
Si vous devez subir une intervention ou un examen
C'est la situation où l'hypnose est le mieux étayée. Vous pouvez :
- demander à l'équipe d'anesthésie, lors de la consultation préopératoire, si l'hypnose ou l'hypnosédation est proposée dans l'établissement et si votre intervention s'y prête (ce n'est pas le cas de toutes) ;
- signaler si vous êtes très anxieux face aux soins : c'est précisément sur la détresse que les effets sont les plus nets ;
- accepter un casque de réalité virtuelle s'il est proposé, en sachant que son effet porte surtout sur l'anxiété ;
- vous préparer en amont par quelques séances d'auto-hypnose ou de relaxation, même si vous n'avez pas accès à l'hypnose pendant le geste.
Si vous vivez avec une douleur chronique
Les données suggèrent un bénéfice modéré, surtout en complément d'un traitement existant et avec un nombre suffisant de séances. Concrètement :
- parlez-en à votre médecin traitant ou à la structure douleur qui vous suit, pour que l'hypnose s'inscrive dans une prise en charge globale (activité physique adaptée, traitements, soutien psychologique) ;
- prévoyez plusieurs séances, de l'ordre de 8 ou plus d'après la méta-analyse de Poitiers, plutôt qu'une séance isolée ;
- demandez à apprendre l'auto-hypnose pour prolonger les effets entre les séances ;
- réévaluez honnêtement au bout de quelques semaines : si vous ne ressentez aucun changement, ce n'est pas votre faute, et d'autres approches peuvent être plus adaptées.
Si vous êtes suivi pour un cancer
L'hypnose fait partie des soins de support de plus en plus proposés en oncologie, pour l'anxiété, la fatigue, les nausées ou la douleur liée aux traitements. Elle s'ajoute toujours aux traitements anticancéreux, sans jamais les remplacer ni retarder. Notre article sur l'hypnose pendant les traitements du cancer donne des pistes concrètes.
Si vous voulez simplement tester
Rien ne vous empêche d'essayer l'auto-hypnose par une application ou un enregistrement, pour le stress ou le sommeil. Gardez simplement en tête que ces outils n'ont pas été conçus pour des troubles sévères, et qu'une baisse durable du moral, des idées noires ou une douleur inexpliquée justifient avant tout une consultation médicale.
Bien choisir un praticien à l'heure de la recherche
L'avenir de l'hypnose médicale se joue aussi dans la qualité des praticiens. En France, le titre d'hypnothérapeute n'est pas protégé : n'importe qui peut l'utiliser. Les soignants (médecins, infirmiers, sages-femmes, psychologues, dentistes) formés dans des diplômes universitaires d'hypnose médicale exercent dans un cadre réglementé ; les hypnothérapeutes non soignants peuvent être bien formés, mais leur formation est très variable.
Quelques repères simples :
- le praticien vous interroge sur votre suivi médical et ne vous demande jamais d'arrêter un traitement ;
- il explique ce que l'hypnose peut et ne peut pas apporter, sans promesse de résultat ;
- il connaît ses limites et vous oriente vers un médecin ou un psychologue si la situation le demande ;
- il peut vous indiquer sa formation, sa durée et l'organisme qui l'a délivrée ;
- il vous propose d'apprendre l'auto-hypnose pour devenir autonome.
Vous pouvez aussi trouver un hypnothérapeute près de chez vous dans l'annuaire ViziWell, en privilégiant un praticien qui travaille en lien avec vos soignants.
Les situations où la prudence s'impose
L'hypnose est globalement considérée comme sûre lorsqu'elle est pratiquée par une personne formée. Les effets indésirables rapportés dans les essais sont rares et le plus souvent légers (maux de tête, fatigue, émotion passagère). Certaines situations demandent toutefois de la prudence ou un avis médical préalable.
- Troubles psychiatriques sévères : en cas de trouble psychotique, de trouble dissociatif sévère ou de trouble bipolaire non stabilisé, l'hypnose ne doit être envisagée qu'avec l'accord et dans le cadre du suivi psychiatrique.
- Souffrance psychique : si vous traversez des idées suicidaires ou une détresse intense, l'hypnose n'est pas la réponse de première ligne. Appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 heures sur 24.
- Urgences : une douleur brutale, intense ou inhabituelle, une douleur thoracique, un malaise ou une difficulté à respirer imposent d'appeler le 15 ou le 112, jamais de tenter de la gérer par l'hypnose.
- Douleur non diagnostiquée : une douleur qui persiste doit d'abord être explorée par un médecin. L'hypnose peut moduler la perception de la douleur, ce qui ne doit pas masquer un problème qui nécessite un traitement.
- Enfants : l'hypnose est utilisée en pédiatrie, et les données sont plutôt favorables chez l'enfant, mais elle doit être pratiquée par un professionnel formé à l'enfant, en lien avec le pédiatre ou le médecin traitant.
- Grossesse : l'hypnose peut accompagner la préparation à la naissance, toujours en coordination avec la sage-femme ou le gynécologue-obstétricien.
Questions fréquentes
L'hypnose peut-elle remplacer une anesthésie générale ?
Non, pas au sens où on l'entend souvent. L'hypnosédation associe hypnose et anesthésie locale, sous la responsabilité d'un anesthésiste, et seulement pour certaines interventions et certains patients. Elle peut permettre d'éviter une anesthésie générale dans des cas sélectionnés, mais la décision est toujours médicale, partagée avec vous, et une conversion vers une sédation ou une anesthésie générale reste possible à tout moment.
La réalité virtuelle hypnotique est-elle plus efficace que l'hypnose classique ?
Les données actuelles ne permettent pas de le dire. Les essais récents montrent un effet sur l'anxiété dans certaines situations, mais des résultats inconstants sur la douleur, et une étude expérimentale de Liège (2025) n'a trouvé aucune différence entre hypnose, réalité virtuelle seule et leur combinaison. L'avantage principal de la réalité virtuelle est pratique : elle peut être proposée sans hypnothérapeute présent en permanence.
Que sait-on de l'hypnose grâce à l'imagerie cérébrale ?
Que l'état hypnotique correspond à des modifications mesurables de l'activité et des connexions de certains réseaux cérébraux : baisse d'activité du cortex cingulaire antérieur, connexions renforcées entre cortex préfrontal et insula, et déconnexion relative du réseau lié à la conscience de soi (Jiang et al., 2017). Ces résultats confirment que l'hypnose est un état cérébral spécifique, mais ils ne disent pas à eux seuls pour quelles maladies elle est utile.
Pourquoi l'hypnose fonctionne-t-elle mieux chez certaines personnes ?
Parce que la réponse aux suggestions hypnotiques, appelée hypnotisabilité, varie d'une personne à l'autre et reste assez stable dans le temps. Dans la méta-analyse de Thompson (2019), la réduction de la douleur atteignait 42 % chez les personnes très suggestibles, contre un bénéfice minime chez les peu suggestibles. Des recherches, comme l'essai SHIFT de Stanford, explorent la possibilité d'augmenter temporairement cette capacité, mais elles en sont au tout début.
Combien de séances faut-il pour une douleur chronique ?
D'après la méta-analyse des essais sur les douleurs musculo-squelettiques et neuropathiques (Langlois et al., 2022), l'effet devient plus net à partir de 8 séances environ. C'est un ordre de grandeur, pas une règle : le nombre dépend de votre situation, de votre réponse à l'hypnose et de votre pratique de l'auto-hypnose entre les séances.
L'hypnose est-elle remboursée ?
En France, l'hypnose pratiquée à l'hôpital dans le cadre d'un soin (bloc opératoire, structure douleur, oncologie) est intégrée à la prise en charge. Les séances en cabinet libéral avec un hypnothérapeute ne sont pas remboursées par l'Assurance maladie ; certaines mutuelles prévoient un forfait pour les médecines complémentaires. Renseignez-vous auprès de votre complémentaire santé.
Sources
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- Thompson T, et al. The effectiveness of hypnosis for pain relief: a systematic review and meta-analysis of 85 controlled experimental trials. Neuroscience and Biobehavioral Reviews. 2019. PMID : 30790634. DOI : 10.1016/j.neubiorev.2019.02.013
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