Hypertension silencieuse : pourquoi mesurer sa tension régulièrement
Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie
🔎 Réponse en bref : l'hypertension artérielle ne provoque le plus souvent aucun symptôme, et se sentir bien ne dit rien de sa tension. À l'échelle mondiale, seules 49 % des hommes et 59 % des femmes hypertendus savaient l'être en 2019, selon l'analyse NCD-RisC publiée dans The Lancet (104 millions de participants). Le niveau de preuve est élevé : la seule façon de savoir est de mesurer, idéalement à domicile avec un tensiomètre de bras validé, en suivant la règle des 3 (3 mesures le matin, 3 le soir, 3 jours de suite). Les recommandations 2021 de la Société européenne d'hypertension (Stergiou et al.) fixent le seuil d'hypertension en automesure à 135/85 mmHg, plus bas qu'au cabinet.Vous vous sentez en forme. Pas de maux de tête, pas de vertiges, pas d'essoufflement. Vous dormez à peu près correctement, vous montez les escaliers sans difficulté. Il semble donc logique d'en conclure que votre tension va bien. C'est exactement là que se trouve le piège : l'hypertension artérielle est, dans l'immense majorité des cas, une maladie que l'on ne sent pas. Elle s'installe sur des années, abîme progressivement les artères, le cœur, le cerveau, les reins et les yeux, et se manifeste parfois pour la première fois par un accident vasculaire cérébral ou un infarctus.
Cet article a un objectif concret : vous aider à comprendre pourquoi ce silence est la règle plutôt que l'exception, puis vous apprendre une méthode d'automesure que votre médecin pourra réellement exploiter. Nous verrons les seuils qui comptent (ils ne sont pas les mêmes au cabinet et à la maison), les pièges qui faussent les chiffres, les signes qui imposent d'appeler le 15, le cas méconnu de la réglisse, et la place du mode de vie, qui vient toujours en complément d'un suivi médical et jamais à sa place. Pour une vue d'ensemble de la maladie, vous pouvez aussi lire notre guide sur l'hypertension artérielle et les approches complémentaires à un suivi médical.
Pourquoi une tension élevée ne se sent pas
Un organisme qui s'adapte trop bien
La pression artérielle correspond à la force exercée par le sang sur la paroi des artères. Elle s'exprime par deux chiffres : la pression systolique (le chiffre du haut, au moment où le cœur se contracte) et la pression diastolique (le chiffre du bas, quand le cœur se relâche). Une mesure de 128/82 mmHg signifie 128 millimètres de mercure en systole et 82 en diastole.
Lorsque la pression s'élève progressivement, sur des mois ou des années, l'organisme s'y adapte. Les barorécepteurs, ces capteurs situés dans la paroi de l'aorte et des carotides qui informent le cerveau du niveau de pression, se « recalent » sur des valeurs plus hautes. Les petites artères du cerveau ajustent leur calibre pour protéger le débit sanguin cérébral. Résultat : aucun signal d'alarme ne se déclenche. Le corps n'interprète pas comme anormale une situation qui s'est installée lentement. Pour comprendre comment artères, veines et capillaires travaillent ensemble, notre article comprendre la circulation sanguine détaille ces mécanismes.
Les « signes » auxquels on pense ne sont pas fiables
Beaucoup de personnes associent l'hypertension aux maux de tête, aux bourdonnements d'oreilles, aux saignements de nez, aux rougeurs du visage ou à une sensation de « tête qui cogne ». Ces associations sont ancrées dans les représentations populaires, mais elles ne permettent pas de repérer une hypertension :
- Les maux de tête sont extrêmement fréquents dans la population générale, hypertendue ou non. Une hypertension chronique modérée n'en provoque généralement pas. Seules des élévations brutales et très importantes de la pression peuvent s'accompagner de céphalées, et dans ce cas il s'agit d'une situation d'urgence (voir plus bas).
- Les saignements de nez dépendent surtout de la fragilité des petits vaisseaux de la muqueuse nasale, de l'air sec, du grattage ou de certains médicaments. Ils ne sont pas un marqueur fiable de la tension.
- La fatigue, les vertiges, les palpitations ont des dizaines de causes possibles. Ils n'indiquent ni la présence ni l'absence d'une hypertension.
Combien de personnes l'ignorent
Les chiffres sont éloquents. L'analyse mondiale du NCD Risk Factor Collaboration, publiée dans The Lancet en 2021, a rassemblé 1 201 études représentatives totalisant 104 millions de participants âgés de 30 à 79 ans. En 2019, le nombre de personnes hypertendues dans cette tranche d'âge atteignait environ 1,28 milliard. Parmi elles, seules 59 % des femmes et 49 % des hommes déclaraient avoir déjà reçu un diagnostic. Autrement dit, environ quatre à cinq personnes hypertendues sur dix ne savaient pas qu'elles l'étaient. Et la tension n'était contrôlée sous 140/90 mmHg que chez 23 % des femmes et 18 % des hommes hypertendus.
Ce que montrent les étudesCes chiffres ne sont pas là pour inquiéter, mais pour justifier un geste simple : mesurer, de temps en temps, même quand tout va bien, et plus régulièrement à partir de 40 ans ou en cas d'antécédents familiaux.
Étude : NCD Risk Factor Collaboration, analyse groupée publiée dans The Lancet (2021).
Effectif : 1 201 études en population, 104 millions de participants de 30 à 79 ans, 200 pays et territoires.
Résultat : en 2019, 59 % des femmes et 49 % des hommes hypertendus connaissaient leur diagnostic, et seuls 23 % des femmes et 18 % des hommes avaient une tension contrôlée.
Limite : il s'agit d'estimations modélisées à partir d'enquêtes hétérogènes, avec des écarts importants selon les pays, la France se situant dans une position intermédiaire parmi les pays à revenu élevé.
Ce que la pression abîme en silence : cœur, cerveau, reins, yeux
Une relation continue entre tension et risque
Il n'existe pas de seuil magique en dessous duquel tout irait bien et au-dessus duquel tout irait mal. La relation entre pression artérielle et risque cardiovasculaire est continue. La grande méta-analyse de la Prospective Studies Collaboration (Lewington et al., The Lancet, 2002), portant sur près d'un million d'adultes suivis dans 61 études prospectives, a montré que le risque de décès d'origine vasculaire augmente régulièrement avec la pression, dès des valeurs considérées comme normales. C'est une donnée ancienne, mais elle reste la base de la compréhension actuelle du risque.
Les organes cibles
La pression trop élevée agit comme une contrainte mécanique permanente sur la paroi des vaisseaux. Avec le temps, elle provoque ce que les médecins appellent une « atteinte des organes cibles » :
- Le cœur : pour éjecter le sang contre une résistance plus forte, le muscle cardiaque s'épaissit (hypertrophie ventriculaire gauche). Ce cœur plus épais devient moins souple, ce qui favorise à terme l'insuffisance cardiaque et les troubles du rythme comme la fibrillation atriale. Les artères coronaires, elles, sont exposées à l'athérosclérose et à l'infarctus.
- Le cerveau : l'hypertension est le premier facteur de risque modifiable d'accident vasculaire cérébral, qu'il soit ischémique (artère bouchée) ou hémorragique (vaisseau rompu). Elle est aussi associée aux lésions de la substance blanche et au déclin cognitif d'origine vasculaire.
- Les reins : les petites artères rénales s'abîment, la filtration diminue progressivement. L'hypertension est l'une des principales causes d'insuffisance rénale chronique, et l'atteinte rénale entretient à son tour l'hypertension.
- Les yeux : la rétine est le seul endroit du corps où l'on peut observer directement les petites artères. L'hypertension y laisse des traces (rétinopathie hypertensive) que l'ophtalmologiste peut repérer au fond d'œil.
- Les artères des jambes : l'artériopathie des membres inférieurs est favorisée par l'hypertension, surtout lorsqu'elle s'associe au tabac, au diabète ou à un excès de cholestérol.
La bonne nouvelle : faire baisser la tension réduit le risque
Ce constat pourrait paraître sombre s'il n'était pas accompagné d'une donnée solide : abaisser une tension trop élevée réduit nettement le risque d'événements cardiovasculaires. La méta-analyse d'Ettehad et al. (The Lancet, 2016), qui a regroupé 123 essais randomisés et 613 815 participants, a montré que chaque baisse de 10 mmHg de la pression systolique réduisait d'environ 20 % le risque d'événements cardiovasculaires majeurs, de 27 % le risque d'AVC, de 28 % celui d'insuffisance cardiaque et de 13 % la mortalité toutes causes.
Ce que montrent les étudesC'est pour cette raison que repérer tôt une hypertension a autant de valeur : plus elle est prise en charge tôt, moins elle a le temps d'abîmer les organes.
Étude : Ettehad et al., revue systématique et méta-analyse, The Lancet (2016).
Effectif : 123 essais randomisés, 613 815 participants.
Résultat : une baisse de 10 mmHg de la systolique est associée à une réduction relative de 20 % des événements cardiovasculaires majeurs (RR 0,80), de 27 % des AVC (RR 0,73) et de 13 % de la mortalité toutes causes (RR 0,87).
Limite : ces essais portent principalement sur des traitements médicamenteux, l'effet sur l'insuffisance rénale n'était pas significatif et les bénéfices étaient un peu moindres chez les personnes diabétiques ou insuffisantes rénales.
Les seuils : cabinet, automesure, MAPA, et pourquoi ils diffèrent
Trois façons de mesurer, trois références
La tension n'est pas une valeur fixe. Elle varie d'un battement à l'autre, selon l'heure, l'activité, le stress, la digestion, la température, la position. C'est pourquoi une mesure isolée ne suffit jamais à poser un diagnostic. Les recommandations européennes distinguent trois modes de mesure, chacun avec ses propres seuils :
| Mode de mesure | Seuil d'hypertension | Contexte | |---|---|---| | Mesure au cabinet médical | 140/90 mmHg ou plus | Mesures répétées au cours d'au moins deux consultations | | Automesure à domicile | 135/85 mmHg ou plus | Moyenne de toutes les mesures d'une série (règle des 3) | | MAPA, moyenne sur 24 heures | 130/80 mmHg ou plus | Holter tensionnel porté une journée et une nuit | | MAPA, moyenne de jour | 135/85 mmHg ou plus | Période d'éveil | | MAPA, moyenne de nuit | 120/70 mmHg ou plus | Période de sommeil |
Ces valeurs correspondent aux recommandations 2023 de la Société européenne d'hypertension (Mancia et al., Journal of Hypertension) et aux recommandations pratiques de 2021 sur la mesure de la pression artérielle (Stergiou et al.). Il suffit que l'un des deux chiffres (systolique ou diastolique) dépasse le seuil pour que la valeur soit considérée comme élevée.
Pourquoi les seuils sont plus bas à la maison
Au cabinet, plusieurs facteurs font monter la tension : le trajet, l'attente, la conversation, l'appréhension de l'examen. À domicile, au calme, après quelques minutes de repos, la tension est en moyenne plus basse. Les seuils ont donc été calibrés pour correspondre au même niveau de risque. Une moyenne de 137/84 mmHg en automesure est déjà au-dessus du seuil, même si elle paraît « normale » à côté du chiffre de 140 souvent retenu.
La valeur pronostique de l'automesure
L'automesure n'est pas un simple substitut pratique. Elle apporte une information supplémentaire. La méta-analyse de Ward et al. (Journal of Hypertension, 2012), qui a regroupé huit études prospectives et 17 698 participants suivis de 3 à 11 ans, a montré que chaque élévation de 10 mmHg de la pression systolique mesurée à domicile était associée à une augmentation de 29 % du risque de décès cardiovasculaire. Surtout, dans les études qui ajustaient les deux types de mesure, la tension à domicile restait prédictive après prise en compte de la tension au cabinet, alors que l'inverse n'était pas vrai.
Ce que montrent les études
Étude : Ward et al., revue systématique et méta-analyse d'études prospectives, Journal of Hypertension (2012).
Effectif : 8 études, 17 698 participants, suivi de 3,2 à 10,9 ans.
Résultat : par tranche de 10 mmHg de systolique à domicile, risque de mortalité cardiovasculaire multiplié par 1,29 et d'événements cardiovasculaires par 1,14. Après ajustement sur la tension de cabinet, la tension à domicile restait prédictive (HR 1,20).
Limite : nombre restreint d'études, dont une partie réalisée au Japon, et seulement trois études ajustant simultanément les deux types de mesure.
Les catégories de pression au cabinet
Pour situer vos chiffres, les recommandations européennes de 2023 classent la pression mesurée au cabinet ainsi : optimale en dessous de 120/80 mmHg, normale de 120-129/80-84, normale haute de 130-139/85-89, puis hypertension de grade 1 (140-159/90-99), grade 2 (160-179/100-109) et grade 3 (180/110 et plus). La catégorie « normale haute » mérite une attention particulière : elle ne justifie pas forcément de traitement, mais elle signale un risque plus élevé de devenir hypertendu dans les années suivantes et invite à surveiller plus régulièrement.
Effet blouse blanche et hypertension masquée
Quand le cabinet fait monter la tension
L'« effet blouse blanche » désigne une tension élevée au cabinet médical mais normale en dehors. Il concerne une proportion non négligeable de personnes, en particulier les plus âgées et les plus anxieuses face aux examens médicaux. Lorsqu'une personne a une tension élevée au cabinet mais normale en automesure ou en MAPA, on parle d'hypertension « blouse blanche ». Elle ne justifie pas forcément de traitement médicamenteux, mais elle n'est pas totalement anodine et justifie une surveillance régulière.
Quand la maison cache une hypertension
La situation inverse est plus trompeuse : l'hypertension masquée. La tension paraît normale au cabinet, mais elle est élevée au quotidien, au travail, le soir, ou la nuit. Elle s'observe plus souvent chez les personnes jeunes, actives, stressées, fumeuses, consommant de l'alcool, ou souffrant d'un syndrome d'apnées du sommeil. Comme personne ne la voit, elle échappe au diagnostic, alors que son risque cardiovasculaire est proche de celui d'une hypertension permanente.
C'est l'un des arguments les plus forts en faveur de l'automesure : sans mesures hors du cabinet, ni l'effet blouse blanche ni l'hypertension masquée ne peuvent être repérés. Si vous ronflez fortement, vous réveillez fatigué ou si votre entourage remarque des pauses respiratoires pendant votre sommeil, parlez-en à votre médecin : les apnées du sommeil sont une cause fréquente d'hypertension, notamment nocturne et résistante aux traitements.
La méthode d'automesure correcte, pas à pas
La règle des 3
En France, la méthode recommandée pour l'automesure tensionnelle est connue sous le nom de « règle des 3 ». Elle est simple, mais chaque élément compte :
- 3 mesures le matin, à une ou deux minutes d'intervalle, dans l'heure qui suit le lever, avant le petit-déjeuner et avant la prise d'éventuels médicaments.
- 3 mesures le soir, à une ou deux minutes d'intervalle, avant le coucher, au calme.
- 3 jours consécutifs, idéalement des jours de vie habituelle (jours de travail compris).
La bonne position
La position influence fortement le résultat. Voici les conditions à respecter à chaque série :
- Être au repos depuis au moins cinq minutes, assis, dans une pièce calme, sans parler.
- Ne pas avoir fumé, bu de café ou fait d'effort dans les 30 minutes précédentes, et avoir vidé sa vessie (une vessie pleine fait monter la tension).
- Être assis le dos appuyé, les jambes non croisées, les deux pieds à plat sur le sol.
- Poser le bras nu sur une table, détendu, le brassard à hauteur du cœur. Un brassard placé trop bas surestime la pression, un brassard placé trop haut la sous-estime.
- Placer le brassard sur la peau, et non par-dessus un vêtement. Une manche retroussée qui serre le bras fausse aussi la mesure.
- Rester immobile et silencieux pendant la mesure : parler peut augmenter la systolique de plusieurs millimètres de mercure.
- Mesurer toujours au même bras. Lors de la première utilisation, il est utile de mesurer aux deux bras : si l'écart est important et répété, signalez-le au médecin et utilisez ensuite le bras qui donne les valeurs les plus élevées.
Noter, sans interpréter au fil de l'eau
Notez chaque valeur sur un relevé papier ou dans l'application associée à l'appareil, avec la date, l'heure et la fréquence cardiaque. Résistez à la tentation de refaire une mesure parce qu'un chiffre vous paraît trop élevé, ou d'effacer une valeur qui vous inquiète. Le relevé doit refléter la réalité. Une valeur isolée haute n'a pas de signification en elle-même, tant qu'elle ne s'accompagne pas de signes d'alerte.
Plusieurs organismes, dont la Société française d'hypertension artérielle, proposent des fiches de relevé à imprimer, avec des cases pour les 18 mesures. Beaucoup d'appareils modernes calculent eux-mêmes la moyenne et peuvent exporter les données.
À quelle fréquence mesurer
La fréquence dépend de votre situation, et c'est votre médecin qui la fixe :
- Sans diagnostic d'hypertension, sans facteur de risque : un contrôle lors des consultations médicales, au moins une fois par an après 40 ans, suffit le plus souvent. Si une mesure isolée est élevée, une série d'automesure selon la règle des 3 permet de préciser la situation.
- Pour confirmer ou écarter un diagnostic : une série complète d'automesure (ou une MAPA) est recommandée avant de débuter un traitement.
- Après une modification de traitement : une nouvelle série, en général quelques semaines plus tard, permet d'en évaluer l'effet.
- Hypertension stable et équilibrée : une série avant chaque consultation de suivi, par exemple tous les trois à six mois selon l'avis médical.
L'automesure améliore-t-elle le contrôle de la tension ?
Oui, à condition d'être intégrée à un suivi. La méta-analyse sur données individuelles de Tucker et al. (PLoS Medicine, 2017), qui a rassemblé 25 essais randomisés, apporte une nuance importante : l'automesure seule, sans action associée, n'a pas été liée à une baisse de la tension. En revanche, lorsqu'elle est couplée à un ajustement du traitement par le médecin ou le pharmacien, à de l'éducation thérapeutique ou à un accompagnement sur le mode de vie, la pression systolique baisse de manière cliniquement significative, jusqu'à 6 mmHg avec un accompagnement intensif.
Ce que montrent les étudesL'essai TASMINH4 (McManus et al., The Lancet, 2018), mené dans 142 cabinets de médecine générale au Royaume-Uni auprès de 1 182 patients hypertendus mal contrôlés, va dans le même sens : lorsque le médecin ajustait le traitement à partir des automesures, la systolique était plus basse de 3,5 mmHg à un an qu'avec un ajustement fondé sur les seules mesures de cabinet, et de 4,7 mmHg avec la télétransmission des données. C'est tout l'objet de cet article : apporter à votre médecin un relevé fiable, sur lequel il pourra fonder ses décisions.
Étude : Tucker et al., revue systématique et méta-analyse sur données individuelles, PLoS Medicine (2017).
Effectif : 25 essais randomisés, données primaires disponibles pour 7 138 participants hypertendus.
Résultat : à 12 mois, systolique au cabinet abaissée de 3,2 mmHg en moyenne avec l'automesure. Effet nul (−1,0 mmHg) avec l'automesure seule, mais −6,1 mmHg lorsqu'elle était associée à un accompagnement intensif.
Limite : hétérogénéité importante entre les essais, dans les schémas d'automesure, les cibles et les populations étudiées.
Choisir son appareil et éviter les erreurs qui faussent les chiffres
Bras ou poignet ?
Les recommandations européennes privilégient les tensiomètres électroniques automatiques à brassard huméral, c'est-à-dire placé sur le haut du bras. Les appareils de poignet sont plus sensibles à la position : si le poignet n'est pas exactement à hauteur du cœur, les valeurs peuvent être nettement faussées, vers le haut ou vers le bas. Ils restent une option de recours lorsqu'aucun brassard de bras ne convient (bras très volumineux ou de forme conique), à condition d'être validés et de respecter scrupuleusement la position, poignet à hauteur du cœur.
Les applications de smartphone et la plupart des montres connectées qui estiment la tension sans brassard ne sont pas, à ce jour, des outils de diagnostic validés. Elles peuvent donner des tendances intéressantes, mais ne remplacent pas un tensiomètre à brassard.
Un appareil validé, pas seulement certifié
Le marquage CE garantit la sécurité de l'appareil, pas sa précision clinique. Un appareil « validé » a été testé selon un protocole international (par exemple la norme universelle AAMI/ESH/ISO) contre une mesure de référence. Pour le vérifier :
- consultez la liste d'appareils validés du site international STRIDE BP, soutenu par la Société européenne d'hypertension,
- demandez conseil à votre pharmacien, qui connaît souvent les modèles validés,
- évitez les appareils sans référence de validation, même s'ils sont attractifs par leur prix ou leur design.
La taille du brassard
C'est l'une des erreurs les plus fréquentes. Un brassard trop petit pour la circonférence du bras surestime la tension, un brassard trop grand peut la sous-estimer. Mesurez votre tour de bras à mi-hauteur entre l'épaule et le coude, et choisissez un appareil dont le brassard correspond à cette mesure. La plupart des fabricants proposent des brassards de plusieurs tailles.
Les autres erreurs courantes
- Mesurer juste après un café, une cigarette, un repas copieux ou une montée d'escalier.
- Mesurer en parlant, en regardant un écran agité ou au téléphone.
- Garder les jambes croisées, qui peuvent faire monter la systolique.
- Laisser le bras pendre le long du corps au lieu de le poser sur une table.
- Ne faire qu'une seule mesure et en tirer une conclusion.
- Oublier de vérifier l'appareil : un contrôle de précision tous les deux ans environ est conseillé, par exemple en comparant avec la mesure du médecin ou du pharmacien.
- Apporter un relevé incomplet ou sélectif, qui ne permet pas de calculer une moyenne fiable.
Interpréter son relevé et savoir quand consulter
Calculer la moyenne
Additionnez toutes les valeurs systoliques et divisez par le nombre de mesures, puis faites de même pour les diastoliques. Si votre appareil calcule la moyenne, vérifiez qu'il prend bien en compte l'ensemble des mesures de la série.
Quelques repères
- Moyenne inférieure à 135/85 mmHg : la tension à domicile est dans les valeurs normales. Si vous n'êtes pas traité, poursuivez une surveillance régulière, surtout en présence de facteurs de risque. Si vous êtes traité, signalez ce résultat à votre médecin, qui fixera votre objectif personnel (souvent plus bas que ce seuil).
- Moyenne égale ou supérieure à 135/85 mmHg : elle doit être montrée à votre médecin, sans urgence mais dans un délai raisonnable. C'est lui qui confirmera ou non le diagnostic, évaluera votre risque global et vous proposera une stratégie.
- Valeurs régulièrement supérieures à 160/100 mmHg : prenez rendez-vous rapidement, dans les jours qui viennent.
- Valeur égale ou supérieure à 180/110 mmHg : refaites une mesure après quelques minutes de repos. Si la valeur reste aussi élevée, sans aucun symptôme, contactez votre médecin traitant le jour même ou, à défaut, un médecin de garde. Si elle s'accompagne de l'un des signes décrits ci-dessous, appelez immédiatement le 15.
Apporter un relevé exploitable
Le jour de la consultation, apportez le relevé complet (ou l'export de l'application), votre appareil si possible (le médecin pourra vérifier sa concordance avec son propre tensiomètre), la liste de vos médicaments, y compris ceux en vente libre, les compléments alimentaires et les tisanes. Signalez si vous consommez régulièrement de la réglisse, des anti-inflammatoires, des décongestionnants nasaux ou des boissons énergisantes, car tous peuvent influencer la tension.
Votre médecin seul décide de l'instauration ou de l'ajustement d'un traitement. L'automesure sert à éclairer cette décision, pas à la remplacer.
Les signes d'urgence : quand appeler le 15
Dans la grande majorité des cas, une tension élevée ne nécessite pas d'urgence. Mais certaines situations imposent d'appeler immédiatement le 15 (SAMU) ou le 112 :
- une douleur dans la poitrine, une oppression, une douleur qui irradie vers le bras, la mâchoire ou le dos,
- un déficit neurologique : bouche déviée, faiblesse ou engourdissement d'un bras, d'une jambe ou d'un côté du visage, difficulté soudaine à parler ou à comprendre, trouble brutal de la vision, perte d'équilibre,
- un mal de tête brutal et violent, inhabituel, surtout s'il s'accompagne d'une tension très élevée, de vomissements, de confusion ou de somnolence,
- un essoufflement important, une difficulté à respirer en position allongée,
- une confusion, une agitation inhabituelle, une convulsion,
- chez la femme enceinte ou après un accouchement : maux de tête intenses, troubles visuels (mouches, éclairs), douleur sous les côtes à droite, gonflement brutal du visage ou des mains, avec une tension élevée. Ces signes peuvent évoquer une prééclampsie et justifient d'appeler le 15 ou de se rendre aux urgences de la maternité.
Ne jamais arrêter son traitement antihypertenseur de soi-même
C'est un point que l'on ne répétera jamais assez. Lorsque la tension est bien équilibrée sous traitement, il est tentant de penser que le problème est réglé et que le médicament n'est plus nécessaire. En réalité, si la tension est normale, c'est le plus souvent grâce au traitement. Son arrêt entraîne, en quelques jours ou semaines, un retour à des valeurs élevées, sans que l'on s'en aperçoive puisque la maladie est silencieuse.
Certains médicaments exposent même à un effet rebond lors d'un arrêt brutal : c'est le cas des bêtabloquants (risque d'accélération du cœur, de douleur thoracique chez les personnes coronariennes) et des antihypertenseurs centraux comme la clonidine, dont l'arrêt brutal peut provoquer une poussée tensionnelle importante.
Si vous ressentez des effets indésirables (toux sèche, chevilles gonflées, vertiges en se levant, fatigue, troubles de l'érection), parlez-en à votre médecin. Il existe plusieurs familles de médicaments, et un ajustement est presque toujours possible. Les mesures de mode de vie décrites plus bas peuvent parfois permettre, sur décision médicale et sous surveillance, de réduire un traitement. Mais cette décision appartient au médecin, à partir de vos automesures.
De même, n'ajoutez pas de complément alimentaire « pour la tension » sans en parler à votre médecin ou à votre pharmacien. L'ail, par exemple, a fait l'objet d'études sur la pression artérielle (voir notre article sur l'ail et la circulation sanguine), mais à doses concentrées il peut interagir avec les anticoagulants et les antiagrégants plaquettaires. Les compléments de potassium sont dangereux avec certains antihypertenseurs (IEC, sartans, diurétiques épargneurs de potassium) et en cas d'insuffisance rénale.
La réglisse : l'aliment qui fait monter la tension
Un mécanisme bien connu
La réglisse contient de l'acide glycyrrhizique (ou glycyrrhizine). Une fois transformé dans l'organisme, ce composé bloque une enzyme du rein, la 11-bêta-hydroxystéroïde déshydrogénase de type 2. Cette enzyme protège normalement les récepteurs de l'aldostérone contre le cortisol. Lorsqu'elle est inhibée, le cortisol agit comme l'aldostérone : le rein retient le sodium et l'eau, et élimine le potassium. Résultat : la tension monte et le taux de potassium dans le sang baisse. On parle de pseudo-hyperaldostéronisme.
Des effets dès des doses modestes
La méta-analyse de Penninkilampi et al. (Journal of Human Hypertension, 2017) a regroupé 18 études (337 participants) dans lesquelles les volontaires consommaient au moins 100 mg d'acide glycyrrhizique par jour. Elle a observé une hausse moyenne de 5,45 mmHg de la systolique et de 3,19 mmHg de la diastolique, avec une baisse du potassium sanguin, et une relation entre la dose et l'élévation de la tension.
Plus récemment, un essai randomisé suédois en cross-over (af Geijerstam et al., American Journal of Clinical Nutrition, 2024) a testé une dose de 100 mg d'acide glycyrrhizique par jour, longtemps considérée comme sans effet, chez 28 jeunes adultes en bonne santé pendant deux semaines. La tension systolique mesurée à domicile a augmenté de 3,1 mmHg en moyenne, avec une baisse nette de la rénine et de l'aldostérone. Les auteurs concluent que la limite de sécurité habituellement retenue pourrait devoir être revue.
Ce que montrent les études
Étude : af Geijerstam et al., essai randomisé en cross-over, American Journal of Clinical Nutrition (2024).
Effectif : 28 volontaires sains, âge médian 24 ans, deux périodes de deux semaines.
Résultat : avec 100 mg/jour d'acide glycyrrhizique, la systolique à domicile a augmenté de 3,1 mmHg (contre −0,3 mmHg en période contrôle), avec une baisse de la rénine de 30 % et de l'aldostérone de 45 %.
Limite : essai non réalisé en aveugle, de courte durée, sur un petit effectif de jeunes adultes en bonne santé, l'effet chez les personnes hypertendues ou âgées n'a pas été mesuré directement.
Où se cache la réglisse
La réglisse ne se limite pas aux bâtons à mâcher. On la trouve dans :
- les confiseries à la réglisse, les rouleaux, les pastilles et certaines gommes,
- les boissons anisées sans alcool de type « pastis sans alcool », dont la consommation régulière a été à l'origine de cas d'hypertension sévère,
- certaines tisanes digestives ou « détox »,
- certains compléments alimentaires et préparations de phytothérapie,
- certains produits du tabac à chiquer.
Ce qu'il faut en retenir
Si votre tension est élevée, si elle se déséquilibre sans raison apparente ou si vous prenez un traitement antihypertenseur, faites l'inventaire de votre consommation de réglisse, de boissons anisées sans alcool et de tisanes, et parlez-en à votre médecin. Une consommation régulière peut expliquer à elle seule une tension inhabituellement haute ou un potassium bas. Les personnes prenant des diurétiques sont particulièrement exposées, car ceux-ci abaissent déjà le potassium.
Mode de vie : sel, activité physique, alcool, en complément du suivi
Les mesures d'hygiène de vie ont un effet réel et mesurable sur la tension. Elles sont recommandées à toutes les personnes hypertendues, traitées ou non, et à celles dont la tension est « normale haute ». Elles viennent toujours en complément du suivi médical et du traitement lorsqu'il est prescrit, jamais à sa place. Votre automesure permettra justement, à vous et à votre médecin, d'en observer les effets.
Réduire le sel
Le sodium est le facteur alimentaire le plus étudié. La méta-analyse dose-réponse de Filippini et al. (Circulation, 2021), portant sur 85 essais randomisés, a mis en évidence une relation approximativement linéaire entre la quantité de sodium consommée et la pression artérielle, sans effet de plateau : chaque réduction compte, et l'effet est plus marqué chez les personnes hypertendues.
L'Organisation mondiale de la santé recommande de ne pas dépasser 5 g de sel par jour, alors que la consommation moyenne en France se situe nettement au-dessus. La majeure partie du sel provient des aliments transformés : pain, charcuterie, fromages, plats préparés, soupes industrielles, biscuits apéritifs, sauces. Pour des repères concrets, lisez notre article dédié : sel et hypertension : réduire le sodium pour améliorer la circulation.
Ce que montrent les études
Étude : Filippini et al., méta-analyse dose-réponse d'essais expérimentaux, Circulation (2021).
Effectif : 85 essais, apports en sodium de 0,4 à 7,6 g/jour, suivi de 4 semaines à 36 mois.
Résultat : relation approximativement linéaire entre sodium consommé et pression systolique comme diastolique, sans seuil en dessous duquel l'effet disparaîtrait, baisse plus marquée chez les personnes hypertendues.
Limite : hétérogénéité des essais et estimation des apports à partir de la natriurèse de 24 heures, qui reste une mesure imparfaite.
Adopter une alimentation de type DASH
Au-delà du sel, le schéma alimentaire DASH (Dietary Approaches to Stop Hypertension), riche en fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes, produits laitiers peu gras et oléagineux non salés, et pauvre en viandes transformées et en produits sucrés, a démontré un effet sur la tension dans plusieurs essais. Notre article sur le régime DASH et l'hypertension présente ce protocole en détail. Un apport suffisant en potassium alimentaire (fruits, légumes, légumineuses) contribue à cet effet, sauf contre-indication médicale (insuffisance rénale, certains traitements).
Bouger régulièrement
L'activité physique est l'un des leviers les plus puissants. La méta-analyse en réseau d'Edwards et al. (British Journal of Sports Medicine, 2023), qui a regroupé 270 essais randomisés et 15 827 participants, a montré des baisses de la pression de repos avec tous les types d'entraînement : environ −4,5/−2,5 mmHg pour l'endurance, −4,6/−3,0 mmHg pour le renforcement musculaire, −6,0/−2,5 mmHg pour l'entraînement combiné et −8,2/−4,0 mmHg pour les exercices isométriques (comme la chaise contre un mur ou la contraction maintenue d'une poignée).
Ce que montrent les étudesL'objectif général est d'au moins 150 minutes par semaine d'activité d'intensité modérée, complétées par du renforcement musculaire. Si vous êtes hypertendu, avez une maladie cardiaque ou n'avez pas pratiqué depuis longtemps, parlez-en d'abord à votre médecin : les exercices isométriques, en particulier, provoquent une élévation transitoire de la tension pendant l'effort et doivent être encadrés. Des idées d'activités accessibles sont présentées dans notre article sur l'exercice et la circulation.
Étude : Edwards et al., méta-analyse par paires et en réseau, British Journal of Sports Medicine (2023).
Effectif : 270 essais randomisés, 15 827 participants.
Résultat : baisse de la systolique de repos de 4,1 à 8,2 mmHg selon le type d'entraînement, l'exercice isométrique arrivant en tête du classement.
Limite : les essais d'exercice isométrique sont moins nombreux et de plus petite taille, les effets ont été mesurés au repos, sur des durées d'intervention variables.
Réduire l'alcool
L'alcool fait monter la tension de manière dose-dépendante. La méta-analyse de Roerecke et al. (Lancet Public Health, 2017), qui a regroupé 36 essais et 2 865 participants, a montré que chez les personnes buvant plus de deux verres par jour, réduire sa consommation abaissait la pression. Chez celles qui en buvaient six ou plus par jour, réduire d'environ moitié faisait baisser la systolique de 5,5 mmHg et la diastolique de près de 4 mmHg. En dessous de deux verres par jour, l'effet de la réduction sur la tension n'était pas significatif, mais d'autres raisons de santé plaident pour limiter l'alcool.
Si réduire votre consommation vous paraît difficile, vous n'êtes pas seul : Alcool Info Service répond au 0 980 980 930 (appel non surtaxé, 7 jours sur 7), et notre article sur l'alcool et la dépendance présente les accompagnements possibles.
Les autres leviers
- Le poids : chez les personnes en surpoids, une perte de poids même modeste s'accompagne d'une baisse de la tension.
- Le tabac : il ne provoque pas d'hypertension chronique au sens strict, mais il multiplie le risque cardiovasculaire et fait monter la tension pendant les minutes qui suivent chaque cigarette. Tabac Info Service répond au 39 89.
- Le stress et le sommeil : le stress chronique et le manque de sommeil sont associés à une tension plus élevée. Les techniques de relaxation, de respiration lente ou de méditation peuvent apporter un bénéfice modeste, avec un niveau de preuve encore limité. Pour en savoir plus, voyez notre article sur la méditation et la santé cardiovasculaire.
- Certains médicaments et produits : anti-inflammatoires non stéroïdiens, décongestionnants nasaux vasoconstricteurs, certaines pilules contraceptives, corticoïdes, boissons énergisantes. Signalez-les toujours à votre médecin.
Combiner plutôt que chercher la mesure miracle
Chacune de ces mesures produit un effet de quelques millimètres de mercure. Associées, elles peuvent s'additionner en partie. C'est rarement spectaculaire sur une seule mesure, mais c'est significatif à l'échelle d'une vie, compte tenu de la relation continue entre la tension et le risque. L'automesure, répétée tous les quelques mois, vous permettra de visualiser ces progrès avec votre médecin.
Se faire accompagner
Modifier son alimentation de manière durable, réduire le sel sans perdre le plaisir de manger, adapter ses repas à un traitement ou à une autre maladie (diabète, insuffisance rénale) : ces changements sont plus faciles avec un accompagnement. Un diététicien-nutritionniste peut construire avec vous un plan alimentaire réaliste, compatible avec vos goûts, votre budget et votre traitement, en lien avec votre médecin. Vous pouvez trouver un diététicien-nutritionniste près de chez vous dans notre annuaire.
Questions fréquentes
L'hypertension donne-t-elle des symptômes ?
Le plus souvent, non. L'hypertension chronique est généralement silencieuse pendant des années. Les maux de tête, saignements de nez ou bourdonnements d'oreilles ne sont pas des signes fiables. Seule une poussée tensionnelle très importante peut provoquer des symptômes, et elle constitue alors une urgence s'ils sont sévères (douleur thoracique, déficit neurologique, mal de tête violent) : appelez le 15.
Comment bien mesurer sa tension à la maison ?
Utilisez un tensiomètre validé à brassard de bras, de taille adaptée. Asseyez-vous au calme depuis cinq minutes, dos appuyé, pieds à plat, bras nu posé sur une table à hauteur du cœur, sans parler. Évitez café, tabac et effort dans les 30 minutes précédentes. Suivez la règle des 3 et notez toutes les valeurs.
Qu'est-ce que la règle des 3 ?
C'est la méthode d'automesure recommandée en France : 3 mesures le matin (avant le petit-déjeuner et les médicaments), 3 mesures le soir (avant le coucher), à une ou deux minutes d'intervalle, pendant 3 jours consécutifs. On calcule ensuite la moyenne des 18 valeurs, que l'on transmet au médecin.
À partir de quel chiffre parle-t-on d'hypertension en automesure ?
En automesure à domicile, une moyenne égale ou supérieure à 135/85 mmHg est considérée comme élevée, contre 140/90 mmHg au cabinet. Il suffit que la systolique ou la diastolique dépasse le seuil. Le diagnostic reste posé par le médecin, qui tient compte de l'ensemble de votre situation.
Un tensiomètre de poignet est-il fiable ?
Il est plus sensible aux erreurs de position que les appareils de bras. Si le poignet n'est pas exactement à hauteur du cœur, les chiffres peuvent être faussés. Les recommandations privilégient les appareils de bras validés et réservent le poignet aux situations où aucun brassard de bras ne convient.
La réglisse est-elle vraiment dangereuse pour la tension ?
Consommée régulièrement, elle peut faire monter la tension et baisser le potassium, même à doses modestes, selon plusieurs études. Les personnes hypertendues, traitées par diurétiques ou atteintes de maladie cardiaque ou rénale ont intérêt à l'éviter et à en parler à leur médecin, en pensant aussi aux boissons anisées sans alcool et à certaines tisanes.
Ce qu'il faut retenir
- L'hypertension est le plus souvent silencieuse : se sentir bien ne garantit pas une tension normale.
- Les maux de tête et saignements de nez ne sont pas des marqueurs fiables.
- La pression élevée abîme progressivement le cœur, le cerveau, les reins et les yeux, mais faire baisser une tension trop haute réduit nettement le risque.
- À domicile, le seuil est de 135/85 mmHg en moyenne, plus bas qu'au cabinet (140/90).
- La règle des 3 (3 mesures matin et soir, 3 jours de suite) avec un tensiomètre de bras validé fournit un relevé exploitable par votre médecin.
- L'automesure éclaire la décision médicale : elle ne remplace ni le diagnostic ni le traitement.
- Ne jamais arrêter un traitement antihypertenseur sans avis médical.
- Douleur thoracique, déficit neurologique, mal de tête violent avec une tension très élevée : appelez le 15.
- Réglisse, boissons anisées sans alcool et certaines tisanes peuvent faire monter la tension.
- Moins de sel, plus d'activité physique, moins d'alcool : des leviers réels, en complément du suivi médical.
Sources
- NCD Risk Factor Collaboration (NCD-RisC). Worldwide trends in hypertension prevalence and progress in treatment and control from 1990 to 2019: a pooled analysis of 1201 population-representative studies with 104 million participants. The Lancet. 2021, 398(10304):957-980. PMID : 34450083. DOI : 10.1016/S0140-6736(21)01330-1.
- Stergiou GS, Palatini P, Parati G, et al. 2021 European Society of Hypertension practice guidelines for office and out-of-office blood pressure measurement. Journal of Hypertension. 2021, 39(7):1293-1302. PMID : 33710173. DOI : 10.1097/HJH.0000000000002843.
- Mancia G, Kreutz R, Brunström M, et al. 2023 ESH Guidelines for the management of arterial hypertension. Journal of Hypertension. 2023, 41(12):1874-2071. PMID : 37345492. DOI : 10.1097/HJH.0000000000003480.
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- Roerecke M, Kaczorowski J, Tobe SW, et al. The effect of a reduction in alcohol consumption on blood pressure: a systematic review and meta-analysis. Lancet Public Health. 2017, 2(2):e108-e120. PMID : 29253389. DOI : 10.1016/S2468-2667(17)30003-8.
Cet article fait partie de notre dossier Circulation sanguine.
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