Femme sur son lit remplissant un agenda du sommeil, actimètre au poignet, boîtier de polysomnographie sur la table de nuit
Sommeil

Polysomnographie et agenda du sommeil : outils pour diagnostiquer un trouble

⏱ 46 min de lecture

Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie

🔎 Réponse en bref : Pour comprendre pourquoi vous dormez mal, le médecin s’appuie d’abord sur l’entretien et un agenda du sommeil tenu une à deux semaines, puis, seulement si besoin, sur des examens : actimétrie (une montre médicale portée plusieurs jours), polygraphie ventilatoire (dépistage de l’apnée à domicile), polysomnographie (l’examen de référence) et tests de somnolence (TILE, TME). Selon la recommandation de l’American Academy of Sleep Medicine (Kapur et al., 2017), un questionnaire seul ne suffit jamais à poser un diagnostic d’apnée : il faut une polygraphie ou une polysomnographie. Le niveau de preuve est élevé pour ces outils (recommandations fondées sur des revues systématiques), mais le choix de l’examen et l’interprétation relèvent toujours du médecin. Vous pouvez en revanche préparer très utilement votre consultation, et cet article vous donne un modèle d’agenda à remplir.
Vous vous réveillez trois fois par nuit, vous mettez une heure à vous endormir, ou au contraire vous dormez « normalement » mais vous piquez du nez devant l’écran à 15 heures. Votre conjoint vous parle de ronflements, de pauses respiratoires, de jambes qui gigotent. Vous avez lu les mots « polysomnographie », « polygraphie », « actimétrie » sans bien savoir ce qu’ils recouvrent, ni si vous en avez besoin. Et peut-être vous inquiétez-vous à l’idée de passer une nuit à l’hôpital, couvert de capteurs.

Cet article a un objectif simple : vous aider à comprendre quels outils existent pour explorer un trouble du sommeil, à quoi sert chacun, comment s’y préparer et ce que vous pouvez faire vous-même dès aujourd’hui. Il ne remplace pas une consultation : poser un diagnostic, choisir l’examen pertinent et interpréter un tracé relève du médecin (généraliste, puis si besoin médecin du sommeil, pneumologue, neurologue ou ORL). Mais une personne bien préparée arrive en consultation avec des informations précises, et c’est souvent ce qui fait gagner le plus de temps.

Avant tout examen : la consultation reste la pièce centrale

On imagine volontiers qu’un « bon » bilan du sommeil commence par une machine. En réalité, toutes les recommandations internationales placent l’entretien clinique au centre. La recommandation européenne sur l’insomnie, mise à jour en 2023 par un groupe de plus de quarante experts (Riemann et al., 2023), est très claire : le diagnostic repose sur un entretien détaillé (histoire du sommeil, antécédents médicaux), sur des questionnaires et sur un agenda du sommeil, avec examen physique et mesures complémentaires seulement quand c’est indiqué.

Concrètement, lors de cette première consultation, le médecin va chercher à répondre à quelques questions :

  • De quoi vous plaignez-vous exactement ? Difficulté à vous endormir, réveils nocturnes, réveil trop précoce, sommeil non récupérateur, somnolence dans la journée, comportements anormaux la nuit, sensations désagréables dans les jambes.
  • Depuis quand, à quelle fréquence, avec quel retentissement ? Une insomnie est dite chronique lorsqu’elle survient au moins trois nuits par semaine depuis au moins trois mois, avec des conséquences dans la journée.
  • Qu’est-ce qui l’entoure ? Horaires de travail, consommation de café, d’alcool, de tabac, médicaments, stress, douleurs, humeur, ménopause, maladies chroniques.
  • Qu’observe l’entourage ? Ronflements, pauses respiratoires, mouvements des jambes, cris, gestes pendant le sommeil.
À l’issue de cet échange, trois situations sont possibles. Soit le tableau évoque une insomnie sans signe d’un autre trouble, et le plus souvent aucun examen technique n’est nécessaire d’emblée. Soit il évoque un trouble respiratoire du sommeil (apnée), un trouble du rythme, une hypersomnie ou un trouble moteur, et un examen ciblé sera proposé. Soit le doute persiste, et l’agenda du sommeil, parfois complété par une actimétrie, servira à y voir plus clair. Pour avoir une vue d’ensemble des différents tableaux, notre panorama des principaux troubles du sommeil est un bon point de départ.

L’agenda du sommeil : l’outil le plus simple, et souvent le plus utile

L’agenda (ou journal) du sommeil est un tableau que vous remplissez chaque matin, et parfois le soir, pendant une à deux semaines. Il ne coûte rien, ne nécessite aucun appareil et apporte pourtant des informations que ni la mémoire ni un examen d’une seule nuit ne peuvent fournir : la régularité de vos horaires, la variabilité d’une nuit à l’autre, le temps réellement passé au lit, l’effet du week-end, des siestes, de l’alcool ou du café.

Quand on demande en consultation « combien de temps mettez-vous à vous endormir ? », la réponse spontanée reflète souvent les pires nuits, celles qui ont marqué. L’agenda remet les choses en perspective : il arrive qu’on découvre que trois nuits sur sept sont correctes, que les mauvaises nuits suivent systématiquement une soirée d’écran tardif, ou que l’on passe neuf heures au lit pour six heures de sommeil, ce qui entretient justement les réveils.

Ce que montrent les études
En 2012, un groupe d’experts de l’insomnie a publié dans la revue Sleep l’« agenda du sommeil consensuel » (Consensus Sleep Diary). Le travail a réuni les agendas utilisés par les 25 experts de la conférence de Pittsburgh, puis les a soumis à 6 groupes de discussion composés de bons dormeurs, de personnes insomniaques et de personnes apnéiques. Résultat : une version « cœur » courte, rédigée dans un langage accessible, et des items optionnels. Limite : les auteurs eux-mêmes présentent cet outil comme un document évolutif qui restait à tester et valider plus largement. Son intérêt principal est de standardiser ce que l’on note, pour que les données d’un patient à l’autre et d’une étude à l’autre soient comparables (Carney et al., 2012).

Ce que l’agenda permet de calculer

À partir de vos notes, le soignant peut estimer plusieurs paramètres utiles :

  • Le temps passé au lit : de l’extinction des lumières au lever définitif.
  • La latence d’endormissement : le temps entre l’extinction et l’endormissement.
  • Le temps d’éveil après l’endormissement : la somme des réveils nocturnes.
  • Le temps de sommeil total estimé.
  • L’efficacité du sommeil : le rapport entre le temps de sommeil et le temps passé au lit. Une efficacité nettement inférieure à 85 % est fréquente dans l’insomnie chronique et sert de base à la restriction du temps passé au lit, une technique de la TCC-I.
  • La régularité : l’écart entre vos heures de coucher et de lever en semaine et le week-end, qui renseigne sur un éventuel décalage de rythme.
Ces chiffres sont des estimations subjectives, et c’est normal. Une personne insomniaque a souvent tendance à sous-estimer son temps de sommeil, ce qui ne signifie pas qu’elle « invente » son trouble : la perception du sommeil fait partie de la plainte, et c’est précisément l’une des choses que les thérapies comportementales travaillent.

Les erreurs fréquentes quand on tient un agenda

  • Regarder l’heure toute la nuit pour remplir l’agenda avec précision. C’est contre-productif : cela augmente l’éveil et l’anxiété. Une estimation au réveil suffit largement.
  • Le remplir de mémoire en fin de semaine. Les souvenirs se déforment très vite. Remplissez-le chaque matin, dans les trente minutes après le lever.
  • Changer volontairement ses habitudes pendant la période d’observation. L’agenda doit refléter votre vie réelle, sinon il ne sert pas à grand-chose.
  • Oublier les siestes, l’alcool, les médicaments. Ce sont souvent les informations les plus éclairantes.
  • Le transformer en source d’angoisse. Si remplir l’agenda vous fait ruminer, notez le strict minimum et parlez-en au soignant.

Modèle d’agenda du sommeil à remplir

Voici un modèle simple, inspiré de la structure de l’agenda consensuel. Recopiez-le dans un carnet ou un tableur, ou imprimez cette page. Remplissez une colonne chaque matin, pendant 14 jours si possible (7 jours au minimum), en incluant au moins un week-end.

Partie 1 : à remplir chaque matin

| Question | Jour 1 | Jour 2 | Jour 3 | Jour 4 | Jour 5 | Jour 6 | Jour 7 | | :- | :- | :- | :- | :- | :- | :- | :- | | Date et jour de la semaine | | | | | | | | | Heure du coucher (entrée dans le lit) | | | | | | | | | Heure d’extinction des lumières | | | | | | | | | Temps estimé pour m’endormir (minutes) | | | | | | | | | Nombre de réveils dans la nuit | | | | | | | | | Durée totale estimée des réveils (minutes) | | | | | | | | | Heure du réveil final | | | | | | | | | Heure du lever définitif | | | | | | | | | Qualité de la nuit (1 = très mauvaise, 5 = excellente) | | | | | | | | | Sensation au réveil (1 = épuisé, 5 = reposé) | | | | | | | | | Ronflements ou pauses signalés par l’entourage (oui / non) | | | | | | | | | Sensations dans les jambes le soir (oui / non) | | | | | | | |

Partie 2 : à remplir le soir (sur la journée écoulée)

| Question | Jour 1 | Jour 2 | Jour 3 | Jour 4 | Jour 5 | Jour 6 | Jour 7 | | :- | :- | :- | :- | :- | :- | :- | :- | | Siestes (heure et durée) | | | | | | | | | Somnolence dans la journée (0 = aucune, 3 = forte) | | | | | | | | | Endormissement involontaire (lecture, écran, volant) | | | | | | | | | Cafés, thés, sodas caféinés (nombre, dernière heure) | | | | | | | | | Alcool (nombre de verres, heure) | | | | | | | | | Médicaments pour dormir ou autres (nom, heure) | | | | | | | | | Activité physique (type, heure) | | | | | | | | | Écrans dans l’heure avant le coucher (oui / non) | | | | | | | | | Niveau de stress de la journée (0 à 3) | | | | | | | | | Événement particulier (travail de nuit, voyage, maladie, règles) | | | | | | | |

Reproduisez le tableau pour la deuxième semaine (jours 8 à 14).

Comment exploiter votre agenda avant la consultation

Au bout de deux semaines, faites un petit bilan personnel sur une feuille séparée :

  1. Votre temps moyen passé au lit et votre temps moyen de sommeil estimé.
  2. L’écart entre vos horaires de semaine et de week-end. Un décalage de plus de deux heures évoque un rythme qui « glisse », ce que notre article sur le chronotype et le rythme circadien aide à comprendre.
  3. Les nuits les plus difficiles : qu’avaient-elles en commun (alcool, stress, repas tardif, écran, garde, douleur) ?
  4. La somnolence dans la journée : est-elle présente même après les nuits correctes ? C’est un signal important pour le médecin, car elle oriente vers un trouble respiratoire, une hypersomnie ou une dette de sommeil.
Apportez l’agenda brut et ce bilan. Le médecin regardera surtout les tendances, pas chaque case.

L’actimétrie : une montre médicale pour objectiver vos rythmes

L’actimètre ressemble à une montre. Il contient un accéléromètre qui enregistre vos mouvements en continu, souvent un capteur de lumière, et parfois un bouton sur lequel vous appuyez au coucher et au lever. Vous le portez au poignet non dominant, jour et nuit, généralement une à deux semaines, en continuant à remplir votre agenda. Des algorithmes estiment ensuite, à partir de l’activité, les périodes probables de sommeil et d’éveil.

Son intérêt principal est de montrer le rythme veille-sommeil dans votre vie réelle, sur de nombreux jours, ce qu’une nuit en laboratoire ne peut pas faire. C’est l’examen de choix pour objectiver un trouble du rythme circadien (retard ou avance de phase, rythme irrégulier, travail posté), estimer le temps de sommeil total, ou vérifier que vous dormez suffisamment avant un test de somnolence.

Ce que montrent les études
L’American Academy of Sleep Medicine a commandé en 2018 une revue systématique avec méta-analyse et évaluation GRADE de l’actimétrie : 81 études comparant actimétrie, agendas et polysomnographie ont été retenues. Résultat : l’actimétrie fournit des données objectives cohérentes, souvent différentes de ce que rapportent les agendas, dans l’insomnie, les troubles du rythme circadien, les troubles respiratoires du sommeil, les hypersomnies centrales et le sommeil insuffisant. Limite : elle n’est pas fiable pour mesurer les mouvements périodiques des jambes, et elle repère moins bien l’éveil calme au lit que le sommeil lui-même (Smith et al., 2018, revue systématique).
Sur cette base, la recommandation de pratique clinique qui en découle (Smith et al., 2018, recommandation) suggère (recommandation conditionnelle) l’utilisation de l’actimétrie :

  • pour estimer les paramètres de sommeil chez l’adulte insomniaque ;
  • dans l’évaluation de l’insomnie de l’enfant ;
  • dans l’évaluation des troubles du rythme circadien chez l’adulte et l’enfant ;
  • couplée à une polygraphie à domicile, pour estimer le temps de sommeil réel pendant l’enregistrement ;
  • pour vérifier le temps de sommeil avant un test itératif de latence d’endormissement ;
  • pour estimer le temps de sommeil en cas de suspicion de sommeil insuffisant.
Elle recommande fortement en revanche de ne pas utiliser l’actimétrie à la place de l’électromyographie pour diagnostiquer un trouble des mouvements périodiques des membres.

La recommandation européenne de 2023 apporte une nuance utile : l’actimétrie n’est pas recommandée en routine pour toute insomnie, mais elle peut être précieuse pour le diagnostic différentiel, par exemple pour distinguer une insomnie d’un retard de phase chez un « couche-tard » (Riemann et al., 2023).

Comment se passe une actimétrie

  • Le centre ou le médecin vous remet l’appareil, vous explique comment le porter et quand appuyer sur le bouton éventuel.
  • Vous le gardez en permanence, y compris la nuit et pendant les siestes. Selon le modèle, il faut parfois le retirer pour la douche ou la baignade : notez alors l’heure.
  • Vous continuez votre vie habituelle et votre agenda du sommeil, qui sert à interpréter le tracé (un actimètre ne sait pas si vous êtes immobile devant un film ou endormi).
  • Vous rapportez l’appareil, les données sont téléchargées et analysées par un professionnel.
C’est un examen indolore, sans contrainte particulière, et généralement bien vécu.

Montres et applications grand public : utiles, mais pas des examens

Beaucoup de personnes arrivent aujourd’hui en consultation avec les graphiques de leur montre connectée, de leur bague ou d’une application posée sur la table de nuit. Ces outils peuvent aider à prendre conscience de ses horaires et à repérer des tendances. Mais ils ne sont pas conçus ni validés pour poser un diagnostic, et leurs estimations des « stades » de sommeil restent approximatives.

Ce que montrent les études
Une équipe de recherche américaine a comparé sept appareils grand public (quatre portés au poignet, trois posés près du lit) et un actimètre médical à la polysomnographie chez 34 jeunes adultes en bonne santé, sur trois nuits consécutives en laboratoire, dont une nuit volontairement perturbée. Résultat : la plupart des appareils détectaient très bien le sommeil (sensibilité d’au moins 93 %), mais repéraient mal l’éveil (spécificité de 18 à 54 %), leurs estimations des stades étaient inconstantes, et leurs performances baissaient lors des nuits les plus agitées. Limite : population jeune, sans trouble du sommeil, testée en laboratoire ; les résultats ne s’appliquent pas directement aux personnes qui dorment mal à la maison (Chinoy et al., 2021).
Autrement dit, plus votre sommeil est perturbé, moins ces appareils sont précis, ce qui est justement la situation où vous auriez besoin d’une mesure fiable.

Il existe aussi un effet inattendu : l’orthosomnie. Des médecins du sommeil ont décrit des patients venus consulter pour des « troubles » déduits uniquement des données de leur bracelet (sommeil « léger », « agité » ou trop court), engagés dans une quête perfectionniste du sommeil idéal qui finissait par entretenir l’anxiété et l’insomnie (Baron et al., 2017). Si regarder votre score de sommeil chaque matin vous stresse, c’est un signal pour le mettre de côté quelque temps, et en parler.

En pratique : apportez ces données si vous les avez, comme complément à votre agenda, mais ne les considérez pas comme un diagnostic, ni dans un sens (« tout va bien ») ni dans l’autre (« je n’ai que 20 minutes de sommeil profond »).

La polygraphie ventilatoire : l’examen de dépistage de l’apnée à domicile

Si votre médecin soupçonne un syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS), il vous proposera très souvent une polygraphie ventilatoire. Les signes qui l’alertent sont bien connus : ronflement fort et régulier, pauses respiratoires observées par l’entourage, réveils avec sensation d’étouffement, besoin d’uriner la nuit, maux de tête matinaux, somnolence dans la journée, hypertension difficile à équilibrer, surpoids. Pour mieux reconnaître ces signes, vous pouvez lire notre guide sur les ronflements et le moment où il faut s’en inquiéter.

L’enjeu est réel. Une analyse de la littérature publiée dans The Lancet Respiratory Medicine a estimé qu’environ 936 millions d’adultes de 30 à 69 ans dans le monde présenteraient une apnée du sommeil au moins légère, dont 425 millions une forme modérée à sévère (Benjafield et al., 2019). Ces chiffres reposent sur des extrapolations à partir de 17 études dans 16 pays, et l’étude a été financée par un fabricant d’appareils de traitement : ils donnent un ordre de grandeur plutôt qu’un décompte exact. Mais ils rappellent qu’une grande partie des personnes concernées ignorent leur trouble.

Ce que mesure la polygraphie

La polygraphie enregistre, pendant une nuit, la respiration sans mesurer le sommeil lui-même :

  • le débit d’air au niveau du nez (une petite canule) ;
  • les mouvements respiratoires du thorax et de l’abdomen (deux ceintures) ;
  • l’oxygénation du sang (un capteur au bout du doigt, l’oxymètre) ;
  • la fréquence cardiaque ;
  • la position du corps et souvent les ronflements.
L’appareil compte les apnées (arrêts de la respiration) et les hypopnées (respiration nettement diminuée) et calcule un index d’apnées-hypopnées (IAH) par heure d’enregistrement.

Ce que montrent les études
La recommandation de l’American Academy of Sleep Medicine sur le diagnostic de l’apnée de l’adulte, fondée sur une revue systématique et la méthode GRADE, conclut que la polysomnographie ou une polygraphie à domicile avec un appareil techniquement adéquat peut être utilisée chez l’adulte sans complication présentant des signes évocateurs d’une apnée modérée à sévère (recommandation forte). Elle recommande fortement de ne pas diagnostiquer l’apnée avec des questionnaires ou des scores cliniques seuls, et de réaliser une polysomnographie si une polygraphie est négative, non concluante ou techniquement insuffisante. Limite : ces recommandations sont américaines ; l’organisation des soins et les conditions de prescription varient selon les pays (Kapur et al., 2017).
La même recommandation précise que la polysomnographie est préférable d’emblée chez les personnes ayant une maladie cardiorespiratoire importante, une faiblesse des muscles respiratoires d’origine neuromusculaire, une hypoventilation, un traitement opioïde au long cours, un antécédent d’AVC ou une insomnie sévère. Dans ces situations, la polygraphie risque de passer à côté du problème ou d’être difficile à interpréter.

Comment se passe une polygraphie

Dans la grande majorité des cas, elle se fait chez vous. Un technicien ou une infirmière installe les capteurs en fin de journée (au centre ou à domicile), ou vous apprend à les poser vous-même. Vous dormez dans votre lit, l’appareil enregistre, et vous le rapportez le lendemain. L’inconfort est modéré : la canule nasale gêne un peu au début, mais la plupart des personnes s’endorment sans difficulté.

Une polygraphie normale n’élimine pas toujours une apnée. Comme elle ne mesure pas le sommeil, elle calcule l’IAH sur le temps d’enregistrement et non sur le temps réellement dormi : si vous avez passé deux heures éveillé, l’index peut être sous-estimé. C’est l’une des raisons pour lesquelles le médecin peut demander une polysomnographie si les symptômes persistent malgré un résultat rassurant. Pour la suite du parcours et les options de traitement, vous pouvez consulter notre article sur le SAOS, son diagnostic et sa prise en charge.

La polysomnographie : l’examen de référence

La polysomnographie (PSG) est l’examen le plus complet. Elle enregistre en même temps le sommeil lui-même et tout ce qui se passe dans le corps pendant le sommeil. C’est l’examen de référence pour l’apnée du sommeil (« good practice statement » de la recommandation AASM : la polysomnographie est le test diagnostique standard), et l’examen indispensable pour explorer de nombreux autres troubles.

Ce que mesure la polysomnographie

  • L’électroencéphalogramme (EEG) : quelques électrodes collées sur le cuir chevelu enregistrent l’activité électrique du cerveau, ce qui permet de déterminer les stades de sommeil (léger, profond, paradoxal) et les micro-éveils. Si ces notions vous sont floues, notre article sur les cycles, phases et l’architecture du sommeil les explique pas à pas.
  • L’électro-oculogramme : des électrodes près des yeux repèrent les mouvements oculaires rapides du sommeil paradoxal.
  • L’électromyogramme du menton, qui mesure le tonus musculaire, et des jambes, qui détecte les mouvements périodiques.
  • L’électrocardiogramme.
  • Les capteurs respiratoires de la polygraphie : débit nasal, ceintures thoraco-abdominales, oxymétrie, ronflement, position.
  • Souvent une vidéo synchronisée, utile pour les comportements anormaux pendant le sommeil (somnambulisme, trouble du comportement en sommeil paradoxal, épilepsie nocturne).

À domicile ou à l’hôpital ?

La polysomnographie peut être réalisée :

  • en laboratoire du sommeil, avec surveillance par un technicien toute la nuit. C’est indispensable quand on recherche des comportements nocturnes, quand une vidéo est nécessaire, quand un test de somnolence suit le lendemain, ou chez des patients fragiles ;
  • en ambulatoire, à domicile : les capteurs sont posés en fin de journée et vous dormez chez vous. Cette formule est plus confortable mais ne permet pas de corriger un capteur qui se décroche pendant la nuit.
La recommandation américaine mentionne également le protocole en nuit fractionnée (« split-night ») : la première partie de la nuit sert au diagnostic, et si une apnée importante est confirmée, la seconde partie sert à régler un appareil de pression positive continue. C’est une suggestion (recommandation faible), appliquée quand c’est cliniquement approprié.

Ce que vous vivrez

On arrive en général en fin d’après-midi ou en début de soirée. La pose des capteurs dure de 30 à 60 minutes : électrodes collées avec une pâte conductrice, ceintures, canule, oxymètre. Rien n’est douloureux et aucune aiguille n’est utilisée. Vous pouvez lire ou regarder la télévision, puis vous vous couchez à votre heure habituelle. Le matin, les capteurs sont retirés et vous rentrez chez vous ; il faudra simplement se laver les cheveux pour retirer la pâte.

Beaucoup de personnes craignent de « ne pas dormir du tout » avec ce dispositif. C’est rarement le cas : le sommeil est souvent un peu moins bon qu’à la maison (on parle d’« effet première nuit »), mais il suffit en général à répondre à la question posée. Le technicien et le médecin en tiennent compte dans l’interprétation. Si vous prenez habituellement un somnifère, ne l’arrêtez pas et n’en ajoutez pas de vous-même : demandez la consigne au centre à l’avance.

TILE et TME : mesurer la somnolence de la journée

Certaines personnes ne se plaignent pas de mal dormir la nuit, mais de lutter contre le sommeil le jour : endormissements en réunion, au cinéma, parfois au volant, malgré des nuits apparemment suffisantes. Après avoir écarté un sommeil insuffisant ou une apnée, le médecin peut alors rechercher une hypersomnie centrale comme la narcolepsie ou l’hypersomnie idiopathique. Notre article sur la somnolence diurne excessive et ses causes médicales détaille ces pistes.

Deux tests standardisés existent, toujours réalisés en laboratoire du sommeil :

  • Le TILE (test itératif de latence d’endormissement), en anglais MSLT. Il mesure votre tendance à vous endormir. Dans une chambre calme et sombre, on vous propose quatre à cinq occasions de faire la sieste, à deux heures d’intervalle, au cours de la journée. On mesure le temps que vous mettez à vous endormir et l’apparition éventuelle de sommeil paradoxal dès l’endormissement, très évocateur de narcolepsie.
  • Le TME (test de maintien de l’éveil), en anglais MWT. Il mesure votre capacité à rester éveillé. Assis dans une pièce peu éclairée, vous devez résister au sommeil lors de plusieurs séances. Il sert surtout à évaluer l’efficacité d’un traitement et l’aptitude à des activités à risque, notamment la conduite.
Ce que montrent les études
En 2021, l’American Academy of Sleep Medicine a actualisé les protocoles du TILE et du TME chez l’adulte. Après revue de la littérature publiée depuis 2005, le groupe d’experts n’a pas trouvé de données justifiant de modifier les protocoles sur le fond, mais a précisé par consensus plusieurs points pratiques : préparation du patient, gestion des médicaments et des substances, sommeil avant le test, horaires des séances, conditions optimales et documentation. Limite : il s’agit de recommandations de consensus d’experts, non d’un essai comparatif (Krahn et al., 2021).
Pourquoi ces précisions comptent-elles pour vous ? Parce que le résultat d’un TILE peut être faussé si vous avez mal dormi les jours précédents, si vous avez arrêté brutalement un antidépresseur, ou si vous prenez des substances qui modifient la vigilance. C’est pour cela que le médecin vous demandera souvent :

  • de tenir un agenda, voire de porter un actimètre une à deux semaines avant le test, pour vérifier que votre temps de sommeil est suffisant (c’est l’une des indications retenues par la recommandation sur l’actimétrie) ;
  • de faire le point sur vos médicaments plusieurs semaines à l’avance. Certains traitements doivent parfois être adaptés, uniquement sous contrôle médical : n’arrêtez jamais seul un antidépresseur, un antiépileptique ou un hypnotique ;
  • de passer une polysomnographie la nuit précédente, pour s’assurer que vous avez assez dormi et rechercher un autre trouble qui expliquerait la somnolence.
Le jour du test, la journée est longue mais peu contraignante : entre les séances, vous restez éveillé, vous pouvez lire ou marcher, mais pas faire de sieste. Les boissons caféinées sont en général proscrites ou encadrées : suivez précisément les consignes du centre. Si la narcolepsie vous concerne ou vous questionne, notre article dédié aux symptômes, au diagnostic et à la vie quotidienne avec une narcolepsie détaille la suite du parcours.

Jambes sans repos et mouvements périodiques : un cas particulier

Une envie irrépressible de bouger les jambes le soir, avec des sensations désagréables (fourmillements, tiraillements, « impatiences ») qui s’aggravent au repos et s’atténuent quand on marche : c’est le tableau du syndrome des jambes sans repos, aussi appelé maladie de Willis-Ekbom. Il ne faut pas le confondre avec la sensation de jambes lourdes d’origine veineuse, qui obéit à d’autres mécanismes.

Ici, bonne nouvelle pour les personnes qui redoutent les examens : le diagnostic est avant tout clinique. Les critères internationaux actualisés en 2014 par l’International Restless Legs Syndrome Study Group reposent sur cinq critères essentiels décrits par le patient : besoin impérieux de bouger les jambes, début ou aggravation au repos, soulagement par le mouvement, aggravation le soir ou la nuit, et absence d’autre cause qui expliquerait mieux ces symptômes. Ce cinquième critère, le diagnostic différentiel, a été ajouté pour éviter les confusions avec des crampes, des troubles veineux ou des douleurs positionnelles (Allen et al., 2014).

La polysomnographie n’est donc pas systématique. Elle peut être utile pour rechercher des mouvements périodiques des membres pendant le sommeil, qui accompagnent souvent le syndrome, ou un trouble associé. Et pour ces mouvements, la recommandation AASM est nette : l’actimétrie ne remplace pas l’électromyographie des jambes réalisée pendant la polysomnographie (Smith et al., 2018). Le médecin demandera aussi souvent un bilan sanguin, notamment pour évaluer les réserves en fer.

Quel examen pour quelle situation ?

Le tableau ci-dessous résume les orientations les plus fréquentes. Il ne s’agit pas d’un arbre de décision à appliquer seul, mais d’un repère pour comprendre la logique de votre médecin.

| Ce que vous vivez | Outil le plus souvent proposé en premier | Ce que l’outil apporte | | :- | :- | :- | | Difficultés à s’endormir ou réveils nocturnes, sans ronflement ni somnolence marquée | Entretien, questionnaires, agenda du sommeil | Profil de l’insomnie, régularité, efficacité du sommeil | | Coucher et lever très tardifs ou très précoces, horaires irréguliers, travail posté | Agenda et actimétrie sur une à deux semaines | Mise en évidence d’un décalage ou d’une irrégularité du rythme | | Ronflement, pauses respiratoires, somnolence, hypertension | Polygraphie ventilatoire à domicile | Index d’apnées-hypopnées, oxygénation nocturne | | Polygraphie négative ou douteuse malgré des symptômes, maladie cardiorespiratoire, AVC, insomnie sévère | Polysomnographie | Sommeil et respiration mesurés ensemble, autres troubles associés | | Somnolence diurne importante malgré des nuits suffisantes | Agenda ou actimétrie, puis polysomnographie suivie d’un TILE | Recherche d’une narcolepsie ou d’une hypersomnie idiopathique | | Besoin d’évaluer la vigilance sous traitement ou l’aptitude à la conduite | TME | Capacité à rester éveillé | | Impatiences dans les jambes le soir | Entretien clinique, bilan sanguin, parfois polysomnographie | Diagnostic clinique, recherche de mouvements périodiques | | Comportements anormaux la nuit (cris, gestes, déambulation) | Polysomnographie avec vidéo en laboratoire | Identification de la parasomnie ou d’une autre cause | | Insomnie qui résiste à une prise en charge bien conduite | Polysomnographie | Recherche d’un trouble associé passé inaperçu |

Insomnie : pourquoi on ne vous prescrit pas toujours d’examen

C’est une source fréquente d’incompréhension. Vous dormez mal depuis des mois, vous espériez « un enregistrement pour voir ce qui se passe », et votre médecin vous propose un agenda et une thérapie comportementale. Ce n’est ni un manque de sérieux ni une façon de vous éconduire.

La recommandation européenne de 2023 rappelle que la polysomnographie n’est pas l’examen de routine de l’insomnie : elle est indiquée lorsque l’on suspecte un autre trouble (mouvements périodiques des membres, trouble respiratoire du sommeil, etc.), lorsque l’insomnie résiste au traitement, ou pour certaines autres indications. Dans l’insomnie chronique isolée, le tracé d’une nuit apporte souvent peu d’informations utiles à la décision, alors que l’agenda en apporte beaucoup (Riemann et al., 2023).

La même recommandation désigne la thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie (TCC-I) comme traitement de première intention de l’insomnie chronique de l’adulte, quel que soit l’âge et même en présence d’autres maladies, en présentiel ou en version numérique. Et la TCC-I s’appuie… sur l’agenda du sommeil, tenu tout au long de la prise en charge. Pour comprendre en quoi elle consiste, notre article sur la TCC-I, thérapie de référence sans médicament détaille ses étapes.

Autrement dit, l’agenda que vous commencez aujourd’hui n’est pas seulement un outil de diagnostic : c’est souvent le premier pas du traitement.

Comprendre (un peu) son compte rendu

Après une polygraphie ou une polysomnographie, vous recevrez un compte rendu chiffré. Il sera commenté par le médecin, mais voici quelques repères pour ne pas être perdu.

| Terme | Ce qu’il signifie | Repère général | | :- | :- | :- | | Temps de sommeil total | Durée effectivement dormie pendant l’enregistrement | À comparer avec votre temps habituel, l’effet première nuit le réduit souvent | | Latence d’endormissement | Temps entre l’extinction et l’endormissement | Allongée en cas d’insomnie d’endormissement ou de stress lié à l’examen | | Efficacité du sommeil | Temps dormi rapporté au temps passé au lit | Souvent considérée comme satisfaisante au-delà de 85 % | | Index d’apnées-hypopnées (IAH) | Nombre moyen d’apnées et d’hypopnées par heure | Moins de 5 : normal ; 5 à 15 : léger ; 15 à 30 : modéré ; 30 et plus : sévère | | Désaturations en oxygène | Baisses de l’oxygénation du sang | Leur nombre et leur profondeur complètent l’IAH | | Index de mouvements périodiques | Nombre de mouvements des jambes par heure de sommeil | Interprété avec les symptômes, pas isolément | | Index de micro-éveils | Brefs éveils cérébraux non perçus | Un sommeil très fragmenté peut expliquer une fatigue au réveil | | Proportion des stades | Part du sommeil léger, profond et paradoxal | Varie beaucoup avec l’âge et la nuit d’examen |

Deux conseils. D’abord, ne tirez pas de conclusion seul d’un chiffre isolé : un IAH modéré n’a pas la même signification chez une personne très somnolente avec une hypertension que chez une personne sans symptôme. Ensuite, posez vos questions : « Qu’est-ce qui explique ma fatigue ? », « Faut-il un autre examen ? », « Quelles sont les options de traitement ? ». Si une apnée est confirmée, vous pourrez découvrir les traitements disponibles dans notre article sur la PPC et l’orthèse d’avancée mandibulaire.

Et si tous les examens reviennent normaux alors que vous êtes épuisé chaque matin ? Cela ne veut pas dire que votre fatigue est imaginaire. D’autres causes (carence, thyroïde, humeur, médicaments, rythme de vie) méritent d’être explorées : notre article sur la fatigue au réveil malgré huit heures de sommeil en fait le tour.

Se préparer : avant, pendant et après l’examen

Avant

  • Commencez l’agenda du sommeil dès maintenant, sans attendre le rendez-vous : les délais pour un examen du sommeil peuvent être de plusieurs semaines, et ce temps peut être mis à profit.
  • Listez vos médicaments, y compris les compléments alimentaires, la mélatonine, les plantes et les somnifères, avec les doses et les horaires. Ne modifiez rien sans avis médical.
  • Demandez à votre entourage de noter ce qu’il observe : ronflements, pauses, gestes, paroles. Un enregistrement audio ou vidéo sur téléphone, réalisé avec l’accord de chacun, peut être très parlant.
  • Notez vos questions et ce que vous attendez de l’examen.
  • Renseignez-vous sur les consignes pratiques : faut-il éviter le café ou l’alcool ce jour-là, venir les cheveux propres et sans gel, prévoir un pyjama confortable (en deux pièces, pour faciliter la pose des ceintures), son oreiller habituel ?
  • Retirez le vernis à ongles sur au moins un doigt si on vous le demande : il peut gêner la lecture de l’oxymètre.

Pendant

  • Gardez vos habitudes autant que possible : heure de coucher, rituel du soir, lecture.
  • N’essayez pas de « bien dormir » pour l’examen : l’effort pour dormir est un ennemi du sommeil. Le but est d’observer votre sommeil tel qu’il est.
  • Signalez au technicien toute gêne importante ou un capteur qui se décroche.
  • Si vous vous levez la nuit, notez l’heure (ou prévenez le technicien), cela aide l’interprétation.

Après

  • Le matin, notez votre impression : avez-vous dormi mieux, moins bien ou comme d’habitude ? Cette information compte pour l’interprétation.
  • Demandez quand et comment vous aurez les résultats.
  • Continuez l’agenda jusqu’à la consultation de résultats : il montrera si quelque chose a changé.

Et les approches complémentaires dans tout cela ?

Pendant l’attente d’un examen, ou en parallèle d’un traitement médical, beaucoup de personnes se tournent vers des approches dites douces : relaxation, sophrologie, méditation, hypnose, cohérence cardiaque, tisanes. Elles peuvent avoir une place, à condition de bien comprendre à quoi elles servent et à quoi elles ne servent pas.

  • Elles ne permettent pas de poser un diagnostic. Aucun praticien de médecine complémentaire ne peut dire si vous faites des apnées, une narcolepsie ou un trouble du rythme : seuls les examens décrits plus haut, prescrits et interprétés par un médecin, le permettent.
  • Elles ne remplacent pas un traitement quand un trouble est identifié. Une apnée modérée à sévère, par exemple, relève d’un traitement médical, et une somnolence au volant est une urgence de sécurité.
  • Elles peuvent en revanche accompagner utilement : réduire l’hyperéveil du soir, aider à appliquer les consignes de la TCC-I, mieux vivre l’attente ou l’adaptation à un appareil de pression positive. Plusieurs techniques de relaxation font d’ailleurs partie des composantes de la TCC-I.
Si vous souhaitez être accompagné par un professionnel dans ce cadre complémentaire, toujours en lien avec votre médecin, vous pouvez trouver un praticien près de chez vous dans l’annuaire ViziWell. Mentionnez-lui dès le départ les examens en cours ou prévus et les traitements que vous prenez.

Pour améliorer vos nuits pendant ce temps sans fausser les examens, le plus utile reste souvent la régularité : se lever à heure fixe, sortir à la lumière du matin, réduire alcool et caféine en fin de journée. Notre article sur les réveils nocturnes fréquents propose des pistes concrètes. Et si vous prenez des somnifères depuis longtemps, lisez notre article sur ce que les somnifères font réellement au sommeil avant d’envisager toute modification, à faire uniquement avec votre médecin.

Quand consulter sans attendre

Certaines situations ne doivent pas attendre le prochain rendez-vous programmé :

  • Somnolence au volant, endormissements ou « absences » en conduisant, accident ou presque-accident lié à la fatigue : arrêtez de conduire et consultez rapidement. En cas d’accident ou de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112.
  • Pauses respiratoires longues et répétées observées par l’entourage, surtout avec une maladie cardiaque, une hypertension non contrôlée ou une grossesse.
  • Comportements dangereux la nuit : chutes, blessures, gestes violents pendant le sommeil.
  • Insomnie accompagnée d’idées noires, de désespoir ou d’une humeur très basse : le sommeil et la santé mentale sont étroitement liés. Parlez-en à votre médecin, et en cas de pensées suicidaires, appelez le 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 heures sur 24).
  • Chez l’enfant : ronflement important avec pauses, somnolence ou troubles du comportement et de l’attention, terreurs nocturnes très fréquentes. Parlez-en à votre pédiatre ou à votre médecin traitant, qui orientera si besoin vers une consultation spécialisée.
  • Pendant la grossesse : apparition de ronflements importants, de maux de tête, d’œdèmes ou d’une hypertension. Signalez-les rapidement à votre sage-femme ou à votre gynécologue ; en cas de symptômes inquiétants, appelez le 15.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il tenir un agenda du sommeil ?

En général une à deux semaines, en incluant au moins un week-end. Deux semaines donnent une image plus fiable, car elles lissent les nuits exceptionnelles. Dans le cadre d’une TCC-I, l’agenda est tenu tout au long de la thérapie, car il sert à ajuster les consignes semaine après semaine.

La polysomnographie fait-elle mal ?

Non. Les capteurs sont simplement collés ou posés sur la peau, sans aiguille ni courant électrique envoyé dans le corps. L’inconfort tient surtout au fait de dormir avec des fils et une canule nasale, et parfois dans un lieu inhabituel. La plupart des personnes dorment suffisamment pour que l’examen soit interprétable.

Ma montre connectée dit que je dors mal : dois-je demander une polysomnographie ?

Pas sur la seule base de la montre. Les études montrent que ces appareils détectent bien le sommeil mais repèrent mal l’éveil et estiment les stades de façon inconstante, surtout lors des nuits perturbées. Ce qui doit vous amener à consulter, ce sont vos symptômes : fatigue ou somnolence dans la journée, ronflements avec pauses, difficultés de sommeil répétées. Le médecin décidera ensuite si un examen est utile.

Quelle différence entre polygraphie et polysomnographie ?

La polygraphie enregistre la respiration, l’oxygénation, le cœur et la position, mais pas le sommeil lui-même : c’est l’examen de dépistage de l’apnée, le plus souvent à domicile. La polysomnographie ajoute l’enregistrement du cerveau, des yeux et des muscles : elle mesure le sommeil et ses stades, et permet d’explorer de nombreux autres troubles. Elle est plus complète, mais plus lourde à organiser.

Faut-il arrêter mes médicaments avant un examen du sommeil ?

Pas de votre propre initiative. Pour une polygraphie ou une polysomnographie simple, on garde souvent son traitement habituel. Pour un TILE ou un TME, certains médicaments influençant la vigilance peuvent devoir être adaptés plusieurs semaines à l’avance, mais toujours selon les consignes écrites du médecin. L’arrêt brutal de certains traitements (antidépresseurs, hypnotiques, antiépileptiques) peut être dangereux.

Et si l’examen ne montre rien ?

Un examen normal est une information utile : il écarte certaines causes. Si les symptômes persistent, le médecin pourra proposer un second enregistrement (la recommandation AASM le suggère quand la suspicion d’apnée reste forte après une première polysomnographie négative), un autre type d’examen, ou explorer d’autres pistes : insomnie, trouble du rythme, cause médicale ou psychologique de la fatigue.

Sources

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  • Smith MT, McCrae CS, Cheung J, et al. Use of Actigraphy for the Evaluation of Sleep Disorders and Circadian Rhythm Sleep-Wake Disorders: An American Academy of Sleep Medicine Clinical Practice Guideline. J Clin Sleep Med. 2018;14(7):1231-1237. PMID : 29991437. DOI : 10.5664/jcsm.7230
  • Smith MT, McCrae CS, Cheung J, et al. Use of Actigraphy for the Evaluation of Sleep Disorders and Circadian Rhythm Sleep-Wake Disorders: An American Academy of Sleep Medicine Systematic Review, Meta-Analysis, and GRADE Assessment. J Clin Sleep Med. 2018;14(7):1209-1230. PMID : 29991438. DOI : 10.5664/jcsm.7228
  • Kapur VK, Auckley DH, Chowdhuri S, et al. Clinical Practice Guideline for Diagnostic Testing for Adult Obstructive Sleep Apnea: An American Academy of Sleep Medicine Clinical Practice Guideline. J Clin Sleep Med. 2017;13(3):479-504. PMID : 28162150. DOI : 10.5664/jcsm.6506
  • Benjafield AV, Ayas NT, Eastwood PR, et al. Estimation of the global prevalence and burden of obstructive sleep apnoea: a literature-based analysis. Lancet Respir Med. 2019;7(8):687-698. PMID : 31300334. DOI : 10.1016/S2213-2600(19)30198-5
  • Chinoy ED, Cuellar JA, Huwa KE, et al. Performance of seven consumer sleep-tracking devices compared with polysomnography. Sleep. 2021;44(5):zsaa291. PMID : 33378539. DOI : 10.1093/sleep/zsaa291
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  • Riemann D, Espie CA, Altena E, et al. The European Insomnia Guideline: An update on the diagnosis and treatment of insomnia 2023. J Sleep Res. 2023;32(6):e14035. PMID : 38016484. DOI : 10.1111/jsr.14035
  • Krahn LE, Arand DL, Avidan AY, et al. Recommended protocols for the Multiple Sleep Latency Test and Maintenance of Wakefulness Test in adults: guidance from the American Academy of Sleep Medicine. J Clin Sleep Med. 2021;17(12):2489-2498. PMID : 34423768. DOI : 10.5664/jcsm.9620
  • Allen RP, Picchietti DL, Garcia-Borreguero D, et al. Restless legs syndrome/Willis-Ekbom disease diagnostic criteria: updated International Restless Legs Syndrome Study Group (IRLSSG) consensus criteria. Sleep Med. 2014;15(8):860-873. PMID : 25023924. DOI : 10.1016/j.sleep.2014.03.025
⚕️ Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié.

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Cet article fait partie de notre dossier Sommeil.

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FW

Fabrice Wigishoff

Fondateur de ViziWell · Supervision éditoriale

Triple master en hypnose thérapeutique, 30 ans d'expérience en hypnothérapie et coaching. Spécialiste de l'arrêt du tabac, gestion du stress et préparation mentale. Passionné de neurosciences, Fabrice décrypte les études cliniques mondiales pour rendre les thérapies complémentaires accessibles à tous.

En savoir plus →

Auteurs des sources scientifiques

EC

Evan D. Chinoy

Chercheur en sciences du sommeil — Naval Health Research Center, San Diego, CA, États-Unis

VK

Vishesh K. Kapur

Médecin spécialiste du sommeil — University of Washington, Seattle, WA, États-Unis

AB

Adam V. Benjafield

Chercheur en médecine du sommeil — ResMed Science Center, San Diego, CA, États-Unis

MS

Michael T. Smith

Behavioral Sleep Medicine Program, Johns Hopkins University School of Medicine, Baltimore, USA

DR

Dieter Riemann

Professeur de psychologie clinique — University of Freiburg, Department of Psychiatry and Psychotherapy

CC

Colleen E. Carney

Chercheuse en psychologie du sommeil — Ryerson University, Toronto, Canada