Jeune adulte à son bureau, stylo en main devant une courte liste, téléphone retourné, prêt à commencer une tâche
Neurosciences

Procrastination : ce qui se passe dans le cerveau et comment en sortir

⏱ 43 min de lecture

Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie

🔎 Réponse en bref : procrastiner, ce n’est pas être paresseux. C’est le plus souvent une façon d’échapper à un inconfort immédiat (ennui, peur d’échouer, flou, fatigue) au prix de difficultés plus tard. Une étude française de l’Institut du cerveau (2022) suggère que les personnes qui procrastinent le plus sont celles chez qui l’effort d’une tâche paraît beaucoup plus léger quand il est repoussé à demain, alors que la récompense, elle, ne perd presque rien de sa valeur. Les méta-analyses montrent que la procrastination est liée à l’aversion pour la tâche, à l’éloignement de la récompense, à l’impulsivité et au manque de confiance en soi. Bonne nouvelle : des leviers simples (découper, planifier « si… alors », réduire les frictions, se pardonner) et les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) aident réellement. Si la procrastination s’accompagne d’une tristesse persistante, d’une anxiété envahissante ou de difficultés d’attention depuis l’enfance, parlez-en à un médecin ou à un psychologue. En cas d’idées suicidaires, appelez le 3114, gratuit, 24 h/24.
Vous savez que ce dossier est important. Vous savez même qu’il ne vous prendrait qu’une heure. Et pourtant, vous ouvrez vos messages, vous rangez votre bureau, vous regardez « juste une vidéo ». Le soir, la tâche est toujours là, et elle s’accompagne désormais d’un sentiment de honte. Si cette scène vous parle, vous êtes loin d’être seul : la procrastination touche une grande partie des étudiants, et de nombreux adultes la décrivent comme un problème durable dans leur vie professionnelle ou personnelle.

Cet article a un objectif simple : vous aider à comprendre ce qui se passe réellement quand vous remettez à plus tard, sans culpabilisation et sans raccourcis spectaculaires sur le cerveau, puis vous proposer une méthode applicable dès aujourd’hui. Nous verrons ce que montrent les études, ce qu’elles ne montrent pas encore, et dans quelles situations il vaut mieux demander de l’aide à un professionnel.

Procrastiner n’est pas être paresseux : de quoi parle-t-on ?

Une définition plus précise qu’il n’y paraît

En psychologie, la procrastination désigne le fait de retarder volontairement une action que l’on avait l’intention de faire, alors même que l’on s’attend à ce que ce retard ait des conséquences négatives. Chaque mot compte.

  • Volontairement : ce n’est pas un oubli, ni un empêchement extérieur (une urgence familiale, une panne, une maladie).
  • Une action que l’on avait l’intention de faire : la personne qui procrastine veut faire la tâche. C’est là toute la différence avec la paresse, qui renvoie plutôt à une absence d’envie d’agir ou à un désintérêt assumé.
  • En anticipant un coût : on sait que l’on sera plus stressé, que le travail sera bâclé, ou qu’il faudra veiller tard. On le fait quand même.
Le psychologue canadien Piers Steel, auteur de la méta-analyse de référence sur le sujet, parle de la procrastination comme d’un « échec d’autorégulation par excellence » : un décalage entre ce que l’on veut faire et ce que l’on fait réellement. Ce décalage n’a rien à voir avec un défaut de caractère. Il relève d’un mécanisme que la plupart d’entre nous partagent, à des degrés variables.

Retarder n’est pas toujours procrastiner

Tout report n’est pas problématique. Reporter une décision pour prendre le temps de réfléchir, attendre une information manquante, ou choisir de se reposer parce que l’on est épuisé, ce sont des choix raisonnés. On parle parfois de « délai stratégique ». La procrastination commence quand le report n’apporte rien, qu’on le regrette, et qu’il se répète au point de peser sur la vie quotidienne.

Une manière simple de faire la différence : demandez-vous si, en repoussant, vous vous sentez soulagé sur le moment puis mal ensuite. Si c’est le cas, il s’agit probablement de procrastination. Si vous vous sentez serein et que le report a une raison claire, c’est un choix d’organisation.

Ponctuelle ou installée

Presque tout le monde procrastine de temps en temps, surtout face à des tâches ennuyeuses (déclaration d’impôts, formulaires administratifs, ménage) ou anxiogènes (appeler un médecin, envoyer une candidature, ouvrir un courrier redouté). Pour certaines personnes, elle devient un mode de fonctionnement chronique, avec des retards répétés, des opportunités manquées, des tensions avec l’entourage et un sentiment d’échec qui s’accumule. C’est à ce stade qu’elle mérite une attention particulière, et parfois un accompagnement.

Pourquoi la culpabilité aggrave tout

On pourrait croire que se sermonner aide à se mettre au travail. C’est l’inverse qui se produit souvent. La honte et l’autocritique sont des émotions désagréables, et nous verrons que la procrastination sert justement à fuir les émotions désagréables. Plus la tâche est chargée de culpabilité, plus elle devient pénible à aborder, et plus la tentation de l’éviter grandit. Comprendre le mécanisme, c’est déjà commencer à en sortir.

Ce qui se passe dans le cerveau : effort, récompense et temps

Une décision comme une autre, mais biaisée

Chaque fois que vous hésitez entre commencer une tâche maintenant ou plus tard, votre cerveau compare, sans que vous en ayez forcément conscience, deux options : faire maintenant, ou faire plus tard. Pour chacune, il estime ce que l’on va y gagner (la récompense : un travail rendu, un soulagement, une reconnaissance) et ce que cela va coûter (l’effort, l’ennui, l’inconfort). Ces estimations dépendent du temps : une récompense lointaine pèse moins qu’une récompense immédiate, c’est ce que les chercheurs appellent la « dévalorisation temporelle ».

Ce phénomène est connu depuis longtemps pour les récompenses : si on vous propose 50 euros aujourd’hui ou 60 euros dans un mois, beaucoup choisissent l’argent tout de suite. Mais jusqu’à récemment, on savait peu de choses sur la façon dont le cerveau traite l’effort dans le temps.

L’étude de l’Institut du cerveau (Le Bouc et Pessiglione, 2022)

En 2022, Raphaël Le Bouc et Mathias Pessiglione, chercheurs au laboratoire Motivation, Brain and Behavior de l’Institut du cerveau (Paris Brain Institute, hôpital de la Pitié-Salpêtrière), ont publié dans Nature Communications une étude qui éclaire ce point. Leur démarche se déroule en plusieurs temps :

  1. Au laboratoire, sous IRM fonctionnelle, des volontaires devaient évaluer des récompenses (par exemple une somme d’argent ou un objet) et des efforts (par exemple apprendre une liste ou faire un exercice physique), disponibles tout de suite ou plus tard. Les chercheurs ont ainsi pu estimer, pour chaque personne, à quel point la valeur des récompenses et le coût des efforts diminuaient avec le délai.
  2. Un modèle mathématique a été construit à partir de ces choix. Il considère la procrastination comme une décision répétée : à chaque moment, on compare la valeur nette de « faire maintenant » et de « faire plus tard ».
  3. Ce modèle a ensuite été testé sur deux comportements indépendants : au laboratoire, la préférence pour réaliser une tâche pénible le lendemain plutôt que tout de suite, et à la maison, le délai pris pour renvoyer des formulaires administratifs remplis (avec une rémunération à la clé).
Le résultat principal tient en une phrase : ce qui distinguait le plus les personnes qui procrastinaient était la mesure dans laquelle le coût de l’effort attendu diminuait avec le délai. Autrement dit, chez elles, un effort repoussé au lendemain paraissait beaucoup moins pénible, alors que la récompense, elle, ne perdait pas autant de valeur. Faire plus tard semblait donc presque aussi gratifiant, mais beaucoup moins coûteux. Le choix de repousser devenait logique… dans l’instant.

Côté cerveau, les auteurs ont observé que le coût de l’effort attendu était signalé par une région située à l’avant et au milieu du cerveau, le cortex préfrontal dorsomédian, une zone impliquée dans l’évaluation de ce que coûte une action. C’est l’atténuation de ce signal avec le délai qui était associée à la procrastination.

Ce que cette étude permet de dire, et ce qu’elle ne dit pas

C’est un travail élégant, mais il faut le lire avec prudence :

  • il s’agit d’une étude expérimentale sur des volontaires, pas d’un essai de traitement : elle explique un mécanisme possible, elle ne propose pas de méthode pour s’en sortir ;
  • l’IRM fonctionnelle mesure des variations du flux sanguin associées à l’activité de régions cérébrales : elle ne lit pas les pensées et ne permet pas de « voir la procrastination » chez une personne donnée ;
  • les auteurs eux-mêmes parlent d’un biais cognitif qui pourrait expliquer la procrastination, avec un conditionnel de rigueur ;
  • l’étude ne dit rien d’un éventuel « cerveau de procrastinateur » figé : les évaluations d’effort et de récompense sont des processus qui varient selon la fatigue, l’humeur, le contexte et l’apprentissage.
Son intérêt pratique est ailleurs : elle donne une explication très concrète de ce que beaucoup ressentent. « Demain, j’aurai plus d’énergie, ce sera plus facile. » Or, demain, l’effort sera le même. Nous verrons plus loin comment utiliser cette idée.

Récompense immédiate contre bénéfice différé : la théorie de Piers Steel

L’étude française rejoint un cadre plus ancien. En 2007, Piers Steel (université de Calgary) a publié dans Psychological Bulletin une méta-analyse s’appuyant sur 691 corrélations issues de nombreuses études. Ses conclusions principales :

  • les facteurs les plus fortement et régulièrement liés à la procrastination sont l’aversion pour la tâche (plus elle est ennuyeuse ou désagréable, plus on la repousse), l’éloignement de l’échéance ou de la récompense, une faible confiance en sa capacité à réussir et l’impulsivité (la sensibilité aux tentations immédiates) ;
  • la conscienciosité (organisation, maîtrise de soi, faible distractibilité, motivation à réussir) est associée à moins de procrastination ;
  • en revanche, des traits comme le névrosisme (tendance aux émotions négatives), l’esprit de rébellion ou la recherche de sensations ne montraient qu’un lien faible.
Steel a proposé de résumer ces résultats par une équation, la théorie de la motivation temporelle : notre motivation à faire une tâche augmente avec notre attente de réussite et la valeur que nous accordons au résultat, et elle diminue avec le délai avant la récompense et notre sensibilité aux distractions. C’est une simplification, mais elle a une grande utilité pratique : chacun de ces quatre leviers peut être actionné.

Précision importante : la plupart des études de cette méta-analyse sont corrélationnelles et ont été menées chez des étudiants. Elles décrivent des associations, pas des causes démontrées.

Amygdale et cortex préfrontal : prudence avec les raccourcis

Vous avez peut-être lu que la procrastination serait une « guerre » entre une amygdale émotive et un cortex préfrontal raisonnable, ou que les procrastinateurs auraient une amygdale « plus grosse ». La réalité est plus nuancée.

Une étude de l’université de la Ruhr à Bochum (Schlüter et collègues, Psychological Science, 2018) a mesuré chez 264 adultes en bonne santé ce que les psychologues appellent le « contrôle de l’action », c’est-à-dire la capacité à passer de la décision à l’acte sans rester bloqué dans l’hésitation. Les personnes qui avaient le plus de mal à passer à l’action avaient en moyenne une amygdale un peu plus volumineuse, et une connexion fonctionnelle plus faible entre l’amygdale et le cortex cingulaire antérieur dorsal, une région impliquée dans le choix des actions et le contrôle.

Ce résultat est intéressant, car l’amygdale participe à l’évaluation de ce qui peut avoir des conséquences négatives. Une hypothèse est que certaines personnes anticipent davantage les conséquences possibles d’une action, et hésitent plus à se lancer. Mais il faut rester mesuré :

  • l’étude mesurait le contrôle de l’action, une notion voisine mais différente de la procrastination ;
  • il s’agit d’une corrélation observée à un moment donné, qui ne dit pas si la structure du cerveau est la cause ou la conséquence ;
  • les différences sont des moyennes de groupe, sans valeur diagnostique pour une personne : on ne peut pas savoir si quelqu’un procrastine en regardant son IRM.
Ce que l’on peut raisonnablement retenir : la procrastination implique des régions qui évaluent les coûts, les risques et les récompenses, et d’autres qui aident à réguler les émotions et à organiser l’action. Ces systèmes travaillent ensemble en permanence. Il n’y a ni « zone de la procrastination », ni cerveau « défectueux ». Pour aller plus loin sur la manière dont les émotions s’élaborent dans le cerveau, vous pouvez lire notre article Neurosciences et émotions : comprendre la mécanique cérébrale de vos ressentis.

Et la dopamine ? Attention au raccourci

On entend souvent que la procrastination serait « un manque de dopamine » et qu’il suffirait de « recharger sa dopamine » ou de faire un « jeûne de dopamine ». C’est une idée reçue. La dopamine est un messager chimique impliqué dans de nombreuses fonctions (mouvement, apprentissage, anticipation des récompenses, évaluation de l’effort à fournir), et son rôle dans la motivation est réel mais complexe. Il n’existe pas de mesure simple de « son taux de dopamine », et aucune étude n’a montré qu’une méthode grand public de « détox dopaminergique » réduisait la procrastination. Mieux vaut s’appuyer sur ce que l’on sait : l’environnement, les émotions et l’organisation de la tâche pèsent lourd, et ils sont modifiables.

Ce que montrent les études : la méta-analyse de Piers Steel (2007, 691 corrélations) associe surtout la procrastination à l’aversion pour la tâche, à l’éloignement de la récompense, à une faible confiance en sa réussite et à l’impulsivité. L’étude de l’Institut du cerveau (Le Bouc et Pessiglione, 2022) suggère un biais précis : chez les personnes qui procrastinent le plus, le coût de l’effort semble fortement diminuer quand il est repoussé, alors que la récompense garde presque toute sa valeur. Ces travaux décrivent des mécanismes probables, mais restent pour la plupart corrélationnels ou expérimentaux, menés en laboratoire et souvent chez des étudiants. Ils ne permettent pas de diagnostiquer quoi que ce soit à partir d’une image du cerveau.

Le rôle des émotions : fuir un inconfort maintenant

Une stratégie de régulation de l’humeur à court terme

Si l’on devait ne retenir qu’une idée de la recherche récente, ce serait celle-ci : la procrastination est d’abord un problème de gestion des émotions, avant d’être un problème de gestion du temps. Les psychologues Fuschia Sirois et Timothy Pychyl l’ont formulé dans une revue publiée en 2013 : procrastiner permet de « réparer » une humeur désagréable à court terme, au détriment de ce qu’ils appellent le « soi futur ».

Face à une tâche qui suscite de l’ennui, de l’anxiété, de la frustration ou un doute sur ses capacités, se détourner procure un soulagement immédiat. Ce soulagement est une récompense puissante, et il renforce le comportement : la prochaine fois, le cerveau aura appris que l’évitement « fonctionne », du moins sur le moment.

Sirois et Pychyl ajoutent une observation frappante : nous avons tendance à percevoir notre « soi futur » un peu comme un étranger. On lui laisse la tâche pénible, en imaginant qu’il sera plus motivé, plus reposé, plus compétent. Cette idée rejoint directement le biais décrit par l’Institut du cerveau : l’effort qu’aura à fournir ce soi futur nous paraît plus léger.

Les émotions qui déclenchent le plus souvent l’évitement

Toutes les tâches ne se valent pas. Celles que l’on repousse le plus partagent souvent une ou plusieurs de ces caractéristiques :

  • ennuyeuses ou répétitives (classer, remplir, relire) ;
  • floues : on ne sait pas par où commencer, ni à quoi ressemble « fini » ;
  • menaçantes pour l’estime de soi : un travail qui sera évalué, une candidature, un projet personnel important ;
  • associées à un conflit : un appel difficile, un message délicat, une décision qui engage ;
  • sans récompense visible à court terme : faire du sport pour sa santé dans dix ans, épargner, apprendre une langue ;
  • déjà chargées de culpabilité parce qu’elles ont été repoussées plusieurs fois.
Repérer laquelle de ces caractéristiques s’applique à votre tâche donne souvent la clé de la stratégie à utiliser.

Le perfectionnisme, un moteur fréquent

Beaucoup de personnes qui procrastinent ne manquent pas d’exigence, au contraire. Lorsque la barre est placée très haut, commencer revient à s’exposer à l’imperfection. Tant que l’on n’a pas commencé, le résultat idéal reste possible. Le report protège alors, temporairement, l’image que l’on a de soi. Ce mécanisme est détaillé dans notre article Hypnose et perfectionnisme anxiogène : lâcher la pression.

Le cercle vicieux soulagement, culpabilité, évitement

Le schéma se répète souvent ainsi :

  1. une tâche déclenche un inconfort ;
  2. on se détourne, et l’on ressent un soulagement ;
  3. l’échéance se rapproche, le stress monte, la culpabilité apparaît ;
  4. la tâche devient encore plus désagréable à aborder, parce qu’elle est maintenant associée à la honte ;
  5. le besoin d’évitement augmente.
Ce cercle explique pourquoi les solutions purement organisationnelles (un nouvel agenda, une nouvelle application) ne suffisent pas toujours : elles ne s’attaquent pas à l’émotion qui déclenche l’évitement.

Conséquences sur le stress, le sommeil et l’humeur

Procrastiner de temps en temps n’a pas de conséquence grave. Mais lorsqu’elle devient chronique, la procrastination semble peser sur la santé.

Une étude de cohorte suédoise publiée dans JAMA Network Open en 2023 (Johansson et collègues, université Sophiahemmet et Institut Karolinska) a suivi 3 525 étudiants de huit universités de la région de Stockholm et d’Örebro. Les chercheurs ont mesuré la tendance à procrastiner en début d’étude, puis évalué seize indicateurs de santé neuf mois plus tard. Après prise en compte de nombreux facteurs de confusion, une procrastination plus élevée était associée à :

  • davantage de symptômes dépressifs, anxieux et de stress ;
  • plus souvent des douleurs invalidantes des membres supérieurs ;
  • une moins bonne qualité de sommeil ;
  • davantage d’inactivité physique ;
  • plus de sentiment de solitude et de difficultés financières.
Les associations étaient modestes, et il s’agit d’une étude observationnelle : elle ne prouve pas que la procrastination cause ces problèmes. Il est probable que les liens fonctionnent dans les deux sens. Une humeur déprimée ou un mauvais sommeil rendent plus difficile de se mettre au travail, et le retard accumulé alimente en retour le stress et le découragement.

Le message à retenir n’est pas alarmiste : il invite à prendre la procrastination au sérieux lorsqu’elle s’installe, plutôt que de la traiter comme un simple défaut de volonté. Elle peut être un signal d’alerte sur votre état de fatigue, de stress ou d’humeur. Si vous vous reconnaissez dans un état de tension permanente, notre article Neurosciences du stress : ce qui se passe dans le cerveau et ce qui aide peut vous aider à y voir plus clair.

Ce qui aide vraiment : des stratégies concrètes et réalistes

Aucune technique ne transforme du jour au lendemain une personne qui procrastine en machine productive. L’objectif est plus modeste et plus réaliste : réduire l’écart entre ce que vous voulez faire et ce que vous faites, et diminuer la souffrance associée. Voici les leviers les mieux étayés, à combiner selon votre situation.

1. Nommer l’émotion avant de chercher la solution

Avant de vous lancer, prenez trente secondes pour vous demander : « Qu’est-ce que cette tâche me fait ressentir ? » Ennui, peur d’être jugé, sentiment d’être dépassé, colère, fatigue ? Mettre un mot sur l’émotion aide à la reconnaître comme une émotion passagère, et non comme une vérité sur vous ou sur la tâche. Ensuite seulement, choisissez la stratégie adaptée : on ne traite pas l’ennui comme on traite la peur de l’échec.

2. Découper jusqu’à trouver une première action de cinq minutes

Une tâche floue et volumineuse active fortement l’évitement. « Écrire mon mémoire » est paralysant. « Ouvrir le document et écrire trois phrases sur l’introduction » l’est beaucoup moins. Découpez jusqu’à obtenir une première action concrète, visible et courte, réalisable en cinq à dix minutes.

Cette technique s’appuie sur une constatation fréquente : le plus difficile est souvent de commencer. Une fois l’action engagée, l’inconfort anticipé se révèle généralement moins fort que prévu, et il devient plus facile de continuer. Et si vous vous arrêtez au bout de cinq minutes, ce n’est pas un échec : vous avez avancé.

Quelques exemples de premières actions :

  • pour une déclaration administrative : rassembler les papiers nécessaires dans une pochette ;
  • pour un rapport : écrire le plan en cinq titres, sans rédiger ;
  • pour un appel redouté : noter les trois phrases que vous voulez dire ;
  • pour reprendre le sport : préparer vos affaires la veille et marcher dix minutes.

3. Planifier « quand, où, comment » : les plans « si… alors »

Les psychologues Peter Gollwitzer et Paschal Sheeran ont analysé, dans une méta-analyse publiée en 2006, l’effet de ce qu’ils appellent les intentions de mise en œuvre. Le principe : au lieu de vous dire « je vais m’y mettre », vous formulez une règle précise du type « Si [situation], alors je [action] ». Sur l’ensemble des études analysées, cette stratégie était associée à une amélioration nette de l’atteinte des objectifs, d’ampleur moyenne à forte, notamment en aidant à démarrer et à résister aux distractions.

Exemples :

  • « Si je finis mon café de 9 h, alors j’ouvre le dossier X et j’écris le premier paragraphe. »
  • « Si j’ai envie de prendre mon téléphone pendant que je travaille, alors je le pose dans la pièce d’à côté. »
  • « Si je rentre du travail le mardi, alors je mets mes chaussures de marche avant de m’asseoir. »
La force de cette méthode est qu’elle transfère la décision : au moment venu, il n’y a plus à délibérer, ce qui laisse moins de place à la négociation intérieure. Pour aménager votre environnement de travail dans le même esprit, voyez aussi Concentration au travail : méthodes et environnement optimal.

4. Réduire les frictions, augmenter celles des distractions

L’impulsivité, c’est-à-dire la sensibilité aux tentations immédiates, fait partie des facteurs les plus liés à la procrastination dans la méta-analyse de Steel. Plutôt que de compter sur votre volonté, modifiez votre environnement :

  • rendez la tâche plus facile d’accès : document déjà ouvert, matériel prêt, onglet utile épinglé ;
  • rendez les distractions plus coûteuses : téléphone dans une autre pièce ou en mode concentration, notifications coupées, applications déconnectées pendant certaines plages ;
  • travaillez sur une seule chose à la fois : passer d’une tâche à l’autre fatigue et fragmente l’attention, comme l’explique notre article Multitâche : pourquoi votre cerveau n’est pas fait pour ça ;
  • choisissez un lieu associé au travail : bibliothèque, café, coin de bureau réservé.
Ces ajustements paraissent modestes, mais ils agissent précisément sur l’équilibre entre coût et récompense immédiate que décrivent les études.

5. Rapprocher la récompense

Puisque les récompenses lointaines pèsent peu, rapprochez-les :

  • associez une tâche ennuyeuse à quelque chose d’agréable (écouter une musique que vous aimez pendant que vous rangez, ne vous accorder un épisode de série qu’après la séance de travail) ;
  • rendez les progrès visibles : cocher une liste, colorier une case par séance, noter ce que vous avez fait en fin de journée ;
  • fixez-vous des échéances intermédiaires, idéalement partagées avec quelqu’un : un ami à qui envoyer le plan vendredi, un collègue avec qui faire le point.
Travailler aux côtés d’autres personnes (sessions de travail en groupe, en présentiel ou en visio, chacun sur sa propre tâche) aide aussi beaucoup de gens à démarrer, en rendant l’engagement plus concret.

6. Contrer le biais de l’effort futur

C’est la piste qui découle le plus directement de l’étude de l’Institut du cerveau. Si une partie du problème vient de ce que l’effort de demain paraît plus léger qu’il ne le sera, il est utile de corriger consciemment cette illusion.

Quand vous vous surprenez à penser « je le ferai demain, ce sera plus simple », posez-vous deux questions :

  • « Qu’est-ce qui sera concrètement différent demain ? » Si la réponse est « rien », l’effort sera le même.
  • « Comment me sentirai-je demain si je ne le fais pas aujourd’hui ? » Visualisez la scène de façon précise, le stress, le manque de temps.
Ce n’est pas une méthode validée en tant que telle par cette étude, qui portait sur le mécanisme et non sur une intervention. Mais elle est cohérente avec ses résultats et avec les techniques cognitives utilisées en TCC, qui consistent justement à examiner les prédictions que l’on fait sur l’avenir.

7. Se pardonner plutôt que se blâmer

C’est contre-intuitif, et pourtant étudié. En 2010, Michael Wohl, Timothy Pychyl et Shannon Bennett (université Carleton, Canada) ont suivi des étudiants de première année entre deux examens. Ceux qui s’étaient le plus pardonné d’avoir procrastiné avant le premier examen procrastinaient moins avant le second, et cet effet passait en partie par une diminution des émotions négatives liées à l’échec.

Se pardonner ne veut pas dire nier le problème ni renoncer à changer. Cela veut dire reconnaître ce qui s’est passé, accepter que c’est humain, et se tourner vers la prochaine action plutôt que vers la rumination. Concrètement, vous pouvez vous parler comme vous parleriez à un ami dans la même situation : « C’est frustrant, tu avais une semaine chargée, et maintenant, quelle est la plus petite étape possible ? »

Cette attitude rejoint l’autocompassion, dont les effets sur la régulation émotionnelle sont présentés dans notre article L’autocompassion : être bienveillant envers soi-même.

8. Prendre soin des bases : sommeil, fatigue, charge globale

On procrastine davantage quand on est épuisé. La fatigue rend chaque effort plus coûteux et réduit la capacité à réguler les émotions. Avant de conclure à un manque de volonté, vérifiez :

  • votre sommeil : est-il suffisant et régulier ?
  • votre charge de travail : est-elle réaliste, ou vous demandez-vous l’impossible ?
  • vos pauses : en prenez-vous, et sont-elles réellement reposantes (marcher, respirer, s’éloigner des écrans) plutôt que du défilement de fil d’actualité ?
Parfois, la meilleure stratégie contre la procrastination est de réduire le nombre d’engagements, de demander un délai ou de déléguer.

Un plan sur une semaine pour commencer

Pour éviter de transformer ces conseils en une nouvelle source de pression, commencez petit :

  • Jour 1 : choisissez une seule tâche repoussée. Notez l’émotion qu’elle suscite.
  • Jour 2 : découpez-la et identifiez une première action de cinq minutes.
  • Jour 3 : formulez un plan « si… alors » et préparez votre environnement (téléphone éloigné, matériel prêt).
  • Jour 4 : réalisez la première action. Notez ce que vous avez ressenti avant et après.
  • Jour 5 : planifiez la suivante, avec une petite récompense associée.
  • Jour 6 : si vous avez décroché, pratiquez le pardon à vous-même et reprenez à la plus petite étape.
  • Jour 7 : faites le bilan. Qu’est-ce qui a aidé ? Qu’est-ce qui a bloqué ? Gardez une seule stratégie pour la semaine suivante.
L’objectif n’est pas la perfection, mais une expérience répétée de réussite, même modeste, qui renforce peu à peu la confiance en votre capacité à agir, l’un des facteurs les plus liés à la procrastination selon Steel.

Thérapies cognitivo-comportementales et accompagnement : quand et par qui

Que proposent les TCC face à la procrastination ?

Les thérapies cognitivo-comportementales sont l’approche la plus étudiée pour la procrastination. Elles combinent généralement :

  • un travail sur les pensées : repérer les prédictions irréalistes (« ce sera plus facile demain », « si ce n’est pas parfait, c’est nul », « je n’y arriverai jamais »), les examiner et les nuancer ;
  • un travail sur les comportements : découpage des tâches, planification, gestion des distractions, expositions progressives aux tâches redoutées ;
  • un travail sur les émotions : apprendre à tolérer l’inconfort au lieu de le fuir, repérer les déclencheurs ;
  • souvent, des éléments de pleine conscience ou d’autocompassion.
Pour comprendre comment ces thérapies agissent sur les processus cérébraux impliqués dans les pensées et les émotions, voyez notre article Thérapies cognitivo-comportementales : les neurosciences derrière les TCC.

Les résultats des essais

En 2015, Alexander Rozental et ses collègues (université de Stockholm et université de Linköping) ont publié dans le Journal of Consulting and Clinical Psychology le premier essai contrôlé randomisé d’une TCC par Internet pour la procrastination. Cent cinquante participants ont été répartis en trois groupes : programme guidé par un thérapeute, programme en autonomie, ou liste d’attente. Après le traitement, les deux programmes réduisaient la procrastination de façon modérée par rapport à la liste d’attente, et entre un quart et deux cinquièmes des participants des groupes traités présentaient une amélioration cliniquement significative. Les deux formats donnaient des résultats proches.

En 2018, la même équipe a réalisé une méta-analyse des essais contrôlés randomisés de traitements psychologiques de la procrastination (12 études, 718 participants). Sur l’ensemble des approches, l’effet était faible mais réel, avec une grande variabilité entre les études. Les TCC, analysées séparément, montraient un effet modéré et plus homogène, mais ce résultat ne reposait que sur trois études. Une autre méta-analyse, menée par Wendelien van Eerde et Katrin Klingsieck la même année (24 études), a également conclu que les interventions réduisaient la procrastination, avec des effets qui se maintenaient au suivi, et que l’approche cognitivo-comportementale se distinguait parmi les types d’interventions étudiés.

Ce que montrent les études : les traitements psychologiques réduisent la procrastination, et les thérapies cognitivo-comportementales sont l’approche la mieux étayée, avec un effet modéré dans les essais contrôlés. Une TCC par Internet de dix semaines, guidée ou non, a fait mieux qu’une liste d’attente dans un essai suédois de 150 personnes. Les limites sont réelles : peu d’essais, des participants souvent volontaires et motivés, des mesures surtout déclaratives et des suivis courts. Ces approches aident beaucoup de personnes, sans promesse de transformation totale.

Qui consulter ?

  • Un psychologue formé aux TCC est l’interlocuteur le plus adapté pour une procrastination chronique qui vous fait souffrir. En France, le dispositif « Mon soutien psy » permet, sous conditions, le remboursement de séances avec un psychologue partenaire, sur orientation ou en accès direct selon les modalités en vigueur.
  • Votre médecin traitant est un premier recours utile, en particulier si vous soupçonnez une dépression, un trouble anxieux ou un TDAH, ou si vous avez des troubles du sommeil. Il pourra vous orienter vers un psychiatre si nécessaire.
  • Les services de santé universitaires proposent souvent un accompagnement psychologique gratuit aux étudiants.
  • La médecine du travail peut être sollicitée si la procrastination est liée à une surcharge ou à une souffrance au travail.
D’autres approches, comme la sophrologie ou l’hypnothérapie, sont parfois utilisées pour la gestion du stress. Elles peuvent avoir leur place en complément, mais elles ne remplacent pas une évaluation médicale ou psychologique quand un trouble sous-jacent est possible.

Procrastination, TDAH, dépression, anxiété : faire la part des choses

La procrastination n’est pas un diagnostic. Mais elle peut accompagner, ou masquer, des troubles qui méritent une prise en charge spécifique.

Procrastination et TDAH

Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) concerne aussi les adultes, et la difficulté à démarrer ou à terminer les tâches est l’une des plaintes les plus fréquentes chez eux. La procrastination fait d’ailleurs souvent partie des thérapies proposées aux adultes concernés, même si elle ne figure pas parmi les critères officiels du trouble.

Une étude néerlandaise de l’université Radboud (Niermann et Scheres, 2014), menée auprès de 54 étudiants présentant des niveaux variables de comportements évocateurs de TDAH, a observé que c’étaient surtout les difficultés d’attention, plutôt que l’impulsivité ou l’hyperactivité, qui étaient associées à la procrastination générale. Les auteures soulignent qu’il s’agit d’un résultat préliminaire, sur un petit échantillon.

Quelques repères permettent de distinguer une procrastination « ordinaire » d’une situation qui justifie d’en parler à un médecin :

  • les difficultés d’attention, d’organisation ou de démarrage sont présentes depuis l’enfance (et non apparues récemment) ;
  • elles touchent plusieurs domaines de vie (études, travail, maison, relations) ;
  • elles ont un retentissement important (échecs répétés, pertes d’emploi, conflits, accidents) ;
  • elles s’accompagnent d’oublis fréquents, de pertes d’objets, d’une difficulté à rester sur une tâche même intéressante.
Ne vous autodiagnostiquez pas à partir de tests en ligne ou de vidéos sur les réseaux sociaux : beaucoup de symptômes sont partagés avec l’anxiété, la dépression, le manque de sommeil ou un simple surmenage. Le diagnostic de TDAH repose sur une évaluation clinique approfondie par un médecin (psychiatre, neurologue ou médecin formé). Et ne prenez jamais de psychostimulants sans prescription : ces médicaments ont des contre-indications et des effets indésirables, et leur usage hors suivi médical expose à des risques. Pour en savoir plus, lisez TDAH chez l’adulte : symptômes méconnus et diagnostic tardif.

Procrastination et dépression

La dépression se caractérise notamment par une perte d’intérêt ou de plaisir, une fatigue marquée, des difficultés de concentration et un sentiment de dévalorisation. Tout cela rend chaque effort beaucoup plus lourd, et la procrastination peut alors être un symptôme plus qu’une cause. Dans ce cas, les techniques d’organisation seules ne suffiront pas : c’est la dépression qu’il faut soigner, avec un médecin et, souvent, un psychologue.

Signes qui doivent vous alerter : une tristesse ou un vide intérieur presque tous les jours depuis plus de deux semaines, une perte d’intérêt pour ce que vous aimiez, des troubles du sommeil ou de l’appétit, un sentiment de culpabilité excessive, des idées noires.

Procrastination et anxiété

L’anxiété pousse à éviter ce qui fait peur, et l’évitement soulage sur le moment tout en renforçant la peur à long terme : c’est exactement la mécanique de la procrastination émotionnelle. Si vous repoussez surtout les tâches qui impliquent d’être évalué, de contacter des gens ou de prendre des décisions, et si l’inquiétude est présente presque en permanence, il peut s’agir d’un trouble anxieux. Les TCC sont là aussi une approche de premier plan.

Quand consulter

Parlez-en à un professionnel (médecin traitant ou psychologue) si :

  • la procrastination dure depuis des mois et retentit nettement sur vos études, votre travail, vos finances ou vos relations ;
  • vous avez essayé plusieurs stratégies sans amélioration et vous vous sentez découragé ;
  • elle s’accompagne d’une tristesse persistante, d’une perte d’intérêt, d’une fatigue intense ou de troubles du sommeil ;
  • vous ressentez une anxiété envahissante, des crises d’angoisse, ou vous évitez de plus en plus de situations ;
  • vous avez des difficultés d’attention et d’organisation depuis l’enfance, avec un retentissement important : évoquez la possibilité d’un bilan TDAH avec un médecin ;
  • vous consommez de l’alcool, du cannabis ou d’autres substances pour faire face au stress (Alcool Info Service : 0 980 980 930, Drogues Info Service : 0 800 23 13 13, appels gratuits et anonymes).
Urgence : si vous avez des idées suicidaires, si vous pensez que la vie ne vaut plus la peine, ou si vous êtes inquiet pour un proche, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit, accessible 24 h/24 et 7 j/7. En cas de danger immédiat, composez le 15 (SAMU) ou le 112.

Trouver un accompagnement

Si la procrastination pèse sur votre quotidien, vous n’avez pas à vous en sortir seul. Un psychologue peut vous aider à identifier les émotions et les pensées qui alimentent l’évitement, et à construire, pas à pas, des stratégies adaptées à votre vie. Vous pouvez trouver un professionnel près de chez vous dans notre annuaire des psychologues.

FAQ

Pourquoi je procrastine alors que je sais que c’est important ?

Parce que savoir qu’une tâche est importante ne suffit pas à rendre l’effort agréable. Votre cerveau compare en permanence ce que coûte l’action maintenant et plus tard. Si la tâche suscite de l’ennui, de l’anxiété ou un doute sur vos capacités, l’éviter procure un soulagement immédiat. Selon l’étude de l’Institut du cerveau, l’effort repoussé au lendemain peut aussi paraître beaucoup plus léger qu’il ne le sera. L’importance de la tâche peut même augmenter la pression, et donc l’envie de fuir.

La procrastination, est-ce de la paresse ?

Non. La paresse renvoie à une absence d’envie d’agir. La personne qui procrastine, elle, veut faire la tâche, se sent mal de ne pas la faire, et anticipe les conséquences négatives. C’est un problème de régulation des émotions et de l’évaluation de l’effort, pas un défaut de caractère. Se traiter de paresseux a d’ailleurs tendance à entretenir le problème, en ajoutant de la honte.

Que se passe-t-il exactement dans le cerveau ?

Plusieurs régions qui évaluent la valeur des récompenses, le coût des efforts et les risques, et d’autres qui aident à réguler les émotions et à planifier l’action, travaillent ensemble. L’étude de Le Bouc et Pessiglione (2022) a montré que le coût de l’effort, signalé par le cortex préfrontal dorsomédian, diminuait davantage avec le délai chez les personnes qui procrastinent. Il n’existe cependant ni « zone de la procrastination », ni examen d’imagerie permettant de la diagnostiquer.

Comment savoir si ma procrastination est liée à un TDAH ?

Vous ne pouvez pas le déterminer seul. Certains signes justifient d’en parler à un médecin : des difficultés d’attention et d’organisation présentes depuis l’enfance, dans plusieurs domaines de la vie, avec un retentissement important. Mais la fatigue, l’anxiété ou la dépression peuvent produire des symptômes proches. Seule une évaluation clinique par un médecin formé permet de poser un diagnostic.

La procrastination peut-elle nuire à la santé ?

Une procrastination occasionnelle, non. Une procrastination chronique est associée, dans une grande étude suédoise auprès de 3 525 étudiants, à davantage de symptômes dépressifs, anxieux et de stress, à un sommeil de moins bonne qualité et à plus de douleurs neuf mois plus tard. Ces liens ne prouvent pas une relation de cause à effet, mais ils invitent à ne pas banaliser une procrastination qui s’installe.

Quelles méthodes fonctionnent vraiment ?

Les mieux étayées sont les thérapies cognitivo-comportementales, avec un effet modéré dans les essais. Au quotidien, découper la tâche jusqu’à une première action de cinq minutes, formuler des plans « si… alors », réduire les distractions, rapprocher les récompenses et se pardonner ses écarts sont des stratégies cohérentes avec les études. Aucune n’agit instantanément : leur force vient de leur répétition.

Sources

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  2. Le Bouc R, Pessiglione M. A neuro-computational account of procrastination behavior. Nature Communications. 2022. PMID : 36163352. DOI : 10.1038/s41467-022-33119-w
  3. Sirois F, Pychyl T. Procrastination and the priority of short-term mood regulation: consequences for future self. Social and Personality Psychology Compass. 2013. DOI : 10.1111/spc3.12011
  4. Johansson F, Rozental A, Edlund K, et al. Associations between procrastination and subsequent health outcomes among university students in Sweden. JAMA Network Open. 2023. PMID : 36598789. DOI : 10.1001/jamanetworkopen.2022.49346
  5. Rozental A, Forsell E, Svensson A, et al. Internet-based cognitive-behavior therapy for procrastination: a randomized controlled trial. Journal of Consulting and Clinical Psychology. 2015. PMID : 25939016. DOI : 10.1037/ccp0000023
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  8. Gollwitzer PM, Sheeran P. Implementation intentions and goal achievement: a meta-analysis of effects and processes. Advances in Experimental Social Psychology. 2006. DOI : 10.1016/S0065-2601(06)38002-1
  9. Wohl MJA, Pychyl TA, Bennett SH. I forgive myself, now I can study: how self-forgiveness for procrastinating can reduce future procrastination. Personality and Individual Differences. 2010. DOI : 10.1016/j.paid.2010.01.029
  10. Schlüter C, Fraenz C, Pinnow M, et al. The structural and functional signature of action control. Psychological Science. 2018. PMID : 30118388. DOI : 10.1177/0956797618779380
  11. Niermann HC, Scheres A. The relation between procrastination and symptoms of attention-deficit hyperactivity disorder (ADHD) in undergraduate students. International Journal of Methods in Psychiatric Research. 2014. PMID : 24992694. DOI : 10.1002/mpr.1440
⚕️ Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié.

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FW

Fabrice Wigishoff

Fondateur de ViziWell · Supervision éditoriale

Triple master en hypnose thérapeutique, 30 ans d'expérience en hypnothérapie et coaching. Spécialiste de l'arrêt du tabac, gestion du stress et préparation mentale. Passionné de neurosciences, Fabrice décrypte les études cliniques mondiales pour rendre les thérapies complémentaires accessibles à tous.

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Auteurs des sources scientifiques

AR

Alexander Rozental

Chercheur en psychologie clinique — Department of Psychology, Stockholm University, Suède

CS

Caroline Schlüter

Chercheuse en biopsychologie — Biopsychology, Faculty of Psychology, Ruhr University Bochum, Allemagne

PS

Piers Steel

Chercheur en psychologie organisationnelle — Human Resources and Organizational Dynamics, University of Calgary, Canada

RB

Raphaël Le Bouc

Neurologue et chercheur en neurosciences de la motivation — Motivation, Brain and Behavior Lab, Institut du cerveau (ICM), Sorbonne Université, Inserm, CNRS, Pitié-Salpêtrière, Paris, France

FJ

Fred Johansson

Chercheur en promotion de la santé — Department of Health Promotion Science, Sophiahemmet University, Stockholm, Suède