Sophrologie en milieu hospitalier : tendances et pratiques en France (2025)
Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie
La sophrologie à l'hôpital : une pratique d'accompagnement, jamais un traitement
La sophrologie en milieu hospitalier désigne l'usage encadré de techniques de relaxation, de respiration et de visualisation au sein des établissements de santé, pour aider les patients à mieux vivre l'anxiété, l'attente d'un examen, une opération, un traitement lourd ou une hospitalisation prolongée. Elle s'inscrit dans ce que l'on appelle les soins de support : elle accompagne le parcours de soins, elle ne le remplace pas et elle ne soigne pas la maladie elle-même.Depuis une quinzaine d'années, la sophrologie a franchi les portes des hôpitaux et des cliniques françaises. On la retrouve dans les services d'oncologie, les maternités, les unités de gestion de la douleur, les blocs de chirurgie ambulatoire, mais aussi dans les dispositifs de qualité de vie au travail destinés aux soignants eux-mêmes. Cet essor traduit une demande réelle : celle d'un accompagnement plus humain, qui prend en compte le vécu émotionnel du patient à côté du geste technique.
Il faut cependant poser d'emblée un cadre honnête. La popularité d'une pratique ne prouve pas son efficacité. En 2020, l'INSERM a publié une évaluation de la sophrologie qui conclut à un niveau de preuve limité : les études disponibles sont peu nombreuses, souvent de petite taille, aux méthodologies hétérogènes, et les mécanismes théoriques restent largement spéculatifs. Cet article décrit donc à la fois ce que la sophrologie apporte concrètement à l'hôpital et ce que la science établit — ou pas — à son sujet. Notre objectif n'est pas de vendre une méthode, mais de vous aider à comprendre sa place réelle dans le soin.
Pour une présentation générale de la discipline, ses principes et ses exercices, vous pouvez consulter notre guide complet pour comprendre la méthode. Le présent article se concentre spécifiquement sur son usage à l'hôpital.
De quoi parle-t-on ? La sophrologie comme soin de support
Une discipline psychocorporelle née dans les années 1960
La sophrologie a été créée en 1960 par le neuropsychiatre Alfonso Caycedo. Elle combine trois familles de techniques : la relaxation musculaire (relâchement progressif des tensions), la régulation respiratoire (respiration lente, expiration allongée) et l'évocation mentale positive (visualisation d'images apaisantes ou de situations réussies). L'idée directrice est d'amener la personne, par un entraînement régulier, à mobiliser elle-même ses ressources de calme et de concentration.
En France, plusieurs milliers de sophrologues exercent, et la pratique s'est largement diffusée dans le grand public. Il existe par ailleurs plusieurs courants, du plus fidèle à la philosophie caycédienne aux approches dites généralistes ; notre article sur les différentes branches de la sophrologie détaille ces distinctions, qui ont leur importance lorsqu'on choisit un praticien à l'hôpital comme en ville.
Ce que « soin de support » veut dire
À l'hôpital, la sophrologie n'a pas le statut d'un traitement médical. Elle appartient aux soins de support, c'est-à-dire l'ensemble des soins et soutiens nécessaires aux personnes malades, en parallèle des traitements spécifiques, tout au long de la maladie. Concrètement, cela signifie qu'une séance de sophrologie ne remplace ni une chimiothérapie, ni une anesthésie, ni un antalgique, ni une psychothérapie. Elle vise à améliorer le confort, à réduire le ressenti anxieux, à aider la personne à traverser un moment difficile.
Cette distinction n'est pas un détail sémantique. Présenter la sophrologie comme un moyen de « guérir » ou de « traiter » une maladie serait trompeur et potentiellement dangereux, s'il en résultait un retard ou un abandon de soins. La bonne question n'est donc pas « la sophrologie soigne-t-elle le cancer ou la douleur ? » — elle ne le fait pas — mais « aide-t-elle le patient à mieux vivre son parcours de soins ? ». C'est sur ce terrain, celui du vécu et du confort, que se situent ses bénéfices les plus plausibles.
Comment se déroule une séance à l'hôpital
Le déroulé d'une séance en établissement ressemble à celui d'un cabinet de ville, adapté aux contraintes du service et à l'état du patient. Une séance dure généralement entre 20 et 45 minutes, parfois moins pour une personne fatiguée ou alitée.
Elle commence par un temps d'accueil et d'échange, pendant lequel le praticien s'informe de l'état du jour, des inquiétudes du moment, du contexte médical. Vient ensuite une phase d'exercices de relaxation dynamique : mouvements doux associés à la respiration, contractions puis relâchements musculaires, que le patient peut réaliser assis ou allongé. Le praticien guide ensuite une phase de détente plus profonde, la sophronisation, ponctuée d'évocations mentales positives — un lieu ressource, une respiration apaisée, la préparation mentale d'un examen ou d'un geste à venir. La séance se termine par un temps de reprise et d'échange sur les ressentis.
À l'hôpital, plusieurs formats coexistent. Les séances individuelles au lit du patient conviennent aux personnes hospitalisées ou fatiguées. Les séances collectives, en petits groupes, se pratiquent en oncologie, en maternité ou dans les programmes destinés aux soignants. Enfin, la sophrologie à distance, par visioconférence, se développe : un essai contrôlé randomisé français récent (l'étude SOPHROCARE, menée chez des enfants et adolescents porteurs d'une cardiopathie congénitale) a précisément évalué une intervention de sophrologie à distance, illustrant l'intérêt croissant pour ces modalités connectées.
Un point mérite d'être souligné : la sophrologie repose sur un entraînement. L'objectif du praticien hospitalier est souvent de transmettre au patient quelques exercices simples qu'il pourra refaire seul, dans sa chambre ou chez lui, avant un examen ou une nuit difficile. Cette autonomie est au cœur de la méthode.
Quelques exercices concrets proposés à l'hôpital
Pour rendre les choses tangibles, voici le type d'outils qu'un praticien peut transmettre. La respiration abdominale consiste à poser une main sur le ventre, à inspirer lentement par le nez en gonflant le ventre, puis à expirer plus longuement par la bouche ; allonger l'expiration favorise le relâchement. La respiration dite carrée, ou respiration rythmée, associe des temps égaux d'inspiration, de rétention et d'expiration, pour recentrer l'attention. Les exercices de relâchement musculaire alternent une légère contraction d'un groupe de muscles (épaules, mâchoire, mains) suivie d'un relâchement conscient, afin de percevoir puis d'évacuer la tension. Enfin, l'évocation d'un « lieu ressource » — un endroit réel ou imaginaire associé au calme — sert d'ancrage mobilisable avant un soin anxiogène.
Ces exercices sont volontairement simples et courts. Leur intérêt à l'hôpital tient précisément à leur accessibilité : ils peuvent être pratiqués en quelques minutes, sans matériel, y compris par une personne alitée ou fatiguée, et réactivés au moment où le stress monte, par exemple dans la salle d'attente d'un examen d'imagerie ou avant une pose de perfusion.
Les grands domaines d'application à l'hôpital
Anxiété préopératoire et chirurgie ambulatoire
L'attente d'une opération est un moment de forte tension. L'anxiété préopératoire est fréquente, elle peut retentir sur le sommeil des jours précédents, sur le confort du réveil et sur le vécu global de l'intervention. La sophrologie est proposée dans certains parcours chirurgicaux, notamment en chirurgie ambulatoire, pour aider le patient à aborder plus sereinement le bloc opératoire.
Les techniques mobilisées visent à réduire l'état de tension : respiration lente pour apaiser la réaction physiologique au stress, visualisation positive de l'intervention et du rétablissement, ancrage sur des sensations de calme. Il s'agit d'un accompagnement du vécu, complémentaire de la préparation médicale et anesthésique, et non d'un substitut à celle-ci. La sophrologie est ici souvent citée aux côtés de l'hypnose médicale, cette dernière étant plutôt mobilisée en per-opératoire tandis que la sophrologie intervient surtout en amont et en aval.
Cette articulation avec l'équipe d'anesthésie mérite d'être précisée. La consultation d'anesthésie reste le temps médical de référence avant toute intervention : c'est là que sont évalués les risques, choisie la technique et donnée l'information réglementaire. La sophrologie ne se substitue à aucune de ces étapes. Lorsqu'elle est proposée, elle vient soutenir le patient particulièrement anxieux, en lui donnant des outils de gestion du stress à mobiliser la veille et le matin de l'opération, puis pendant la phase de récupération. Son bénéfice attendu porte sur le confort et le vécu, pas sur des paramètres médicaux comme les doses d'anesthésiques, sur lesquels les données restent trop fragiles pour justifier une promesse.
Oncologie et soins de support
L'oncologie est probablement le domaine où la sophrologie est la plus implantée à l'hôpital. Les traitements du cancer — chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie — s'accompagnent d'une charge émotionnelle lourde et d'effets secondaires éprouvants. La sophrologie y est proposée comme soin de support pour aider à traverser ces étapes.
Les objectifs poursuivis sont concrets : apaiser l'anxiété avant une séance de chimiothérapie, aider à gérer l'appréhension des examens de contrôle, accompagner la fatigue liée aux traitements, soutenir la qualité de vie et l'image de soi. Une étude observationnelle française conduite dans un centre de lutte contre le cancer (Barré et coll., publiée dans la revue Soins en 2015) a décrit l'intérêt de la sophrologie pour les patients en oncologie, et d'autres publications professionnelles, comme celle de Gaide et coll. dans la Revue de l'infirmière en 2017, rapportent son usage pour aider les patients à s'adapter aux traitements.
Il faut lire ces travaux pour ce qu'ils sont : des études de faible niveau de preuve, souvent descriptives ou de petite taille, qui documentent une pratique et un ressenti favorable des patients plus qu'elles ne démontrent une efficacité au sens d'un essai clinique rigoureux. Elles suggèrent un bénéfice sur le confort et l'anxiété, sans permettre d'affirmer un effet sur l'évolution de la maladie. La réflexion actuelle porte d'ailleurs sur la place du numérique dans ces approches corps-esprit en cancérologie, comme le montrent les récents travaux de Heudel et Ubelmann sur l'apport des technologies digitales.
En oncologie, la sophrologie coexiste avec d'autres approches complémentaires. Pour une vue d'ensemble des soins d'accompagnement autour du cancer et des maladies chroniques, notre article sur la sophrologie et la relaxation pour mieux vivre avec des maladies cardiovasculaires illustre la même logique de soutien du vécu.
Maternité et préparation à la naissance
La préparation à la naissance est l'une des applications les plus anciennes et les plus répandues de la sophrologie à l'hôpital. De nombreuses maternités proposent des séances, parfois animées par des sages-femmes formées, pour aider les futures mères à aborder l'accouchement.
Le travail porte sur la respiration, la gestion de la tension et de la douleur des contractions, la visualisation du déroulement de l'accouchement, la confiance et l'ancrage dans le moment présent. L'objectif est de donner à la femme des outils concrets pour vivre l'accouchement plus sereinement et pour mieux composer avec la douleur, en complément — et non à la place — de la prise en charge obstétricale et des options d'analgésie disponibles, dont la péridurale. La sophrologie peut aussi accompagner le post-partum, période de bouleversements émotionnels.
Ici encore, la prudence s'impose sur les preuves : les données restent limitées et les bénéfices rapportés relèvent surtout du vécu et du sentiment de préparation. Cela n'enlève rien à leur valeur pour les personnes concernées, mais interdit d'en faire une promesse de résultat.
Gestion de la douleur
La douleur, aiguë ou chronique, est un autre champ d'intervention. La sophrologie ne supprime pas la cause d'une douleur et ne remplace pas les antalgiques, mais elle peut agir sur la composante émotionnelle et attentionnelle de la douleur : l'anxiété, l'anticipation et l'hypervigilance amplifient souvent le ressenti douloureux, et les techniques de détente et de recentrage visent précisément à les atténuer.
Un essai contrôlé randomisé pilote conduit au Royaume-Uni (Chatfield et coll., 2026) a évalué la faisabilité et l'impact potentiel d'un programme de sophrologie de huit semaines chez des personnes souffrant de douleur chronique. Comme son intitulé l'indique, il s'agit d'une étude de faisabilité : elle explore la pertinence et l'acceptabilité de l'intervention avant des essais de plus grande ampleur, sans encore établir une efficacité définitive. C'est une démarche saine, qui traduit une volonté de mieux documenter scientifiquement la pratique. Pour aller plus loin sur ce sujet précis, voyez notre article dédié à un programme structuré de sophrologie évalué dans la douleur chronique.
Le bien-être des soignants
La sophrologie à l'hôpital ne s'adresse pas qu'aux patients. Les soignants sont exposés à un stress professionnel élevé, à la charge émotionnelle et au risque d'épuisement. Des dispositifs de sophrologie leur sont proposés dans le cadre de la qualité de vie au travail.
C'est l'objet de l'étude française SO-WELL (Dutheil et coll., publiée dans IJERPH en 2023), un protocole d'essai contrôlé randomisé conçu pour évaluer une intervention de sophrologie destinée à améliorer le bien-être du personnel hospitalier. Là encore, il faut être précis : la publication de 2023 est un protocole, c'est-à-dire la description de la méthode de l'essai, et non ses résultats finaux. Elle témoigne d'un effort de recherche structuré, mais ne permet pas encore de conclure. Nous détaillons cette démarche dans notre article consacré à la sophrologie et au bien-être au travail à travers l'étude SO-WELL.
Pédiatrie et autres services
La sophrologie se développe aussi en pédiatrie et dans des services variés. L'essai SOPHROCARE (Moreau et coll., Amedro et coll., 2026) a évalué une sophrologie à distance chez de jeunes patients atteints de cardiopathie congénitale. D'autres approches corps-esprit et complémentaires accompagnent les plus fragiles : à titre d'exemple, notre article sur la musicothérapie en néonatalogie montre comment ces soutiens s'articulent avec les soins médicaux auprès des nouveau-nés prématurés et de leurs parents.
Ce que disent vraiment les preuves : un regard honnête
Le constat de l'INSERM
En 2020, l'INSERM a réalisé une évaluation de l'efficacité et de la sécurité de la sophrologie. Ses conclusions doivent être connues de quiconque s'intéresse au sujet. Le rapport souligne que la sophrologie n'a pas fait l'objet d'une évaluation scientifique suffisante à toutes les étapes habituelles ; que la formation des praticiens est hétérogène et peu encadrée ; que les mécanismes théoriques avancés restent largement spéculatifs ; et que les études d'efficacité disponibles sont trop peu nombreuses et méthodologiquement convaincantes, avec des résultats inconstants. Le rapport note aussi que les effets indésirables potentiels sont insuffisamment étudiés.
Ce constat ne signifie pas que la sophrologie est inutile. Il signifie que, à ce stade, la preuve scientifique de son efficacité est faible, et qu'il faut se garder d'affirmations catégoriques. Absence de preuve solide n'est pas preuve d'absence d'effet — mais ce n'est pas non plus une démonstration d'efficacité.
Niveaux de preuve : de quoi disposons-nous ?
Il est utile de distinguer les types d'études rencontrés au sujet de la sophrologie à l'hôpital.
| Type de données | Ce que cela apporte | Limite principale | | :- | :- | :- | | Témoignages et retours de patients | Un vécu réel, une satisfaction | Aucune valeur de preuve d'efficacité | | Études observationnelles et descriptives | Décrivent une pratique en conditions réelles | Pas de groupe de comparaison, biais nombreux | | Protocoles d'essais (ex. SO-WELL) | Cadrent une recherche rigoureuse à venir | Ne fournissent pas encore de résultats | | Essais pilotes / de faisabilité (ex. Chatfield 2026) | Testent la faisabilité et l'acceptabilité | Trop petits pour conclure sur l'efficacité | | Essais contrôlés randomisés (ex. SOPHROCARE) | Meilleur niveau de preuve accessible | Encore peu nombreux, résultats à interpréter |
La lecture de ce tableau est claire : la sophrologie hospitalière repose surtout sur des données de faible et moyen niveau de preuve. Les essais contrôlés randomisés existent mais restent rares, et plusieurs travaux récents sont des protocoles ou des études de faisabilité. La recherche progresse, ce qui est encourageant, mais elle n'autorise pas encore de conclusions fermes.
Des bénéfices plausibles, sur un périmètre précis
Que peut-on dire raisonnablement ? Les données convergentes, bien que fragiles, suggèrent un bénéfice possible sur l'anxiété situationnelle, le confort et le sentiment de mieux-être dans des contextes de stress (avant un examen ou une opération, pendant un traitement, à l'approche d'un accouchement). Ces effets passent vraisemblablement par la détente physiologique, la réduction de l'anticipation anxieuse et l'implication active du patient dans sa propre prise en charge.
En revanche, rien ne permet d'affirmer que la sophrologie agit sur l'évolution d'une maladie, sur des paramètres biologiques, ou qu'elle constitue une alternative à un traitement. Les descriptions de mécanismes cérébraux détaillés parfois avancées dans la littérature grand public dépassent ce que les données permettent d'établir avec certitude. La position honnête consiste à parler de bénéfice possible sur le vécu, sans surenchère. Notre article sur la sophrologie et l'anxiété au regard de l'évaluation INSERM et des études cliniques développe ce point avec les données disponibles.
Intégrer la sophrologie au parcours de soins
Qui pratique la sophrologie à l'hôpital ?
Deux modèles coexistent. Dans le premier, des soignants déjà en poste — infirmiers, sages-femmes, aides-soignants, psychologues — se forment à la sophrologie et l'intègrent à leur exercice. Ce modèle facilite l'articulation avec les soins et la continuité de la prise en charge. Dans le second, des sophrologues certifiés interviennent comme prestataires extérieurs, souvent dans le cadre de conventions avec l'établissement ou via des associations de patients. La tendance est à la montée en compétence des professionnels de santé eux-mêmes, ce qui favorise l'intégration au parcours de soins.
La question de la formation et de l'encadrement
Le point de vigilance soulevé par l'INSERM concerne la formation, jugée hétérogène et peu régulée. En pratique, le titre de sophrologue n'est pas un diplôme d'État. Il existe une certification enregistrée au RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) et des fédérations professionnelles, mais le paysage reste disparate. À l'hôpital, l'encadrement institutionnel apporte un filtre supplémentaire, puisque l'établissement sélectionne les intervenants et cadre leur activité.
Coordination avec l'équipe médicale
L'intégration réussie suppose une communication étroite. La sophrologie doit s'inscrire dans le projet de soins et être connue de l'équipe médicale. Un principe simple pour le patient : informez toujours vos soignants de votre pratique, à l'hôpital comme en ville. Cette transparence évite les malentendus, permet d'ajuster l'accompagnement et garantit que la sophrologie reste un complément et non une pratique isolée du reste du soin.
Remboursement et accès
Lorsqu'elle est proposée dans le cadre d'un programme hospitalier, la sophrologie est généralement prise en charge par l'établissement, sans surcoût direct pour le patient. En ville, en revanche, elle n'est pas remboursée par l'Assurance maladie, car elle ne relève pas d'une profession de santé réglementée. De nombreuses mutuelles proposent toutefois des forfaits de médecines complémentaires susceptibles de couvrir une partie des séances. En cabinet, une séance individuelle se situe le plus souvent entre 50 et 80 euros, les séances collectives étant plus accessibles.
Limites, précautions et garde-fous
La sophrologie est une pratique globalement bien tolérée, mais son usage à l'hôpital appelle plusieurs précautions claires.
Premièrement, elle est un complément, jamais un substitut aux soins. En présence d'une pathologie — cancer, trouble anxieux caractérisé, dépression, douleur chronique, complication de grossesse — la sophrologie vient en appui d'un suivi médical, et jamais à sa place. Retarder ou interrompre un traitement au profit d'une pratique complémentaire peut avoir des conséquences graves.
Deuxièmement, toute pathologie relève d'un professionnel de santé. Un symptôme nouveau, persistant ou qui s'aggrave doit conduire à consulter un médecin, et non à s'en remettre à la seule sophrologie.
Troisièmement, en cas de détresse psychologique ou de pensées suicidaires, il ne faut pas rester seul : contactez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. En cas d'urgence vitale, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
Quatrièmement, la sophrologie n'est pas adaptée à toutes les situations. Chez les personnes présentant certains troubles psychiatriques, notamment des troubles dissociatifs ou psychotiques, les techniques de relaxation profonde et de modification de l'état de conscience peuvent être mal vécues ; leur usage doit alors être discuté avec l'équipe soignante. La prudence est également de mise dès lors qu'un praticien promet des résultats spectaculaires, prétend traiter ou guérir une maladie, ou déconseille des soins médicaux : ce sont des signaux d'alerte qui doivent conduire à interrompre la relation.
Enfin, il convient de garder un regard critique sur les chiffres. Les pourcentages de réduction d'anxiété très précis parfois mis en avant proviennent souvent de sources non vérifiables ou d'études fragiles. Un bénéfice réel sur le confort n'a pas besoin d'être surestimé pour être respectable.
Choisir un praticien et débuter
Si vous souhaitez recourir à la sophrologie pendant une hospitalisation, la première étape est d'en parler à votre équipe soignante : de nombreux services disposent déjà d'une offre ou peuvent vous orienter. En dehors de l'hôpital, quelques repères aident à choisir un praticien fiable.
Privilégiez un sophrologue disposant d'une certification reconnue (titre enregistré au RNCP) et adhérent d'une fédération professionnelle. Lors du premier contact, renseignez-vous sur sa formation, son expérience avec votre situation (oncologie, périnatalité, douleur, anxiété), et sur le déroulé proposé. Un praticien sérieux présente la sophrologie comme un accompagnement, encourage le dialogue avec vos médecins, et ne promet jamais de guérison. Méfiez-vous à l'inverse de tout discours qui opposerait la sophrologie à la médecine.
Pour un premier cadrage, un accompagnement de l'anxiété comporte souvent quelques séances rapprochées, complétées par une pratique autonome de courtes durées à domicile. L'entraînement personnel entre les séances est déterminant : c'est lui qui installe les bénéfices dans la durée.
La sophrologie peut aussi trouver sa place dans d'autres contextes que l'hôpital. Elle est par exemple mobilisée dans l'accompagnement des conduites addictives : notre article sur la sophrologie en addictologie et la gestion des pulsions illustre une autre facette de la discipline. Et pour situer la sophrologie parmi les évolutions récentes des pratiques, notre panorama des nouvelles pratiques de la sophrologie dans les établissements de santé dresse un état des lieux utile. Enfin, pour élargir aux autres approches de bien-être présentes à l'hôpital, notre article sur le Reiki à distance, ses principes et sa pratique offre un point de comparaison sur ce que ces pratiques peuvent et ne peuvent pas apporter.
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Questions fréquentes
La sophrologie est-elle vraiment pratiquée dans les hôpitaux français ?
Oui. De nombreux établissements l'intègrent à leur offre de soins de support, notamment en oncologie (accompagnement de l'anxiété et des effets des traitements), en maternité (préparation à la naissance), dans les structures de prise en charge de la douleur et en chirurgie ambulatoire (préparation avant une intervention). Elle est également proposée aux soignants dans le cadre de la qualité de vie au travail. Son implantation reste toutefois variable d'un établissement et d'un service à l'autre.
La sophrologie peut-elle remplacer un traitement médical ?
Non, en aucun cas. La sophrologie est un soin de support : elle accompagne le patient et vise à améliorer son confort et son vécu, mais elle ne traite pas la maladie et ne remplace ni un médicament, ni une anesthésie, ni une psychothérapie, ni une intervention. Toute pathologie doit faire l'objet d'un suivi médical, et il est essentiel d'informer son équipe soignante de sa pratique.
Quelle est la différence entre sophrologie et hypnose à l'hôpital ?
L'hypnose médicale vise à induire un état de conscience modifiée pour agir sur la perception de la douleur ou sur un comportement ; elle est souvent utilisée pendant un geste ou une intervention (per-opératoire). La sophrologie s'appuie sur la relaxation dynamique, la respiration et la visualisation pour renforcer l'équilibre corps-esprit, et intervient plutôt en amont et en aval (préparation, récupération). Les deux approches sont complémentaires et relèvent des soins de support.
Que disent réellement les études scientifiques ?
Les données suggèrent un bénéfice possible sur l'anxiété situationnelle, le confort et la qualité de vie ressentie, mais le niveau de preuve global reste faible à modéré. L'INSERM, dans son évaluation de 2020, souligne le manque d'études rigoureuses et le caractère spéculatif de certains mécanismes avancés. Des essais contrôlés randomisés et des études de faisabilité récents (SO-WELL, SOPHROCARE, travaux sur la douleur chronique) témoignent d'un effort pour mieux documenter la pratique, sans permettre encore de conclusions définitives. Aucune donnée sérieuse ne prétend que la sophrologie soigne une maladie.
Les séances de sophrologie à l'hôpital sont-elles remboursées ?
Lorsqu'elles s'inscrivent dans un programme hospitalier, les séances sont généralement prises en charge par l'établissement, sans surcoût pour le patient. En consultation externe ou en cabinet de ville, la sophrologie n'est pas remboursée par l'Assurance maladie, car elle ne constitue pas une profession de santé réglementée. Certaines mutuelles proposent néanmoins des forfaits de médecines complémentaires.
Qui pratique la sophrologie en milieu hospitalier ?
Deux profils interviennent : des soignants (infirmiers, sages-femmes, psychologues) formés à la sophrologie et l'intégrant à leur exercice, et des sophrologues certifiés intervenant comme prestataires extérieurs. La tendance est à la formation des professionnels de santé déjà en poste, ce qui facilite l'intégration au parcours de soins et la coordination avec l'équipe médicale.
La sophrologie présente-t-elle des risques ?
Elle est généralement bien tolérée, mais elle n'est pas anodine pour tout le monde. Chez certaines personnes présentant des troubles psychiatriques (troubles dissociatifs ou psychotiques notamment), les techniques de relaxation profonde peuvent être mal vécues et doivent être encadrées. Le principal risque est indirect : celui d'un retard de soins si la sophrologie était utilisée à la place d'un traitement. En cas de détresse psychologique, le 3114 est joignable gratuitement 24h/24.
Conclusion
La sophrologie a trouvé une place réelle à l'hôpital, comme soin de support en oncologie, en maternité, dans la gestion de la douleur, avant la chirurgie et jusqu'auprès des soignants. Ce que les patients en retirent le plus clairement, c'est un accompagnement du vécu : moins d'anxiété face à un examen ou une opération, un sentiment de confort et de participation active à leur prise en charge.
Il faut cependant tenir les deux bouts. D'un côté, un intérêt tangible et une demande légitime pour une approche plus humaine du soin. De l'autre, un niveau de preuve scientifique encore limité, rappelé par l'INSERM, et l'exigence de ne jamais présenter la sophrologie comme un traitement. Elle accompagne, elle ne soigne pas la maladie. Bien comprise et bien encadrée, en complément des soins et en dialogue avec l'équipe médicale, elle peut être une aide précieuse pour traverser des moments difficiles.
Sources
- INSERM (2020). Évaluation de l'efficacité et de la sécurité de la sophrologie. Institut national de la santé et de la recherche médicale — inserm.fr
- Dutheil F, Parreira LM, Pereira B, et al. (2023). SOphrology Intervention to Improve WELL-Being in Hospital Staff (SO-WELL): Protocol for a Randomized Controlled Trial Study. Int J Environ Res Public Health, 20(2):1185. DOI : 10.3390/ijerph20021185 — PMID 36673939 — PubMed Central
- Moreau J, Neyraud C, Huguet H, et al. Amedro P. (2026). Remote Sophrology in Congenital Heart Disease: The SOPHROCARE Randomized Controlled Trial. Eur J Cardiovasc Nurs. DOI : 10.1093/eurjcn/zvag115 — PMID 42052946 — Europe PMC
- Chatfield C, Lafarge C, Zannese A. (2026). A Pilot Study Assessing the Feasibility, Acceptability and Potential Impact of an 8-Week Sophrology Intervention for People With Chronic Pain in the UK. J Eval Clin Pract, 32(4):e70474. DOI : 10.1111/jep.70474 — PMID 42189101 — Europe PMC
- Barré C, Falcou MC, Mosseri V, Carrié S, Dolbeault S. (2015). La sophrologie pour les patients en oncologie]. Soins, (800):17-20. DOI : 10.1016/j.soin.2015.09.016 — PMID 26567064 — [Europe PMC
- Gaide M, Surdej F, Daoud-Carrera C, Dudoit É, Duffaud F, Salas S. (2017). La sophrologie pour développer des stratégies d'adaptation aux traitements du cancer]. Revue de l'infirmière, 66(236):37-39. DOI : 10.1016/j.revinf.2017.10.015 — PMID 29179847 — [Europe PMC
- Heudel P, Ubelmann C. (2025). Leveraging Digital Technology to Enhance Mind-Body Approaches in Cancer Treatment. JCO Clin Cancer Inform, 9:e2400293. DOI : 10.1200/cci-24-00293 — PMID 40127385 — Europe PMC
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