Acupuncture et migraines : ce que montrent les études
Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie
🔎 Réponse en bref : chez les personnes qui souffrent de migraines récurrentes, l'acupuncture est aujourd'hui envisagée comme une approche complémentaire de prévention, et non comme un remplacement du suivi médical. Les travaux disponibles, dont une synthèse Cochrane portant sur près de 5 000 participants, suggèrent qu'ajouter l'acupuncture à la prise en charge habituelle peut réduire la fréquence des crises chez une partie des patients, avec un profil de tolérance favorable lorsque les règles d'asepsie et les aiguilles à usage unique sont respectées. Elle se discute avec votre médecin ou votre neurologue, en parallèle du traitement de fond et de la gestion des crises.La migraine n'est pas un simple mal de tête. C'est une maladie neurologique fréquente, souvent invalidante, qui bouleverse le quotidien : journées de travail perdues, sorties annulées, crainte permanente de la prochaine crise. Face à cette réalité, beaucoup de personnes cherchent des solutions au-delà des médicaments, sans pour autant vouloir abandonner leur suivi. C'est précisément dans cet espace que se situe l'acupuncture : non pas comme une promesse miracle, mais comme une option de prévention à évaluer, en dialogue avec les professionnels de santé qui vous accompagnent.
Cet article fait le point, de façon factuelle et nuancée, sur ce que l'on sait de l'acupuncture dans la migraine : les mécanismes possibles, les résultats des études cliniques, les protocoles utilisés, les situations particulières comme la migraine menstruelle, et les repères de sécurité indispensables. L'objectif n'est pas de vous convaincre, mais de vous donner les clés d'une décision éclairée.
Comprendre la migraine : physiopathologie et déclencheurs
Avant de parler d'acupuncture, il est utile de comprendre à quoi l'on a affaire. La migraine touche environ 15 % de la population adulte, avec une nette prédominance féminine. Elle se manifeste par des crises de céphalées, typiquement pulsatiles, souvent d'un seul côté de la tête, aggravées par l'effort, et fréquemment accompagnées de nausées, de vomissements, d'une hypersensibilité à la lumière (photophobie) et au bruit (phonophobie). Chez certaines personnes, la crise est précédée d'une « aura » : troubles visuels, picotements, difficultés à parler.
La migraine n'est pas due à une « fragilité psychologique » ni à un manque de volonté. Il s'agit d'un trouble de l'excitabilité neuronale, impliquant une cascade de phénomènes : activation du système trigémino-vasculaire, libération de neuropeptides inflammatoires comme le CGRP (peptide relié au gène de la calcitonine), sensibilisation des voies de la douleur et modifications du flux sanguin cérébral. Cette compréhension a d'ailleurs conduit au développement de traitements ciblés récents, comme les anticorps anti-CGRP.
Une crise de migraine se déroule souvent en plusieurs phases que les personnes concernées apprennent à reconnaître. La phase dite « prodromique », qui peut précéder la douleur de quelques heures à un ou deux jours, se manifeste par des signaux discrets : irritabilité, fringales, bâillements répétés, difficultés de concentration, raideur de la nuque. Vient ensuite, chez certains, l'aura, puis la phase de céphalée proprement dite, et enfin une phase de récupération (« postdrome ») où l'on se sent vidé, comme après un effort. Connaître ces phases a un intérêt pratique : plus une action préventive ou de gestion est engagée tôt, plus elle a de chances d'atténuer la crise. C'est aussi dans cette logique de terrain que s'inscrivent les approches complémentaires comme l'acupuncture, qui visent moins à stopper une crise en cours qu'à réduire, sur la durée, la fréquence et l'intensité des épisodes.
Il faut également insister sur un point trop souvent négligé : la migraine a un coût humain et social considérable. Elle figure parmi les premières causes mondiales d'années vécues avec un handicap chez l'adulte jeune. Derrière chaque « mal de tête » se cachent des projets reportés, une charge mentale liée à l'anticipation des crises, et parfois un retentissement sur la vie professionnelle et affective. Cette réalité justifie que l'on explore, avec rigueur, l'ensemble des leviers disponibles.
On distingue schématiquement la migraine épisodique (moins de 15 jours de céphalées par mois) et la migraine chronique (au moins 15 jours par mois pendant plus de trois mois, dont au moins 8 jours de véritables migraines). Cette distinction a son importance : la plupart des études sur l'acupuncture portent sur la migraine épisodique.
Les déclencheurs les plus fréquents
Chaque personne migraineuse a ses propres facteurs déclenchants, mais certains reviennent souvent :
- Le stress et surtout la phase de « décompression » après une période de tension. C'est l'une des raisons pour lesquelles la gestion du stress occupe une place centrale dans la prévention, un sujet que nous détaillons dans notre article sur l'acupuncture et le stress.
- Les troubles du sommeil : manque de sommeil, excès de sommeil, décalage des horaires. Le lien entre migraine et sommeil est bidirectionnel, comme l'explore notre dossier sur l'acupuncture et le sommeil.
- Les fluctuations hormonales, en particulier la chute des œstrogènes juste avant les règles.
- L'alimentation : jeûne, déshydratation, alcool (notamment le vin rouge), parfois certains aliments.
- Les stimuli sensoriels : lumières fortes, odeurs intenses, changements météorologiques.
Ce que montrent les études sur l'acupuncture et la migraine
Ce que montrent les études : les données cliniques accumulées depuis vingt ans convergent vers un signal cohérent. Ajoutée à la prise en charge habituelle, l'acupuncture est associée à une réduction de la fréquence des crises de migraine épisodique chez une partie des patients. L'ampleur de l'effet reste modérée et variable d'une personne à l'autre, ce qui explique pourquoi elle est positionnée comme un complément et non comme un substitut au suivi médical.La référence la plus solide dans ce domaine est la revue systématique Cochrane consacrée à l'acupuncture dans la prévention de la migraine épisodique, coordonnée par Klaus Linde et ses collègues. Cette synthèse rassemble 22 essais contrôlés randomisés totalisant 4 985 participants. Ses conclusions, exprimées avec la prudence méthodologique habituelle de Cochrane, méritent d'être citées précisément :
- Ajouter l'acupuncture au traitement des crises réduit la fréquence des migraines par rapport à la seule prise en charge des crises ou aux soins de routine.
- Comparée à une acupuncture simulée (aiguilles posées superficiellement ou hors des points théoriques), la « vraie » acupuncture apporte un bénéfice supplémentaire modeste mais réel sur la fréquence des crises.
- L'acupuncture semble au moins aussi efficace que certains traitements médicamenteux de fond, avec potentiellement moins d'effets indésirables, même si les auteurs soulignent la qualité seulement modérée des preuves.
Pour donner un ordre de grandeur concret, la synthèse Cochrane estime qu'après un cycle de traitement, environ la moitié des personnes recevant de l'acupuncture voient leur fréquence de crises réduite d'au moins 50 %, contre une proportion plus faible dans les groupes sans acupuncture. Ces chiffres sont des moyennes de groupe : ils ne prédisent pas votre réponse individuelle, mais ils dessinent une tendance suffisamment nette pour que l'acupuncture soit aujourd'hui mentionnée dans plusieurs recommandations internationales sur la prise en charge non médicamenteuse de la migraine. Il ne s'agit donc pas d'une pratique marginale : c'est une option que de nombreux médecins connaissent et acceptent de discuter.
D'autres travaux plus récents vont dans le même sens. Une revue systématique publiée en 2022 dans Cureus par Naguit et ses collègues, portant sur des essais randomisés, conclut que l'acupuncture représente une option de prise en charge sûre et raisonnable pour la migraine, tout en pointant l'hétérogénéité des protocoles étudiés. En 2025, une revue systématique avec méta-analyse coordonnée par Lu et Yang, publiée dans Systematic Reviews, rapporte une réduction significative de la durée et du nombre de crises, du nombre de jours de migraine, ainsi qu'une amélioration de la qualité de vie.
Il faut aussi replacer la migraine dans le contexte plus large des douleurs chroniques. La grande méta-analyse sur données individuelles conduite par Andrew Vickers et ses collègues, publiée en 2012 dans les Archives of Internal Medicine et portant sur près de 18 000 patients souffrant de douleurs chroniques (dont les céphalées), a montré que l'acupuncture était supérieure à l'acupuncture simulée et à l'absence d'acupuncture, avec un effet qui persiste dans le temps. Ce travail de référence a contribué à faire évoluer le regard de la communauté médicale, comme nous le développons dans notre synthèse sur l'acupuncture et la douleur chronique.
Des limites qu'il faut connaître
Aucune approche sérieuse ne présente uniquement ses points forts. Les études sur l'acupuncture et la migraine comportent des limites reconnues :
- L'hétérogénéité des protocoles : nombre de points, profondeur, durée des séances et nombre total de traitements varient d'une étude à l'autre, ce qui complique les comparaisons.
- La difficulté du « double aveugle » : contrairement à un comprimé, il est difficile de masquer parfaitement une aiguille. Les chercheurs utilisent des dispositifs d'acupuncture simulée, mais aucun n'est parfait.
- La qualité variable des essais : certaines études anciennes présentent des faiblesses méthodologiques.
Mécanismes d'action : comment l'acupuncture pourrait agir
Comment expliquer, sur le plan biologique, qu'une stimulation par aiguilles puisse influencer une maladie aussi complexe que la migraine ? Plusieurs pistes, complémentaires, sont étudiées.
La modulation de la douleur. La stimulation des points d'acupuncture active des fibres nerveuses qui déclenchent la libération d'endorphines et d'autres neuromédiateurs impliqués dans le contrôle de la douleur. Ce mécanisme, appelé analgésie induite par l'acupuncture, est l'un des plus documentés.
L'action sur le système nerveux autonome. La migraine s'accompagne souvent d'un déséquilibre entre les systèmes sympathique (« accélérateur ») et parasympathique (« frein »). En favorisant une bascule vers le parasympathique, l'acupuncture pourrait contribuer à réduire l'hyperexcitabilité qui prépare le terrain de la crise.
Les effets centraux. L'imagerie cérébrale a montré que la stimulation de points d'acupuncture modifie l'activité de réseaux cérébraux impliqués dans la perception de la douleur et la régulation émotionnelle. Nous détaillons ces découvertes dans notre article consacré à ce qui se passe dans le cerveau pendant une séance.
L'action anti-inflammatoire et vasculaire. Certaines données suggèrent une influence sur les médiateurs de l'inflammation et sur la réactivité des vaisseaux, deux dimensions au cœur de la physiopathologie migraineuse.
La régulation du stress et de l'axe du stress. La stimulation par aiguilles semble influencer l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, impliqué dans la réponse au stress, ainsi que la production de cortisol. Comme le stress figure parmi les déclencheurs les plus fréquents de la migraine, agir sur cette voie a une pertinence directe en prévention.
Il faut rester mesuré : ces mécanismes ne sont pas tous parfaitement élucidés et ne s'appliquent probablement pas à toutes les personnes de la même façon. Mais ils offrent un cadre plausible, qui dépasse la simple attente d'un bénéfice. Surtout, ils rappellent que la migraine met en jeu plusieurs systèmes — nerveux, vasculaire, hormonal, émotionnel — et qu'une approche capable d'agir simultanément sur plusieurs d'entre eux présente un intérêt théorique cohérent avec la complexité de la maladie.
L'approche de la médecine traditionnelle chinoise face aux céphalées
Pour comprendre la logique d'une consultation d'acupuncture, il faut connaître le cadre théorique dont elle est issue. En médecine traditionnelle chinoise (MTC), la migraine n'est pas envisagée comme une entité unique mais comme l'expression de plusieurs « déséquilibres » possibles, circulant le long des trajets énergétiques appelés méridiens.
Les praticiens décrivent classiquement plusieurs tableaux : une « montée du Yang du Foie » (céphalées liées au stress, à la colère, à la tension), un « vide » de certaines fonctions (fatigue, céphalées sourdes), ou une stagnation liée à l'humidité ou au froid. Ces catégories, qui n'ont pas d'équivalent direct dans la médecine conventionnelle, servent avant tout de grille pour choisir les points à stimuler. Pour une vue d'ensemble de cette cartographie, notre dossier sur les méridiens en acupuncture apporte des repères utiles.
Il est important de distinguer ce cadre culturel et historique des données cliniques : on peut bénéficier d'une prise en charge sans nécessairement adhérer à l'ensemble du modèle théorique. De nombreux acupuncteurs formés à la médecine occidentale intègrent d'ailleurs les deux approches, en s'appuyant sur des points dont l'usage est validé par la pratique clinique et la recherche.
Cette double lecture explique aussi pourquoi deux personnes souffrant de migraines pourront se voir proposer des protocoles différents. Là où la médecine conventionnelle raisonne d'abord par diagnostic standardisé, la médecine traditionnelle chinoise personnalise en fonction d'un ensemble de signes : qualité et localisation de la douleur, moment de survenue, état de fatigue, digestion, sommeil, émotions dominantes. Cette individualisation est une force sur le plan de l'accompagnement, mais elle constitue aussi l'une des difficultés méthodologiques des études : quand chaque traitement est adapté au patient, il devient plus complexe de comparer des groupes homogènes. C'est l'une des raisons pour lesquelles certains essais utilisent des protocoles « standardisés » qui ne reflètent pas toujours la pratique réelle d'un cabinet.
Protocoles d'acupuncture anti-migraine : à quoi s'attendre
Une question revient systématiquement : concrètement, comment se déroule un traitement d'acupuncture pour la migraine ?
Le déroulement d'un accompagnement
Un accompagnement préventif ne repose jamais sur une séance unique. Les protocoles étudiés dans la recherche prévoient généralement une série de 8 à 12 séances réparties sur 6 à 12 semaines, souvent à raison d'une à deux séances par semaine au début, puis d'un espacement progressif. Chaque séance dure de 20 à 40 minutes. Si vous n'avez jamais consulté, notre guide sur le déroulement d'une séance d'acupuncture décrit chaque étape, de l'interrogatoire à la pose des aiguilles.
Le praticien réalise d'abord un bilan complet : histoire des crises, déclencheurs, traitements en cours, mode de vie. Il choisit ensuite les points en fonction de ce bilan. Les résultats ne sont généralement pas immédiats : c'est l'effet cumulatif de la série qui est recherché, avec une évaluation du bénéfice après plusieurs semaines.
Il est utile d'aborder cette démarche avec des attentes réalistes. L'objectif d'un accompagnement préventif n'est pas de faire disparaître instantanément une crise en cours, mais de réduire progressivement, au fil des semaines, le nombre de jours de migraine et l'intensité des épisodes. Un bon indicateur consiste à comparer, agenda des crises à l'appui, les quelques semaines précédant le début des séances avec celles qui suivent la première série. Cette évaluation objective, chiffrée, vaut mieux qu'une impression globale, car la migraine évolue naturellement par périodes. Elle permet aussi de décider, en toute lucidité, s'il est pertinent de poursuivre avec des séances d'entretien ou d'explorer d'autres options avec votre médecin.
Les points fréquemment utilisés
Sans se substituer à l'évaluation individuelle du praticien, certains points reviennent régulièrement dans les protocoles anti-migraine :
- des points de la tête et du cou (région temporale, base du crâne), en lien avec la localisation des douleurs ;
- des points à distance sur les mains et les pieds, dont le célèbre point situé entre le pouce et l'index, souvent utilisé pour les céphalées ;
- des points destinés à agir sur le stress et le sommeil, compte tenu de leur rôle de déclencheurs.
Migraine menstruelle et hormonale : une situation particulière
La migraine dite « cataméniale » survient dans une fenêtre allant de deux jours avant à trois jours après le début des règles. Elle est liée à la chute rapide des œstrogènes et se caractérise souvent par des crises plus longues, plus intenses et plus résistantes aux traitements habituels.
Cette dimension hormonale explique pourquoi de nombreuses femmes recherchent des approches complémentaires. L'intérêt de l'acupuncture dans ce contexte tient à son approche préventive : en anticipant la période à risque, il est possible d'organiser des séances dans les jours précédant les règles, en plus d'un suivi régulier. Les femmes concernées par des migraines liées aux variations hormonales, y compris pendant certaines périodes de la vie comme la grossesse, trouveront des repères complémentaires dans notre dossier sur l'acupuncture pendant la grossesse, qui aborde la question délicate de la prise en charge des maux de tête lorsque de nombreux médicaments sont déconseillés.
Là encore, la prudence s'impose : toute migraine d'allure inhabituelle, tout changement de profil des crises, en particulier chez une femme sous contraception œstroprogestative, doit conduire à consulter, car certaines situations nécessitent une réévaluation médicale.
Migraine chronique et complémentarité thérapeutique
Lorsque la migraine devient chronique, avec des céphalées la moitié des jours ou davantage, la prise en charge se complexifie et repose sur une combinaison de leviers. C'est typiquement une situation où raisonner en termes de complémentarité prend tout son sens.
L'acupuncture peut alors s'inscrire dans une stratégie plus large, aux côtés :
- du traitement de fond prescrit par le médecin ou le neurologue ;
- de la prise en charge des crises, en veillant à éviter l'abus d'antalgiques, cause fréquente d'aggravation ;
- de la gestion du stress, du sommeil et de l'activité physique ;
- parfois de la prise en compte de comorbidités comme l'anxiété ou la dépression.
Cette logique d'intégration, plutôt que d'opposition entre approches, est la ligne défendue par la médecine naturelle fondée sur les preuves : chaque outil trouve sa place à condition d'être utilisé pour ce qu'il apporte réellement, sans exagération ni rejet. Pour approfondir les fondements de cette approche par les aiguilles, notre guide complet de l'acupuncture rassemble l'essentiel des principes, des indications et du déroulement.
Un mot d'attention sur la migraine chronique : elle est très souvent associée à une surconsommation d'antalgiques ou de traitements de crise, qui finit paradoxalement par entretenir les céphalées (on parle de céphalée par abus médicamenteux). Dans ce cas précis, l'objectif prioritaire, défini avec le médecin, est de réduire cette consommation. Une approche complémentaire comme l'acupuncture peut alors être utile en offrant un levier supplémentaire pendant cette phase délicate de sevrage, à condition d'être coordonnée avec l'équipe soignante. Ce n'est pas un détail : c'est précisément dans ces situations complexes que la complémentarité bien pensée prend tout son sens.
Hygiène de vie : le socle de toute prévention
Aucune approche préventive, médicamenteuse ou complémentaire, ne remplace les mesures d'hygiène de vie, qui constituent le socle sur lequel tout le reste s'appuie. L'acupuncture ne fait pas exception : elle donne de meilleurs résultats lorsqu'elle s'inscrit dans un cadre global cohérent.
Quelques repères font consensus :
- La régularité du sommeil. Se coucher et se lever à des horaires stables, y compris le week-end, limite l'un des déclencheurs les plus puissants. Les liens entre migraine et sommeil sont abordés en détail dans notre article dédié à l'acupuncture et au sommeil.
- Une hydratation suffisante et des repas réguliers. Le jeûne et la déshydratation figurent parmi les déclencheurs les plus courants et les plus faciles à corriger.
- Une activité physique modérée et régulière, qui améliore la tolérance au stress et la qualité du sommeil.
- La gestion du stress, par la relaxation, la cohérence cardiaque, la méditation ou toute autre méthode qui vous convient. L'acupuncture peut d'ailleurs être un point d'entrée vers une meilleure régulation nerveuse, comme le développe notre dossier sur l'acupuncture et le stress.
- La modération de la caféine et l'attention portée à l'alcool, en particulier le vin rouge.
Sécurité, drapeaux rouges et repères pratiques
L'acupuncture est généralement bien tolérée lorsqu'elle est pratiquée par un professionnel qualifié. Les effets indésirables sont le plus souvent bénins et transitoires : petit hématome au point de ponction, légère douleur, sensation passagère de fatigue ou d'étourdissement. Deux exigences de sécurité sont néanmoins non négociables :
- L'asepsie et les aiguilles à usage unique. Seules des aiguilles stériles, à usage unique, doivent être utilisées, avec une désinfection soigneuse de la peau. Cette règle élimine l'essentiel des risques infectieux. N'hésitez pas à vous en assurer auprès du praticien.
- La compétence du praticien, en particulier pour les points situés dans des zones sensibles.
Les signaux qui imposent d'appeler les secours
Une céphalée n'est pas toujours une migraine. Certains signes doivent conduire à appeler immédiatement le 15 (SAMU) ou le 112, sans attendre :
- une céphalée brutale, explosive, « en coup de tonnerre », atteignant son maximum en quelques secondes à une minute ;
- une fièvre associée à une raideur de la nuque, faisant craindre une méningite ;
- un déficit neurologique : paralysie ou faiblesse d'un côté du corps, trouble brutal de la parole, de la vision ou de la conscience ;
- une céphalée survenant après un traumatisme crânien, ou une céphalée inhabituelle chez une personne de plus de 50 ans.
Questions fréquentes sur l'acupuncture et les migraines
Combien de séances faut-il prévoir ?
Les protocoles étudiés dans la recherche reposent le plus souvent sur une série de 8 à 12 séances réparties sur 6 à 12 semaines. Une évaluation du bénéfice se fait généralement après cette première série. Si une amélioration est constatée, des séances d'entretien plus espacées peuvent être proposées. Une séance isolée ne permet pas de juger de l'intérêt de l'approche en prévention.
L'acupuncture peut-elle remplacer mon traitement contre la migraine ?
Non. L'acupuncture se positionne comme une approche complémentaire de prévention, et non comme une alternative qui remplacerait votre traitement de fond ou la prise en charge de vos crises. Toute modification de traitement doit être décidée avec votre médecin ou votre neurologue. L'idée est d'ajouter un outil, pas d'en retirer un.
L'acupuncture est-elle efficace contre la migraine ophtalmique ?
La « migraine ophtalmique » désigne le plus souvent une migraine avec aura visuelle. Les études disponibles portent surtout sur la migraine épisodique en général, aura comprise ou non, et le raisonnement préventif reste le même. En revanche, tout trouble visuel brutal, inhabituel ou persistant doit d'abord faire l'objet d'un avis médical afin d'écarter une autre cause.
Les résultats durent-ils dans le temps ?
Plusieurs travaux, dont la méta-analyse sur données individuelles de Vickers, suggèrent que le bénéfice de l'acupuncture sur la douleur peut se maintenir plusieurs mois après la fin des séances, même s'il tend à s'atténuer progressivement. C'est l'une des raisons pour lesquelles des séances d'entretien sont parfois proposées. La réponse reste toutefois individuelle.
Est-ce douloureux ?
La pose des aiguilles d'acupuncture, très fines, provoque le plus souvent une sensation légère : picotement, pesanteur, ou diffusion particulière appelée « de qi ». Cette sensation n'a rien à voir avec la douleur d'une injection. La plupart des personnes décrivent les séances comme relaxantes.
Comment choisir un acupuncteur pour mes migraines ?
Privilégiez un praticien qualifié, respectant strictement l'usage d'aiguilles à usage unique et les règles d'asepsie, et capable de travailler en coordination avec votre médecin. Un bon praticien vous interrogera sur votre suivi, ne vous demandera jamais d'arrêter un traitement, et saura vous orienter en cas de signes inhabituels.
Conclusion et recommandations
La migraine est une maladie complexe qui mérite une prise en charge sérieuse et personnalisée. Dans ce paysage, l'acupuncture occupe une place précise : celle d'une approche complémentaire de prévention, soutenue par un ensemble de données cohérentes, dont la revue Cochrane de référence, mais avec un effet modéré et variable selon les personnes.
Si vous souffrez de migraines récurrentes, la démarche la plus raisonnable consiste à :
- Consulter d'abord un médecin ou un neurologue pour confirmer le diagnostic, écarter les drapeaux rouges et mettre en place un traitement adapté ;
- Aborder la question de l'acupuncture avec lui, comme complément et non comme substitut ;
- Choisir un praticien qualifié, attentif à l'asepsie et aux aiguilles à usage unique, prêt à travailler en coordination avec votre équipe de soins ;
- Évaluer objectivement le bénéfice après une première série de séances, à l'aide de votre agenda des crises.
Vous envisagez d'intégrer l'acupuncture à votre prévention des migraines ? Trouvez un acupuncteur qualifié près de chez vous et discutez-en avec votre médecin.
Sources
- Linde K, Allais G, Brinkhaus B, Fei Y, Mehring M, Vertosick EA, Vickers A, White AR. Acupuncture for the prevention of episodic migraine. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2016. PMID : 27351677. DOI : 10.1002/14651858.CD001218.pub3.
- Naguit N, Laeeq S, Jakkoju R, Reghefaoui T, Zahoor H, Yook JH, Rizwan M, Shahid NUA, Mohammed L. Is Acupuncture Safe and Effective Treatment for Migraine? A Systematic Review of Randomized Controlled Trials. Cureus. 2022. PMID : 35145793. DOI : 10.7759/cureus.20888.
- Li Y, Zheng H, Witt CM, Roll S, Yu SG, Yan J, et al. Acupuncture for migraine prophylaxis: a randomized controlled trial. CMAJ. 2012. PMID : 22231691.
- Li Z, Feng J, Yin S, Chen X, Yang Q, Gao X, et al. Effects of acupuncture on mental health of migraine patients: a systematic review and meta-analysis. BMC Complementary Medicine and Therapies. 2023. PMID : 37542321.
- Lu T, Yang Y, Li J, Lu L, Liu J. Acupuncture improves migraine and quality of life in patients with migraine: a systematic review with meta-analysis. Systematic Reviews. 2025. PMID : 41219786.
- Vickers AJ, Cronin AM, Maschino AC, Lewith G, MacPherson H, Foster NE, et al. Acupuncture for chronic pain: individual patient data meta-analysis. Archives of Internal Medicine. 2012. PMID : 22965186. DOI : 10.1001/archinternmed.2012.3654.
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