Dormir avec la télé ou la lumière allumée : ce que ça change, et comment arrêter
Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie
🔎 Réponse en bref : dormir avec une lumière vive ou la télé allumée n’est pas anodin. En laboratoire, une seule nuit sous un éclairage de plafond modéré (environ 100 lux) accélère le cœur pendant le sommeil et diminue la sensibilité à l’insuline le lendemain matin. Une lumière faible, de 5 à 10 lux, suffit déjà à rendre le sommeil plus léger et plus haché. Les grandes études de population associent la lumière dans la chambre à davantage de prise de poids, de diabète et d’hypertension, sans prouver que la lumière en soit la cause. Bonne nouvelle : on peut s’en passer progressivement, avec une minuterie, une petite lumière ambrée placée au sol, un fond sonore neutre et une routine du coucher. Pour un enfant qui a peur du noir, une veilleuse faible et chaude reste une solution raisonnable.Vous vous endormez devant une série, la télécommande encore dans la main. Ou bien vous laissez la lampe de chevet allumée parce que le noir complet vous met mal à l’aise. Ou encore votre enfant réclame la lumière du couloir chaque soir. Vous n’êtes pas seul : dormir avec une source de lumière est une habitude très répandue, et elle a souvent de bonnes raisons d’exister.
La question revient pourtant de plus en plus, surtout pendant les longues nuits d’hiver : est-ce mauvais pour la santé de dormir avec la lumière ou la télé allumée ? Cet article fait le point sur ce que les études mesurent réellement, sans alarmisme, puis propose un plan concret pour retrouver une chambre plus sombre, à votre rythme, sans vous mettre en danger ni culpabiliser.
Lumière pendant le sommeil ou lumière avant le coucher : deux questions différentes
On mélange souvent deux sujets. Le premier concerne la lumière que l’on reçoit avant de dormir : écrans du soir, plafonnier du salon, téléphone au lit. Elle retarde l’endormissement et décale l’horloge interne. Ce sujet est détaillé dans nos articles sur la lumière bleue et la mélatonine, sur les écrans et le sommeil et dans notre plan de digital detox du soir.
Le second sujet, celui de cet article, concerne la lumière présente pendant le sommeil lui-même : la télé qui reste allumée après l’endormissement, la lampe de chevet, la veilleuse, le lampadaire de la rue qui filtre à travers les rideaux, les voyants des appareils. Ici, la personne dort déjà, les yeux fermés. On pourrait croire que la lumière ne compte plus. Ce n’est pas tout à fait le cas.
Pourquoi l’obscurité compte pendant la nuit
Une horloge réglée par la lumière
Notre organisme fonctionne selon un rythme d’environ 24 heures, piloté par une petite région du cerveau, les noyaux suprachiasmatiques. Cette horloge centrale se recale chaque jour principalement grâce à la lumière captée par l’œil. Le soir et la nuit, l’obscurité lui signale qu’il est temps de passer en « mode nuit » : baisse de la température corporelle, ralentissement du rythme cardiaque, sécrétion de mélatonine par la glande pinéale.
La mélatonine n’est pas un somnifère naturel au sens strict. C’est plutôt un messager qui informe l’ensemble du corps qu’il fait nuit. Pour en savoir plus sur ce rôle, vous pouvez lire notre article sur la mélatonine naturelle et ses sources.
Des paupières qui laissent passer la lumière
Les paupières ne sont pas des volets opaques. Elles filtrent une grande partie de la lumière, mais en laissent passer une fraction, surtout dans les longueurs d’onde rouges et, dans une moindre mesure, une partie du reste du spectre. Une pièce bien éclairée reste donc perceptible par la rétine, même les yeux fermés. Par ailleurs, au cours d’une nuit, on se réveille brièvement plusieurs fois, souvent sans s’en souvenir, et les yeux peuvent alors s’entrouvrir.
La mélatonine est sensible à la lumière de la pièce
Une étude menée à Boston auprès de 116 jeunes adultes en bonne santé, publiée en 2011 par Joshua Gooley et ses collègues, a comparé un éclairage ordinaire de pièce (moins de 200 lux) à une lumière très tamisée (moins de 3 lux). Résultat : la lumière de la pièce avant le coucher retardait le début de la sécrétion de mélatonine chez presque tous les participants et raccourcissait d’environ 90 minutes la durée pendant laquelle le corps « sait » qu’il fait nuit. Pendant les heures habituelles de sommeil, cette même lumière réduisait la mélatonine de plus de 50 % dans la grande majorité des essais.
Cette étude ne reproduit pas exactement une veilleuse ou une télé : l’exposition était plus forte et plus longue. Elle montre en revanche à quel point notre système hormonal nocturne réagit à un éclairage pourtant banal.
Ce que montrent les études sur la lumière pendant le sommeil
Ce que montrent les études
- En laboratoire, une nuit de sommeil sous environ 100 lux (un plafonnier modéré) augmente la fréquence cardiaque nocturne et la résistance à l’insuline le lendemain matin chez de jeunes adultes en bonne santé (Mason et coll., PNAS, 2022).
- Une lumière faible de 5 à 10 lux pendant toute la nuit augmente les éveils et le sommeil léger chez de jeunes hommes en bonne santé (Cho et coll., 2016).
- Chez plus de 43 000 femmes suivies environ six ans, dormir avec la télé ou une lumière allumée dans la chambre était associé à un risque plus élevé de prendre 5 kg ou plus (Park et coll., JAMA Internal Medicine, 2019).
- Chez des personnes âgées, la lumière mesurée la nuit est associée à davantage d’obésité, de diabète et d’hypertension (Kim et coll., Sleep, 2023) et à plus de symptômes dépressifs (Obayashi et coll., 2013).
- Ces grandes études sont observationnelles : elles montrent des associations, pas une relation de cause à effet démontrée.
Une seule nuit éclairée, mesurée en laboratoire
L’étude la plus souvent citée sur le sujet a été publiée en 2022 dans la revue PNAS par Ivy C. Mason et l’équipe de Phyllis Zee, au centre de médecine circadienne et du sommeil de l’université Northwestern, à Chicago. Une vingtaine de jeunes adultes en bonne santé ont dormi en laboratoire. Une partie d’entre eux a passé une nuit sous un éclairage d’environ 100 lux, l’équivalent d’un plafonnier modéré, tandis que l’autre groupe dormait dans une pénombre de moins de 3 lux.
Les chercheurs ont observé chez les dormeurs exposés à la lumière :
- une fréquence cardiaque plus élevée pendant la nuit,
- une variabilité cardiaque plus faible, signe d’un système nerveux « en alerte » (dominance du système sympathique),
- une résistance à l’insuline plus élevée le lendemain matin, autrement dit une moins bonne capacité à gérer le sucre sanguin.
Une lumière faible change déjà la structure du sommeil
Faut-il beaucoup de lumière pour que le sommeil s’en ressente ? Une étude coréenne publiée en 2016 dans Chronobiology International par Chul-Hyun Cho et ses collègues de l’université de Corée apporte un élément de réponse. Une trentaine de jeunes hommes en bonne santé ont dormi une première nuit dans le noir, puis une seconde nuit sous une lumière faible de 5 ou 10 lux, enregistrés par polysomnographie.
Sous cette lumière faible, les chercheurs ont mesuré davantage de temps d’éveil après l’endormissement, davantage de sommeil très léger (stade N1), moins de sommeil de stade N2 et des micro-éveils plus fréquents. Il n’y avait pas de différence nette entre 5 et 10 lux. Là encore, l’échantillon est petit et ne concerne que de jeunes hommes. Mais 5 lux, c’est un niveau comparable à celui d’une veilleuse assez puissante ou d’un éclairage de rue qui entre par une fenêtre sans rideau occultant.
Si vous vous réveillez souvent la nuit, notre article sur les réveils nocturnes fréquents passe en revue les autres causes possibles.
Les grandes cohortes : poids, métabolisme et tension
Les études de laboratoire durent une ou deux nuits. Pour savoir ce qui se passe sur des années, les chercheurs s’appuient sur de grandes études de population, dites cohortes.
La Sister Study, chez plus de 43 000 femmes. En 2019, Yong-Moon Mark Park et ses collègues de l’Institut national américain des sciences de la santé environnementale ont publié dans JAMA Internal Medicine une analyse portant sur 43 722 femmes de 35 à 74 ans, sans cancer ni maladie cardiovasculaire, qui ne travaillaient pas de nuit. Au départ, elles indiquaient si elles dormaient sans lumière, avec une petite veilleuse, avec une lumière à l’extérieur de la chambre, ou avec une lumière ou la télé allumée dans la chambre. Elles ont été suivies en moyenne 5,7 ans.
Par rapport aux femmes qui dormaient dans le noir, celles qui dormaient avec la télé ou une lumière allumée dans la chambre avaient un risque environ 17 % plus élevé de prendre 5 kg ou plus, et un risque environ 33 % plus élevé de devenir obèses au cours du suivi. Ces associations persistaient après prise en compte de la durée et de la qualité du sommeil, de l’alimentation et de l’activité physique. Fait intéressant, la petite veilleuse n’était pas associée de façon nette à la prise de poids : c’est surtout la lumière franche ou la télé dans la pièce qui ressortait.
Les personnes âgées, avec une lumière mesurée. En 2023, Minjee Kim et l’équipe de l’université Northwestern ont publié dans la revue Sleep une étude portant sur 552 personnes de 63 à 84 ans vivant à domicile. Cette fois, la lumière n’était pas déclarée mais mesurée par un capteur porté au poignet pendant sept jours. Les personnes exposées à de la lumière pendant les cinq heures les plus sombres de leur nuit avaient plus souvent une obésité, un diabète ou une hypertension, après ajustement sur l’âge, le sexe, la saison et les variables de sommeil. Elles avaient aussi un rythme veille-sommeil moins régulier et davantage d’éveils nocturnes.
Au Japon, des mesures dans la chambre. Kenji Obayashi et l’équipe de l’université médicale de Nara ont mesuré minute par minute la lumière dans la chambre de 528 personnes âgées pendant deux nuits (étude HEIJO-KYO, 2013). Celles dont la chambre dépassait en moyenne 3 lux avaient un poids, un tour de taille et des triglycérides un peu plus élevés, et un « bon » cholestérol un peu plus bas, que celles qui dormaient dans une chambre plus sombre.
La lumière nocturne et l’humeur
La même équipe japonaise a publié la même année, dans le Journal of Affective Disorders, une analyse chez 516 personnes âgées. Une chambre éclairée en moyenne à 5 lux ou plus pendant la nuit était associée à une probabilité environ 1,9 fois plus élevée de présenter des symptômes dépressifs, indépendamment de la lumière reçue en journée, de l’insomnie et de la durée du sommeil. Les auteurs soulignent eux-mêmes la principale limite : il s’agit d’une photographie à un instant donné, qui ne permet pas de savoir si la lumière favorise la déprime ou si les personnes déprimées laissent plus souvent la lumière allumée.
Si le moral baisse avec les nuits plus longues, notre article sur l’insomnie et la déprime en hiver peut vous aider à y voir plus clair.
Le masque de nuit, une piste simple et étudiée
À l’inverse, que se passe-t-il quand on bloque la lumière ? En 2023, Viviana Greco et Penelope Lewis, de l’université de Cardiff, ont publié dans Sleep deux expériences chez des adultes de 18 à 35 ans. Dans la première, 94 participants ont dormi une semaine avec un masque occultant et une semaine avec un masque laissant passer la lumière. Avec le masque occultant, ils mémorisaient mieux de nouvelles associations de mots et étaient un peu plus vigilants le lendemain. Dans la seconde expérience, ce bénéfice de mémoire était lié au temps passé en sommeil lent profond. Les effets restent modestes et concernent de jeunes adultes, mais c’est un geste simple, peu coûteux et sans risque pour la plupart des gens.
Résumé des principales études
| Étude | Qui | Lumière | Ce qui a été observé | Type de preuve |
|---|---|---|---|---|
| Mason, PNAS 2022 | Une vingtaine de jeunes adultes en bonne santé | Environ 100 lux pendant une nuit | Cœur plus rapide la nuit, résistance à l’insuline plus élevée au réveil | Expérience en laboratoire |
| Cho, Chronobiology International 2016 | Une trentaine de jeunes hommes | 5 ou 10 lux toute la nuit | Plus d’éveils, plus de sommeil léger | Expérience en laboratoire |
| Park, JAMA Internal Medicine 2019 | 43 722 femmes de 35 à 74 ans | Télé ou lumière dans la chambre, déclarée | Plus de prise de poids et d’obésité au cours du suivi | Cohorte, association |
| Kim, Sleep 2023 | 552 personnes de 63 à 84 ans | Lumière mesurée au poignet | Plus d’obésité, de diabète et d’hypertension | Étude transversale, association |
| Obayashi, 2013 (deux études) | Plus de 500 personnes âgées au Japon | Lumière mesurée dans la chambre (3 à 5 lux et plus) | Plus d’obésité et de troubles lipidiques, plus de symptômes dépressifs | Études transversales, association |
| Greco, Sleep 2023 | 94 adultes de 18 à 35 ans | Masque occultant contre masque non occultant | Meilleure mémorisation et vigilance le lendemain avec le masque occultant | Essai croisé |
Association n’est pas causalité : lire ces chiffres sans paniquer
Avant de vous inquiéter, gardez en tête plusieurs points.
Les grandes études ne prouvent pas que la lumière fait grossir. Elles constatent que les personnes qui dorment avec de la lumière prennent plus souvent du poids ou ont plus souvent du diabète. Mais ces personnes peuvent aussi se coucher plus tard, grignoter devant la télé, vivre dans un environnement plus bruyant, avoir un travail plus stressant ou un sommeil déjà perturbé. Les chercheurs tentent de corriger ces facteurs, sans jamais pouvoir tous les mesurer.
La causalité inverse est possible. Une personne qui dort mal, qui a des douleurs ou qui se lève souvent la nuit laissera plus volontiers une lumière allumée. Ce n’est alors pas la lumière qui crée le problème, mais le problème qui amène la lumière.
Les risques relatifs restent modestes. Un risque augmenté de 17 % ne veut pas dire que 17 % des personnes vont grossir à cause de la lumière. Cela signifie que, dans un groupe comparable, le nombre de personnes qui prennent du poids est un peu plus élevé.
Les expériences en laboratoire sont courtes. Une nuit sous 100 lux n’est pas une vie entière avec une veilleuse de 2 lux. On ne sait pas encore si les effets observés persistent, s’atténuent ou s’accumulent.
Au total, les données vont toutes dans le même sens : une nuit plus sombre est probablement préférable pour le sommeil et pour le métabolisme. C’est une raison suffisante pour agir de façon raisonnable, pas pour s’affoler. Une revue de la littérature publiée en 2015 par Youngmin Cho et ses collègues rappelait d’ailleurs que les méthodes de mesure de la lumière nocturne sont encore très hétérogènes d’une étude à l’autre.
S’endormir devant la télé : bien plus qu’une question de lumière
La télévision qui reste allumée toute la nuit cumule plusieurs perturbations.
Une lumière qui change sans cesse
Un écran de télévision n’émet pas une lumière stable. Les scènes passent du sombre au très lumineux en une fraction de seconde. Ces variations brusques peuvent provoquer des micro-éveils, même si l’on n’en garde aucun souvenir. Selon la taille de l’écran, sa luminosité et la distance au lit, la lumière reçue au niveau du visage peut aller de quelques lux à plusieurs dizaines de lux.
Un son qui varie
Le bruit de fond d’un programme n’est pas un bruit blanc. Une publicité plus forte, un dialogue qui monte, une musique de générique ou un bruit d’explosion peuvent fragmenter le sommeil. Le cerveau continue de traiter les sons pendant la nuit, et il réagit davantage aux variations de volume et aux voix qu’à un bruit continu et régulier. Pour comprendre la différence entre un bruit qui dérange et un bruit qui masque, consultez notre article sur les bouchons d’oreilles et le bruit blanc.
Un contenu qui stimule
Un thriller, un débat animé ou les informations du soir activent l’attention et parfois l’anxiété. S’endormir sur un tel contenu, c’est souvent s’endormir tard, d’un sommeil plus agité. Les programmes enchaînés automatiquement prolongent aussi le temps passé devant l’écran bien au-delà de ce qu’on avait prévu.
Un coucher en deux temps
S’endormir sur le canapé puis se réveiller à 1 h du matin pour gagner son lit casse la nuit en deux. Ce réveil en pleine nuit, avec la lumière du salon, le brossage de dents et le passage aux toilettes, peut suffire à relancer la vigilance et à rendre le second endormissement difficile.
Pourquoi on a besoin de lumière ou de la télé pour dormir
Avant de vouloir changer une habitude, il est utile de comprendre ce qu’elle apporte. Dormir avec la lumière ou la télé répond souvent à un vrai besoin.
La peur du noir
La peur du noir n’est pas réservée aux enfants. Chez certains adultes, l’obscurité réveille une sensation de vulnérabilité, la crainte d’une présence, d’une intrusion, ou des souvenirs pénibles. Une lumière douce rassure et permet de lâcher prise. Chez la plupart des gens, cette peur reste légère et gérable.
La solitude
Pour une personne qui vit seule, après une séparation, un deuil ou un départ des enfants, la télé crée une présence. Les voix rassurent, comblent le silence et évitent de rester seul avec ses pensées. Ce n’est pas un caprice, c’est une façon de se réconforter.
L’anxiété et les ruminations
Le silence et l’obscurité laissent toute la place aux pensées. Pour certaines personnes, la télé sert de « bouclier » contre les ruminations : on s’endort en écoutant une histoire plutôt qu’en repassant sa journée. Cette stratégie fonctionne à court terme, mais elle peut entretenir l’idée qu’on ne sait pas s’endormir autrement. Notre article sur l’insomnie et l’hypervigilance nocturne détaille ce mécanisme.
L’habitude et le conditionnement
Le cerveau associe facilement un signal à l’endormissement. Si, depuis des années, vous vous endormez avec la télé, elle est devenue votre signal de sommeil. Sans elle, le cerveau attend quelque chose, et l’endormissement paraît plus long. Ce conditionnement se défait, mais progressivement.
La sécurité
Enfin, une lumière la nuit peut répondre à une raison très concrète : se lever sans se cogner, surveiller un enfant, éviter une chute quand on se lève pour aller aux toilettes. Dans ces cas-là, l’objectif n’est pas de supprimer la lumière, mais de l’adapter.
Veilleuse, rue, voyants : quelles sources comptent vraiment
Toutes les lumières n’ont pas le même poids. Trois critères comptent surtout : l’intensité qui arrive jusqu’à vos yeux, la couleur et l’emplacement.
| Source de lumière | Ordre de grandeur au niveau des yeux | Ce qu’on peut faire |
|---|---|---|
| Plafonnier ou lampe de chevet allumés | Souvent 50 à plus de 100 lux | Éteindre au coucher, utiliser une minuterie |
| Télévision allumée dans la chambre | De quelques lux à plusieurs dizaines, très variable | Mise en veille programmée, sortir la télé de la chambre |
| Éclairage de rue à travers des rideaux fins | Souvent de 1 à 10 lux | Rideaux occultants, volets, masque de nuit |
| Veilleuse au niveau du lit | Souvent 1 à 5 lux | La placer au sol, choisir une teinte ambrée ou rouge, intensité minimale |
| Voyants et réveils lumineux | Généralement moins de 1 lux, parfois plus pour un réveil à chiffres blancs | Retourner le réveil, masquer les voyants, préférer un affichage rouge atténué |
| Pleine lune par une fenêtre | Moins de 1 lux | Rien de particulier, sauf gêne ressentie |
Ces chiffres sont des ordres de grandeur : l’intensité dépend beaucoup de la distance et de l’orientation. Une règle simple fonctionne bien : si vous pouvez lire facilement un texte à côté de votre oreiller, la chambre est trop éclairée pour dormir.
La couleur compte. Les lumières blanches et bleutées agissent davantage sur l’horloge interne que les lumières chaudes, ambrées ou rouges. Ce point est développé dans notre article sur la lumière bleue et la mélatonine. À noter : des lunettes anti-lumière bleue n’ont pas d’intérêt pendant le sommeil, puisque vous dormez les yeux fermés.
L’emplacement compte. Une lumière placée au sol, dirigée vers le bas et hors du champ de vision, éclaire le chemin sans atteindre vos yeux. La même lampe posée sur la table de nuit, à hauteur de visage, en envoie beaucoup plus.
Comment s’en passer progressivement : un plan en quatre étapes
Arrêter du jour au lendemain est rarement la meilleure stratégie, surtout si la lumière ou la télé vous rassure. Voici un plan progressif sur trois à quatre semaines. Adaptez le rythme à votre situation.
Étape 1 (semaine 1) : la minuterie
C’est le changement le plus facile. Presque toutes les télévisions disposent d’une fonction de mise en veille programmée. Réglez-la sur 30 à 45 minutes. La télé s’éteindra une fois que vous dormez, et le reste de la nuit se déroulera dans le noir. Faites de même avec la lampe de chevet grâce à une prise programmable ou une ampoule connectée qui baisse progressivement.
En parallèle, réduisez la luminosité de l’écran et désactivez la lecture automatique de l’épisode suivant.
Étape 2 (semaine 2) : changer de lumière
Remplacez la lampe de chevet ou la lumière du couloir par une petite lumière ambrée ou rouge, à faible intensité, placée au sol ou à hauteur de plinthe. Les veilleuses avec détecteur de mouvement sont très pratiques : elles ne s’allument que lorsque vous posez le pied par terre.
Si la lumière vient de l’extérieur, installez des rideaux occultants ou fermez les volets. Un masque de nuit confortable, qui ne serre pas, est une solution simple et peu coûteuse. Si vous avez une pathologie des yeux ou si vous venez d’être opéré des yeux, demandez l’avis de votre ophtalmologiste avant d’en porter un.
Étape 3 (semaine 3) : remplacer le son de la télé
Si c’est le son plus que l’image qui vous aide à dormir, remplacez la télé par une source sonore sans écran : un bruit blanc ou rose, un bruit de pluie, un livre audio au ton calme ou un podcast apaisant, avec une minuterie. Le son est plus régulier, il n’y a pas de lumière, et vous gardez la sensation de présence. Certaines personnes apprécient aussi l’ASMR ou les sons d’ambiance pour s’endormir. Gardez un volume bas, à peine audible.
Étape 4 (semaine 4) : une routine pour aller au lit avant de s’endormir
L’objectif est de s’endormir dans son lit, pas sur le canapé. Quelques repères :
- regardez la télé dans le salon, et allez vous coucher dès les premiers signes de fatigue (bâillements, paupières lourdes, lecture qui n’avance plus),
- installez un petit rituel de 15 à 20 minutes : lumière tamisée, toilette, quelques pages d’un livre papier, respiration lente,
- gardez une heure de lever régulière, y compris le week-end, c’est elle qui stabilise le mieux l’horloge interne,
- pensez aussi au reste de l’environnement : une chambre fraîche aide à s’endormir, comme expliqué dans notre article sur la température idéale de la chambre.
Si vous vivez seul ou si le noir vous inquiète
Allez-y plus doucement. Gardez une veilleuse ambrée au sol aussi longtemps que nécessaire. C’est une solution raisonnable, très loin des 100 lux des études de laboratoire. Vous pouvez aussi garder un livre audio familier ou une radio douce avec minuterie. Le but n’est pas l’obscurité totale à tout prix, mais une chambre nettement plus sombre qu’avant.
Et si ça ne passe pas ?
Il est normal que les premières nuits sans télé soient un peu plus longues à démarrer. Si vous ne dormez pas au bout d’une vingtaine de minutes, levez-vous, allez dans une autre pièce faiblement éclairée, faites une activité calme, et revenez au lit quand le sommeil revient. Cette technique fait partie de la thérapie cognitive et comportementale de l’insomnie.
Enfants et veilleuse : pas besoin de l’interdire
La peur du noir est très fréquente chez l’enfant, en particulier entre 3 et 8 ans, au moment où l’imagination se développe. Elle fait partie du développement normal. Supprimer brutalement la veilleuse d’un enfant qui a peur risque surtout de rendre le coucher plus difficile et les réveils nocturnes plus fréquents.
Les enfants sont très sensibles à la lumière
Les jeunes enfants réagissent fortement à la lumière du soir. Une étude publiée en 2022 dans le Journal of Pineal Research par Lauren E. Hartstein et l’équipe de Monique LeBourgeois, à l’université du Colorado à Boulder, a exposé 36 enfants de 3 à 5 ans à une heure de lumière avant le coucher, à des intensités allant de 5 à 5 000 lux. Leur mélatonine baissait de 69 à 99 % selon les cas, et la baisse était déjà marquée aux intensités les plus faibles, même si elle restait un peu moins forte entre 5 et 40 lux. Chez la majorité des enfants, la mélatonine restait basse au moins 50 minutes après l’arrêt de la lumière.
Cette étude porte sur la lumière avant le coucher, pas sur une veilleuse pendant la nuit. Elle invite à soigner l’éclairage du soir et à choisir une veilleuse vraiment douce. Les repères sur les écrans avant le coucher selon l’âge sont détaillés dans notre article sur les enfants et les écrans du soir.
Choisir une veilleuse adaptée
- Couleur chaude : ambrée, orangée ou rouge, plutôt que blanche ou bleue.
- Faible intensité : juste assez pour distinguer les contours de la pièce.
- Placée bas : au sol ou sur une prise basse, hors du champ de vision de l’enfant couché.
- Sécurité : aucun cordon ni câble à portée d’un jeune enfant, pas de veilleuse qui chauffe, pas de petites pièces détachables pour les plus petits.
- Projecteurs d’étoiles : agréables pour s’endormir, à condition de les programmer pour qu’ils s’éteignent après 20 à 30 minutes.
Rassurer plutôt que forcer
Un doudou, une histoire rassurante, un rituel prévisible et quelques mots apaisants valent mieux que les longues discussions sur les monstres. Notre article sur la routine du coucher des enfants donne des pistes concrètes. Si votre enfant se réveille en hurlant ou fait des cauchemars répétés, consultez aussi notre article sur les terreurs nocturnes et les cauchemars.
Parlez-en au pédiatre ou au médecin traitant si la peur du noir est intense, durable, qu’elle empêche l’enfant de dormir, s’accompagne de crises d’angoisse ou apparaît brutalement après un événement marquant.
Personnes âgées et levers nocturnes : la sécurité d’abord
Chez les personnes âgées, les levers nocturnes sont fréquents, en particulier pour aller aux toilettes. Une chute la nuit peut avoir des conséquences graves. Il ne faut jamais supprimer l’éclairage nécessaire à la sécurité d’une personne âgée ou à mobilité réduite au nom d’un sommeil plus sombre.
La bonne approche consiste à déplacer et adapter la lumière plutôt qu’à la supprimer :
- un balisage lumineux bas, de couleur chaude, le long du trajet entre le lit et les toilettes,
- des veilleuses à détecteur de mouvement, qui ne s’allument qu’au moment du lever,
- une lampe facile à atteindre depuis le lit, à allumer seulement en cas de besoin,
- aucune lumière vive dirigée vers le visage pendant le sommeil.
Quand consulter
Une chambre plus sombre améliore souvent le confort de la nuit, mais elle ne règle pas tout. Parlez-en à votre médecin traitant si vous observez :
- une insomnie qui dure depuis plus de trois mois, au moins trois nuits par semaine, avec un retentissement sur la journée (fatigue, irritabilité, difficultés de concentration). Le traitement de référence est la thérapie cognitive et comportementale de l’insomnie (TCC-I), proposée par des médecins et des psychologues formés,
- une somnolence importante dans la journée malgré des horaires réguliers et une chambre sombre,
- des ronflements forts ou des pauses respiratoires signalés par l’entourage, qui peuvent évoquer une apnée du sommeil,
- une humeur triste persistante, une perte d’intérêt, surtout si elle s’installe avec l’hiver,
- chez l’adulte, une peur du noir intense ou une anxiété nocturne qui empêche de dormir sans lumière, s’accompagne de crises d’angoisse, de cauchemars répétés ou de souvenirs traumatiques. Un médecin, un psychiatre ou un psychologue peut vous aider : il ne s’agit pas d’un manque de volonté.
Le rôle d’un sophrologue
Pour beaucoup de personnes, la télé ou la lumière sert surtout à apaiser le mental au moment du coucher. Un sophrologue peut vous accompagner, en complément d’un suivi médical si nécessaire, pour construire d’autres repères d’endormissement : respiration lente, relâchement musculaire, visualisations positives, techniques pour accueillir les pensées sans s’y accrocher. Ces outils peuvent ensuite être utilisés seul, chaque soir, dans une chambre plus sombre.
La sophrologie ne remplace pas une prise en charge médicale de l’insomnie chronique ou d’un trouble anxieux. Elle peut en revanche soutenir le changement d’habitudes et aider à retrouver confiance dans sa capacité à s’endormir.
👉 Trouver un sophrologue près de chez vous
FAQ
Dormir avec une petite veilleuse, est-ce vraiment mauvais ?
Une petite veilleuse faible, de couleur chaude, placée au sol et hors du champ de vision, reste une solution raisonnable si elle vous rassure ou si elle sécurise vos levers. Dans la grande étude américaine chez plus de 43 000 femmes, c’est surtout la lumière franche ou la télé dans la chambre qui était associée à la prise de poids, pas la petite veilleuse. Les données suggèrent simplement que moins il y a de lumière au niveau des yeux, mieux c’est.
S’endormir devant la télé abîme-t-il le sommeil ?
S’endormir devant la télé de temps en temps n’a rien de grave. En revanche, la laisser allumée toute la nuit cumule lumière changeante, sons variables et contenu stimulant, qui peuvent fragmenter le sommeil. La solution la plus simple est la mise en veille programmée de la télé, réglée sur 30 à 45 minutes.
Le masque de nuit est-il efficace ?
Pour bloquer la lumière de la rue ou du petit matin, le masque de nuit est une solution simple. Une étude menée à l’université de Cardiff a montré que dormir une semaine avec un masque occultant améliorait un peu la mémorisation et la vigilance du lendemain chez de jeunes adultes. Choisissez un modèle confortable qui ne comprime pas les yeux, et demandez conseil à votre ophtalmologiste en cas de pathologie oculaire. Ne laissez pas de masque à portée des jeunes enfants.
Mon enfant a peur du noir : faut-il supprimer la veilleuse ?
Non. La peur du noir est fréquente et fait partie du développement. Gardez une veilleuse douce, ambrée, placée bas, ou laissez la porte entrouverte sur un couloir faiblement éclairé. Vous pourrez réduire l’intensité progressivement avec lui. Parlez-en au pédiatre si la peur est intense, durable ou associée à des crises d’angoisse.
Dormir avec la lumière allumée fait-il grossir ?
Les grandes études observent une association entre la lumière dans la chambre et une prise de poids plus fréquente, mais elles ne prouvent pas que la lumière en soit la cause. D’autres facteurs, comme l’heure du coucher, le grignotage devant la télé ou un sommeil déjà perturbé, peuvent jouer. Une chambre plus sombre est une mesure raisonnable pour le sommeil, pas une méthode pour perdre du poids.
Comment éclairer un lever nocturne sans se réveiller complètement ?
Utilisez des veilleuses à détecteur de mouvement, placées au sol, de couleur ambrée ou rouge, le long du trajet vers les toilettes. Évitez d’allumer le plafonnier de la salle de bains et de regarder votre téléphone. Vous retrouverez plus facilement le sommeil en vous recouchant.
Sources
- Mason IC, Grimaldi D, Reid KJ, Warlick CD, Malkani RG, Abbott SM, Zee PC. Light exposure during sleep impairs cardiometabolic function. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America. 2022. PMID : 35286195. DOI : 10.1073/pnas.2113290119
- Park YM, White AJ, Jackson CL, Weinberg CR, Sandler DP. Association of Exposure to Artificial Light at Night While Sleeping With Risk of Obesity in Women. JAMA Internal Medicine. 2019. PMID : 31180469. DOI : 10.1001/jamainternmed.2019.0571
- Kim M, Vu TH, Maas MB, Braun RI, Wolf MS, Roenneberg T, Daviglus ML, Reid KJ, Zee PC. Light at night in older age is associated with obesity, diabetes, and hypertension. Sleep. 2023. PMID : 35729737. DOI : 10.1093/sleep/zsac130
- Cho CH, Lee HJ, Yoon HK, Kang SG, Bok KN, Jung KY, Kim L, Lee EI. Exposure to dim artificial light at night increases REM sleep and awakenings in humans. Chronobiology International. 2016. PMID : 26654880. DOI : 10.3109/07420528.2015.1108980
- Gooley JJ, Chamberlain K, Smith KA, Khalsa SB, Rajaratnam SM, Van Reen E, Zeitzer JM, Czeisler CA, Lockley SW. Exposure to room light before bedtime suppresses melatonin onset and shortens melatonin duration in humans. The Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism. 2011. PMID : 21193540. DOI : 10.1210/jc.2010-2098
- Obayashi K, Saeki K, Iwamoto J, Okamoto N, Tomioka K, Nezu S, Ikada Y, Kurumatani N. Exposure to light at night, nocturnal urinary melatonin excretion, and obesity/dyslipidemia in the elderly: a cross-sectional analysis of the HEIJO-KYO study. The Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism. 2013. PMID : 23118419. DOI : 10.1210/jc.2012-2874
- Obayashi K, Saeki K, Iwamoto J, Ikada Y, Kurumatani N. Exposure to light at night and risk of depression in the elderly. Journal of Affective Disorders. 2013. PMID : 23856285. DOI : 10.1016/j.jad.2013.06.018
- Greco V, Bergamo D, Cuoccio P, Konkoly KR, Muñoz Lombardo K, Lewis PA. Wearing an eye mask during overnight sleep improves episodic learning and alertness. Sleep. 2023. PMID : 36521010. DOI : 10.1093/sleep/zsac305
- Hartstein LE, Behn CD, Akacem LD, Stack N, Wright KP Jr, LeBourgeois MK. High sensitivity of melatonin suppression response to evening light in preschool-aged children. Journal of Pineal Research. 2022. PMID : 34997782. DOI : 10.1111/jpi.12780
- Cho Y, Ryu SH, Lee BR, Kim KH, Lee E, Choi J. Effects of artificial light at night on human health: A literature review of observational and experimental studies applied to exposure assessment. Chronobiology International. 2015. PMID : 26375320. DOI : 10.3109/07420528.2015.1073158
Cet article fait partie de notre dossier Sommeil.
Voir tous les articles Sommeil →Articles similaires

Vous dormez la bouche ouverte ? Avant le scotch, regardez du côté du nez
Dormir la bouche ouverte vient souvent du nez. Le mouth taping repose sur 10 études : ses vrais risques, qui doit l’évit…
29 min de lecture
CBD pour dormir : des essais décevants et des interactions sous-estimées
Le CBD aide-t-il à dormir ? Ce que montrent les essais, les médicaments à ne pas associer selon l’ANSM, le THC caché au …
32 min de lecture
Somnolence au volant : les signes qui imposent l’arrêt, et ce qui aide vraiment
Bâillements, paupières lourdes, écarts de trajectoire : les signes qui imposent l’arrêt, la sieste qui aide et pourquoi …
30 min de lecture
Sueurs nocturnes : ce qui est banal, et les 5 signes qui doivent alerter
Vous vous réveillez en nage ? Chambre trop chaude, alcool, médicament, hormones, apnée : les causes fréquentes, et les 5…
27 min de lectureArticles liés

Trop chaud pour dormir ? Dix gestes qui aident pendant les nuits de chaleur
31 min
Rêves lucides : comprendre, s’entraîner et connaître les risques
26 min
Bruxisme du sommeil : pourquoi on grince des dents la nuit et que faire
27 min
Routine du coucher pour enfants : créer un rituel apaisant efficace
25 min
Vous vous levez la nuit pour uriner ? Les causes de la nycturie et ce qui aide
30 min