Peur de l’avion : comment l’hypnose peut vous aider à voyager plus serein
Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie
🔎 Réponse en bref : la peur de l’avion est très répandue, et elle ne dit rien de votre courage. L’approche qui dispose des meilleures preuves reste l’exposition progressive, souvent proposée dans une thérapie cognitive et comportementale (TCC), en réalité virtuelle ou lors de stages d’une journée comme ceux des compagnies aériennes. L’hypnose n’a pas été évaluée par de grands essais spécifiques à l’avion, mais les méta-analyses montrent qu’elle réduit l’anxiété, surtout quand elle est associée à une autre psychothérapie. Elle peut donc vous aider à préparer le vol et à garder des outils d’auto-hypnose pour le jour J, en complément. Les anxiolytiques ne se prennent que sur avis médical, et jamais avec de l’alcool.Les billets pour les fêtes de fin d’année sont réservés, ou sur le point de l’être. Pour beaucoup de voyageurs, l’avion reste une parenthèse un peu ennuyeuse entre deux files d’attente. Pour d’autres, la simple confirmation de réservation déclenche une boule au ventre qui ne quittera plus la personne jusqu’à l’atterrissage. Les nuits qui précèdent le départ sont agitées, le moindre reportage sur l’aviation devient insupportable, et au moment du décollage, les mains agrippent l’accoudoir à en blanchir les jointures.
Si vous vous reconnaissez, vous n’êtes pas seul. L’équipe française de Margot Ferrand rappelle que, selon les estimations, entre 7 et 40 % de la population des pays industrialisés a peur de l’avion à des degrés divers [5]. Certains voyagent quand même en serrant les dents, d’autres ont renoncé depuis des années à des vacances, à un mariage à l’étranger ou à une opportunité professionnelle.
Cet article vous aide à y voir clair : ce qui se cache derrière la peur de l’avion, ce qui a fait ses preuves, la place réelle de l’hypnose, des exercices concrets avant et pendant le vol, ce qu’il faut savoir sur les médicaments, et les situations où il vaut mieux consulter. L’objectif n’est pas de vous promettre un vol sans aucune appréhension, mais de vous donner les moyens de choisir une préparation réaliste et adaptée à votre situation.
Peur de l’avion ou phobie : comprendre ce qui vous fait peur
« Peur de l’avion » recouvre en réalité des expériences très différentes. Mettre des mots précis sur la vôtre est la première étape, parce que la stratégie la plus utile en dépend.
De l’appréhension à l’aérophobie
Ressentir une légère tension au décollage ou lors de secousses est banal. L’avion est un environnement inhabituel, bruyant, où l’on ne contrôle rien. Cette appréhension reste gérable : vous êtes un peu crispé, vous vous concentrez sur un film, puis l’inconfort retombe.
On parle d’aérophobie (ou phobie de l’avion) quand la peur devient disproportionnée par rapport au risque réel, qu’elle persiste dans le temps, qu’elle provoque une anxiété intense rien qu’en y pensant et, surtout, qu’elle entraîne de l’évitement : vous refusez des voyages, vous choisissez systématiquement le train ou la voiture même pour des trajets très longs, ou vous ne prenez l’avion qu’au prix d’une détresse importante. Seul un professionnel peut poser un diagnostic, mais une question simple aide à vous situer : votre peur vous a-t-elle déjà fait renoncer à quelque chose qui comptait pour vous ?
Quatre peurs différentes derrière un même mot
Les professionnels qui accompagnent la peur de l’avion distinguent souvent plusieurs « noyaux » de peur, qui peuvent se combiner :
- La peur de l’accident : l’image du crash domine, chaque bruit ou secousse est interprété comme le signe d’une catastrophe imminente.
- La peur de l’enfermement : ce n’est pas tant le vol qui inquiète que l’impossibilité de sortir, la cabine étroite, les portes fermées. Elle rejoint la claustrophobie, que l’on retrouve par exemple dans le tunnel d’une IRM, situation détaillée dans notre article sur l’angoisse avant une IRM et l’hypnose.
- La peur de perdre le contrôle : vous confiez votre vie à un pilote que vous ne voyez pas, dans une machine dont vous ne comprenez pas le fonctionnement. Les personnes qui ont besoin de maîtriser leur environnement le vivent souvent très mal.
- La peur des sensations et de la panique : ce qui effraie, c’est surtout de faire une crise d’angoisse à bord, devant les autres, sans pouvoir s’échapper. Le cœur qui s’emballe ou la sensation d’étouffer deviennent eux-mêmes la menace.
Le cercle vicieux de l’anticipation et de l’évitement
La peur de l’avion se nourrit d’un mécanisme bien connu des phobies. Plusieurs semaines avant le départ, l’esprit rejoue des scénarios catastrophes : c’est l’anxiété anticipatoire, que nous détaillons dans notre article sur l’anxiété anticipatoire et l’hypnose. Puis, si vous annulez le voyage, le soulagement est immédiat. Ce soulagement renforce, sans que vous en ayez conscience, l’idée que l’avion était vraiment dangereux et que l’éviter vous a protégé. La fois suivante, la peur est un peu plus forte.
À l’inverse, chaque vol réalisé en restant présent à l’expérience, sans fuir mentalement, apporte au cerveau une information nouvelle : « c’était inconfortable, mais je l’ai traversé ». C’est précisément sur ce principe que reposent les approches les mieux étudiées.
Ce que la peur de l’avion n’est pas
Avoir peur de l’avion ne signifie pas manquer de volonté, ni être irrationnel en général. Des personnes très compétentes, habituées à gérer des situations complexes, développent cette phobie, parfois après un vol agité, une période de stress, une naissance ou un deuil, parfois sans raison identifiable. La peur ne se raisonne pas avec des statistiques seules : vous savez sans doute déjà que l’avion est un moyen de transport sûr, et cela ne suffit pas à vous apaiser. C’est normal, parce que la peur se loge dans des réactions émotionnelles et corporelles rapides, que la réflexion ne contrôle qu’en partie.
Pour un panorama plus large des peurs ciblées et de leur accompagnement, vous pouvez lire notre article sur l’hypnose et les phobies.
Ce qui a fait ses preuves : exposition, TCC, réalité virtuelle et stages
Avant de parler d’hypnose, il est honnête de rappeler ce que montrent les études sur les phobies en général et sur la peur de l’avion en particulier.
L’exposition, approche de référence des phobies
Ce que montrent les étudesL’exposition consiste à se confronter progressivement, de façon préparée et accompagnée, à ce qui fait peur, en restant dans la situation suffisamment longtemps pour constater que l’anxiété finit par baisser. Pour l’avion, cela peut aller de regarder des vidéos de décollage à visiter un aéroport, puis à s’asseoir dans un simulateur ou une cabine, jusqu’au vol réel. Ce travail se fait par paliers, à un rythme négocié avec vous, jamais en vous « jetant à l’eau » contre votre gré.
La méta-analyse de Kate Wolitzky-Taylor et de ses collègues, publiée en 2008, a rassemblé 33 essais randomisés sur les phobies spécifiques. Les traitements fondés sur l’exposition produisaient des effets importants par rapport à l’absence de traitement et faisaient mieux que les autres approches psychothérapeutiques actives. Les traitements comportant plusieurs séances obtenaient des résultats légèrement meilleurs que les traitements en une seule séance, et le type de phobie ne modifiait pas ces conclusions [1].
La thérapie cognitive et comportementale
La TCC associe l’exposition à un travail sur les pensées : repérer les interprétations catastrophistes (« ce bruit signifie que le moteur lâche »), les confronter à des informations réalistes, et apprendre des techniques de gestion de l’anxiété comme la respiration ou la relaxation musculaire. Elle est généralement proposée par des psychologues ou des psychiatres formés, en quelques séances à quelques mois selon l’intensité de la phobie.
La réalité virtuelle : s’exposer sans quitter le sol
Prendre un avion pour apprendre à prendre l’avion pose un problème pratique évident. La réalité virtuelle offre une solution : un casque reproduit l’embarquement, le roulage, le décollage, les turbulences ou l’atterrissage, et le thérapeute peut répéter chaque étape autant de fois que nécessaire.
Ce que montrent les étudesEn France, des programmes associent TCC et réalité virtuelle sur une seule journée. L’étude de Margot Ferrand et de ses collègues, menée auprès de 145 participants, a observé une baisse marquée de l’anxiété liée au vol, mesurée avant le programme puis après le premier vol qui l’a suivi [5]. Il s’agit toutefois d’une étude avant-après, sans groupe de comparaison, ce qui invite à la prudence.
Dans un essai contrôlé publié en 2000, l’équipe de Barbara Rothbaum a réparti au hasard 49 personnes ayant peur de l’avion entre une exposition en réalité virtuelle, une exposition à un véritable avion à l’aéroport, et une liste d’attente. Après huit séances sur six semaines, les deux formes d’exposition faisaient mieux que la liste d’attente, sans différence entre elles, et les progrès se maintenaient à six mois : à cette échéance, 93 % des participants de chacun des deux groupes traités avaient pris l’avion [6].
Les stages d’une journée et les programmes des compagnies
Plusieurs compagnies aériennes et organismes spécialisés proposent des stages de gestion du stress aéronautique. Air France, par exemple, propose un stage d’une journée intitulé « Apprivoiser l’avion », précédé d’un entretien avec une psychologue, qui comprend des explications de pilotes et de membres d’équipage, des exercices de relaxation et une séance en simulateur de vol. D’autres formats incluent un vol réel accompagné. Les modalités et les tarifs évoluent : renseignez-vous directement auprès des organisateurs.
Ce que montrent les étudesCes données sont encourageantes. Elles montrent qu’une préparation structurée, même courte, peut changer profondément le rapport à l’avion pour une majorité de personnes. Elles montrent aussi que l’élément central de ces programmes est l’exposition, réelle ou simulée, et non une technique isolée.
En Allemagne, André Wannemueller et ses collègues ont évalué en 2020 une journée de traitement en grand groupe chez 138 personnes ayant une peur de l’avion cliniquement significative. Le programme associait de la psychoéducation, l’apprentissage d’une technique respiratoire et un vol d’exposition d’environ deux heures et demie dans un avion affrété. La peur a fortement diminué entre le début et la fin du programme, et ce résultat restait stable six mois plus tard : 71 % des participants étaient alors considérés en rémission totale (55 %) ou partielle (16 %) [4]. L’étude ne comportait pas de groupe témoin tiré au sort.
La place de l’hypnose : un complément pour apaiser et se préparer
C’est le cœur de votre question : l’hypnose peut-elle vous aider face à la peur de l’avion ? La réponse honnête tient en deux temps.
Ce que l’on sait de l’hypnose et de l’anxiété
Ce que montrent les étudesUne méta-analyse plus ancienne, conduite par Irving Kirsch et ses collègues en 1995 sur 18 études, allait dans le même sens : ajouter l’hypnose à une thérapie cognitive et comportementale améliorait nettement les résultats, le client moyen faisant mieux qu’au moins 70 % des clients suivis sans hypnose 3]. Ces études sont anciennes et de petite taille, et aucune ne porte spécifiquement sur l’avion, mais elles soutiennent l’idée d’une association plutôt que d’une opposition. Nous détaillons cette complémentarité dans notre article sur [l’hypnose et les thérapies cognitivo-comportementales.
La méta-analyse de Keara Valentine et de ses collègues, publiée en 2019, a rassemblé 17 essais comparant l’hypnose à un groupe témoin pour réduire l’anxiété. À la fin du traitement, la personne moyenne accompagnée par hypnose réduisait davantage son anxiété qu’environ 79 % des participants témoins, et l’effet se maintenait lors du suivi. Point important pour notre sujet : l’hypnose était plus efficace lorsqu’elle était associée à d’autres interventions psychologiques que lorsqu’elle était utilisée seule [2].
Du côté des mécanismes, la revue d’Ulrike Halsband et de son coauteur T. G. Wolf, publiée en 2019, a rassemblé des études d’imagerie cérébrale (IRM fonctionnelle, TEP, EEG). Elle suggère que l’hypnose peut atténuer la réactivité des circuits cérébraux de la peur chez des personnes phobiques, tout en soulignant les limites de ces travaux, souvent menés sur de petits effectifs [7].
Ce que l’on ne sait pas encore
Il faut le dire clairement : il n’existe pas, à ce jour, de grand essai contrôlé ayant évalué l’hypnose seule dans la peur de l’avion. La littérature se limite surtout à des descriptions de cas. Joseph Hirsch a par exemple décrit en 2012 le cas d’une personne dont la peur de l’avion, ancienne de cinquante ans, avait résisté à plusieurs approches, et qui a été accompagnée avec succès par une combinaison de réalité virtuelle et d’hypnose, complétée par d’autres techniques [8]. Un cas isolé ne permet aucune généralisation, mais il illustre la logique d’association.
En pratique, cela signifie que l’hypnose a toute sa place en complément, pour faire baisser l’anxiété de fond, préparer mentalement le voyage et vous donner des outils d’auto-apaisement, mais qu’elle ne remplace pas l’exposition lorsque la phobie est intense et ancienne. Un hypnothérapeute sérieux vous le dira lui-même.
Ce que l’hypnose peut concrètement apporter
Dans l’accompagnement de la peur de l’avion, l’hypnose est généralement utilisée de plusieurs façons :
- Apaiser l’anxiété anticipatoire : les semaines avant le vol sont souvent plus éprouvantes que le vol lui-même. L’hypnose aide à interrompre la spirale des scénarios catastrophes et à retrouver un sommeil plus calme.
- Répéter mentalement le voyage : sous hypnose, vous pouvez parcourir en imagination chaque étape, de la préparation de la valise au passage des contrôles, de l’embarquement au décollage, en associant ces images à un état de calme. C’est une forme d’exposition en imagination, progressive et sécurisée. Elle rejoint le principe de la désensibilisation progressive sous hypnose.
- Créer des ancrages : un geste discret, comme presser le pouce et l’index, associé à un état de détente travaillé en séance, que vous pourrez réactiver à bord.
- Changer le regard sur les sensations : apprendre à percevoir une secousse ou un changement de bruit moteur comme une information neutre, et non comme un signal d’alarme.
- Vous rendre autonome : la plupart des praticiens enseignent l’auto-hypnose, pour que vous disposiez d’outils utilisables seul, sans dépendre d’un enregistrement ou d’une présence.
Hypnose, TCC, réalité virtuelle, stage : comment les combiner
Ces approches ne sont pas en concurrence. Voici quelques combinaisons cohérentes, à discuter avec les professionnels qui vous accompagnent :
- Peur modérée, vol prévu dans quelques semaines : quelques séances d’hypnose pour travailler l’anticipation et apprendre l’auto-hypnose, complétées par une bonne information sur le fonctionnement de l’avion.
- Phobie installée, évitement depuis des années : une TCC avec exposition, ou un stage spécialisé, constitue la base. L’hypnose peut s’y ajouter pour apaiser l’anxiété de fond et préparer les étapes d’exposition.
- Peur centrée sur les crises de panique : un bilan avec un médecin ou un psychologue est utile, car les crises d’angoisse débordent souvent du cadre de l’avion. L’hypnose peut accompagner ce travail.
- Accès à la réalité virtuelle : certains praticiens associent les deux, l’hypnose aidant à aborder les séances d’exposition virtuelle avec plus de sérénité. Pour en savoir plus, consultez notre article sur la réalité virtuelle associée à l’hypnose.
Se préparer avec un hypnothérapeute : à quoi ressemble l’accompagnement
Il n’existe pas de protocole unique, et personne ne peut vous garantir un nombre de séances. Voici toutefois un exemple de déroulement réaliste, pour vous aider à vous projeter.
Quand commencer ?
Idéalement, plusieurs semaines avant le départ, par exemple trois à six semaines. Ce délai laisse le temps de travailler l’anticipation, de pratiquer l’auto-hypnose à la maison et, si besoin, d’orienter vers une approche complémentaire. Une séance la veille du départ peut apaiser, mais elle laisse peu de place à l’entraînement.
Si votre vol est dans quelques jours seulement, tout n’est pas perdu : vous pouvez déjà mettre en place les exercices décrits plus bas, prévenir l’équipage à bord, et prévoir un accompagnement plus complet pour vos prochains voyages.
Un exemple de calendrier
- Première séance : le praticien vous écoute raconter votre histoire avec l’avion. Depuis quand ? Qu’est-ce qui fait peur exactement ? Y a-t-il eu un vol difficile ? Avez-vous des crises d’angoisse dans d’autres situations ? Prenez-vous des médicaments ? Il vous explique ce qu’est l’hypnose, ce qu’elle peut et ne peut pas faire, et vous fait souvent découvrir un premier état de détente. Pour savoir à quoi vous attendre, lisez notre article sur le déroulement d’une séance d’hypnothérapie.
- Séances suivantes : travail sur l’anxiété anticipatoire, création d’un « lieu sûr » intérieur, répétition mentale du voyage étape par étape, ancrages, réinterprétation des sensations. Le praticien vous enseigne un exercice d’auto-hypnose court à pratiquer chaque jour.
- Entre les séances : entraînement personnel, quelques minutes par jour. C’est souvent là que se joue l’essentiel : un outil ne devient fiable dans l’avion que s’il a été répété au calme, de nombreuses fois.
- Avant le départ : une séance de consolidation peut faire le point sur ce qui fonctionne pour vous et préparer le scénario du jour J.
- Après le vol : un bilan permet de tirer les enseignements de l’expérience, de valoriser ce que vous avez réussi et d’ajuster pour les prochains voyages.
Bien choisir son praticien
L’hypnothérapie n’est pas une profession de santé réglementée en France. Le titre peut être utilisé par des personnes aux formations très variables. Privilégiez un praticien qui :
- vous interroge sur votre santé et vos traitements avant de commencer ;
- vous explique clairement ce qu’il propose, sans promesse de résultat ni de nombre de séances garanti ;
- connaît les approches de référence et accepte de travailler en lien avec votre médecin ou un psychologue ;
- vous oriente vers un professionnel de santé si votre situation le nécessite ;
- vous enseigne l’auto-hypnose pour vous rendre autonome.
Exercices avant le vol : préparer le terrain
Les exercices suivants sont simples et sans danger pour la plupart des personnes. Leur efficacité dépend surtout de la régularité : mieux vaut cinq minutes par jour pendant trois semaines qu’une heure la veille du départ.
La respiration à expiration longue
Assis confortablement, posez une main sur le ventre. Inspirez doucement par le nez en comptant environ jusqu’à quatre, en laissant le ventre se gonfler. Puis expirez lentement par la bouche, lèvres légèrement pincées, en comptant environ jusqu’à six. L’expiration plus longue que l’inspiration favorise l’activation du système nerveux qui ralentit le cœur et apaise. Répétez pendant trois à cinq minutes.
Ne cherchez pas à respirer très profondément ni très vite : une respiration trop ample peut au contraire provoquer des fourmillements ou des vertiges. Le rythme doit rester confortable. En cas de maladie respiratoire ou cardiaque, demandez l’avis de votre médecin.
Le lieu sûr en auto-hypnose
Installez-vous au calme, fermez les yeux, et laissez venir l’image d’un lieu où vous vous sentez parfaitement en sécurité : une plage, une forêt, une pièce de votre enfance, un lieu réel ou imaginaire. Explorez-le avec tous vos sens : les couleurs, les sons, les odeurs, la température, les sensations sous vos pieds. Remarquez comment votre corps se détend. Associez ensuite cet état à un geste discret, par exemple joindre le pouce et l’index. Pratiquée chaque jour, cette association devient de plus en plus rapide à réactiver.
Cette technique est décrite pas à pas dans notre article sur la technique du lieu sûr en auto-hypnose, et les bases de l’autonomie sont expliquées dans notre guide pratique pour débuter l’auto-hypnose.
La répétition mentale du voyage
Une fois à l’aise avec votre lieu sûr, vous pouvez commencer à visualiser le voyage, en commençant par les étapes les moins difficiles. Imaginez par exemple que vous bouclez votre valise, que vous arrivez à l’aéroport, que vous passez les contrôles. Si l’anxiété monte, revenez à votre lieu sûr, respirez, puis reprenez. Avancez progressivement vers l’embarquement, l’installation à votre siège, la fermeture des portes, le roulage, le décollage, le vol de croisière, quelques secousses, l’atterrissage.
L’idée n’est pas de vous forcer à ne rien ressentir, mais d’apprendre à traverser chaque étape en restant présent et en revenant au calme. C’est une forme d’exposition en imagination. Si une étape reste très difficile malgré plusieurs tentatives, parlez-en à votre praticien.
S’informer sur l’avion, à petites doses
Pour les personnes qui redoutent surtout l’accident, comprendre ce qui se passe à bord est souvent très utile : pourquoi le bruit des moteurs change après le décollage, pourquoi les ailes bougent, ce que sont les turbulences. Les stages des compagnies réservent d’ailleurs une large place à ces explications données par des pilotes.
Choisissez des sources sérieuses et dosez : lire des récits d’accidents ou regarder des documentaires catastrophes n’a rien d’une exposition thérapeutique, et risque au contraire d’alimenter la peur.
Organiser le voyage pour réduire le stress inutile
Certains détails pratiques allègent la charge mentale du jour J :
- choisir, si possible, un siège qui vous convient (allée si vous redoutez l’enfermement, au-dessus des ailes où les mouvements sont souvent moins ressentis) ;
- arriver à l’aéroport avec une marge confortable pour ne pas ajouter la peur de rater le vol ;
- préparer un sac avec de quoi vous occuper (musique, livre, jeux, enregistrement d’auto-hypnose) ;
- dormir suffisamment les nuits précédentes, et limiter le café le jour du départ, qui accentue les palpitations ;
- prévoir, pour un long-courrier, comment vous allez gérer le décalage horaire à l’arrivée, sujet que nous traitons dans notre article sur le décalage horaire et la façon d’accélérer la récupération.
Le jour J : auto-hypnose et respiration à l’aéroport et en vol
Le jour du départ, l’objectif n’est pas d’éliminer toute anxiété, mais de la garder à un niveau gérable et de savoir comment réagir si elle monte.
À l’aéroport
L’attente avant l’embarquement est souvent le moment où l’anxiété anticipatoire culmine. Quelques repères :
- Pratiquez quelques cycles de respiration à expiration longue dès que vous êtes assis en salle d’embarquement.
- Réactivez votre ancrage, discrètement, en joignant le pouce et l’index.
- Occupez votre attention de façon active : lire, écouter de la musique, appeler un proche, observer les avions sans chercher à vous faire peur.
- Évitez l’alcool pour « vous détendre » : il perturbe le sommeil, accentue la déshydratation et peut aggraver le malaise.
Prévenir l’équipage
En montant à bord, n’hésitez pas à signaler discrètement à l’hôtesse ou au steward que vous avez peur de l’avion. C’est une situation que les équipages connaissent très bien. Ils pourront vous expliquer les bruits, vous rassurer pendant les turbulences ou simplement garder un œil sur vous. Ce n’est pas un aveu de faiblesse, c’est une information utile.
Au décollage
Le décollage est l’un des moments les plus redoutés : accélération, bruit, sensation de pression. Quelques minutes plus tard, le bruit des moteurs diminue souvent, ce qui inquiète certains voyageurs alors que c’est une réduction de puissance prévue après la montée initiale.
Pendant cette phase :
- appuyez-vous bien contre le dossier, pieds à plat au sol, épaules relâchées ;
- respirez lentement en allongeant l’expiration ;
- si vous avez pratiqué le lieu sûr, laissez-le revenir les yeux fermés, ou les yeux ouverts en fixant un point ;
- certains trouvent utile de compter lentement, ou de décrire mentalement ce qu’ils voient, entendent et sentent, pour rester ancrés dans le présent plutôt que dans les scénarios.
Pendant les turbulences
Les turbulences sont des mouvements de l’air comparables aux vagues pour un bateau. Elles sont inconfortables, parfois impressionnantes, mais les avions sont conçus pour les supporter. La principale consigne de sécurité est simple : garder la ceinture attachée dès que vous êtes assis, même lorsque le voyant est éteint.
Si une secousse déclenche une vague de peur :
- Remarquez la sensation sans la combattre : « je sens mon cœur accélérer, c’est la peur, elle va monter puis redescendre. »
- Allongez l’expiration, plusieurs fois de suite.
- Réactivez votre ancrage.
- Posez votre regard sur un élément stable : votre livre, un point du siège devant vous, l’équipage qui continue son service.
- Rappelez-vous que l’anxiété suit une courbe : elle atteint un pic, puis diminue, même si la situation ne change pas.
En cas de crise de panique à bord
Une crise de panique est très désagréable, mais elle n’est pas dangereuse en elle-même chez une personne en bonne santé. Elle culmine généralement en quelques minutes avant de redescendre. Si vous sentez la panique monter :
- prévenez l’équipage ;
- respirez lentement, sans chercher à prendre de grandes inspirations ;
- concentrez-vous sur des sensations concrètes : les pieds sur le sol, le contact du siège, la température de vos mains ;
- rappelez-vous que cette sensation, aussi intense soit-elle, va passer.
⚠️ Important : une douleur dans la poitrine, un essoufflement inhabituel, un malaise avec perte de connaissance ou des symptômes qui ne ressemblent pas à vos crises habituelles doivent être signalés immédiatement à l’équipage, qui dispose de procédures pour les urgences médicales. Au sol, appelez le 15 ou le 112.
Sur les longs vols
Pour un long-courrier, alternez les moments d’occupation, de repos et d’auto-hypnose. Levez-vous régulièrement quand c’est autorisé, bougez les chevilles et les mollets, buvez de l’eau. Ces gestes réduisent l’inconfort et limitent le risque de phlébite lié à l’immobilité, particulièrement important si vous avez des antécédents de phlébite ou de troubles de la coagulation, auquel cas votre médecin pourra vous donner des consignes adaptées.
À l’atterrissage, et après
Les bruits de sortie du train d’atterrissage et des volets sont normaux. Une fois au sol, prenez un moment pour constater ce que vous avez accompli, même si le vol a été difficile. Noter ce qui vous a aidé, et ce qui a été plus dur, vous servira pour le vol retour et les suivants.
Comprendre l’avion pour moins le craindre
Comprendre ne suffit pas toujours à apaiser la peur, mais pour beaucoup de voyageurs, quelques explications changent la façon d’interpréter ce qu’ils perçoivent.
Les bruits qui inquiètent
- Au roulage et au décollage : variations de régime des moteurs, bruits sourds sous la cabine liés aux roues et au train d’atterrissage.
- Après le décollage : rentrée du train d’atterrissage, puis réduction de la puissance des moteurs une fois la montée initiale effectuée. Cette baisse de bruit est normale.
- En vol : légers changements de bruit lors des modifications d’altitude ou de vitesse, sons du système de climatisation.
- À l’approche : sortie des volets et du train, parfois des à-coups de puissance pour ajuster la trajectoire.
Les ailes qui bougent
Les ailes d’un avion sont conçues pour être flexibles. Les voir se plier légèrement ou osciller pendant les turbulences n’est pas un signe de fragilité, au contraire : cette souplesse absorbe une partie des contraintes.
L’équipage et la sécurité
Les pilotes sont formés et entraînés régulièrement en simulateur à gérer des situations rares, y compris des pannes. Les avions disposent de nombreux systèmes redondants. L’aviation commerciale fait l’objet de contrôles très stricts. Ces éléments ne suppriment pas la peur, qui n’est pas un raisonnement, mais ils peuvent servir de repères lorsque l’esprit s’emballe.
Anxiolytiques, somnifères et alcool : ce qu’il faut savoir avant d’en parler à votre médecin
Beaucoup de voyageurs envisagent de prendre un médicament « pour tenir ». C’est une question légitime, qui doit être discutée avec un médecin, jamais tranchée seul.
Un choix médical, pas une automédication
Les anxiolytiques et les somnifères sont des médicaments sur ordonnance. Leur prescription dépend de votre âge, de vos autres traitements, de votre état de santé, du type de vol et de vos antécédents. Ils peuvent provoquer de la somnolence, des troubles de la mémoire ou de la coordination, et interagir avec d’autres médicaments. Ne prenez jamais le traitement d’un proche, et n’ajustez jamais de vous-même la prise d’un médicament prescrit.
Ne les associez jamais à l’alcool, ni au sol, ni à bord : l’association augmente fortement la sédation et les risques. Sur un long vol, un sommeil très profond lié à un médicament réduit aussi les mouvements, ce qui peut accroître le risque de phlébite chez certaines personnes.
Un soulagement immédiat qui peut freiner l’apprentissage
Ce que montrent les étudesCela ne signifie pas qu’un médicament est toujours à proscrire : dans certaines situations, votre médecin peut juger qu’il est utile, notamment pour un voyage indispensable à très court terme. Mais si votre objectif est de reprendre l’avion durablement, il est utile d’en parler avec lui, et de savoir qu’une préparation psychologique offre des bénéfices qui se prolongent au-delà du vol.
Dans un petit essai publié en 1997, les chercheurs F. H. Wilhelm et W. T. Roth ont suivi 28 femmes ayant une phobie de l’avion, qui ont pris deux vols à une semaine d’intervalle. Avant le premier vol, la moitié a reçu un anxiolytique, l’autre moitié un comprimé sans principe actif, sans que les participantes sachent lequel. Le médicament réduisait l’anxiété ressentie lors du premier vol. Mais lors du second vol, effectué sans traitement, les femmes du groupe médicament étaient plus anxieuses que celles du groupe témoin, et beaucoup plus d’entre elles ont fait une crise de panique. Les auteurs concluent que, dans ce contexte, l’anxiolytique a pu entraver les bénéfices de l’exposition [9]. L’essai est ancien et de petite taille.
Hypnose et traitement en cours
Si vous suivez déjà un traitement, notamment pour l’anxiété ou la dépression, l’hypnose ne demande pas de l’interrompre. Ne modifiez jamais un traitement sans l’avis du médecin qui vous le prescrit. Nous abordons ce sujet dans notre article hypnose et médicaments : peut-on les combiner ?.
Les limites et les précautions de l’hypnose
L’hypnose est une approche bien tolérée par la grande majorité des personnes. Quelques situations demandent cependant des précautions :
- Troubles psychotiques ou dissociatifs : l’hypnose est déconseillée sans avis psychiatrique préalable.
- Problème cardiaque ou respiratoire : un avis médical est nécessaire avant le vol lui-même, indépendamment de l’hypnose, et avant de pratiquer certains exercices respiratoires.
- Souvenir traumatique : si votre peur de l’avion est liée à un événement traumatique (vol très mouvementé, accident vécu ou dont vous avez été témoin, attentat), un accompagnement par un professionnel de santé formé au psychotraumatisme est recommandé.
Quand consulter un médecin ou un psychologue
Une peur de l’avion isolée, qui vous gêne mais ne vous empêche pas de voyager, peut tout à fait être accompagnée par un hypnothérapeute, éventuellement complété par un stage. Certaines situations justifient en revanche de consulter d’abord un médecin, un psychiatre ou un psychologue :
- Les attaques de panique sont fréquentes en dehors de l’avion : elles peuvent relever d’un trouble panique qui mérite un bilan et une prise en charge spécifiques.
- L’évitement s’étend : métro, autoroute, ascenseurs, files d’attente, grands magasins… Lorsque la peur gagne de plus en plus de situations, il peut s’agir d’une agoraphobie. Notre article sur l’hypnose et l’agoraphobie en parle en détail.
- Vous consommez de l’alcool ou des médicaments pour supporter les déplacements : c’est un signal d’alerte qui mérite d’en parler à votre médecin. Alcool Info Service répond au 0 980 980 930.
- La peur s’accompagne d’une souffrance importante : humeur durablement basse, sentiment de honte, isolement. Si vous traversez une détresse intense ou si vous avez des idées suicidaires, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, joignable 24 h/24, gratuitement.
- Vous avez une maladie cardiaque, respiratoire ou un antécédent de phlébite : demandez l’avis de votre médecin avant le vol.
- Votre peur est apparue après un événement traumatique : un professionnel formé au psychotraumatisme pourra vous accompagner.
Pour mieux comprendre le lien entre stress chronique et anxiété, vous pouvez aussi lire notre article sur l’hypnose face à l’anxiété et au stress.
FAQ
L’hypnose fonctionne-t-elle contre la peur de l’avion ?
Il n’existe pas de grand essai contrôlé évaluant l’hypnose seule dans la peur de l’avion. En revanche, les méta-analyses montrent que l’hypnose réduit l’anxiété, et qu’elle est plus efficace lorsqu’elle est associée à d’autres approches psychologiques. Elle peut donc vous aider à apaiser l’anticipation et à disposer d’outils d’auto-hypnose pendant le vol, de préférence en complément d’une exposition, d’une TCC ou d’un stage spécialisé lorsque la phobie est intense.
Combien de séances faut-il avant mon vol ?
Personne ne peut le dire de façon honnête à l’avance. Cela dépend de l’intensité et de l’ancienneté de votre peur, de la présence de crises de panique et du temps dont vous disposez. Commencer trois à six semaines avant le départ permet de travailler sereinement et de vous entraîner à l’auto-hypnose. Méfiez-vous de toute promesse chiffrée.
Vaut-il mieux un stage de compagnie aérienne ou un hypnothérapeute ?
Les deux ne s’excluent pas. Les stages, qui associent explications techniques, gestion du stress et exposition (simulateur ou vol réel), s’appuient sur les approches les mieux étudiées. L’hypnose peut vous aider à aborder ce stage plus sereinement et à consolider ses acquis. Si votre peur est très ancienne et entraîne un évitement important, un stage ou une TCC avec exposition constitue une base solide, que l’hypnose peut compléter.
Peut-on pratiquer l’auto-hypnose dans l’avion ?
Oui, et c’est même l’un des intérêts majeurs de l’hypnose. Les exercices de respiration, l’ancrage ou le lieu sûr peuvent se pratiquer discrètement, les yeux ouverts ou fermés, sans que vos voisins s’en aperçoivent. Ils sont d’autant plus efficaces qu’ils ont été répétés régulièrement au calme dans les semaines précédentes. Gardez votre ceinture attachée et restez attentif aux consignes de l’équipage.
Que faire si je panique en plein vol ?
Prévenez l’équipage, respirez lentement en allongeant l’expiration, concentrez-vous sur des sensations concrètes (pieds au sol, contact du siège) et rappelez-vous que la panique atteint un pic puis redescend. Si vous ressentez une douleur thoracique, un essoufflement inhabituel ou des symptômes différents de vos crises habituelles, signalez-le immédiatement.
Faut-il prendre un anxiolytique avant de voler ?
C’est une décision qui revient à votre médecin, en fonction de votre santé et de vos traitements. Ne prenez jamais un médicament d’un proche, et ne l’associez jamais à l’alcool. Sachez aussi qu’un petit essai suggère qu’un anxiolytique pris avant un vol peut, dans certains cas, freiner les bénéfices de l’exposition sur les vols suivants : parlez-en avec votre médecin si votre objectif est de reprendre l’avion durablement.
Trouver un accompagnement
Si la peur de l’avion vous fait renoncer à des voyages ou gâche vos départs, un hypnothérapeute formé aux phobies peut vous aider à apaiser l’anticipation, à préparer le vol et à apprendre l’auto-hypnose, en complément d’un stage spécialisé ou d’une TCC lorsque c’est utile, et en lien avec votre médecin si votre santé le nécessite.
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Sources
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- Valentine KE, Milling LS, Clark LJ, Moriarty CL. The efficacy of hypnosis as a treatment for anxiety: a meta-analysis. International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis. 2019. PMID : 31251710. DOI : 10.1080/00207144.2019.1613863
- Kirsch I, Montgomery G, Sapirstein G. Hypnosis as an adjunct to cognitive-behavioral psychotherapy: a meta-analysis. Journal of Consulting and Clinical Psychology. 1995. PMID : 7751482. DOI : 10.1037//0022-006x.63.2.214
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