Hypnothérapeute aux cheveux gris remplissant un questionnaire de santé avec un homme hésitant avant une séance d’hypnose
Hypnothérapie

L’hypnose est-elle dangereuse ? Risques, effets indésirables et contre-indications

⏱ 38 min de lecture

Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie

🔎 Réponse en bref : pratiquée par un professionnel formé, l’hypnose thérapeutique est une approche à faible risque, mais pas une approche sans risque. Dans les essais cliniques enregistrés sur ClinicalTrials.gov, aucun effet indésirable grave attribuable à l’hypnose n’a été relevé et les autres effets indésirables concernaient 0,47 % des participants (Bollinger, American Journal of Clinical Hypnosis, 2018). Les effets les plus fréquents sont passagers (maux de tête, vertiges, fatigue, émotion inattendue), tandis que les vrais risques tiennent surtout au contexte : troubles psychiatriques sévères non suivis, régression en quête de « souvenirs cachés », praticien sans formation ou dérive sectaire. Le niveau de preuve sur la sécurité reste modéré, car les effets indésirables sont encore mal rapportés dans les études.
Vous envisagez une séance d’hypnose, peut-être sur les conseils d’un proche ou d’un médecin, et une petite voix vous retient. Et si je perdais le contrôle ? Et si je ne me « réveillais » pas ? Et si on me faisait dire ou faire des choses contre ma volonté ? Ces questions sont légitimes. Elles sont même saines : elles montrent que vous prenez votre santé au sérieux et que vous refusez de confier votre esprit à n’importe qui.

Cet article ne cherche ni à vous convaincre ni à vous faire peur. Il fait le point, de façon honnête, sur ce que l’on sait aujourd’hui des effets indésirables de l’hypnose, des situations où elle est déconseillée, du risque particulier de faux souvenirs, des dérives sectaires signalées en France, et de la manière de choisir un praticien sérieux. Vous verrez que la réponse n’est ni « aucun danger » ni « danger », mais quelque chose de plus nuancé et, au fond, de plus utile : la sécurité de l’hypnose dépend beaucoup de qui la pratique, pour quoi, et chez qui.

Pourquoi l’hypnose inquiète autant

L’image du spectacle a laissé des traces

Pour beaucoup d’entre nous, le premier contact avec l’hypnose s’est fait à la télévision ou dans une salle de spectacle : un volontaire qui s’endort d’un claquement de doigts, qui se met à chanter ou à aboyer devant un public hilare. Cette image est puissante, et elle nourrit l’idée reçue d’un hypnotiseur tout-puissant face à un sujet sans défense.

Or l’hypnose de spectacle et l’hypnose thérapeutique n’ont presque rien en commun, sinon le mot. Sur scène, l’hypnotiseur sélectionne en amont les spectateurs les plus suggestibles et les plus désireux de jouer le jeu, puis utilise la pression du groupe, l’effet de surprise et l’envie de ne pas décevoir. L’objectif est de divertir. En consultation, l’objectif est d’aider une personne à mieux vivre avec une douleur, une anxiété, une habitude ou un symptôme, dans un cadre de confidentialité, avec son accord explicite à chaque étape.

Ce que l’on ressent vraiment en état hypnotique

L’état hypnotique n’est pas un sommeil. C’est un état de concentration particulière, souvent associé à une détente, dans lequel l’attention se focalise sur certaines perceptions ou images, tandis que le reste de l’environnement passe au second plan. Beaucoup de personnes le comparent à ce moment où l’on est absorbé par un livre ou par la route au point de ne plus remarquer le temps qui passe.

Dans cet état, vous entendez ce qui se dit, vous pouvez parler, bouger, ouvrir les yeux, et vous pouvez refuser une suggestion qui ne vous convient pas. Les praticiens formés le répètent souvent : on ne « reste » pas bloqué en hypnose. Au pire, une personne très détendue peut glisser vers un sommeil naturel, dont elle se réveillera comme de n’importe quelle sieste. Pour comprendre concrètement le déroulé d’un rendez-vous, vous pouvez lire comment se déroule une séance d’hypnothérapie.

La perte de contrôle : une idée reçue tenace

La crainte la plus fréquente est celle de perdre le contrôle, d’être manipulé, de révéler des secrets ou d’agir contre ses valeurs. Les travaux de recherche sur la suggestion montrent plutôt l’inverse : une suggestion qui heurte profondément les convictions de la personne est en général refusée, et la personne sort spontanément de l’état hypnotique si elle se sent menacée.

Cela ne veut pas dire que l’influence n’existe pas. L’état hypnotique augmente la réceptivité aux suggestions, c’est même ce qui en fait un outil thérapeutique. C’est précisément pour cette raison que la question du praticien est centrale : une personne en état de grande réceptivité doit être accompagnée par quelqu’un qui respecte un cadre éthique clair. Le risque n’est pas que l’hypnose « prenne le contrôle » de vous, mais qu’une personne mal intentionnée ou mal formée utilise une relation de confiance à mauvais escient.

Ce que montrent les études sur les effets indésirables

Des effets fréquents… mais surtout légers et passagers

Les études qui se sont penchées sur la sécurité de l’hypnose décrivent un tableau assez cohérent. Les effets indésirables existent, mais ils sont le plus souvent légers et de courte durée. Les plus souvent rapportés dans la littérature clinique sont :

  • des maux de tête en fin de séance, souvent liés à une position statique ou à un retour trop rapide à l’état de veille habituel.
  • des vertiges ou une sensation d’étourdissement au moment de se relever.
  • une fatigue ou au contraire une légère excitation dans les heures qui suivent.
  • une anxiété transitoire, par exemple quand une image ou une sensation inattendue surgit pendant la séance.
  • plus rarement, une réaction émotionnelle forte (pleurs, tristesse, colère) lorsque la séance touche, même indirectement, un sujet douloureux.
Dès 1996, Steven Jay Lynn et ses collègues consacraient un commentaire de référence, publié dans l’International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis, à une question simple : l’hypnose présente-t-elle des risques particuliers par rapport aux autres interventions psychologiques ? Leur analyse invitait à distinguer ce qui relève de l’hypnose elle-même de ce qui relève du contexte, du praticien et de la vulnérabilité de la personne. Ces réactions ne sont d’ailleurs pas propres à l’hypnose. On les retrouve aussi avec la relaxation, la méditation ou certaines psychothérapies. Elles appellent surtout un bon accompagnement : un praticien attentif prend le temps de vous ramener progressivement, vérifie comment vous vous sentez avant que vous ne repreniez le volant, et reste disponible si quelque chose vous a troublé.

Ce que montrent les études
Étude : Bollinger, American Journal of Clinical Hypnosis, 2018 (analyse des essais cliniques ayant utilisé l’hypnose et déclaré leurs effets indésirables sur le registre public ClinicalTrials.gov).
Résultat : le taux d’effets indésirables graves probablement attribuables à l’hypnose était de 0 %, et celui des autres effets indésirables de 0,47 %, un chiffre proche des rapports antérieurs.
Limite : de nombreux essais n’avaient pas déclaré de données sur les effets indésirables, la manière de les rapporter variait beaucoup, et tous les essais analysés concernaient des problèmes médicaux (douleur, procédures, effets secondaires de traitements), pas des troubles psychiatriques. L’auteur appelle à mieux mesurer ces effets, surtout chez les personnes souffrant de troubles mentaux.

Le regard des cliniciens : la moitié a déjà observé un effet indésirable

Une autre façon d’approcher la question consiste à interroger les praticiens eux-mêmes. Une grande enquête internationale menée auprès de 691 cliniciens utilisant l’hypnose dans 31 pays a été publiée en 2023 par Olafur Palsson et ses collègues dans l’International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis. Résultat : 55 % des répondants avaient déjà rencontré au moins un effet indésirable associé à l’hypnose au cours de leur pratique. Mais ces effets étaient généralement de courte durée et très rarement jugés graves.

Ce chiffre de 55 % peut sembler élevé. Il faut le lire correctement : il ne signifie pas que la moitié des séances provoquent un effet indésirable, mais que la moitié des praticiens en ont observé au moins un au fil de centaines, voire de milliers de séances. C’est plutôt rassurant sur la vigilance des cliniciens, et cela rappelle une chose importante : un professionnel qui vous affirme qu’il n’y a « jamais aucun effet » ne vous dit pas toute la vérité.

En milieu médical : une sécurité jugée satisfaisante

Les données les plus solides concernent l’hypnose utilisée à l’hôpital, pendant des gestes médicaux ou des interventions. Une revue des méta-analyses publiée en 2016 dans le Deutsches Ärzteblatt International par Winfried Häuser et ses collègues a analysé 391 publications pour retenir cinq méta-analyses de bonne taille. L’hypnose réduisait la douleur et le stress émotionnel pendant les interventions médicales (34 essais, 2 597 patients) ainsi que les symptômes du côlon irritable (8 essais, 464 patients). Surtout, pour notre sujet, deux méta-analyses ne retrouvaient aucune différence entre hypnose et groupe contrôle en matière d’effets secondaires et de sécurité. Les auteurs concluaient que l’hypnose médicale est une technique complémentaire sûre dans ces indications.

Une mise à jour plus récente, publiée en 2025 dans le Journal of Psychosomatic Research par Nike Walter et ses collègues, a regroupé 20 essais randomisés (1 250 patients) sur l’hypnose pendant des procédures invasives. L’hypnose réduisait l’anxiété et la douleur par rapport aux soins habituels, et les effets indésirables étaient qualifiés de minimes. Pour un panorama plus large des indications étudiées, l’article Hypnose clinique : ce que montrent les études détaille les grands essais.

Le rapport Inserm de 2015 : faible fréquence, mais vigilance

En France, la référence reste le rapport publié en 2015 par l’Inserm (équipe de Bruno Falissard, avec Juliette Gueguen, Caroline Barry et Christine Hassler), qui a analysé 52 essais cliniques. Sur la sécurité, les auteurs soulignaient que des effets indésirables ne pouvaient pas être exclus, mais que leur fréquence semblait faible, et qu’aucun effet indésirable grave attribuable à la pratique n’avait été relevé.

Le rapport pointait cependant deux risques plus « systémiques » que médicaux. Le premier est la perte de chance : si l’hypnose retarde l’accès à un diagnostic ou à un traitement nécessaire, le préjudice peut être réel, même si la séance elle-même s’est bien passée. Le second tient à l’hétérogénéité des pratiques : en France, le titre d’hypnothérapeute n’est pas protégé, et les auteurs suggéraient la mise en place d’un système de surveillance comparable à la pharmacovigilance. Vous trouverez une synthèse complète dans notre article sur le rapport Inserm 2015 sur l’hypnose.

Pourquoi le niveau de preuve reste modéré

Si ces résultats sont globalement rassurants, ils ne permettent pas de conclure que l’hypnose est sans risque pour tout le monde. Une vaste revue publiée en 2024 dans Frontiers in Psychology par Jenny Rosendahl et ses collègues a recensé 49 méta-analyses portant sur 261 études primaires. Seules neuf de ces méta-analyses étaient jugées de haute qualité méthodologique. Les auteurs insistent sur la nécessité de mieux identifier les patients qui ne tirent pas bénéfice de l’hypnose.

Autrement dit, les essais incluent souvent des personnes sélectionnées, sans trouble psychiatrique sévère, suivies dans un cadre hospitalier ou universitaire. Ce sont des conditions favorables. Dans la vraie vie, la pratique est plus diverse, les praticiens ont des formations très inégales et les personnes qui consultent ont parfois des histoires complexes. C’est pourquoi la suite de cet article s’intéresse aux situations où la prudence s’impose.

Les contre-indications et situations à risque

Il n’existe pas de liste officielle et universelle de contre-indications à l’hypnose. Les recommandations varient selon les écoles, les pays et les techniques. Mais plusieurs situations reviennent régulièrement dans la littérature clinique comme demandant soit une grande prudence, soit un cadre médical ou psychiatrique, soit le report de la démarche.

Les troubles psychotiques

La schizophrénie et les autres troubles psychotiques (délire, hallucinations, désorganisation de la pensée) sont la contre-indication la plus souvent citée à l’hypnose pratiquée hors d’un cadre psychiatrique. La raison est simple : l’hypnose joue sur l’imaginaire, les perceptions et la frontière entre le réel et l’évoqué. Chez une personne dont cette frontière est déjà fragilisée, des suggestions mal maîtrisées pourraient majorer la confusion ou l’angoisse.

Les données scientifiques sont ici très minces. Une revue Cochrane consacrée à l’hypnose dans la schizophrénie (Izquierdo de Santiago et Khan, 2007) n’a retenu que trois études, totalisant 149 participants. L’hypnose y était acceptable pour les patients, mais aucun effet notable sur l’état mental n’était mis en évidence, et les auteurs qualifiaient ces études de peu nombreuses, petites, mal rapportées et anciennes. En pratique, si vous vivez avec un trouble psychotique, l’hypnose ne devrait être envisagée qu’en lien avec votre psychiatre, éventuellement par un soignant formé travaillant au sein de l’équipe qui vous suit.

Les troubles dissociatifs sévères

Les troubles dissociatifs sévères (par exemple certaines formes de dépersonnalisation intense ou le trouble dissociatif de l’identité) posent un problème proche. L’hypnose mobilise des mécanismes de dissociation, c’est d’ailleurs ce qui permet, dans de bonnes conditions, de mettre une douleur à distance, comme le décrit l’article sur le protocole de dissociation pour la douleur aiguë. Mais chez une personne qui dissocie déjà de façon envahissante et involontaire, ces mêmes mécanismes peuvent être déstabilisants.

Certains psychothérapeutes spécialisés dans le traumatisme utilisent malgré tout des techniques hypnotiques avec ces patients, mais dans un cadre très structuré, sur le long terme, avec une formation spécifique. Ce n’est pas un travail pour un praticien généraliste ou pour une séance ponctuelle.

L’état suicidaire aigu et la crise psychique

Une personne en crise suicidaire, en épisode dépressif très sévère ou en crise d’angoisse majeure a besoin en priorité d’une évaluation et d’une prise en charge médicale. L’hypnose peut éventuellement trouver une place plus tard, comme complément, une fois la situation stabilisée. Elle ne doit jamais retarder l’accès aux soins.

Si vous traversez une période où des idées suicidaires vous viennent, appelez le 3114, le numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. En cas de danger immédiat, composez le 15 (SAMU) ou le 112 (numéro d’urgence européen).

Le stress post-traumatique : possible, mais pas n’importe comment

Le trouble de stress post-traumatique n’est pas une contre-indication en soi. L’hypnose est même étudiée dans ce contexte, en complément des psychothérapies recommandées. Mais travailler sur un traumatisme sous hypnose peut raviver des souvenirs très douloureux, provoquer des reviviscences ou une détresse importante si le rythme n’est pas respecté. Le praticien doit être formé à la psychotraumatologie et travailler idéalement en lien avec un psychiatre ou un psychologue. Nous détaillons ces précautions dans l’article hypnose et stress post-traumatique : un appoint, jamais un substitut.

L’épilepsie : selon le contexte

L’épilepsie est parfois citée parmi les situations demandant de la prudence, mais les données sont rares et les avis divergent. Certains praticiens évitent les techniques qui s’appuient sur une respiration rapide, une fixation lumineuse ou une stimulation sensorielle intense, par analogie avec les facteurs déclenchants connus de certaines crises. D’autres soulignent que la relaxation et la diminution du stress peuvent au contraire être bénéfiques.

La position la plus raisonnable est donc la suivante : si vous avez une épilepsie, parlez-en à votre neurologue avant de commencer, signalez-la au praticien lors du premier entretien, et choisissez de préférence un professionnel de santé formé à l’hypnose. Il ne s’agit pas d’un interdit, mais d’une décision à prendre au cas par cas.

Autres situations où la prudence s’impose

D’autres situations ne constituent pas des contre-indications à proprement parler mais justifient un avis médical préalable ou un cadre adapté :

  • les symptômes non expliqués : une douleur, une fatigue, des troubles digestifs ou neurologiques qui n’ont pas encore été explorés doivent d’abord faire l’objet d’un bilan médical, pour ne pas passer à côté d’une maladie qui se soigne.
  • les addictions sévères : l’hypnose peut accompagner un sevrage, mais un sevrage d’alcool ou de certains médicaments peut être dangereux sans encadrement médical (Alcool Info Service : 0 980 980 930, Drogues Info Service : 0 800 23 13 13).
  • les troubles du comportement alimentaire : anorexie et boulimie demandent un suivi pluridisciplinaire, l’hypnose ne peut être qu’un complément (Anorexie Boulimie Info Écoute : 0810 037 037).
  • les enfants : l’hypnose est souvent bien adaptée aux enfants, mais avec un praticien formé à la pédiatrie et en lien avec le pédiatre ou le médecin traitant.
  • la grossesse : l’hypnose est utilisée en préparation à la naissance, mais elle accompagne le suivi par la sage-femme ou le gynécologue, sans jamais le remplacer.
Enfin, si vous suivez un traitement, ne le modifiez jamais de votre propre initiative à cause d’une séance d’hypnose. L’article hypnose et médicaments : peut-on les combiner ? explique comment les deux peuvent coexister, en concertation avec votre médecin.

Le risque des faux souvenirs : la régression en question

Notre mémoire n’est pas un enregistrement

Parmi tous les risques associés à l’hypnose, celui des faux souvenirs est sans doute le mieux documenté par la recherche en psychologie, et le plus sous-estimé par le grand public. Pour le comprendre, il faut d’abord abandonner une idée reçue : notre mémoire ne fonctionne pas comme une caméra qui stockerait fidèlement chaque scène. Chaque fois que nous nous rappelons un événement, notre cerveau le reconstruit à partir de fragments, en comblant les vides avec ce qui paraît plausible, avec nos attentes, nos émotions du moment et ce que d’autres nous en ont dit.

Ce processus de reconstruction est normal, et il nous trompe à tous un peu, tous les jours. Il devient problématique lorsqu’un contexte favorise la création de souvenirs détaillés, chargés d’émotion, et vécus comme parfaitement réels, alors que les événements ne se sont jamais produits.

Ce que l’hypnose change à la mémoire

L’hypnose ne crée pas à elle seule de faux souvenirs, mais elle réunit plusieurs ingrédients qui facilitent leur apparition : une grande concentration sur l’imaginaire, une réceptivité accrue aux suggestions, une confiance forte dans le praticien et, souvent, une conviction préalable que « quelque chose est caché ». Les travaux de Steven Jay Lynn et de nombreux chercheurs en psychologie de la mémoire, menés depuis les années 1980, ont montré que l’hypnose augmente surtout la confiance que l’on accorde à ses souvenirs, bien plus que leur exactitude.

Une revue publiée en 2025 dans Frontiers in Psychology par D. G. Leo et ses collègues de l’Université de Liverpool fait le point sur ces mécanismes. Elle rappelle que l’utilisation de l’hypnose pour retrouver des souvenirs autobiographiques, ce que l’on appelle la régression hypnotique, a été accusée de favoriser la création de faux souvenirs. Les auteurs concluent que la régression hypnotique et l’imagerie guidée doivent être utilisées avec prudence, car elles peuvent involontairement conduire au rappel d’événements qui ne se sont pas produits.

Ce que montrent les études
Étude : Leo, Bruno et Proietti, Frontiers in Psychology, 2025 (revue de la littérature sur l’hypnose, le rappel en mémoire et la formation de faux souvenirs).
Résultat : l’hypnose a montré une certaine capacité à améliorer certaines fonctions de mémoire, mais les résultats sont contradictoires, et la régression hypnotique comme l’imagerie guidée peuvent favoriser involontairement de faux souvenirs.
Limite : il s’agit d’une revue narrative et non d’une méta-analyse. Les études de laboratoire sur les faux souvenirs ne reproduisent qu’imparfaitement les conditions d’une thérapie réelle, et la qualité des travaux est inégale.

Des conséquences humaines bien réelles

Le sujet n’a rien d’abstrait. Dans les années 1990, plusieurs pays ont connu des affaires dans lesquelles des personnes, au fil de thérapies centrées sur la « récupération » de souvenirs d’enfance, ont acquis la conviction d’avoir subi des violences dont rien ne permettait d’attester la réalité. Des familles ont été brisées, des proches accusés, et les personnes elles-mêmes ont souvent beaucoup souffert. Ces affaires ont conduit la communauté scientifique à formuler des mises en garde fermes sur les techniques de recherche de souvenirs « refoulés ».

En France, la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) a consacré une partie de son rapport 2007 aux « faux souvenirs induits », qu’elle décrit comme le résultat de techniques d’autosuggestion ou d’une influence indue exercée par certains thérapeutes.

Il est important de préciser que cela ne remet pas en cause la réalité des violences subies par de nombreuses personnes, qui doivent être entendues et accompagnées. Le message est différent : un souvenir apparu sous hypnose, en particulier sous l’impulsion du praticien, ne constitue pas une preuve, et ne devrait jamais servir de base à une accusation ou à une rupture familiale sans un travail approfondi avec un psychologue ou un psychiatre.

Les signaux d’alerte en séance

Voici quelques signes qui doivent vous alerter si vous consultez pour une hypnose ou une thérapie apparentée :

  • le praticien vous affirme que vos symptômes « s’expliquent forcément » par un traumatisme oublié.
  • il vous propose de « retrouver » des souvenirs d’enfance cachés, voire des « vies antérieures ».
  • il interprète vos images ou sensations en séance comme la preuve d’événements réels.
  • il vous encourage à confronter ou à couper les ponts avec votre famille sur la base de ces « révélations ».
  • il vous présente comme le seul à pouvoir vous comprendre.
Un praticien sérieux procède à l’inverse : il travaille sur ce que vous vivez aujourd’hui, vos ressources et vos objectifs, et reste très prudent face à tout souvenir nouveau qui émerge.

Dérives sectaires : un risque à prendre au sérieux

Ce que disent les rapports de la Miviludes

Le domaine de la santé et du bien-être est devenu, au fil des années, l’un des principaux terrains des dérives sectaires en France. Selon le rapport d’activité 2022-2024 de la Miviludes, l’organisme a reçu 4 571 signalements en 2024, un nombre qui a doublé depuis 2015. La santé et le bien-être arrivent en tête des thématiques, avec 37 % des signalements, devant les cultes et spiritualités. La Miviludes alerte notamment sur l’essor des pratiques de soins non conventionnelles.

L’hypnose n’est pas une dérive sectaire en soi, et l’immense majorité des praticiens exercent de façon honnête. Mais comme toute approche qui repose sur la relation de confiance et sur la suggestion, elle peut être détournée. Le manque d’encadrement du titre d’hypnothérapeute en France rend d’autant plus important de savoir reconnaître les signaux d’alerte.

Les signes qui doivent vous faire partir

Certains comportements doivent vous inciter à interrompre la démarche, quelle que soit la sympathie que vous inspire le praticien :

  • une promesse de résultat garanti, en un nombre de séances fixé d’avance, sur des troubles graves.
  • une incitation à arrêter ou à réduire un traitement médical, ou à renoncer à une chimiothérapie, une psychothérapie ou un suivi psychiatrique.
  • un discours de dénigrement de la médecine conventionnelle, des médecins ou de vos proches.
  • une demande d’engagement financier lourd, de forfaits payés d’avance sur de longues durées, de stages coûteux à répétition.
  • une volonté de vous isoler : secret exigé, injonction à ne pas parler des séances, mise à distance de la famille ou des amis.
  • une dépendance qui s’installe : séances de plus en plus rapprochées, impression de ne plus pouvoir prendre de décision sans le praticien.
  • un glissement vers le spirituel ou l’ésotérique non annoncé : énergies, entités, vies antérieures, missions personnelles.
Si vous reconnaissez une ou plusieurs de ces situations, chez vous ou chez un proche, vous pouvez contacter la Miviludes ou en parler à votre médecin traitant. Vous avez aussi des droits très clairs en tant que patient, détaillés dans notre article hypnose et consentement : vos droits en tant que patient.

Hypnose de spectacle et hypnose thérapeutique : deux mondes

Des objectifs opposés

Revenons à l’hypnose de spectacle, car elle concentre une partie des inquiétudes. Les revues professionnelles consacrées à l’hypnose clinique ont publié, notamment en 2012 dans l’American Journal of Clinical Hypnosis, des numéros entiers sur les effets négatifs de l’hypnose dans les contextes clinique, de recherche, de formation et de divertissement, ainsi que sur les moyens de réduire ces risques. Un point revient : le cadre change tout.

Sur scène, il n’y a ni évaluation préalable de la santé de la personne, ni objectif de soin, ni suivi après la séance. Le volontaire peut être exposé au ridicule, à des suggestions intenses, à des émotions fortes devant un public, puis rentrer chez lui sans que personne ne vérifie qu’il va bien. Des praticiens rapportent des cas de maux de tête, d’anxiété ou de malaise persistant après des démonstrations publiques, en particulier lorsque les suggestions n’ont pas été correctement levées.

Ce qui fait la différence en consultation

En consultation thérapeutique, plusieurs garde-fous existent ou devraient exister :

  • un entretien préalable sur votre santé, vos traitements, vos antécédents psychiatriques et vos attentes.
  • un objectif défini avec vous, et non imposé.
  • des suggestions adaptées, souvent indirectes, que vous pouvez accepter ou laisser de côté.
  • une sortie progressive de l’état hypnotique, avec vérification de votre vigilance.
  • un temps d’échange après la séance, pour parler de ce que vous avez ressenti.
Il existe d’ailleurs plusieurs styles d’hypnose, du plus directif au plus permissif. L’article les différents types d’hypnose : classique, ericksonienne, humaniste présente leurs différences, qui comptent aussi pour votre confort.

Comment réduire les risques : choisir un praticien formé

La formation et le statut du praticien

Puisque le titre d’hypnothérapeute n’est pas protégé en France, n’importe qui peut, en théorie, l’utiliser après une formation de quelques jours. Cela ne signifie pas que tous les praticiens non soignants sont mal formés, mais cela impose de poser des questions. Quelques repères :

  • les professionnels de santé formés à l’hypnose (médecins, psychiatres, psychologues, infirmiers, sages-femmes, dentistes, kinésithérapeutes) ont l’avantage d’une formation clinique initiale et d’un cadre déontologique. Plusieurs universités proposent des diplômes universitaires d’hypnose médicale ou clinique.
  • les hypnothérapeutes non soignants peuvent être très compétents, à condition d’avoir suivi une formation substantielle, d’être supervisés, de connaître leurs limites et de travailler en réseau avec des médecins et des psychologues.
  • dans tous les cas, un praticien sérieux explique sa formation sans détour et sait vous orienter vers un autre professionnel si votre situation dépasse ses compétences.
Pour aller plus loin, consultez nos guides comment choisir son hypnothérapeute : critères et certifications et les certifications en hypnothérapie : lesquelles sont reconnues.

Les questions à poser lors du premier contact

N’hésitez pas à poser ces questions, par téléphone ou lors du premier rendez-vous. Un bon praticien les accueillera favorablement :

  1. Quelle formation en hypnose avez-vous suivie, combien d’heures, auprès de quel organisme ?
  2. Êtes-vous professionnel de santé ? Sinon, travaillez-vous en lien avec des médecins ou des psychologues ?
  3. Êtes-vous supervisé ou faites-vous de l’analyse de pratique ?
  4. Avez-vous l’habitude d’accompagner des personnes avec ma problématique ?
  5. Que faites-vous si je me sens mal pendant ou après une séance ?
  6. Combien de séances envisagez-vous, et à quel tarif ?
  7. Quelles sont les situations dans lesquelles vous me conseilleriez plutôt de voir un médecin ?
La réponse à la dernière question est particulièrement révélatrice. Un praticien qui n’imagine aucune limite à ce que l’hypnose peut faire mérite de la méfiance.

Travailler en lien avec votre médecin

L’hypnose donne ses meilleurs résultats quand elle s’inscrit dans un parcours de soin, et non à sa place. Prévenir votre médecin traitant, votre psychiatre ou votre psychologue que vous commencez des séances permet de croiser les regards, d’éviter des démarches contradictoires et de repérer plus vite un éventuel effet indésirable. Notre article mon hypnothérapeute doit-il travailler avec mon médecin ? développe cette question.

Ce que vous pouvez faire avant, pendant et après une séance

Avant la séance

  • Faites le point sur votre santé : si vous avez un trouble psychiatrique, une épilepsie, une grossesse, des symptômes non expliqués, parlez-en d’abord à votre médecin.
  • Préparez vos questions sur la formation et la méthode du praticien.
  • Clarifiez votre objectif : qu’aimeriez-vous qui change ? Un objectif concret et actuel (mieux dormir, moins appréhender un examen, réduire une douleur) se prête mieux à l’hypnose qu’une quête de souvenirs passés.
  • Prévoyez un peu de temps après la séance, sans rendez-vous stressant juste derrière.

Pendant la séance

  • Vous gardez le droit de dire non : à une suggestion, à un sujet abordé, à la poursuite de la séance.
  • Vous pouvez ouvrir les yeux à tout moment si vous vous sentez mal à l’aise.
  • Signalez tout inconfort : mal de tête, nausée, angoisse. Le praticien peut adapter ou interrompre la séance.

Après la séance

  • Prenez quelques minutes avant de vous lever et de conduire.
  • Observez comment vous vous sentez dans les heures et les jours qui suivent. Un peu de fatigue ou d’émotion est fréquent. Une détresse qui dure, des cauchemars répétés, des souvenirs envahissants ou des idées noires justifient d’en parler rapidement au praticien et à votre médecin.
  • Ne prenez pas de décision importante fondée uniquement sur une image ou un « souvenir » apparu pendant la séance.

Et l’auto-hypnose ?

L’auto-hypnose, pratiquée seul après un apprentissage, est généralement bien tolérée et peut être un outil précieux de gestion du stress ou de la douleur. Les mêmes précautions s’appliquent toutefois : elle n’est pas adaptée en cas de trouble psychotique ou dissociatif sévère, et ne doit pas servir à explorer seul des souvenirs traumatiques. Notre guide pratique pour débuter l’auto-hypnose vous donne les bases pour vous lancer en sécurité.

Si vous souhaitez être accompagné par un professionnel formé près de chez vous, vous pouvez trouver un hypnothérapeute dans notre annuaire et lui poser, dès le premier contact, les questions évoquées plus haut.

Questions fréquentes

Peut-on rester bloqué en hypnose ?

Non. Aucun cas documenté de personne restée indéfiniment en état hypnotique n’est connu. Si le praticien s’interrompait, la personne reviendrait spontanément à son état habituel, éventuellement après s’être assoupie quelques minutes. Il peut en revanche arriver de se sentir un peu « dans le coton » quelques minutes après la séance, d’où l’intérêt d’une sortie progressive.

L’hypnose peut-elle me faire faire quelque chose contre ma volonté ?

L’état hypnotique augmente la réceptivité aux suggestions, mais les suggestions qui vont fortement à l’encontre de vos valeurs ou de votre sécurité sont en général refusées. Le vrai risque n’est pas une prise de contrôle, mais l’influence que peut exercer une personne en position de confiance. D’où l’importance de choisir un praticien formé et respectueux d’un cadre éthique.

Quels sont les effets secondaires les plus fréquents ?

Les plus souvent décrits sont des maux de tête, des vertiges, une fatigue, une anxiété passagère et, plus rarement, une réaction émotionnelle forte. Ils sont en général de courte durée. Dans les essais cliniques analysés par Bollinger en 2018, aucun effet indésirable grave attribuable à l’hypnose n’avait été rapporté.

L’hypnose est-elle déconseillée en cas de dépression ?

Pas forcément. L’hypnose est étudiée comme complément dans la dépression légère à modérée, en lien avec le suivi médical. En revanche, en cas de dépression sévère ou d’idées suicidaires, la priorité est une prise en charge médicale. Si vous avez des idées suicidaires, appelez le 3114 (gratuit, 24 h/24).

Retrouver des souvenirs oubliés sous hypnose, est-ce fiable ?

Non, pas de façon fiable. Les recherches sur la mémoire montrent que l’hypnose augmente surtout la confiance dans ses souvenirs, pas leur exactitude, et que la régression hypnotique peut favoriser de faux souvenirs. Un souvenir apparu en séance ne constitue pas une preuve. Méfiez-vous des praticiens qui proposent de « retrouver » des traumatismes cachés.

Comment savoir si un hypnothérapeute est sérieux ?

Un praticien sérieux explique clairement sa formation, ne promet aucun résultat garanti, ne vous demande jamais d’arrêter un traitement, accepte que vous en parliez à votre médecin, pratique des tarifs transparents et vous oriente vers un autre professionnel lorsque votre situation le nécessite.

En résumé

L’hypnose thérapeutique, pratiquée par un professionnel formé, auprès d’une personne pour qui elle est adaptée, est une approche à faible risque. Les effets indésirables existent, ils sont fréquents à l’échelle d’une carrière de praticien mais rarement sérieux, et ils restent le plus souvent passagers. Les vrais dangers sont ailleurs : utiliser l’hypnose à la place d’un traitement nécessaire, la proposer à des personnes souffrant de troubles psychotiques ou dissociatifs sévères sans cadre psychiatrique, rechercher des « souvenirs cachés » par la régression, ou tomber entre les mains d’un praticien qui exploite la relation de confiance.

Votre hésitation est donc une bonne alliée. Elle vous pousse à poser des questions, à vérifier la formation du praticien et à en parler à votre médecin. C’est exactement l’attitude qui rend l’hypnose plus sûre.

Sources

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⚕️ Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié.

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FW

Fabrice Wigishoff

Fondateur de ViziWell · Supervision éditoriale

Triple master en hypnose thérapeutique, 30 ans d'expérience en hypnothérapie et coaching. Spécialiste de l'arrêt du tabac, gestion du stress et préparation mentale. Passionné de neurosciences, Fabrice décrypte les études cliniques mondiales pour rendre les thérapies complémentaires accessibles à tous.

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Auteurs des sources scientifiques

WH

Winfried Häuser

Professor of Psychosomatic Medicine — Department of Psychosomatic Medicine and Psychotherapy, Technical University Munich, Allemagne

SL

Steven Jay Lynn

Professeur de psychologie, chercheur en hypnose clinique — Binghamton University (SUNY), États-Unis

Psychologue et chercheur de référence sur l'hypnose clinique et expérimentale, co-auteur de travaux de synthèse sur ses mécanismes et applications.

JR

Jenny Rosendahl

Chercheuse en psychologie médicale — Jena University Hospital, Friedrich-Schiller-Universität, Iéna, Allemagne

Spécialiste de l'évaluation de l'efficacité de l'hypnose clinique. Auteure d'une perspective méta-analytique sur 20 ans de recherche.

JB

Jared W. Bollinger

Uniformed Services University of the Health Sciences, Bethesda, Maryland, États-Unis

Auteur d’une analyse des effets indésirables liés à l’hypnose dans les essais cliniques enregistrés sur ClinicalTrials.gov (American Journal of Clinical Hypnosis, 2018).

OP

Olafur S. Palsson

Chercheur — Department of Medicine, University of North Carolina at Chapel Hill, États-Unis