Mon hypnothérapeute doit-il travailler avec mon médecin ?
Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie
🔎 Réponse en bref : oui, un hypnothérapeute sérieux travaille avec votre médecin, jamais à sa place. Dans les essais hospitaliers, l’hypnose est utilisée en complément des soins : une méta-analyse de 50 essais randomisés (4 269 patients opérés) relève moins de détresse, moins de douleur et moins de médicaments consommés quand l’hypnose s’ajoute à la prise en charge habituelle (Holler et al., Clinical Psychology Review, 2021). Le niveau de preuve est modéré et les résultats varient beaucoup d’une étude à l’autre. Un praticien qui vous conseille de vous passer de votre médecin ou d’arrêter un traitement est un signal d’alerte, pas une option.Vous avez peut-être pris rendez-vous chez un hypnothérapeute pour une douleur qui dure, un ventre qui vous gâche la vie, l’angoisse d’une opération ou la fatigue d’un traitement contre le cancer. Et une question vous travaille : faut-il en parler à votre médecin ? Votre hypnothérapeute doit-il lui écrire ? Est-ce normal qu’il vous demande vos comptes rendus, ou au contraire qu’il n’en parle jamais ?
Ces questions sont légitimes. Elles touchent à quelque chose d’essentiel : l’hypnose, telle qu’elle a été étudiée à l’hôpital et dans les essais cliniques, n’a presque jamais été testée seule, en remplacement des soins. Elle a été évaluée en plus d’une prise en charge médicale, au sein d’équipes où chacun connaît son rôle. Cet article vous aide à comprendre ce que cela change pour vous, ce que montrent les études sur l’hypnose intégrée aux soins, comment se passe concrètement la coordination, et quels signaux doivent vous alerter.
Pourquoi la question « mon hypnothérapeute doit-il travailler avec mon médecin ? » se pose
Ce que vous vivez souvent
Beaucoup de personnes arrivent à l’hypnose après un parcours long. Une douleur chronique qui résiste, des examens normaux alors que les symptômes sont bien réels, un syndrome de l’intestin irritable qui revient malgré les régimes, un traitement oncologique éprouvant. À ce stade, il est fréquent de se sentir un peu lâché par le système de soins, ou au contraire noyé sous les rendez-vous. L’hypnose apparaît alors comme un espace différent, où l’on prend le temps.
Ce besoin d’un espace à soi est respectable. Mais il peut créer un cloisonnement : d’un côté le médecin, de l’autre l’hypnothérapeute, et vous au milieu, qui faites le lien sans toujours savoir ce qu’il faut dire à qui. Certains patients n’osent pas parler de l’hypnose à leur médecin par peur d’être jugés. D’autres entendent leur praticien minimiser les traitements. Dans les deux cas, c’est vous qui portez le risque.
Ce que la recherche rappelle d’emblée
Les études qui ont donné à l’hypnose sa crédibilité médicale ont presque toutes un point commun : elles ont été menées dans des services hospitaliers, avec des patients suivis médicalement, et l’hypnose y était un ajout. C’est le cas des essais en chirurgie du sein, des programmes pour l’intestin irritable dans des hôpitaux néerlandais, ou des essais en centre de la douleur à Liège. Autrement dit, les bénéfices observés sont ceux d’une hypnose intégrée, pas d’une hypnose isolée. Transposer ces résultats à une pratique qui se coupe du médecin n’a pas de fondement.
Si vous souhaitez d’abord comprendre ce qu’est l’hypnose utilisée à l’hôpital, notre article sur l’hypnose médicale, ses bienfaits et ses applications pose les bases.
Ce que montrent les études sur l’hypnose intégrée aux soins
Avant d’entrer dans le détail des situations, voici le panorama des principales données disponibles. Elles portent sur des contextes différents, avec des niveaux de preuve inégaux, et il est important de ne pas les mélanger.
L’effet de l’hypnose sur la douleur : un signal robuste en laboratoire
La méta-analyse de Thompson et ses collègues, publiée en 2019 dans Neuroscience & Biobehavioral Reviews, a rassemblé 85 essais contrôlés menés chez des volontaires sains soumis à une douleur provoquée expérimentalement (chaleur, froid, pression). Au total, 3 632 participants. L’hypnose réduisait l’intensité de la douleur et augmentait le seuil et la tolérance, avec des tailles d’effet moyennes à importantes. Chez les personnes moyennement ou très sensibles à l’hypnose, recevant des suggestions directes d’analgésie, la réduction de la douleur atteignait respectivement 29 % et 42 %. Chez les personnes peu sensibles, le bénéfice était minime.
Ces résultats sont solides sur le plan expérimental. Mais les auteurs le disent eux-mêmes : ils ne prouvent pas que l’effet se transpose tel quel à la douleur chronique. C’est précisément pour cela que les études cliniques, menées chez de vrais patients, comptent davantage pour vous.
La douleur chronique : un effet modéré, à condition d’y consacrer du temps
Ce que montrent les étudesCe point des huit séances est utile en pratique : une ou deux séances isolées ne correspondent pas à ce qui a été évalué. Un hypnothérapeute qui travaille en lien avec un centre antidouleur s’inscrit généralement dans un programme de plusieurs semaines, souvent avec apprentissage de l’autohypnose. Pour un panorama complet sur ce thème, voyez notre article hypnose et douleur chronique : ce que montrent les études.
Langlois et ses collègues (CHU de Poitiers, avec des équipes de Montréal et de Liège) ont analysé en 2022 neuf essais randomisés, soit 530 adultes souffrant de douleurs chroniques musculo-squelettiques ou neuropathiques. L’hypnose réduisait modérément l’intensité de la douleur (taille d’effet de -0,42 après l’intervention) et son retentissement sur la vie quotidienne (-0,39). L’effet était plus net à partir de huit séances (-0,56) et faible, non significatif, en dessous. Limite importante : seulement neuf essais, de petite taille, et une hétérogénéité des protocoles. Les auteurs parlent d’une « approche complémentaire », pas d’un traitement de remplacement.
Autour de la chirurgie et de l’anesthésie : des bénéfices mesurés, mais variables
La méta-analyse de Holler, Koranyi, Strauss et Rosendahl (Université d’Iéna, 2021) a mis à jour une revue de 2013 sur l’hypnose chez des adultes opérés. Elle compte désormais 50 essais randomisés et 4 269 patients. Par rapport aux soins habituels ou à une attention équivalente, l’hypnose était associée à :
- moins de détresse psychologique (taille d’effet 0,55),
- moins de douleur (0,37),
- moins de médicaments consommés (0,46),
- une meilleure récupération (0,26),
- une durée d’intervention un peu plus courte (0,23).
Oncologie : l’exemple de la chirurgie du cancer du sein
L’essai de Montgomery et de l’équipe du Mount Sinai à New York, publié en 2007 dans le Journal of the National Cancer Institute, reste une référence. 200 femmes devant subir une biopsie ou une tumorectomie du sein ont reçu soit 15 minutes d’hypnose avant l’intervention, menée par un psychologue, soit une écoute empathique de même durée. Dans le groupe hypnose, on a mesuré moins de propofol et de lidocaïne pendant l’opération, et, à la sortie, moins de douleur (22 contre 48 sur 100), moins de nausées (7 contre 25), moins de fatigue et de détresse émotionnelle. Le coût pour l’hôpital était aussi inférieur d’environ 773 dollars par patiente, surtout grâce à un temps opératoire plus court.
Un essai plus récent, mené à l’hôpital universitaire d’Oslo par Reme et ses collègues et publié en 2026 dans Anesthesiology, a comparé une séance d’hypnose préopératoire à une séance de pleine conscience chez 203 femmes opérées d’un cancer du sein. L’hypnose réduisait la fatigue et la détresse émotionnelle après l’opération, ainsi que la dose de fentanyl, surtout chez les patientes très anxieuses avant l’intervention. En revanche, aucune différence n’a été observée sur la douleur, les nausées ou l’inconfort. Ce résultat nuancé est précieux : il montre que l’hypnose n’est pas une solution universelle, même dans un cadre hospitalier bien organisé.
Pour l’anxiété plus largement, une méta-analyse taïwanaise (Chen et al., 2017) portant sur 20 études chez des patients atteints de cancer retrouvait une diminution de l’anxiété, plus marquée lors des gestes médicaux et chez les enfants, et plus nette lorsque l’hypnose était délivrée par un thérapeute que par autohypnose seule. Une fois corrigée pour les biais de publication, la taille d’effet moyenne tombait à 0,46 : un effet réel, mais plus modeste que ce que suggéraient les chiffres bruts. Notre article hypnose et cancer : mieux vivre les traitements au quotidien détaille ces usages en soins de support.
Côlon irritable : une des indications les mieux documentées
Le syndrome de l’intestin irritable est probablement le domaine où l’hypnose intégrée aux soins est la mieux étudiée.
L’essai IMAGINE, mené dans 11 hôpitaux des Pays-Bas et publié en 2019 dans The Lancet Gastroenterology & Hepatology (Flik et al.), a inclus 354 patients adressés par leur médecin généraliste ou leur gastro-entérologue. Six séances d’hypnothérapie, individuelles ou en groupe, ont été comparées à une thérapie éducative de soutien. À 3 mois, 41 % des patients en hypnose individuelle et 33 % en groupe rapportaient un soulagement adéquat, contre 17 % dans le groupe contrôle. À 12 mois, ces taux étaient de 41 % et 50 %, contre 23 %. L’hypnose de groupe s’est montrée aussi efficace que l’hypnose individuelle.
Détail important pour notre sujet : tous ces patients avaient un diagnostic posé médicalement, et l’essai a enregistré quelques événements graves (cancers, maladies inflammatoires de l’intestin) découverts pendant le suivi, jugés sans lien avec l’hypnose. Cela rappelle pourquoi le diagnostic médical doit précéder l’hypnose : des symptômes digestifs peuvent masquer une autre maladie.
La méta-analyse en réseau de Black et de l’équipe de Leeds (Gut, 2020), portant sur 41 essais et 4 072 patients, classe l’hypnothérapie centrée sur l’intestin parmi les thérapies psychologiques les plus documentées, aux côtés des thérapies cognitivo-comportementales. Les auteurs précisent toutefois que le risque de biais des essais était élevé et que l’efficacité est probablement surestimée. Les recommandations de l’American College of Gastroenterology (Lacy et al., 2021) proposent d’ailleurs les psychothérapies centrées sur l’intestin, dont l’hypnose, en complément de la prise en charge médicale. Pour aller plus loin : hypnose et côlon irritable.
Quand l’hypnose ne fait pas mieux qu’autre chose
Il serait malhonnête de ne citer que les études favorables. L’essai de Bicego et de l’équipe du CHU de Liège (PLoS One, 2021) a réparti 203 patients douloureux chroniques entre quatre programmes : autohypnose associée à des techniques d’autosoins, musique associée aux autosoins, autosoins seuls, ou psychoéducation de type TCC. Résultat : aucune différence entre les groupes. Tous les patients se sont améliorés au fil du temps, avec des bénéfices maintenus à un an sur la qualité de vie physique, le sentiment de contrôle, puis l’intensité douloureuse et le sommeil.
Ce que cet essai enseigne est subtil : dans un centre de la douleur où le patient est déjà accompagné par une équipe, l’hypnose est une option parmi d’autres approches actives, pas forcément supérieure. Ce qui semble compter, c’est que la personne devienne actrice de sa prise en charge et apprenne des outils qu’elle continue à utiliser. C’est un argument fort pour une décision partagée avec votre équipe soignante, plutôt que pour un parcours en solitaire.
Comment l’hypnose s’insère dans une prise en charge coordonnée
En centre d’évaluation et de traitement de la douleur
En France, les structures spécialisées dans la douleur chronique (consultations et centres labellisés) réunissent médecins de la douleur, psychologues, infirmiers, kinésithérapeutes et parfois d’autres intervenants. De nombreux centres proposent l’hypnose, souvent pratiquée par des soignants formés : infirmiers, psychologues, médecins. L’hypnose y est intégrée à un projet thérapeutique défini avec vous, qui comprend aussi l’adaptation des médicaments, l’activité physique et le travail sur les émotions.
Si vous consultez un hypnothérapeute en ville en parallèle, l’idéal est que l’équipe du centre le sache. Cela évite les doublons, les messages contradictoires, et permet d’ajuster le reste du traitement si l’hypnose vous aide. Le délai d’accès à ces structures est souvent long, notre article sur le parcours de soins quand une douleur dure plus de 3 mois vous aide à vous y retrouver.
En oncologie et en soins de support
Les services d’oncologie proposent de plus en plus de soins de support : prise en charge de la douleur, de la fatigue, de l’anxiété, des nausées. L’hypnose peut en faire partie, en particulier autour des gestes invasifs (pose de chambre implantable, biopsies, ponctions) ou pour l’anxiété liée aux examens. Si vous voyez un hypnothérapeute à l’extérieur, il est essentiel que votre oncologue soit informé, pour deux raisons. D’abord, certains symptômes (douleur nouvelle, fièvre, essoufflement) doivent toujours être signalés à l’équipe médicale, même s’ils semblent liés au stress. Ensuite, l’oncologue peut vous orienter vers les ressources existantes à l’hôpital, parfois prises en charge.
Côlon irritable : le gastro-entérologue d’abord, l’hypnose ensuite
Le diagnostic de syndrome de l’intestin irritable repose sur des critères précis et sur l’exclusion d’autres maladies quand certains signes sont présents (sang dans les selles, amaigrissement, symptômes nocturnes, antécédents familiaux de cancer colorectal, début après 50 ans). L’hypnose centrée sur l’intestin est pertinente une fois ce diagnostic posé. Elle se combine bien avec les ajustements alimentaires, comme le régime pauvre en FODMAPs, et avec les traitements prescrits.
Autour d’une anesthésie ou d’une intervention
L’hypnose péri-opératoire est généralement pratiquée par l’équipe d’anesthésie elle-même (médecins ou infirmiers anesthésistes formés). L’hypnosédation, qui associe hypnose et anesthésie locale avec une sédation légère, relève exclusivement de l’équipe médicale. Un hypnothérapeute en cabinet peut en revanche vous aider à préparer l’intervention : apprendre à gérer l’anxiété les jours précédents, s’entraîner à l’autohypnose pour le réveil. Dans ce cas, prévenez l’anesthésiste lors de la consultation pré-anesthésique : il pourra intégrer cet outil et vous dire ce qui est possible dans son service.
Si vous prenez des médicaments, notre article hypnose et médicaments : peut-on les combiner ? répond aux questions les plus fréquentes.
Concrètement, comment se passe la coordination
Le principe de base : vous êtes au centre
La coordination ne se fait pas « dans votre dos ». C’est vous qui décidez de ce qui est partagé, avec qui et sous quelle forme. Un bon hypnothérapeute vous expliquera dès la première séance comment il travaille avec les autres professionnels, et vous demandera votre accord avant tout échange.
L’accord du patient et le secret
En France, l’hypnothérapeute qui n’est pas professionnel de santé n’a pas de statut réglementé, sa situation juridique est détaillée dans notre article sur le statut de l’hypnothérapeute libéral. Il n’appartient pas, au sens du Code de la santé publique, à l’« équipe de soins » au sein de laquelle les soignants peuvent partager certaines informations. Conséquence pratique : aucune information médicale ne devrait circuler entre votre médecin et lui sans votre accord explicite. Un praticien sérieux s’engage néanmoins à la confidentialité, souvent inscrite dans le code de déontologie de sa fédération.
Quand l’hypnothérapeute est lui-même professionnel de santé (médecin, psychologue, infirmier, kinésithérapeute, dentiste, sage-femme), il est tenu au secret professionnel. Dans tous les cas, vous gardez la main : vous pouvez accepter qu’il écrive à votre médecin, refuser, ou préférer transmettre vous-même les informations. Vos droits sont détaillés dans notre article hypnose et consentement : vos droits en tant que patient.
Le courrier : à quoi il sert, ce qu’il contient
Le courrier est l’outil le plus simple et le plus respectueux. Il peut aller dans les deux sens.
Du médecin vers l’hypnothérapeute : votre médecin peut indiquer, avec votre accord, le diagnostic posé, les traitements en cours qu’il ne faut pas modifier, les signes qui doivent vous amener à reconsulter, et ce qu’il attend de l’hypnose (par exemple, aider à gérer l’anxiété avant une chimiothérapie). Vous pouvez aussi simplement apporter une copie de comptes rendus pertinents, en choisissant ce que vous montrez.
De l’hypnothérapeute vers le médecin : un courrier court, remis à vous ou envoyé avec votre accord, qui précise l’objectif de l’accompagnement, le nombre de séances prévu, les outils transmis (autohypnose par exemple) et l’évolution observée. Il ne contient ni interprétation diagnostique ni avis sur les traitements : ce n’est pas le rôle de l’hypnothérapeute.
Ce qui doit rester entre vous et l’hypnothérapeute : le contenu intime des séances, vos souvenirs, vos émotions. Le courrier porte sur le cadre, pas sur votre vie privée.
Trois exemples de coordination, en pratique
Pour rendre les choses concrètes, voici trois situations types, décrites de façon générique (il ne s’agit pas de témoignages).
Une douleur lombaire chronique suivie en centre de la douleur. Le médecin de la douleur a ajusté le traitement et prescrit de la kinésithérapie. La personne souhaite aussi travailler l’autohypnose en ville. Elle informe l’équipe, qui note la démarche dans son dossier. L’hypnothérapeute reçoit, de la main du patient, un résumé du projet thérapeutique. Après huit séances, il remet un court courrier décrivant les outils appris. Lors du bilan au centre, le médecin intègre ces éléments pour décider de la suite.
Une chimiothérapie qui génère beaucoup d’anxiété. L’oncologue est informé que la patiente voit un hypnothérapeute pour mieux vivre les perfusions. Il lui rappelle les signes qui imposent d’appeler le service (fièvre, essoufflement) et l’oriente aussi vers la psychologue du service de soins de support. L’hypnothérapeute, de son côté, vérifie à chaque séance que la patiente n’a pas de symptôme nouveau et la renvoie vers l’équipe au moindre doute.
Un côlon irritable diagnostiqué par un gastro-entérologue. Après des examens rassurants, le spécialiste propose d’associer une hypnose centrée sur l’intestin à des ajustements alimentaires avec une diététicienne. Les trois intervenants ne se parlent pas forcément directement, mais le patient fait circuler l’information, avec un carnet de symptômes partagé. En cas de changement des symptômes, c’est le gastro-entérologue qui est consulté en premier.
Dans ces trois cas, aucun intervenant ne prend la place d’un autre, et c’est le patient qui choisit le niveau d’échange.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant
- Informez votre médecin traitant de votre démarche, même brièvement : « Je commence un accompagnement en hypnose pour mieux gérer ma douleur. » La plupart des médecins accueillent bien cette information.
- Apportez votre liste de traitements au premier rendez-vous d’hypnose, pour que le praticien sache à quoi il ne doit pas toucher.
- Demandez au praticien comment il travaille avec les médecins. Sa réponse est un excellent indicateur de son sérieux.
- Fixez un objectif réaliste et une durée, par exemple huit à dix séances, avec un point d’étape.
- Gardez une trace de l’évolution (douleur, sommeil, anxiété, symptômes digestifs) sur une échelle simple, à montrer à votre médecin comme à l’hypnothérapeute.
- Ne modifiez jamais seul un traitement, même si vous vous sentez mieux. Une réduction de médicament se décide avec le prescripteur.
Les signaux d’alerte d’un praticien isolé
La grande majorité des hypnothérapeutes travaillent de bonne foi. Mais l’absence de réglementation du titre laisse la place à des pratiques à risque. Voici les signaux qui doivent vous faire réagir.
Il déconseille votre médecin ou vos traitements
C’est le signal le plus grave. Des phrases comme « les médicaments vous empêchent d’avancer », « la médecine ne comprend pas votre problème », « arrêtez votre traitement pour que l’hypnose agisse », ou « inutile de faire cet examen » doivent vous alerter immédiatement.
Depuis la loi du 10 mai 2024 visant à renforcer la lutte contre les dérives sectaires, la provocation à abandonner ou à s’abstenir de suivre un traitement médical est un délit en France (article 223-1-2 du Code pénal) lorsque cet abandon est présenté comme bénéfique pour la santé alors qu’il expose la personne à un risque grave. La peine encourue est d’un an d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende, portée à trois ans et 45 000 euros lorsque la provocation a été suivie d’effets. Vous pouvez signaler ce type de situation à la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires).
Il promet un résultat garanti ou rapide
« En trois séances, votre douleur aura disparu », « l’hypnose règle définitivement le côlon irritable » : aucune étude sérieuse ne permet ce genre de promesse. Les meilleurs essais montrent des taux de réponse d’environ 40 à 50 % dans l’intestin irritable, et des effets modérés dans la douleur chronique. Un praticien honnête parle de probabilités, pas de certitudes.
Il pose un diagnostic ou interprète vos examens
Un hypnothérapeute non médecin n’a ni la formation ni le droit de poser un diagnostic médical. S’il affirme que votre douleur est « purement psychologique », que votre maladie a une « cause émotionnelle cachée », ou qu’il commente vos résultats d’analyse, il sort de son champ.
Il refuse tout contact avec votre médecin
Un praticien qui refuse d’écrire un courrier même quand vous le demandez, qui vous incite à ne pas parler de lui à votre médecin, ou qui présente l’équipe soignante comme hostile, vous isole. L’isolement est un mécanisme classique d’emprise.
Il crée une dépendance
Séances sans fin ni objectif, forfaits coûteux à payer d’avance, sentiment d’avoir besoin de lui pour aller bien, mise à distance de vos proches : autant de signaux qui doivent vous faire prendre du recul. Un bon accompagnement vise votre autonomie, notamment grâce à l’autohypnose.
Il n’a pas de formation vérifiable
Demandez où il s’est formé, combien d’heures, s’il est supervisé, s’il adhère à un code de déontologie. Notre guide pour choisir son hypnothérapeute selon des critères concrets vous aide à poser les bonnes questions.
À l’inverse : les signes d’un praticien qui travaille en réseau
Un hypnothérapeute habitué au travail pluridisciplinaire présente généralement plusieurs de ces caractéristiques :
- il vous demande, dès le premier rendez-vous, si vous êtes suivi médicalement et pour quoi,
- il vous encourage à informer votre médecin et propose un courrier si vous le souhaitez,
- il connaît les limites de son intervention et vous oriente vers un médecin si un symptôme nouveau apparaît,
- il vous donne un objectif, une durée et des outils d’autohypnose,
- il parle du niveau de preuve avec nuance, sans dénigrer la médecine ni survendre l’hypnose,
- il connaît les ressources locales : centre de la douleur, soins de support, psychologues, associations de patients,
- il accepte que vous arrêtiez quand vous le décidez.
Le rapport de l’Inserm de 2015 sur l’évaluation de l’efficacité de l’hypnose concluait déjà à un intérêt en anesthésie et dans le côlon irritable, tout en soulignant le besoin d’études de meilleure qualité et la nécessité d’un cadre de pratique, vous en trouverez un résumé dans notre article sur les conclusions du rapport Inserm 2015.
Situations où l’avis médical passe avant tout
L’hypnose ne doit jamais retarder une consultation médicale. Consultez rapidement votre médecin, ou appelez le 15 (ou le 112 depuis un portable, partout en Europe), en cas de :
- douleur thoracique, essoufflement brutal, malaise,
- douleur abdominale intense et inhabituelle, sang dans les selles, vomissements persistants,
- fièvre pendant un traitement contre le cancer,
- faiblesse ou engourdissement d’un côté du corps, troubles de la parole ou de la vision,
- douleur nouvelle, différente de votre douleur habituelle, ou qui s’aggrave rapidement,
- amaigrissement inexpliqué.
L’hypnose demande aussi une vigilance particulière, et un échange préalable avec le psychiatre ou le médecin, en cas de trouble psychotique, de trouble dissociatif sévère ou de traumatisme complexe non pris en charge.
Questions fréquentes
Mon médecin peut-il me prescrire de l’hypnose ?
Un médecin peut vous conseiller l’hypnose et vous orienter vers un praticien ou vers une structure hospitalière qui la propose. Les séances chez un hypnothérapeute non professionnel de santé ne sont pas remboursées par l’Assurance maladie, certaines mutuelles les prennent partiellement en charge. À l’hôpital, l’hypnose pratiquée par l’équipe soignante dans le cadre d’un soin fait partie de ce soin.
Dois-je dire à mon hypnothérapeute quels médicaments je prends ?
Oui, c’est vivement recommandé. Cela lui permet de comprendre votre situation et de ne jamais interférer avec votre traitement. Un praticien sérieux ne vous demandera jamais de modifier vos médicaments : seule la personne qui les a prescrits peut décider d’une adaptation.
Mon hypnothérapeute peut-il parler de moi à mon médecin sans mon accord ?
Non. Tout échange suppose votre accord explicite. Vous pouvez aussi choisir de transmettre vous-même un courrier ou un compte rendu. Le contenu personnel des séances reste confidentiel.
Que faire si mon médecin est sceptique sur l’hypnose ?
Vous pouvez lui expliquer votre objectif et lui montrer que votre démarche est complémentaire. Les méta-analyses citées ici, publiées dans des revues médicales, peuvent nourrir la discussion. L’essentiel est que votre médecin sache ce que vous faites, même s’il n’y adhère pas : cela protège votre sécurité.
Combien de séances faut-il pour une douleur chronique ou un côlon irritable ?
Les essais évalués portent le plus souvent sur six à douze séances. Dans la douleur chronique, la méta-analyse de Langlois observe un effet plus net à partir de huit séances. Dans l’intestin irritable, l’essai IMAGINE utilisait six séances. Un point d’étape avec votre médecin après quelques semaines est une bonne pratique.
Un hypnothérapeute peut-il m’aider à diminuer mes antidouleurs ?
L’hypnose peut contribuer à une meilleure gestion de la douleur, et certaines études observent une consommation de médicaments moindre autour d’une chirurgie. Mais toute diminution doit être décidée et encadrée par votre médecin, surtout pour les opioïdes, les antidépresseurs ou les anxiolytiques, dont l’arrêt brutal peut être dangereux.
Trouver un hypnothérapeute qui travaille en lien avec votre médecin
Si vous cherchez un praticien qui inscrit son accompagnement dans votre parcours de soins, vous pouvez consulter notre annuaire des hypnothérapeutes et poser, dès le premier contact, la question de la coordination avec votre médecin. Sa réponse vous en dira beaucoup.
Sources
- Holler M, Koranyi S, Strauss B, Rosendahl J. Efficacy of Hypnosis in Adults Undergoing Surgical Procedures: A meta-analytic update. Clinical Psychology Review. 2021, 85:102001. PMID 33725512. DOI 10.1016/j.cpr.2021.102001
- Langlois P, Perrochon A, David R, Rainville P, Wood C, Vanhaudenhuyse A, et al. Hypnosis to manage musculoskeletal and neuropathic chronic pain: A systematic review and meta-analysis. Neuroscience & Biobehavioral Reviews. 2022, 135:104591. PMID 35192910. DOI 10.1016/j.neubiorev.2022.104591
- Thompson T, Terhune DB, Oram C, Sharangparni J, Rouf R, Solmi M, et al. The effectiveness of hypnosis for pain relief: A systematic review and meta-analysis of 85 controlled experimental trials. Neuroscience & Biobehavioral Reviews. 2019, 99:298-310. PMID 30790634. DOI 10.1016/j.neubiorev.2019.02.013
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- Flik CE, Laan W, Zuithoff NPA, van Rood YR, Smout AJPM, Weusten BLAM, et al. Efficacy of individual and group hypnotherapy in irritable bowel syndrome (IMAGINE): a multicentre randomised controlled trial. The Lancet Gastroenterology & Hepatology. 2019, 4:20-31. PMID 30473202. DOI 10.1016/S2468-1253(18)30310-8
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- Bicego A, Monseur J, Collinet A, Donneau AF, Fontaine R, Libbrecht D, et al. Complementary treatment comparison for chronic pain management: A randomized longitudinal study. PLoS One. 2021, 16:e0256001. PMID 34358272. DOI 10.1371/journal.pone.0256001
- Loi n° 2024-420 du 10 mai 2024 visant à renforcer la lutte contre les dérives sectaires et à améliorer l’accompagnement des victimes. Journal officiel de la République française.
- Gueguen J, Barry C, Hassler C, Falissard B. Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose. Inserm, rapport, 2015.
Cet article fait partie de notre dossier Hypnothérapie.
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