Le rapport INSERM 2015 sur l'hypnose : résumé et conclusions
Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie
🔎 Réponse en bref : non, l'INSERM n'a pas « validé l'hypnose » en 2015. Son évaluation, réalisée par l'unité U1178 à la demande de la Direction générale de la santé, conclut à un « intérêt thérapeutique potentiel », surtout en anesthésie per-opératoire (moins de sédatifs et d'antalgiques consommés) et dans le syndrome du côlon irritable, et juge les données « insuffisantes, voire décevantes » pour le sevrage tabagique ou la douleur de l'accouchement. Depuis, une méta-analyse de 50 essais chez 4 269 patients opérés a retrouvé un bénéfice modéré sur la détresse (g = 0,55) et la douleur (g = 0,37), avec une forte hétérogénéité (Holler et al., Clinical Psychology Review, 2021). Niveau de preuve : modéré pour les soins péri-opératoires et le côlon irritable, faible ou incertain pour la plupart des autres usages.Vous avez peut-être lu sur la vitrine d'un cabinet, dans un article de magazine ou sur un réseau social que « l'INSERM a validé l'hypnose ». La formule rassure : elle donne l'impression qu'un organisme public de recherche a apposé un tampon officiel sur une pratique. Elle est aussi trompeuse. Le rapport existe bel et bien, il est sérieux, il est public, mais il dit quelque chose de beaucoup plus nuancé et, à bien des égards, de plus intéressant.
Cet article vous propose de lire ce document comme le ferait un professionnel de santé : qui l'a écrit, pour qui, avec quelle méthode, ce qu'il affirme vraiment, ce qu'il refuse d'affirmer, et ce que les méta-analyses publiées depuis 2015 ont confirmé, nuancé ou laissé en suspens. L'objectif n'est pas de vous convaincre d'essayer l'hypnose, ni de vous en dissuader, mais de vous donner une grille de lecture honnête pour décider en connaissance de cause, avec votre médecin.
Pourquoi la phrase « l'INSERM a validé l'hypnose » pose problème
Commençons par ce qui coince. Le verbe « valider » suggère une autorisation, une homologation, une forme d'approbation réglementaire. Or l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) n'est pas une autorité sanitaire qui « valide » des thérapies. C'est un organisme de recherche. Lorsqu'il produit un rapport d'évaluation, il fait un état des connaissances : il rassemble les études disponibles, juge leur qualité et résume ce qu'elles permettent de conclure, ou non.
Dans le cas de l'hypnose, le rapport ne contient aucune phrase du type « l'hypnose est efficace » au sens général. Il distingue des usages très différents, conclut à un intérêt potentiel pour certains, à des données insuffisantes pour d'autres, et passe une part importante de son propos à expliquer pourquoi l'hypnose est difficile à évaluer avec les outils classiques de la recherche clinique.
Il y a une deuxième confusion fréquente : « l'hypnose » n'est pas une seule chose. Le rapport lui-même rappelle qu'elle recouvre au moins trois familles de pratiques :
- l'hypnosédation, utilisée en anesthésie, en association avec une sédation légère ou une anesthésie locale, au bloc opératoire ou en radiologie interventionnelle ;
- l'hypnoanalgésie, utilisée contre la douleur, par exemple lors de soins douloureux ou d'un accouchement ;
- l'hypnothérapie, à visée psychothérapeutique, pratiquée en cabinet pour l'anxiété, les phobies, les troubles fonctionnels ou les addictions.
Le rapport INSERM 2015 : qui, quoi, pour qui
L'identité du document
Le document s'intitule « Évaluation de l'efficacité de la pratique de l'hypnose ». Il a été publié en juin 2015 et il est disponible sur le site de l'INSERM, dans la rubrique des rapports thématiques, à l'adresse https://www.inserm.fr/rapport/evaluation-de-lefficacite-de-la-pratique-de-lhypnose-2015/. La page précise qu'il s'agit d'une « expertise scientifique réalisée par l'unité Inserm U1178 à la demande du Ministère de la Santé (Direction Générale de la Santé) ».
Ses auteurs sont Juliette Gueguen, Caroline Barry, Christine Hassler et Bruno Falissard, psychiatre et biostatisticien qui dirigeait alors l'équipe. Le rapport traite à la fois de l'hypnose et de l'EMDR (une technique de désensibilisation par mouvements oculaires utilisée dans le stress post-traumatique), deux pratiques que le ministère souhaitait voir évaluées.
Ce n'est donc ni une étude originale, ni une recommandation officielle de bonne pratique, ni un avis de la Haute Autorité de santé. C'est une revue de la littérature commandée par l'administration, destinée à éclairer la décision publique.
Ce qu'il a analysé
La page de synthèse de l'INSERM indique qu'il existait alors « une vingtaine d'études cliniques (incluant plus de 100 sujets) et/ou revues de la littérature réalisées par la fondation Cochrane » ayant évalué l'hypnose dans certaines de ses indications : hypnosédation, hypnoanalgésie (accouchement, intervention chirurgicale), pathologies fonctionnelles (colopathie, bouffées de chaleur) et troubles psychiatriques (addictions, stress post-traumatique). Le communiqué de presse diffusé à la remise du rapport évoque de son côté 52 essais cliniques sur l'hypnose et 17 sur l'EMDR. Les deux chiffres ne décrivent pas exactement le même périmètre, ce qui rappelle qu'il vaut mieux citer le rapport par ses conclusions que par un nombre isolé.
Les critères de jugement retenus dans les études examinées étaient variés : douleur, anxiété, consommation de médicaments, effets indésirables, durée et coût des interventions. Cette diversité est l'une des difficultés que le rapport souligne lui-même.
Ce que le rapport conclut, indication par indication
Ce que montrent les études
Évaluation INSERM 2015 (unité U1178, Gueguen, Barry, Hassler, Falissard), à la demande de la Direction générale de la santé. Corpus : essais cliniques et revues Cochrane disponibles en 2015 sur l'hypnosédation, l'hypnoanalgésie, les troubles fonctionnels et certains troubles psychiatriques. Résultat principal : « suffisamment d'éléments pour pouvoir affirmer que l'hypnose a un intérêt thérapeutique potentiel, en particulier en anesthésie per-opératoire ou dans la colopathie fonctionnelle ». Limite : résultats « variables », données « insuffisantes, voire décevantes » pour le sevrage tabagique et la douleur de l'accouchement, critères de jugement peu adaptés.
Anesthésie et sédation procédurale : le signal le plus net
C'est dans le cadre de l'hypnosédation que le rapport trouve les éléments les plus cohérents. Lors d'interventions chirurgicales ou d'actes de radiologie interventionnelle (biopsies, coloscopies, extractions dentaires chirurgicales et autres gestes invasifs), les études concordent sur un point : la consommation de sédatifs et d'antalgiques pendant l'intervention est réduite chez les patients accompagnés par l'hypnose.
En revanche, et c'est une nuance souvent oubliée, le rapport note que les données ne permettent pas de conclure sur d'autres critères : l'intensité de la douleur ressentie, l'anxiété, les effets indésirables, la durée ou le coût de l'intervention. Autrement dit, l'hypnose semble permettre d'utiliser moins de médicaments sédatifs pour un même geste, ce qui est un résultat cliniquement intéressant, mais le rapport ne dit pas qu'elle « supprime la douleur » ou qu'elle remplace l'anesthésie.
Ce point est important pour vous si vous devez subir un examen invasif : l'hypnose, lorsqu'elle est proposée par l'équipe soignante, s'intègre dans le protocole d'anesthésie. Elle ne s'y substitue pas. Notre article sur l'hypnose et la réalité virtuelle en milieu de soins montre comment ces approches s'articulent aujourd'hui avec la sédation classique.
Syndrome du côlon irritable : un intérêt potentiel
Deuxième indication retenue : la colopathie fonctionnelle, plus connue sous le nom de syndrome du côlon irritable (ou syndrome de l'intestin irritable). Ce trouble fréquent associe douleurs abdominales, ballonnements et troubles du transit, sans lésion visible aux examens. Le communiqué du rapport résume que « des séances régulières d'hypnothérapie limitent les symptômes digestifs ».
Le rapport parle là encore d'un intérêt thérapeutique potentiel, pas d'une efficacité démontrée dans tous les cas. Nous verrons plus loin que les méta-analyses publiées ensuite ont plutôt renforcé ce signal, tout en pointant un risque de surestimation. Si vous êtes concerné, notre dossier sur l'hypnose dans le syndrome de l'intestin irritable décrit le déroulé concret d'un protocole d'hypnose dite « dirigée vers l'intestin ».
Douleur : un effet surtout sur le vécu émotionnel
Sur la douleur en général, le rapport apporte une nuance qui mérite d'être citée. Selon des études qualitatives, l'hypnose réduirait davantage l'impact émotionnel de la douleur que son intensité elle-même. Les patients décrivent souvent une douleur qui « prend moins de place », qui devient plus supportable, même lorsque le chiffre donné sur une échelle de 0 à 10 bouge peu. Le rapport y voit une limite des instruments de mesure classiques, mal adaptés pour capter ce type de bénéfice.
Accouchement : des données insuffisantes
C'est l'un des points où la formule « l'INSERM a validé l'hypnose » est la plus trompeuse. Pour la prise en charge de la douleur lors de l'accouchement, la synthèse de l'INSERM qualifie les données d'« insuffisantes voire décevantes ». Le rapport ne permet pas non plus de conclure sur la prévention de la dépression du post-partum.
Cela ne signifie pas que la préparation à la naissance par l'hypnose n'a aucun intérêt pour les femmes qui la choisissent, mais que les essais disponibles en 2015 ne permettaient pas d'affirmer un bénéfice mesurable sur la douleur. Pendant la grossesse, toute démarche complémentaire se discute avec la sage-femme ou le gynécologue qui suit la grossesse, et en cas de signe inquiétant (saignements, contractions précoces, baisse des mouvements du bébé), le bon réflexe reste d'appeler la maternité ou le 15. Pour aller plus loin, voyez notre article sur l'hypnose périnatale pendant la grossesse et l'accouchement.
Sevrage tabagique : pas de conclusion favorable
Même constat pour l'arrêt du tabac, pourtant l'un des motifs de consultation les plus fréquents en cabinet d'hypnothérapie. Le rapport range le sevrage tabagique parmi les indications où les données sont « insuffisantes voire décevantes ». Il ne conclut pas à un effet spécifique de l'hypnose par rapport aux autres formes d'accompagnement.
Schizophrénie, soins dentaires : impossible de trancher
Pour plusieurs autres indications étudiées, dont la schizophrénie et les soins dentaires chez l'adulte et l'enfant, les études disponibles ne permettaient pas de conclure dans un sens ou dans l'autre. Le rapport relève aussi le faible nombre d'essais menés chez les enfants et les adolescents.
Le cas particulier de l'EMDR et du stress post-traumatique
Le rapport traite séparément l'EMDR. Pour cette technique, deux revues Cochrane confirmaient une efficacité dans le stress post-traumatique de l'adulte, sans permettre de conclure chez l'enfant et l'adolescent. Le communiqué précise qu'aucun avantage n'avait été démontré pour l'hypnose par rapport aux traitements de référence du stress post-traumatique. C'est une autre raison de ne pas confondre les deux pratiques : ce qui vaut pour l'EMDR ne s'applique pas automatiquement à l'hypnose. Notre article sur l'hypnose dans le stress post-traumatique rappelle pourquoi elle reste, dans ce cas, un appoint et jamais un substitut aux thérapies validées.
Sécurité : rassurante, mais pas sans vigilance
Sur la sécurité, le rapport est plutôt rassurant. Selon le communiqué, aucun effet indésirable grave ne paraît attribuable à l'hypnose dans les études examinées. Les auteurs ne peuvent pas exclure de tels événements, mais estiment leur incidence « relativement faible ».
Le rapport identifie toutefois deux risques d'une autre nature :
- Les dérives éthiques liées à la suggestion. La synthèse invite à « être vigilant sur les dérives éthiques que les techniques de suggestions peuvent entraîner ». Une personne en état d'hyper-suggestibilité est, par définition, plus influençable. Cela suppose un cadre déontologique clair, un consentement éclairé et une relation de confiance. Notre article sur vos droits et le consentement en hypnose détaille ce que vous êtes en droit d'attendre.
- La perte de chance. Le risque principal n'est pas l'hypnose elle-même, mais qu'elle retarde l'accès à des soins conventionnels nécessaires. Une douleur abdominale persistante, une perte de poids inexpliquée, un trouble de l'humeur sévère ou une addiction lourde relèvent d'abord d'un bilan médical.
Les limites méthodologiques que le rapport assume
Une partie notable du rapport n'évalue pas l'hypnose, mais les outils qui servent à l'évaluer. Les auteurs y soulignent plusieurs difficultés qui restent d'actualité.
Le choix du groupe de comparaison
Dans un essai sur un médicament, on compare un comprimé actif à un comprimé identique sans principe actif. Pour l'hypnose, il n'existe pas d'équivalent simple. Faut-il comparer à une séance de relaxation, à une simple écoute bienveillante, à des soins habituels, à aucun accompagnement ? Chaque choix répond à une question différente. Comparer l'hypnose aux soins habituels mesure son apport global, y compris l'effet de l'attention reçue. La comparer à une relaxation de même durée cherche à isoler ce qui lui serait propre. Le rapport rappelle que le choix du groupe contrôle dépend de la question posée et qu'il n'y a pas de réponse unique.
Des critères de jugement mal adaptés
Les études mesurent souvent l'intensité de la douleur ou un score d'anxiété. Or, si l'hypnose agit surtout sur la manière dont la douleur est vécue, un essai centré sur l'intensité risque de passer à côté de l'essentiel. Les auteurs écrivent que, sans études qualitatives préalables pour choisir les bons critères, « une étude négative laissera toujours planer le doute que le "véritable" intérêt de l'hypnose a été manqué ».
Des pratiques hétérogènes
Un « essai sur l'hypnose » peut désigner une séance unique enregistrée, huit séances individuelles avec un praticien expérimenté ou un programme de groupe. Le nombre de séances, la formation du praticien, le recours à l'autohypnose entre les séances varient énormément. Regrouper ces protocoles dans une même analyse dilue les résultats. Cette hétérogénéité est précisément ce que les méta-analyses récentes ont commencé à explorer.
La place des études qualitatives
Enfin, le rapport défend l'idée que les essais randomisés restent utiles et possibles, mais qu'ils doivent être complétés par des études qualitatives bien menées, pour comprendre ce que les patients vivent. Il évoque aussi l'intérêt d'un système de recueil de données de terrain, comparable dans l'esprit à une vigilance, pour suivre efficacité et sécurité dans la pratique réelle.
Cette posture est souvent mal comprise. Certains y lisent une manière d'excuser des résultats faibles. Il s'agit plutôt d'un constat méthodologique : les outils conçus pour évaluer des médicaments ne sont pas toujours adaptés à une intervention relationnelle. Ce constat n'autorise pas pour autant à se passer de preuves.
Ce que les méta-analyses publiées depuis 2015 ont ajouté
Le rapport date de 2015. Depuis, la recherche a beaucoup avancé, et plusieurs méta-analyses permettent de compléter, et parfois de nuancer, ses conclusions. En voici les principales, par domaine.
Interventions chirurgicales : un bénéfice modéré confirmé, mais variable
En 2021, une équipe de l'université de Iéna (Allemagne) a mis à jour une méta-analyse de 2013 sur l'hypnose chez les adultes opérés. Holler et ses collègues ont réuni 50 essais randomisés incluant 4 269 patients. Comparée aux soins habituels ou à une attention équivalente, l'hypnose était associée à :
- une réduction de la détresse psychologique (g = 0,55, nombre de patients à traiter de 3,32) ;
- une réduction de la douleur (g = 0,37) ;
- une baisse de la consommation de médicaments (g = 0,46) ;
- une meilleure récupération (g = 0,26) ;
- une durée d'intervention légèrement plus courte (g = 0,23).
Ce résultat prolonge directement le constat de l'INSERM sur l'anesthésie : la baisse de consommation médicamenteuse se confirme, et des données plus nombreuses apparaissent sur la détresse et la douleur, que le rapport de 2015 ne pouvait pas trancher.
Douleur : un effet réel, très dépendant de la personne
Deux méta-analyses éclairent la question de la douleur sous deux angles complémentaires.
La première, publiée en 2019 par Thompson et ses collègues dans Neuroscience and Biobehavioral Reviews, a porté sur 85 essais contrôlés expérimentaux et 3 632 participants en bonne santé, chez qui une douleur était provoquée en laboratoire (froid, pression, chaleur). L'hypnose réduisait la douleur sur tous les critères (g de 0,54 à 0,76). Surtout, l'effet dépendait fortement de la suggestibilité hypnotique : les personnes très suggestibles obtenaient une réduction cliniquement significative de 42 % de leur douleur, les personnes moyennement suggestibles de 29 %, et les personnes peu suggestibles un bénéfice minime. Les auteurs soulignent eux-mêmes que des données cliniques de haute qualité restent nécessaires pour généraliser ces résultats aux douleurs chroniques.
La seconde, publiée en 2021 par Milling et ses collègues, a rassemblé 42 études et 45 essais portant sur des douleurs cliniques (et non expérimentales). L'effet moyen était de taille moyenne (0,60 en fin de traitement, 0,61 au suivi). Fait notable, il était plus élevé (0,77) dans les 19 essais ne présentant de risque de biais élevé sur aucun critère, ce qui va à l'encontre de l'idée selon laquelle seuls les essais de mauvaise qualité trouveraient un effet.
Pour la douleur chronique, une méta-analyse française de 2022 dirigée par l'équipe du CHU de Poitiers (Langlois et al.) apporte une précision utile. Sur 9 essais randomisés et 530 participants souffrant de douleurs chroniques musculosquelettiques ou neuropathiques, l'hypnose réduisait modérément l'intensité de la douleur (g = −0,42) et son retentissement sur la vie quotidienne (g = −0,39). L'effet était net à partir de 8 séances ou plus (g = −0,555), alors qu'il était faible et non significatif en dessous. Les auteurs la décrivent comme une approche complémentaire possible, et non comme un traitement de première intention.
Pour approfondir, notre article sur ce que montrent les études sur l'hypnose et la douleur chronique détaille ces résultats.
Côlon irritable : un signal renforcé, avec des réserves
Le rapport de 2015 jugeait l'intérêt potentiel. En 2020, une méta-analyse en réseau publiée dans la revue Gut par Black, Ford et leurs collègues a comparé toutes les psychothérapies évaluées dans le syndrome de l'intestin irritable : 41 essais randomisés et 4 072 participants. L'hypnothérapie dirigée vers l'intestin faisait partie des approches ayant la base de preuves la plus large, avec une réduction du risque de rester symptomatique (risque relatif de 0,67), aux côtés des thérapies cognitivo-comportementales. Les auteurs précisent toutefois que le risque de biais des essais était élevé et que l'efficacité des psychothérapies a donc probablement été surestimée.
En 2021, Krouwel et ses collègues (université de Birmingham) ont exploré l'influence du format des séances. Sur 12 essais, dont 7 inclus dans la méta-analyse, l'effet global n'atteignait pas la significativité statistique (différence standardisée de 0,24), mais les protocoles plus intensifs (au moins 8 séances et 6 heures de contact) obtenaient un effet net (0,51). Là encore, les auteurs appellent à la prudence, compte tenu du petit nombre d'études.
Ce double éclairage illustre bien une limite que l'INSERM avait anticipée : parler de « l'hypnose » sans préciser le protocole n'a pas beaucoup de sens.
Sevrage tabagique : toujours pas de preuve solide
Pour le tabac, la revue Cochrane mise à jour en 2019 (Barnes et al.) confirme la prudence de 2015. Elle a inclus 14 études et 1 926 participants, avec 22 comparaisons différentes. Une seule étude était jugée à faible risque de biais. Les auteurs concluent que les preuves sont insuffisantes pour déterminer si l'hypnothérapie est plus utile que d'autres formes de soutien comportemental ou que l'arrêt sans aide, et que, si un bénéfice existe, il est au mieux modeste. Comparée à des accompagnements comportementaux de même durée, l'hypnose ne montrait pas de différence significative (risque relatif de 1,21, intervalle incluant l'absence d'effet). Un signal plus favorable apparaissait lorsqu'elle était ajoutée à d'autres traitements, mais avec un risque de biais élevé.
Si vous souhaitez arrêter de fumer, les substituts nicotiniques, certains médicaments et l'accompagnement par un tabacologue disposent de preuves bien plus solides. L'hypnose peut éventuellement s'y ajouter, jamais les remplacer. Tabac Info Service (39 89) propose un accompagnement gratuit. Notre article sur l'hypnose comme soutien à l'arrêt du tabac développe cette approche combinée.
Accouchement : un effet sur la consommation d'antalgiques, de faible qualité
La revue Cochrane de 2016 consacrée à l'hypnose pendant le travail (Madden et al.) a inclus 9 essais et 2 954 femmes. Les femmes du groupe hypnose avaient moins souvent recours à une analgésie médicamenteuse (risque relatif de 0,73), mais avec un niveau de preuve jugé très faible. Pour la plupart des autres critères (sentiment de faire face au travail, accouchement par voie basse spontanée, satisfaction vis-à-vis du soulagement), aucune différence claire n'apparaissait. Cette revue confirme donc, pour l'essentiel, la prudence du rapport INSERM.
Anxiété : des effets encourageants, plutôt en association
En 2019, une méta-analyse de Valentine et ses collègues a réuni 15 études et 17 essais sur l'anxiété. L'effet moyen en fin de traitement était de 0,79, et de 0,99 au suivi le plus long (7 essais). Les auteurs observent que l'hypnose était plus utile lorsqu'elle était combinée à d'autres interventions psychologiques que lorsqu'elle était utilisée seule. Le nombre d'essais reste limité et ces chiffres doivent être lus avec prudence. Notre article sur l'hypnose face à l'anxiété et au stress aborde ces approches combinées.
La vue d'ensemble : 20 ans de méta-analyses
La synthèse la plus large reste celle de Rosendahl, Alldredge et Haddenhorst, publiée en 2024 dans Frontiers in Psychology. Ces chercheurs ont analysé 49 méta-analyses, couvrant 261 études primaires distinctes, publiées depuis 2000. Leurs conclusions recoupent celles de l'INSERM, tout en les actualisant :
- les preuves les plus robustes concernent les patients qui subissent des actes médicaux (12 revues, 79 études primaires) et les patients douloureux (4 revues, 65 études primaires) ;
- seules 9 méta-analyses sur 49 étaient de haute qualité méthodologique ;
- les tailles d'effet variaient énormément, de pratiquement nulle à très importante, et beaucoup d'études se retrouvaient dans plusieurs méta-analyses à la fois, ce qui donne une impression d'abondance trompeuse.
Tableau récapitulatif : 2015 et aujourd'hui
| Indication | Conclusion INSERM 2015 | Ce que les méta-analyses récentes ajoutent | |:--|:--|:--| | Anesthésie, chirurgie, actes invasifs | Intérêt potentiel, moins de sédatifs et d'antalgiques | Bénéfice modéré sur détresse, douleur et médicaments, forte hétérogénéité (Holler 2021) | | Côlon irritable | Intérêt potentiel | Hypnothérapie dirigée vers l'intestin parmi les approches les mieux étayées, risque de surestimation (Black 2020), protocoles intensifs plus favorables (Krouwel 2021) | | Douleur chronique | Effet surtout sur le vécu émotionnel | Effet modéré, plus net à partir de 8 séances (Langlois 2022), forte influence de la suggestibilité (Thompson 2019) | | Accouchement | Données insuffisantes voire décevantes | Moins d'analgésie médicamenteuse, preuve de très faible qualité (Madden 2016) | | Sevrage tabagique | Données insuffisantes voire décevantes | Preuves toujours insuffisantes, bénéfice au mieux modeste (Barnes 2019) | | Anxiété | Non tranché | Effets encourageants, surtout en association à une psychothérapie (Valentine 2019) | | Schizophrénie, soins dentaires | Impossible de conclure | Non abordé par les méta-analyses retenues ici |
Comment utiliser ces informations pour vous
Revenons à vous, et à la raison pour laquelle vous lisez probablement cet article : vous envisagez l'hypnose, pour vous ou un proche, et vous voulez savoir si c'est raisonnable.
Si l'on vous propose l'hypnose à l'hôpital
C'est le contexte où les données sont les plus favorables. Si une équipe vous propose l'hypnose pendant une biopsie, une chirurgie sous anesthésie locale, une coloscopie ou un soin douloureux, vous pouvez l'accepter comme un complément cohérent avec la littérature. Elle s'ajoute à la sédation, elle ne la supprime pas. Vous gardez le droit de demander un complément médicamenteux à tout moment.
Si vous souffrez d'un côlon irritable
Le diagnostic doit d'abord être posé par un médecin, car certains signes (sang dans les selles, amaigrissement, fièvre, symptômes apparus après 50 ans, antécédents familiaux de cancer colorectal) imposent des examens. Une fois le diagnostic établi, un protocole d'hypnose dirigée vers l'intestin, plutôt régulier et sur plusieurs semaines, fait partie des approches complémentaires les mieux étudiées, au même titre que les thérapies cognitivo-comportementales.
Si vous vivez avec une douleur chronique
Les données suggèrent qu'un nombre suffisant de séances (autour de 8 ou plus dans les essais) et l'apprentissage de l'autohypnose sont plus utiles qu'une séance isolée. L'hypnose s'inscrit idéalement dans une prise en charge pluridisciplinaire (médecin traitant, centre de la douleur, kinésithérapeute, psychologue), sans arrêt brutal des traitements prescrits. Notre guide pratique de l'autohypnose explique comment prolonger les séances au quotidien.
Si vous voulez arrêter de fumer ou mieux vivre votre accouchement
Les données restent fragiles. Rien ne vous interdit d'essayer l'hypnose si l'approche vous parle, mais en complément d'un accompagnement dont l'intérêt est mieux établi : tabacologue, substituts nicotiniques et Tabac Info Service (39 89) pour le tabac, suivi par la sage-femme et préparation à la naissance classique pour l'accouchement.
Si vous traversez une période psychologique difficile
L'hypnose peut accompagner une psychothérapie, notamment pour l'anxiété, mais elle ne remplace pas une prise en charge par un médecin, un psychiatre ou un psychologue lorsque les symptômes sont intenses ou durables. Si vous avez des idées suicidaires, ou si vous êtes inquiet pour un proche, appelez le 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h/24). En cas d'urgence vitale, composez le 15 ou le 112.
Les questions à poser à un praticien
Le rapport de l'INSERM soulignait l'hétérogénéité des formations. Avant de vous engager, vous pouvez demander :
- quelle est sa formation initiale (professionnel de santé ou non) et sa formation en hypnose ;
- s'il travaille en lien avec votre médecin et s'il vous orientera vers lui si nécessaire ;
- combien de séances il envisage et comment il évaluera, avec vous, si l'approche vous aide ;
- s'il vous apprendra l'autohypnose pour pratiquer entre les séances.
Les erreurs d'interprétation les plus courantes
Pour terminer cette lecture critique, voici quatre raccourcis fréquents, et pourquoi ils ne tiennent pas.
« L'INSERM a validé l'hypnose. » Le rapport conclut à un intérêt thérapeutique potentiel dans deux contextes précis et à des données insuffisantes ailleurs. Il ne valide ni une pratique en général, ni un praticien, ni une formation.
« Le rapport prouve que l'hypnose fonctionne pour arrêter de fumer. » C'est l'inverse : le sevrage tabagique fait partie des indications où les données sont jugées insuffisantes voire décevantes, et la revue Cochrane de 2019 n'a pas changé ce constat.
« Le rapport date de 2015, il est dépassé. » Ses conclusions générales ont plutôt bien vieilli : les méta-analyses récentes confirment que les meilleures données concernent les actes médicaux et la douleur, et que l'hétérogénéité reste un problème central.
« Puisque l'hypnose est sans danger, on peut l'essayer à la place d'un traitement. » Le rapport insiste précisément sur le risque de perte de chance. L'absence d'effets indésirables graves ne dispense pas d'un diagnostic et d'un traitement adapté.
Questions fréquentes
Le rapport INSERM de 2015 recommande-t-il l'hypnose ?
Non, au sens strict. Il s'agit d'une évaluation scientifique commandée par la Direction générale de la santé, pas d'une recommandation de bonne pratique. Il conclut à un intérêt thérapeutique potentiel en anesthésie per-opératoire et dans le côlon irritable, et à des données insuffisantes pour d'autres indications comme le sevrage tabagique ou la douleur de l'accouchement.
Où lire le rapport original ?
Le rapport « Évaluation de l'efficacité de la pratique de l'hypnose » est accessible sur le site de l'INSERM, dans la rubrique des rapports thématiques, avec une page de synthèse et un lien de téléchargement du document complet au format PDF.
L'hypnose est-elle remboursée depuis ce rapport ?
Le rapport n'a pas créé de remboursement spécifique. L'hypnose pratiquée à l'hôpital dans le cadre d'un soin est intégrée à la prise en charge hospitalière. En cabinet libéral, les séances sont en général à la charge du patient, certaines mutuelles proposant une participation. Renseignez-vous auprès de votre complémentaire santé.
Les études récentes confirment-elles les conclusions de 2015 ?
Globalement oui, en les précisant. Les méta-analyses publiées depuis confirment un bénéfice modéré lors des actes médicaux et dans la douleur, renforcent le signal dans le côlon irritable tout en signalant un risque de surestimation, et ne montrent toujours pas de preuve solide pour l'arrêt du tabac. Elles soulignent aussi que l'effet varie beaucoup selon les personnes et les protocoles.
Combien de séances faut-il prévoir ?
Il n'existe pas de chiffre universel. Dans la douleur chronique et le côlon irritable, les protocoles d'au moins 8 séances semblent plus favorables que les interventions courtes. En contexte hospitalier, une seule séance peut accompagner un acte ponctuel. Le nombre de séances se discute avec le praticien selon votre situation.
L'hypnose peut-elle être dangereuse ?
Les études analysées par l'INSERM sont rassurantes : aucun effet indésirable grave ne paraît attribuable à l'hypnose. Les principaux risques sont indirects : retarder un diagnostic ou un traitement nécessaire, ou tomber sur un praticien peu scrupuleux. Restez attentif au cadre, au consentement et à la coordination avec votre médecin.
Ce qu'il faut retenir
Le rapport INSERM de 2015 n'est ni un blanc-seing, ni une condamnation. Il dit, avec prudence, que l'hypnose a un intérêt potentiel dans des situations précises (l'accompagnement des actes médicaux et le côlon irritable), que les données sont insuffisantes ailleurs, que la pratique paraît sûre mais mérite d'être encadrée, et que la recherche doit adapter ses méthodes. Dix ans plus tard, les méta-analyses ont confirmé l'essentiel de ce diagnostic, ajouté des données sur la douleur et l'anxiété, et rappelé que l'effet dépend beaucoup de la personne et du protocole.
Si vous envisagez l'hypnose, la démarche la plus raisonnable consiste à la considérer comme une approche complémentaire, discutée avec votre médecin, pratiquée par un professionnel formé, sur un nombre de séances suffisant et avec un objectif clair que vous pourrez évaluer ensemble. Pour mieux comprendre ce qui se passe concrètement pendant une séance, vous pouvez lire comment se déroule une séance d'hypnothérapie, puis, si la démarche vous convient, trouver un hypnothérapeute près de chez vous.
Sources
- Gueguen J, Barry C, Hassler C, Falissard B. Évaluation de l'efficacité de la pratique de l'hypnose. Inserm, unité U1178, rapport à la demande de la Direction générale de la santé, juin 2015. https://www.inserm.fr/rapport/evaluation-de-lefficacite-de-la-pratique-de-lhypnose-2015/
- Rosendahl J, Alldredge CT, Haddenhorst A. Meta-analytic evidence on the efficacy of hypnosis for mental and somatic health issues: a 20-year perspective. Frontiers in Psychology. 2024;14:1330238. PMID 38268815. DOI 10.3389/fpsyg.2023.1330238
- Holler M, Koranyi S, Strauss B, Rosendahl J. Efficacy of hypnosis in adults undergoing surgical procedures: a meta-analytic update. Clinical Psychology Review. 2021;85:102001. PMID 33725512. DOI 10.1016/j.cpr.2021.102001
- Thompson T, Terhune DB, Oram C, et al. The effectiveness of hypnosis for pain relief: a systematic review and meta-analysis of 85 controlled experimental trials. Neuroscience and Biobehavioral Reviews. 2019;99:298-310. PMID 30790634. DOI 10.1016/j.neubiorev.2019.02.013
- Milling LS, Valentine KE, LoStimolo LM, Nett AM, McCarley HS. Hypnosis and the alleviation of clinical pain: a comprehensive meta-analysis. International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis. 2021;69(3):297-322. PMID 34038322. DOI 10.1080/00207144.2021.1920330
- Langlois P, Perrochon A, David R, et al. Hypnosis to manage musculoskeletal and neuropathic chronic pain: a systematic review and meta-analysis. Neuroscience and Biobehavioral Reviews. 2022;135:104591. PMID 35192910. DOI 10.1016/j.neubiorev.2022.104591
- Black CJ, Thakur ER, Houghton LA, Quigley EMM, Moayyedi P, Ford AC. Efficacy of psychological therapies for irritable bowel syndrome: systematic review and network meta-analysis. Gut. 2020;69(8):1441-1451. PMID 32276950. DOI 10.1136/gutjnl-2020-321191
- Krouwel M, Farley A, Greenfield S, Ismail T, Jolly K. Systematic review, meta-analysis with subgroup analysis of hypnotherapy for irritable bowel syndrome, effect of intervention characteristics. Complementary Therapies in Medicine. 2021;57:102672. PMID 33508441. DOI 10.1016/j.ctim.2021.102672
- Barnes J, McRobbie H, Dong CY, Walker N, Hartmann-Boyce J. Hypnotherapy for smoking cessation. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2019;6:CD001008. PMID 31198991. DOI 10.1002/14651858.CD001008.pub3
- Madden K, Middleton P, Cyna AM, Matthewson M, Jones L. Hypnosis for pain management during labour and childbirth. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2016;5:CD009356. PMID 27192949. DOI 10.1002/14651858.CD009356.pub3
- Valentine KE, Milling LS, Clark LJ, Moriarty CL. The efficacy of hypnosis as a treatment for anxiety: a meta-analysis. International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis. 2019;67(3):336-363. PMID 31251710. DOI 10.1080/00207144.2019.1613863
Cet article fait partie de notre dossier Hypnothérapie.
Voir tous les articles Hypnothérapie →Articles liés

Émétophobie (peur de vomir) : comment l'hypnose peut aider
28 min
Peau qui gratte sous stress : l'hypnose en complément en dermatologie
30 min
Hypnose thérapeutique : le point sur les preuves par indication
32 min
Hypnose et performances sportives : optimiser le mental
36 min
Hypnose et accouchement : vivre une naissance apaisée
31 min