Hypnose ou EMDR après un traumatisme : laquelle choisir, et quand
Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie
🔎 Réponse en bref : après un traumatisme qui laisse des traces durables (flashbacks, cauchemars, évitement, hypervigilance au-delà d’un mois), les traitements recommandés en première intention sont l’EMDR et les thérapies cognitivo-comportementales centrées sur le trauma, selon l’OMS et la Haute Autorité de santé. L’EMDR ne fait pas mieux que ces TCC dans les études de bonne qualité, mais elle fait partie des options les mieux étayées. L’hypnose, elle, a des résultats encourageants sur quelques petits essais, surtout pour le sommeil, l’anxiété et la stabilisation émotionnelle : elle trouve sa place en complément, jamais à la place d’un traitement du stress post-traumatique. Le bon choix dépend surtout de votre situation, de votre état du moment et de la formation réelle du praticien.Vous avez vécu un accident, une agression, un accouchement qui a mal tourné, la mort brutale d’un proche, ou un événement dont vous n’arrivez pas à parler. Quelqu’un vous a conseillé l’EMDR, une autre personne l’hypnose, et en cherchant en ligne vous tombez sur des cabinets qui proposent les deux, parfois dans la même séance. Difficile de savoir quoi choisir quand on est déjà épuisé par les nuits agitées et les images qui reviennent.
Ce guide a un objectif simple : vous aider à décider sans vous tromper d’ordre. Nous allons voir ce que fait chaque méthode en séance, ce que montrent les études publiées jusqu’en 2026, ce que recommandent les autorités de santé, dans quels cas l’une est plus logique que l’autre, comment vérifier qu’un praticien est réellement formé et à quel moment il faut d’abord voir un médecin, un psychiatre ou un psychologue.
Si vous cherchez plutôt à comprendre comment l’EMDR agit sur le cerveau, ou à connaître en détail la place de l’hypnose seule dans le stress post-traumatique, deux articles complémentaires existent : l’EMDR et le cerveau selon les neurosciences et hypnose et stress post-traumatique, un appoint et non le traitement de base. Ici, l’enjeu est la décision entre les deux.
Hypnose ou EMDR : la réponse courte
Si vous ne deviez retenir qu’une chose, ce serait celle-ci : quand un traumatisme a entraîné un trouble de stress post-traumatique (TSPT), le traitement de base est une psychothérapie centrée sur le trauma, et l’EMDR en fait partie. L’hypnose peut s’y ajouter, elle ne la remplace pas.
Concrètement, cela donne trois situations typiques.
- Vous avez des symptômes post-traumatiques nets et durables (plus d’un mois après l’événement, avec un retentissement sur votre vie) : commencez par un bilan auprès d’un médecin, d’un psychiatre ou d’un psychologue, puis orientez-vous vers une EMDR ou une TCC centrée sur le trauma, menée par un professionnel de santé mentale formé. L’hypnose peut venir en appui, par exemple pour le sommeil ou l’anxiété, si le thérapeute principal est d’accord.
- L’événement est récent (quelques jours à quelques semaines) : le plus souvent, on ne se précipite sur aucune technique. On sécurise, on dort, on s’entoure, on surveille l’évolution. Beaucoup de réactions de stress s’apaisent spontanément. Si elles persistent ou s’aggravent, on consulte.
- Vous n’avez pas de TSPT mais un souvenir pénible qui pèse, une anxiété diffuse, des difficultés de sommeil depuis un événement marquant : l’hypnose ou l’EMDR peuvent toutes deux être discutées, en gardant en tête que le niveau de preuve est meilleur pour l’EMDR dans le champ du trauma.
Avant de choisir : traumatisme, stress aigu ou TSPT ?
Le mot « traumatisme » recouvre des réalités très différentes, et la bonne option dépend de là où vous en êtes.
Les premières semaines : une réaction souvent normale
Après un événement violent ou bouleversant, il est fréquent de mal dormir, de revoir des images, d’avoir des sursauts, de se sentir à côté de soi ou au contraire en alerte permanente. Ces réactions sont la façon dont le cerveau tente d’intégrer ce qui s’est passé. Chez une grande partie des personnes, elles diminuent au fil des semaines.
Dans cette période, l’OMS déconseille le « débriefing psychologique » systématique, c’est-à-dire le fait de pousser une personne à raconter l’événement en détail juste après. Le message est plutôt : soutien pratique, sécurité, écoute si la personne le souhaite, à son rythme, et surveillance. Ni l’EMDR ni l’hypnose ne sont des réflexes à avoir dans les premiers jours, sauf dispositif spécialisé encadré par une équipe de psychotraumatologie.
Au-delà d’un mois : penser au trouble de stress post-traumatique
On parle de TSPT quand, plus d’un mois après l’événement, plusieurs types de symptômes persistent et gênent la vie quotidienne :
- reviviscences : souvenirs intrusifs, flashbacks, cauchemars, réactions physiques intenses face à ce qui rappelle l’événement,
- évitement : ne plus passer par certains lieux, ne plus en parler, éviter des personnes ou des situations,
- modifications de l’humeur et des pensées : culpabilité, honte, sentiment d’être différent, détachement, difficulté à ressentir des émotions positives,
- hyperactivation : hypervigilance, sursauts, irritabilité, troubles de la concentration et du sommeil.
Traumatisme unique ou traumatismes répétés
Un accident de la route n’a pas les mêmes conséquences que des années de violences dans l’enfance ou dans le couple. Les traumatismes répétés, surtout précoces, sont souvent associés à des difficultés de régulation émotionnelle, de confiance, d’image de soi, parfois à de la dissociation. Ils demandent en général une phase de stabilisation plus longue avant tout travail sur les souvenirs. C’est un point important pour la suite, car c’est souvent dans cette phase que l’hypnose trouve une place.
L’EMDR, est-ce une forme d’hypnose ?
C’est l’une des questions les plus posées, et la confusion se comprend : dans les deux cas, on porte son attention sur des images intérieures, des sensations, des émotions, dans un cadre calme, avec un thérapeute qui guide.
Ce qu’elles ont en commun
- Une attention focalisée : le patient se concentre sur une expérience intérieure tout en restant en lien avec le thérapeute.
- Un travail sur la mémoire émotionnelle : l’objectif n’est pas d’effacer un souvenir, mais qu’il cesse de déclencher la même détresse.
- Une phase de préparation : apprendre à se calmer, à revenir dans le présent, à disposer de ressources avant d’aborder ce qui fait mal.
- Une relation thérapeutique essentielle : sans confiance, ni l’une ni l’autre ne fonctionne bien.
Ce qui les distingue
L’EMDR (pour « Eye Movement Desensitization and Reprocessing », désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) est un protocole structuré en huit phases, conçu spécifiquement pour les souvenirs traumatiques. Pendant le retraitement, le patient garde à l’esprit une image du souvenir, la pensée négative associée et les sensations corporelles, pendant que le thérapeute propose des stimulations bilatérales alternées : mouvements des yeux qui suivent la main, tapotements sur les genoux ou sons alternés dans un casque. Il n’y a pas d’induction hypnotique, et le patient reste pleinement conscient de la pièce, il peut arrêter à tout moment avec un signal convenu.
L’hypnose thérapeutique, elle, est une famille de techniques plutôt qu’un protocole unique. Elle commence par une induction qui amène un état d’absorption, puis utilise des suggestions, des images, des métaphores, un travail sur les sensations. Elle peut servir à beaucoup de choses : la douleur, l’anxiété, le sommeil, les comportements. Appliquée au trauma, elle peut viser la stabilisation, la mise à distance d’un souvenir, la diminution des cauchemars ou, chez certains praticiens, un retravail du souvenir lui-même.
En résumé : l’EMDR n’est pas de l’hypnose, même si certains états de concentration vécus pendant une séance d’EMDR peuvent ressembler à une transe légère. Et l’hypnose n’est pas une « EMDR sans les mouvements des yeux ». Si vous souhaitez en savoir plus sur le déroulé d’une séance d’hypnose classique, voyez comment se déroule une séance d’hypnothérapie.
Ce qui se passe en séance d’EMDR
L’objectif ici n’est pas de détailler les mécanismes cérébraux, déjà traités dans l’article sur l’EMDR et les neurosciences, mais de vous dire concrètement à quoi vous attendre.
Les huit phases, en pratique
- Histoire et plan de traitement : le thérapeute recueille votre parcours, vos symptômes, vos ressources, vos éventuels traitements, et repère les souvenirs à travailler. Cela peut prendre une à plusieurs séances.
- Préparation : il explique la méthode, vous apprend des exercices de stabilisation (par exemple un « lieu sûr » imaginaire, des techniques de respiration) et convient d’un signal stop. Cette phase est plus longue en cas de traumatismes multiples ou de dissociation.
- Évaluation : vous choisissez une image représentative du souvenir, la pensée négative sur vous-même qui l’accompagne (« je suis en danger », « c’est ma faute »), la pensée positive souhaitée, l’émotion, la zone du corps où vous la ressentez, et vous notez votre niveau de perturbation de 0 à 10.
- Désensibilisation : séries de stimulations bilatérales de quelques dizaines de secondes. Entre chaque série, le thérapeute demande simplement ce qui vient. Des images, des émotions, des sensations peuvent défiler, puis la charge diminue souvent.
- Installation : on renforce la pensée positive choisie.
- Scanner corporel : on vérifie qu’il ne reste pas de tension physique liée au souvenir.
- Clôture : chaque séance se termine dans un état stable, même si le travail n’est pas fini, avec des consignes pour les jours suivants.
- Réévaluation : la séance suivante commence par un point sur ce qui a bougé.
Ce que l’on ressent
Les séances de retraitement peuvent être intenses : il est fréquent de ressentir de nouveau une partie des émotions de l’événement, de pleurer, d’avoir chaud ou froid. Le principe n’est pas de revivre l’événement en entier, mais de le traverser par fragments, avec un pied dans le présent. Après la séance, fatigue, rêves plus nombreux ou souvenirs qui remontent sont courants pendant quelques jours. Un thérapeute formé vous prévient et vous donne de quoi gérer ces effets.
Pour qui l’EMDR demande des précautions
Le guide de la HAS sur les troubles anxieux graves précise que l’EMDR est contre-indiquée en cas de pathologie psychotique. Une dissociation importante, une épilepsie, une grossesse, une maladie cardiaque, une addiction active ou un risque suicidaire nécessitent un avis médical et une adaptation du protocole. Ce n’est pas une technique à pratiquer seul à la maison avec une vidéo.
Ce qui se passe en séance d’hypnose centrée sur le trauma
Il n’existe pas un protocole unique d’hypnose pour le trauma. Les pratiques varient selon la formation du praticien, mais on retrouve souvent trois temps.
Stabiliser d’abord
Les premières séances visent généralement à retrouver une sécurité intérieure : apprendre à se détendre, à installer un « lieu sûr », à ancrer une sensation de calme que l’on peut rappeler par un geste. Ces outils servent ensuite dans la vie quotidienne, au moment d’un flashback, d’une montée d’angoisse ou avant de dormir. Vous pouvez découvrir un exemple de ce travail dans notre article sur la technique du lieu sûr en auto-hypnose.
Travailler sur les symptômes
Beaucoup de praticiens ciblent ensuite des symptômes précis : les cauchemars (en proposant par exemple une autre fin au rêve, comme en répétition d’imagerie), l’endormissement, l’hypervigilance, les tensions du corps, la douleur associée. C’est sur ce terrain que l’hypnose est la mieux documentée dans le stress post-traumatique.
Aborder le souvenir, avec prudence
Certains thérapeutes formés au psychotraumatisme utilisent l’hypnose pour aborder le souvenir lui-même : le revoir à distance, comme sur un écran, modifier certains détails sensoriels, dialoguer avec la personne que l’on était. Ce travail est délicat. Il suppose une évaluation préalable, une stabilisation suffisante et une grande prudence sur la question de la mémoire.
Un point essentiel : l’hypnose ne permet pas de « retrouver » de façon fiable un souvenir oublié. Sous hypnose, on peut se sentir très sûr d’un souvenir qui est en réalité reconstruit, mélangé ou suggéré par les questions. C’est pourquoi les techniques de « régression » qui promettent de faire remonter un traumatisme caché sont à éviter. Une thérapie sérieuse travaille sur ce que vous savez et ressentez, pas sur des scènes que l’on vous aiderait à « découvrir ». Pour comprendre ce mécanisme, lisez pourquoi un souvenir « retrouvé » sous hypnose régressive peut être faux.
Ce que montrent les études
Ce que montrent les études
Les psychothérapies centrées sur le trauma, dont les TCC centrées sur le trauma et l’EMDR, ont l’effet le mieux démontré sur le TSPT de l’adulte (Lewis 2020, 114 essais). L’EMDR ne fait pas mieux que les autres psychothérapies quand on ne garde que les essais de bonne qualité (Cuijpers 2020, Wright 2024). Pour l’hypnose, les résultats sont encourageants mais reposent sur peu d’études, petites et hétérogènes (Rotaru 2016, Thellier-Francois 2026), avec un seul essai récent face à une TCC et aucun face à l’EMDR (Çınaroğlu 2026).
Pour l’EMDR et les TCC centrées sur le trauma
La revue systématique de Catrin Lewis et ses collègues de l’université de Cardiff, publiée en 2020, a rassemblé 114 essais randomisés incluant plus de 8 000 adultes avec TSPT. Elle conclut à des preuves solides d’un effet cliniquement important pour deux familles de thérapies : les TCC centrées sur le trauma (thérapie des processus cognitifs, thérapie cognitive, exposition prolongée) et l’EMDR. C’est sur ce type de données que reposent les recommandations internationales qui placent ces deux approches en première ligne.
La méta-analyse de Pim Cuijpers et de son équipe à la Vrije Universiteit Amsterdam (2020) a examiné 76 essais sur l’EMDR. Face à des groupes contrôles, l’effet sur le TSPT est important. Face à d’autres thérapies, l’EMDR semble légèrement meilleure dans l’ensemble, mais cet avantage disparaît quand on ne garde que les études à faible risque de biais (seulement 4 sur 27). Les auteurs soulignent aussi des signes de biais de publication et une qualité d’études souvent insuffisante.
En 2024, une méta-analyse sur données individuelles coordonnée à Stellenbosch (Wright et coll.) a réuni les données de 346 patients issus de 8 essais. Résultat : aucune différence significative entre l’EMDR et les autres psychothérapies comparées, dont des TCC centrées sur le trauma, que ce soit pour la sévérité des symptômes, la réponse, la rémission ou les abandons.
Ce qu’il faut en retenir : l’EMDR est une option bien étayée, au même niveau que les TCC centrées sur le trauma, mais pas une méthode « supérieure » ou « plus rapide » par nature. Le choix entre les deux peut donc se faire selon vos préférences (parler en détail de l’événement ou non, faire des exercices entre les séances ou non) et la disponibilité d’un praticien qualifié près de chez vous.
Pour l’hypnose
La méta-analyse de Tudor-Ștefan Rotaru et Andrei Rusu (université de médecine et de pharmacie de Iași, 2016) est souvent citée. Sur 47 articles repérés, seuls 6 testaient vraiment l’efficacité d’un traitement fondé sur l’hypnose. L’effet mesuré était important (d = 1,17 en fin de traitement) et se maintenait au suivi. Mais six petites études, aux protocoles très différents, avec un modèle statistique qui suppose qu’elles mesurent toutes la même chose, ne suffisent pas à conclure solidement. Il est probable que l’effet réel soit plus modeste.
La revue systématique française de Juliette Thellier-Francois et ses collègues du CHU de Besançon, publiée dans L’Encéphale en 2026, a retenu 12 études. La majorité rapporte une efficacité totale ou partielle de l’hypnose sur les symptômes post-traumatiques, ainsi qu’une amélioration de l’anxiété et de la dépression associées. Mais les études étaient si hétérogènes (populations, protocoles, critères d’évaluation, essais non contrôlés inclus) qu’une méta-analyse était impossible. Les auteurs rappellent que les traitements de première intention restent les psychothérapies centrées sur le trauma et que la place de l’hypnose parmi elles n’est pas définie.
En 2026 également, un essai randomisé mené à Istanbul par Metin Çınaroğlu et ses collègues a comparé chez 63 adultes avec TSPT douze séances d’hypnothérapie ericksonienne, douze séances de TCC centrée sur le trauma et une liste d’attente. Les deux thérapies ont nettement réduit les symptômes par rapport à l’attente, sans différence significative entre elles. C’est un résultat intéressant, mais il s’agit d’un seul essai, avec 54 personnes évaluées à la fin, un suivi court, et aucune comparaison directe avec l’EMDR. Un essai isolé ne suffit pas à changer une recommandation.
Enfin, un essai israélien plus ancien (Abramowitz et coll., 2008) a montré chez 32 vétérans avec TSPT chronique, déjà traités par antidépresseur et psychothérapie de soutien, que quatre séances d’hypnose en deux semaines amélioraient davantage les symptômes et le sommeil qu’un somnifère. Il illustre bien l’usage le plus raisonnable de l’hypnose : en complément d’un traitement en cours, sur des cibles précises comme l’insomnie.
Ce que disent les recommandations
- OMS (2013) : pour l’adulte avec TSPT, les lignes directrices sur les troubles liés au stress recommandent la TCC centrée sur le trauma et l’EMDR. L’hypnose ne figure pas parmi les traitements recommandés. L’OMS déconseille aussi le débriefing psychologique systématique dans le premier mois.
- HAS (2007) : le guide médecin sur les troubles anxieux graves (ALD 23) présente la TCC centrée sur le traumatisme comme traitement de choix de l’état de stress post-traumatique, cite l’EMDR parmi les psychothérapies indiquées, avec en général 15 à 20 séances, et précise que les techniques d’hypnose peuvent être bénéfiques sur certains symptômes, comme l’anxiété, la douleur ou les cauchemars.
- Revue du Praticien (2018) : une mise au point française destinée aux médecins (Rezzoug, Le Du, Baubet) fait le point sur la place respective de l’EMDR, des thérapies par mouvements oculaires et de l’hypnose dans la prise en charge du TSPT.
Tableau comparatif : hypnose et EMDR après un traumatisme
| Critère | EMDR | Hypnose thérapeutique |
|---|---|---|
| Statut dans le TSPT | Traitement de première intention (OMS 2013, HAS 2007) | Complément possible, pas un traitement recommandé du TSPT |
| Niveau de preuve | Nombreux essais, effet comparable aux TCC centrées sur le trauma | Peu d’essais, petits et hétérogènes, résultats encourageants |
| Ce qui est travaillé | Les souvenirs traumatiques, selon un protocole en huit phases | Stabilisation, anxiété, sommeil, cauchemars, parfois le souvenir |
| Déroulé type | Préparation puis stimulations bilatérales en gardant le souvenir à l’esprit | Induction, suggestions, images, métaphores, auto-hypnose à domicile |
| Ressenti en séance | Parfois intense pendant le retraitement, puis apaisement | Souvent doux et relaxant, plus intense si le souvenir est abordé |
| Nombre de séances indicatif | Quelques séances pour un événement unique, bien plus pour des traumatismes répétés | Très variable, de 4 à 12 séances dans les essais publiés |
| Qui la pratique | Psychologues, psychiatres, médecins formés selon les standards EMDR Europe | Médecins, psychologues, soignants avec diplôme universitaire, praticiens non soignants |
| Prix indicatif d’une séance en libéral | Souvent entre 60 et 120 euros | Souvent entre 50 et 100 euros |
| Prise en charge | Possible via Mon soutien psy ou en CMP, pas en tant que technique | Rarement, sauf à l’hôpital ou chez un psychologue partenaire |
| Précautions principales | Psychose (contre-indication), dissociation, épilepsie, grossesse : avis médical | Psychose, dissociation, risque de faux souvenirs avec la régression |
Ces chiffres sont des repères. Le nombre de séances dépend de la nature du traumatisme, de son ancienneté, de votre histoire et de votre état actuel. Les prix varient selon la région et le statut du praticien. Pour l’hypnose, nos repères détaillés sont dans l’article sur le prix d’une séance d’hypnose et son remboursement.
Quelle option selon votre situation
Un événement unique, il y a plus d’un mois, avec des symptômes nets
Accident, agression, catastrophe, intervention médicale traumatisante : si les reviviscences, l’évitement et l’hypervigilance persistent, c’est la situation où l’EMDR et les TCC centrées sur le trauma sont les mieux étudiées. Le traitement est parfois assez court. L’hypnose peut aider à tenir pendant l’attente d’un rendez-vous, par exemple pour retrouver le sommeil, mais elle ne doit pas retarder la prise en charge de fond.
Un TSPT installé depuis des mois ou des années
Plus les symptômes sont anciens, plus ils se sont souvent accompagnés d’autres difficultés : dépression, consommation d’alcool ou de médicaments pour tenir, isolement, douleurs. Le bilan médical ou psychiatrique prend alors toute son importance, et le traitement combine parfois psychothérapie et médicament. L’EMDR ou une TCC centrée sur le trauma restent les options de référence. L’hypnose peut être proposée en complément par l’équipe soignante.
Des traumatismes répétés ou survenus dans l’enfance
Violences répétées, négligence, maltraitance, emprise : on parle parfois de trauma complexe. Le travail commence presque toujours par une longue phase de stabilisation : sécurité au quotidien, régulation des émotions, confiance dans la relation. Dans cette phase, des techniques issues de l’hypnose (lieu sûr, ancrages, mise à distance) sont utilisées par de nombreux thérapeutes du trauma, y compris par des praticiens EMDR. Le retraitement des souvenirs vient ensuite, quand la personne est prête. Ici, l’association des deux approches est fréquente, sous la conduite d’un thérapeute principal formé au psychotraumatisme.
Cauchemars, insomnie, douleurs
Si ce qui vous pèse le plus, ce sont les nuits, l’hypnose a quelques arguments, comme l’essai d’Abramowitz chez des vétérans insomniaques. Elle peut être un bon complément pour retrouver des nuits plus calmes, à côté d’un traitement de fond si un TSPT est présent. Pour les douleurs chroniques qui se sont installées après un accident, l’hypnose est aussi l’une des approches les mieux étudiées en complément du suivi médical.
Crises d’angoisse et anxiété persistante
Après un événement, certaines personnes développent surtout des crises d’angoisse ou une anxiété diffuse, sans tableau complet de TSPT. Le choix est alors plus ouvert, et l’hypnose, associée ou non à une TCC, peut être discutée. Voir notre article sur les crises d’angoisse à répétition et la place de l’hypnose ainsi que celui sur l’association de l’hypnose à une TCC.
Dissociation, psychose, grossesse, épilepsie
Absences, impression d’irréalité, sensation de sortir de son corps, trous de mémoire importants : la dissociation impose une évaluation par un professionnel de santé mentale expérimenté avant toute technique qui confronte au souvenir, qu’il s’agisse d’EMDR ou d’hypnose. En cas de trouble psychotique, l’EMDR est contre-indiquée et l’hypnose déconseillée en dehors d’un cadre médical spécialisé. Pendant la grossesse ou en cas d’épilepsie, un avis médical est nécessaire avant de commencer. Notre article sur les risques et contre-indications de l’hypnose détaille ces situations.
Quand les mots manquent
Pour certaines personnes, mettre des mots sur l’événement est d’abord impossible. L’EMDR a l’avantage de ne pas exiger un récit détaillé, et l’hypnose travaille beaucoup par images. D’autres approches non verbales peuvent aussi accompagner le parcours, comme l’art-thérapie après un choc psychologique, toujours en complément du suivi principal.
Combiner hypnose et EMDR : quand c’est logique
Dans la pratique, de nombreux thérapeutes du psychotraumatisme sont formés aux deux. La combinaison n’est pas une curiosité, elle a une logique.
- Avant le retraitement : des techniques hypnotiques aident à installer des ressources, à apprendre à se calmer et à revenir au présent. Cela rend possible un travail EMDR chez des personnes qui, sans cela, seraient submergées.
- Entre les séances : l’auto-hypnose apprise en séance peut aider à gérer une montée d’émotion, un réveil nocturne, une situation qui rappelle l’événement.
- Après le traitement de fond : pour des symptômes résiduels comme l’insomnie, des tensions corporelles ou l’anxiété d’anticipation.
Combien de séances, quel budget, quel remboursement
Nombre de séances
Il n’existe pas de chiffre universel, et méfiez-vous de quiconque vous en promet un avant de vous avoir évalué. Quelques repères issus des études et des recommandations :
- le guide de la HAS évoque en général 15 à 20 séances de psychothérapie dans l’état de stress post-traumatique, à raison d’une ou deux par semaine,
- pour un événement unique et récent, un traitement EMDR peut être plus court, quelques séances de retraitement après la préparation,
- pour des traumatismes répétés, il faut plutôt compter en mois, voire davantage, avec une phase de stabilisation qui peut à elle seule durer longtemps,
- dans les essais sur l’hypnose, les protocoles allaient de 4 séances en deux semaines (Abramowitz 2008) à 12 séances hebdomadaires (Çınaroğlu 2026).
Budget et remboursement
En libéral, une séance d’EMDR coûte souvent entre 60 et 120 euros, une séance d’hypnose entre 50 et 100 euros, avec de fortes variations selon la ville et le praticien. Ni l’EMDR ni l’hypnose ne sont remboursées en tant que techniques.
En revanche, plusieurs portes permettent de réduire le coût :
- Mon soutien psy : jusqu’à 12 séances par an chez un psychologue partenaire, prises en charge par l’Assurance maladie et la complémentaire santé. Le psychologue peut être formé à l’EMDR ou à l’hypnose et utiliser ces outils, mais le dispositif rembourse une séance de psychologue, pas une technique. Les conditions évoluent, vérifiez-les sur le site de l’Assurance maladie.
- Les centres médico-psychologiques (CMP) et les centres régionaux du psychotraumatisme : consultations prises en charge, avec parfois des praticiens formés à l’EMDR, mais des délais qui peuvent être longs.
- Les psychiatres conventionnés : la consultation est remboursée, et certains pratiquent l’EMDR ou l’hypnose.
- Les complémentaires santé : beaucoup proposent un forfait « médecines douces » ou « psychologue » à vérifier dans votre contrat.
- Les associations d’aide aux victimes (réseau France Victimes, joignable au 116 006) peuvent orienter vers des soins adaptés après une infraction.
Choisir un praticien formé, et repérer les dérives
Pour l’EMDR
En France, la formation à l’EMDR selon les standards d’EMDR Europe est réservée aux professionnels de santé mentale : psychologues, psychiatres, médecins et, selon les cas, psychothérapeutes titulaires du titre réglementé. Elle comprend plusieurs niveaux et de la supervision. L’association EMDR France tient un annuaire de praticiens formés. Avant de commencer, vous pouvez demander :
- quel est le titre professionnel du praticien (psychologue avec numéro ADELI ou RPPS, médecin, psychothérapeute inscrit),
- où et à quel niveau il a été formé à l’EMDR, et s’il est supervisé,
- quelle est son expérience avec votre type de traumatisme.
Pour l’hypnose
Le titre d’hypnothérapeute n’est pas protégé en France. Coexistent des médecins, dentistes, sages-femmes, infirmiers ou psychologues titulaires d’un diplôme universitaire d’hypnose médicale ou clinique, et des praticiens non soignants formés dans des écoles privées, de qualité très variable. Pour un traumatisme, privilégiez un professionnel de santé formé à la fois à l’hypnose et au psychotraumatisme, ou un praticien qui travaille en lien étroit avec le médecin ou le psychologue qui vous suit. Nos articles sur comment choisir son hypnothérapeute et sur le statut juridique de l’hypnothérapeute libéral vous donnent des repères concrets.
Les signaux qui doivent vous faire fuir
- une promesse de résultat en une ou deux séances, quel que soit le traumatisme,
- la proposition de « faire remonter » un traumatisme dont vous n’avez aucun souvenir, ou l’affirmation que vos symptômes prouvent un abus caché,
- un praticien qui vous déconseille de voir un médecin ou d’arrêter un traitement prescrit,
- un travail sur le souvenir dès la première séance, sans évaluation ni préparation,
- une pression pour acheter un forfait de nombreuses séances payées d’avance,
- un praticien qui ne supporte pas que vous posiez des questions sur sa formation.
Quand consulter un médecin, un psychiatre ou un psychologue
Ni l’hypnose ni l’EMDR ne remplacent un suivi médical ou psychiatrique quand il est nécessaire. Ne modifiez ni n’arrêtez jamais un traitement prescrit sans en parler à votre médecin. Consultez votre médecin traitant, un psychiatre ou un psychologue si :
- les flashbacks, cauchemars, l’évitement ou l’hypervigilance durent plus d’un mois après l’événement ou s’aggravent,
- vous ne parvenez plus à travailler, à dormir, à sortir ou à vous occuper de vos proches,
- vous consommez de l’alcool, du cannabis, des somnifères ou des anxiolytiques pour tenir,
- vous ressentez une tristesse profonde, une perte d’intérêt pour tout, un sentiment de vide,
- vous vivez des absences, des moments d’irréalité, des trous de mémoire importants,
- le traumatisme est lié à des violences qui continuent.
- idées suicidaires ou envie de mourir : appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 heures sur 24,
- danger immédiat pour vous ou pour quelqu’un : appelez le 15 (SAMU) ou le 112,
- violences en cours : appelez le 17 (police secours) ou envoyez un SMS au 114 si vous ne pouvez pas parler,
- violences faites aux femmes : le 3919, gratuit et anonyme,
- enfant en danger ou en risque de l’être : le 119, Allô Enfance en danger.
Accompagner un proche après un traumatisme
Si c’est une personne de votre entourage qui hésite entre hypnose et EMDR, quelques repères peuvent l’aider.
- Ne forcez pas le récit. Proposez d’écouter, sans exiger de détails. Certaines personnes ont besoin d’en parler, d’autres non, et les deux sont normaux.
- Aidez au concret : prendre un rendez-vous, accompagner à une consultation, chercher un praticien formé, vérifier ses titres.
- Restez attentif aux signaux d’alerte : repli, consommation d’alcool, propos sur la mort. En cas de doute, le 3114 répond aussi aux proches.
- Prenez soin de vous : soutenir quelqu’un qui va mal est éprouvant. Vous avez le droit de demander de l’aide pour vous-même.
Questions fréquentes
Hypnose ou EMDR : laquelle est la plus efficace après un traumatisme ?
Pour le trouble de stress post-traumatique, l’EMDR dispose de beaucoup plus de preuves que l’hypnose et fait partie, avec les TCC centrées sur le trauma, des traitements recommandés en première intention. L’hypnose a des résultats encourageants, mais sur trop peu d’études pour être considérée comme équivalente. Elle reste un complément utile, notamment pour le sommeil et l’anxiété.
L’EMDR, est-ce une forme d’hypnose ?
Non. L’EMDR suit un protocole précis en huit phases, avec des stimulations bilatérales et sans induction hypnotique. Les deux méthodes partagent une attention focalisée sur l’expérience intérieure et un travail sur la mémoire émotionnelle, ce qui explique la confusion, mais leurs techniques et leur niveau de preuve diffèrent.
Combien de séances faut-il prévoir ?
Cela dépend du traumatisme et de la personne. Pour un événement unique, un traitement EMDR peut être relativement court. Pour des traumatismes répétés, il faut souvent plusieurs mois. La HAS évoque en général 15 à 20 séances de psychothérapie dans l’état de stress post-traumatique. Pour l’hypnose, les essais publiés allaient de 4 à 12 séances. Méfiez-vous de toute promesse chiffrée faite avant une évaluation.
Peut-on faire les deux en même temps ?
Oui, c’est même courant chez les thérapeutes du psychotraumatisme, à condition qu’il y ait une logique : hypnose pour la stabilisation et les symptômes, EMDR pour le retraitement des souvenirs. L’idéal est qu’un thérapeute principal coordonne l’ensemble, plutôt que deux praticiens qui travaillent séparément sur les mêmes souvenirs.
L’hypnose peut-elle faire remonter de faux souvenirs ?
Oui, c’est un risque connu, surtout avec les techniques de « régression » qui cherchent à retrouver un événement oublié. Sous hypnose, on peut être très sûr d’un souvenir en partie reconstruit. Une thérapie sérieuse du trauma ne cherche pas à découvrir des scènes cachées, elle travaille sur ce que vous savez et ressentez.
L’EMDR ou l’hypnose sont-elles remboursées ?
Pas en tant que techniques. Mais si elles sont pratiquées par un psychologue partenaire de Mon soutien psy, par un psychiatre conventionné ou dans un centre public (CMP, centre régional du psychotraumatisme), les séances peuvent être prises en charge. Votre complémentaire santé peut aussi prévoir un forfait.
Trouver un praticien près de chez vous
Si vous souhaitez ajouter l’hypnose à votre parcours, par exemple pour le sommeil, l’anxiété ou la stabilisation émotionnelle, choisissez un praticien formé au psychotraumatisme et qui travaille en lien avec votre médecin ou votre psychologue. Trouvez un hypnothérapeute près de chez vous dans l’annuaire ViziWell, et pensez à lui poser les questions de ce guide sur sa formation. Pour une prise en charge du stress post-traumatique par EMDR ou TCC, l’annuaire des psychologues peut aussi vous aider à trouver un professionnel.
Sources
- Lewis C, Roberts NP, Andrew M, Starling E, Bisson JI. Psychological therapies for post-traumatic stress disorder in adults: systematic review and meta-analysis. Eur J Psychotraumatol. 2020. PMID 32284821. DOI 10.1080/20008198.2020.1729633
- Cuijpers P, Veen SCV, Sijbrandij M, Yoder W, Cristea IA. Eye movement desensitization and reprocessing for mental health problems: a systematic review and meta-analysis. Cogn Behav Ther. 2020. PMID 32043428. DOI 10.1080/16506073.2019.1703801
- Wright SL, Karyotaki E, Cuijpers P et al. EMDR v. other psychological therapies for PTSD: a systematic review and individual participant data meta-analysis. Psychol Med. 2024. PMID 38173121. DOI 10.1017/S0033291723003446
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- Çınaroğlu M, Ülker SV, Yılmazer E et al. Ericksonian hypnotherapy versus cognitive behavioral therapy for post-traumatic stress disorder. Am J Clin Hypn. 2026. PMID 41920686. DOI 10.1080/00029157.2026.2640622
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- Haute Autorité de santé. Guide médecin, affection de longue durée, troubles anxieux graves (ALD 23). HAS, juin 2007
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