Post-partum et libido : retrouver le désir après l'accouchement
Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie
🔎 Réponse en bref : Une baisse du désir après un accouchement est extrêmement fréquente et le plus souvent transitoire. Selon une revue systématique et méta-analyse publiée dans BJOG (Cattani et al., 2022), les troubles sexuels concernent une large part des femmes durant la première année post-partum, et une méta-analyse parue dans l'International Journal of Gynaecology and Obstetrics (Banaei et al., 2021, 22 études, 11 457 femmes) estime la prévalence des douleurs aux rapports à 42 % vers 2 mois, puis 22 % entre 6 et 12 mois. Ces données de niveau de preuve élevé décrivent une récupération progressive, pas une panne définitive. Cet article vous aide à distinguer ce qui relève d'une convalescence normale de ce qui mérite d'en parler à une sage-femme ou un médecin.
Le silence qui entoure la sexualité après une naissance
On prépare l'arrivée d'un bébé pendant des mois : la valise pour la maternité, la chambre, le prénom, parfois la reprise du travail. On parle beaucoup moins de ce qui se joue ensuite dans l'intimité du couple. Après la naissance, beaucoup de parents découvrent que le désir n'est plus au rendez-vous, et cette absence prend souvent de court. On s'attendait peut-être à retrouver assez vite la vie d'avant ; on se retrouve épuisé, transformé, parfois étranger à son propre corps.
Ce décalage entre les attentes et la réalité génère fréquemment de l'inquiétude, voire un sentiment d'anormalité. Beaucoup de femmes se demandent si quelque chose ne va pas chez elles. Beaucoup de partenaires se sentent mis à distance sans comprendre pourquoi. Et comme le sujet reste tabou, chacun peut avoir l'impression d'être seul à traverser cela, alors que l'expérience est en réalité partagée par une immense majorité de couples.
La première chose utile à savoir, c'est que cette baisse de désir n'a rien d'exceptionnel ni de honteux. Elle s'inscrit dans un processus de récupération physiologique, hormonal et psychologique parfaitement documenté. La deuxième, c'est qu'il existe des repères concrets pour situer où l'on en est, et des professionnels formés pour accompagner les situations qui traînent. Comprendre les mécanismes en jeu, c'est déjà desserrer l'étau de la culpabilité et redonner de la place à la patience.
Cet article adopte un point de vue informatif et bienveillant. Il ne s'agit pas d'imposer un calendrier ni une norme de performance, mais de poser des mots sur une expérience courante et peu dite, en s'appuyant sur des études de suivi sérieuses. Si vous cherchez à comprendre plus largement les ressorts du désir, notre article dédié aux mécanismes de la libido et à leurs facteurs clés offre un complément utile à cette lecture centrée sur le post-partum.
Ce qui change dans le corps après l'accouchement
Le désir ne se décrète pas : il repose sur un équilibre subtil entre hormones, sensations corporelles, disponibilité mentale et sécurité affective. Or, l'accouchement bouleverse simultanément plusieurs de ces piliers. Comprendre ces changements aide à replacer la baisse de libido là où elle est : du côté d'une adaptation biologique, et non d'un désamour.
La chute hormonale du post-partum
Pendant la grossesse, les taux d'œstrogènes et de progestérone atteignent des niveaux très élevés. Après la délivrance du placenta, ces hormones s'effondrent en quelques jours. Si la femme allaite, la prolactine reste élevée pour soutenir la lactation, ce qui maintient les œstrogènes à un niveau bas, proche de celui observé à la ménopause. Cet environnement hormonal particulier a des conséquences directes sur la sphère intime : moindre lubrification, tissus vaginaux plus fins et plus sensibles, parfois une sécheresse marquée.
Ce mécanisme n'a rien d'anormal : il traduit la priorité biologique donnée, dans cette période, à l'allaitement et à la récupération plutôt qu'à une nouvelle grossesse rapprochée. Il explique aussi pourquoi certaines femmes ressentent une baisse de désir plus nette et plus durable lorsqu'elles allaitent. Le rôle central des œstrogènes dans la sexualité féminine est détaillé dans notre article sur les hormones et la libido, entre testostérone et œstrogènes, qui éclaire ces variations au-delà du seul post-partum.
Le périnée et la cicatrisation
L'accouchement sollicite intensément le périnée, cet ensemble de muscles qui soutient la vessie, l'utérus et le rectum. Un accouchement par voie basse peut s'accompagner d'une déchirure, d'une épisiotomie ou d'un étirement important des tissus. Une césarienne, elle, laisse une cicatrice abdominale et implique une récupération chirurgicale. Dans les deux cas, le corps a besoin de semaines pour cicatriser, et les sensations locales peuvent rester modifiées plus longtemps encore.
La rééducation périnéale, souvent proposée quelques semaines après la naissance, joue ici un rôle important. Elle aide à retrouver la tonicité et la conscience de cette zone, à prévenir les fuites urinaires et à limiter l'inconfort lors de la reprise des rapports. C'est un accompagnement à part entière, à évoquer avec la sage-femme ou le kinésithérapeute spécialisé.
La fatigue et le corps transformé
À la mécanique hormonale et tissulaire s'ajoute une réalité plus prosaïque : les nuits hachées, l'allaitement à la demande, le corps qui a changé de forme et de fonction. Beaucoup de femmes vivent une phase de réappropriation de leur corps, désormais aussi celui qui nourrit et porte. Ce cheminement psychologique prend du temps et influence directement la disponibilité au désir. Rien de tout cela n'est pathologique : c'est la traduction intime d'un bouleversement majeur.
Combien de temps cela dure : ce que montrent les études de suivi
La question qui revient le plus souvent est aussi la plus légitime : combien de temps cela va-t-il durer ? Les études de suivi post-partum offrent des repères chiffrés précieux, à condition de les lire comme des moyennes de population et non comme un calendrier individuel.
La reprise des rapports se fait le plus souvent entre six et huit semaines après la naissance, mais avec une très grande variabilité. Certaines femmes reprennent plus tôt, d'autres bien plus tard, et cela ne présage en rien de la qualité de leur vie intime future. Ce qui compte n'est pas de coller à une moyenne, mais de respecter son propre rythme de cicatrisation et de disponibilité.
Concernant les douleurs, les données sont désormais solides. La méta-analyse de Banaei et ses collègues, publiée en 2021, a regroupé 22 études et 11 457 femmes. Elle estime la prévalence des douleurs aux rapports (dyspareunie) à 42 % vers 2 mois après l'accouchement, encore 43 % entre 2 et 6 mois, puis 22 % entre 6 et 12 mois. Autrement dit, la douleur est très fréquente dans les premiers mois, mais tend à diminuer nettement avec le temps chez la majorité des femmes.
Ce que montrent les étudesDu côté du désir lui-même, une revue systématique et méta-analyse publiée dans BJOG par Cattani et ses collègues en 2022 a recherché les facteurs qui exposent le plus aux troubles sexuels durant la première année. Elle met en évidence le rôle des lésions périnéales sévères et de certaines interventions obstétricales, sans pour autant faire de ces troubles une fatalité. La lecture d'ensemble de ces travaux dessine une trajectoire rassurante : une phase de récupération marquée dans les premiers mois, suivie d'une amélioration progressive pour la plupart des couples.
La méta-analyse de Banaei et al. (2021, International Journal of Gynaecology and Obstetrics), fondée sur 11 457 femmes, retrouve une prévalence globale de la dyspareunie post-partum de 35 % (intervalle de confiance à 95 % : 29-41 %), avec une décroissance claire dans le temps : 42 % vers 2 mois, puis 22 % entre 6 et 12 mois. Ce niveau de preuve élevé, issu d'une synthèse d'études observationnelles, confirme que l'inconfort des premiers mois s'atténue le plus souvent progressivement — tout en soulignant qu'une part non négligeable de femmes conserve des douleurs au-delà de six mois et gagne à être accompagnée.
Il faut toutefois nuancer. Ces moyennes masquent des situations individuelles très différentes. Pour une partie des femmes, la gêne persiste au-delà d'un an et retentit sur la qualité de vie. Ce n'est ni un échec ni une anomalie de caractère : c'est précisément le type de situation où une consultation permet de faire le point et de trouver des solutions concrètes.
Douleurs pendant les rapports : une plainte fréquente, une prise en charge possible
La dyspareunie, c'est-à-dire la douleur ressentie pendant les rapports, mérite une attention particulière car elle est à la fois très répandue et souvent passée sous silence. Beaucoup de femmes serrent les dents en pensant que cela va finir par passer. Or, si le temps améliore effectivement les choses dans la majorité des cas, la douleur qui s'installe n'a pas à être supportée en silence.
Plusieurs mécanismes peuvent se combiner. La sécheresse liée à la baisse des œstrogènes, particulièrement fréquente pendant l'allaitement, rend les muqueuses plus fragiles. Une cicatrice de déchirure ou d'épisiotomie peut rester sensible plusieurs mois. Enfin, l'appréhension de la douleur elle-même peut entraîner une contraction réflexe des muscles du périnée, créant un cercle où la peur d'avoir mal finit par générer de l'inconfort.
La méta-analyse de Cattani et al. (2022) apporte un éclairage sur le rôle du mode d'accouchement. Les lésions du sphincter anal étaient associées à un risque nettement accru de troubles sexuels (odds ratio de 3,00) et de douleurs (odds ratio de 1,92), et l'épisiotomie à un risque accru de dyspareunie (odds ratio de 1,64). À l'inverse, comparée à une naissance par voie basse spontanée, la césarienne réduisait légèrement le risque de douleurs aux rapports. Ces chiffres ne servent pas à hiérarchiser les accouchements, mais à rappeler qu'une prise en charge adaptée du périnée est d'autant plus utile après un accouchement compliqué.
Ce qui aide concrètement face à la douleur
Plusieurs leviers, complémentaires les uns des autres, peuvent réellement améliorer le confort :
| Piste | En pratique | | :- | :- | | Rééducation périnéale | Séances avec une sage-femme ou un kinésithérapeute spécialisé pour retrouver tonicité et détente du périnée. | | Lubrifiants | Un lubrifiant de qualité compense la sécheresse liée à l'allaitement et limite les frottements douloureux. | | Prendre son temps | Reprendre sans pression, sans objectif de performance, en privilégiant la tendresse et les préliminaires. | | Avis médical | Une douleur qui persiste au-delà de quelques mois justifie un examen par une sage-femme ou un gynécologue. |
L'important est de savoir qu'il ne s'agit pas d'une fatalité à endurer. Une sage-femme, un médecin ou un kinésithérapeute spécialisé en périnéologie peut identifier la cause dominante et proposer un accompagnement sur mesure. En parler, c'est déjà sortir du cercle du silence et de la contraction.
Allaitement, fatigue et charge mentale : les facteurs qui pèsent le plus
Au-delà de la cicatrisation, plusieurs éléments du quotidien pèsent lourdement sur le désir dans les mois qui suivent une naissance. Les repérer permet d'agir sur ce qui est modifiable, sans se culpabiliser pour ce qui relève simplement de la période.
L'allaitement et son effet hormonal
L'allaitement maintient un taux élevé de prolactine et un taux bas d'œstrogènes, ce qui favorise la sécheresse intime et peut diminuer le désir. Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2025 dans le Journal of Clinical Medicine (Smetanina et al.) rapporte que la prévalence des troubles sexuels chez les femmes en post-partum varie de 35,5 % à plus de 80 % selon les études, et s'intéresse spécifiquement au rôle des pratiques d'allaitement dans ces difficultés.
Cela ne signifie pas qu'il faille choisir entre allaiter et retrouver une vie intime : il s'agit de comprendre que ces variations sont hormonales et temporaires, et qu'elles s'atténuent généralement au sevrage. En attendant, un lubrifiant et de la patience suffisent souvent à améliorer le confort. Une remarque de prudence s'impose toutefois : pendant l'allaitement, de nombreuses plantes et huiles essentielles présentées comme stimulantes de la libido sont déconseillées ou contre-indiquées, car certaines molécules passent dans le lait. Aucune supplémentation ne devrait être entreprise sans un avis médical explicite pendant cette période. Notre article sur les approches naturelles et solutions holistiques pour la libido rappelle d'ailleurs que le naturel n'est jamais synonyme d'anodin.
La fatigue, adversaire numéro un
Difficile de ressentir du désir quand on dort par tranches de deux heures. La privation de sommeil altère l'humeur, la concentration et l'énergie, autant de conditions dont le désir a besoin pour émerger. Ce facteur, souvent sous-estimé, est pourtant l'un des plus déterminants des premiers mois. Il ne se corrige pas par la volonté, mais par une réorganisation qui redonne à chaque parent des plages de repos. Le lien étroit entre récupération, hormones du stress et désir est développé dans notre article sur le stress, le cortisol et la libido.
La charge mentale et le nouvel équilibre du couple
L'arrivée d'un enfant redistribue les rôles, les tâches et l'attention. Lorsque la charge mentale repose de façon déséquilibrée sur un seul parent, l'épuisement et parfois le ressentiment s'installent, deux ennemis directs de l'intimité. Rééquilibrer concrètement la répartition des tâches et des nuits n'est pas seulement une question d'organisation : c'est aussi une manière de prendre soin du désir, en libérant de l'espace mental et émotionnel. Ces dimensions relationnelles rejoignent les pistes développées dans notre article sur le couple et l'intimité, pour raviver la flamme et entretenir le désir.
L'alimentation et l'énergie globale
Une période aussi exigeante puise dans les réserves. Sans transformer l'assiette en remède, veiller à une alimentation suffisante et équilibrée soutient l'énergie générale et l'humeur, deux terrains favorables au retour progressif du désir. Notre article sur les nutriments d'une libido épanouie donne des repères simples, à adapter bien sûr aux besoins particuliers de l'après-naissance et de l'allaitement.
Humeur et dépression du post-partum : un lien à ne pas manquer
Il existe un facteur qu'il ne faut jamais négliger lorsqu'on parle de désir après une naissance : l'humeur. La période post-partum est marquée par une grande vulnérabilité émotionnelle, et il est essentiel de distinguer le classique baby blues, passager, d'une véritable dépression du post-partum, qui nécessite un accompagnement.
Le baby blues touche une majorité de femmes dans les jours qui suivent l'accouchement : pleurs faciles, irritabilité, hypersensibilité. Il est lié à la chute hormonale et s'estompe spontanément en une à deux semaines. La dépression du post-partum, elle, est plus profonde et plus durable : tristesse persistante, perte d'intérêt et de plaisir, troubles du sommeil non expliqués par le bébé, sentiment de culpabilité ou d'incapacité, parfois pensées sombres. Elle peut survenir dans les semaines ou les mois suivant la naissance et concerne une proportion importante de mères.
Or, humeur et désir sont étroitement liés. Une étude de cohorte prospective publiée en 2019 dans Psychological Medicine (Galbally et al.) a examiné les liens entre les symptômes dépressifs durant la grossesse et le post-partum, la prise d'antidépresseurs et la fonction sexuelle féminine. Elle souligne que la dépression périnatale s'accompagne fréquemment d'une altération de la vie sexuelle. Cela signifie qu'une baisse de désir qui s'accompagne d'une tristesse persistante ne doit pas être banalisée comme une simple conséquence de la fatigue : elle peut être le signe d'une dépression qui mérite d'être prise en charge.
Ce que montrent les étudesSi vous, ou une personne de votre entourage, ressentez une tristesse profonde qui dure, une perte d'intérêt pour tout, un sentiment de ne pas y arriver, ou si des pensées noires apparaissent, il est important d'en parler sans attendre à un professionnel de santé (médecin traitant, sage-femme, gynécologue, psychologue). En cas de détresse psychologique intense ou de pensées suicidaires, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Demander de l'aide n'est pas un aveu de faiblesse : c'est un geste de soin, pour soi et pour son bébé.
Le travail de Galbally et al. (2019, Psychological Medicine), fondé sur une cohorte prospective de femmes suivies de la grossesse au post-partum, met en évidence une association entre symptômes dépressifs périnatals et fonction sexuelle diminuée. Ce niveau de preuve, issu d'un suivi longitudinal, invite à considérer le désir comme un indicateur parmi d'autres du bien-être émotionnel après une naissance : quand la libido s'effondre en même temps que l'élan vital, c'est l'humeur qu'il faut d'abord évaluer.
Reconstruire le désir à deux : ce qui aide concrètement
Passé le temps de la récupération, comment réamorcer une vie intime apaisée ? Il n'existe pas de recette universelle, mais plusieurs principes reviennent dans les accompagnements de couples et dans la littérature sur la sexualité post-partum. Ils ont en commun de remettre la douceur et la communication au centre.
Le premier est de renoncer à l'idée d'un retour immédiat à la sexualité d'avant. Le désir se reconstruit souvent par étapes : d'abord la tendresse, les gestes affectueux, la proximité des corps sans attente particulière, puis progressivement l'intimité. Cette approche graduelle réduit la pression et l'appréhension, qui sont elles-mêmes des freins puissants.
Le deuxième est la communication. Mettre des mots sur ce que l'on ressent, ses craintes, ses inconforts, ses envies parfois fluctuantes, permet au partenaire de comprendre et d'ajuster ses attentes. Beaucoup de tensions naissent d'interprétations erronées : le partenaire qui se sent rejeté, la mère qui se sent sous pression. Nommer les choses désamorce ces malentendus. Ces mécanismes relationnels rejoignent ce que nous explorons dans notre article sur la libido féminine et la façon de comprendre et stimuler le désir.
Le troisième est de préserver, autant que possible, des moments à deux. Non pas pour se forcer à quoi que ce soit, mais pour entretenir le lien de complicité qui nourrit le désir sur le long terme. Un dîner sans le bébé, une promenade, un moment de calme partagé : ces petites bulles comptent davantage qu'on ne le croit.
Enfin, il est utile de rappeler que le désir n'obéit pas toujours à un déclenchement spontané. Chez beaucoup de personnes, en particulier dans les périodes de fatigue, le désir apparaît en réponse à la situation intime plutôt qu'avant elle. Accepter de se rendre disponible à la tendresse, sans exiger de ressentir un élan préalable, ouvre parfois la porte à un désir qui revient chemin faisant. Il n'y a là aucune injonction : simplement une manière de lever la pression de la performance.
Prendre soin de soi, individuellement
Le désir partagé se nourrit aussi du rapport que chacun entretient avec soi-même. Retrouver, même par petites touches, du temps pour soi, du mouvement, du sommeil quand c'est possible, contribue à restaurer l'énergie et l'estime de soi. Là encore, la thyroïde mérite une mention : le post-partum est une période à risque de dysfonction thyroïdienne, qui peut peser sur l'énergie, l'humeur et la libido. Notre article sur la thyroïde et la libido explique pourquoi une fatigue inhabituelle et persistante mérite parfois un simple bilan sanguin.
Les fausses idées qui pèsent inutilement
Autour de la sexualité après une naissance circulent des croyances qui ajoutent de la culpabilité là où il faudrait de la bienveillance. Les nommer permet de s'en libérer.
La première est l'idée qu'il faudrait retrouver « comme avant » à une date précise. Il n'existe aucune norme de ce type. Chaque personne, chaque couple, chaque accouchement suit son propre rythme, et se comparer à une moyenne ou à l'expérience d'une amie ne fait qu'accroître l'anxiété. Les études de suivi décrivent des tendances de population, pas des obligations individuelles.
La deuxième croyance est qu'une baisse de désir traduirait un problème dans le couple ou un manque d'amour. Dans l'immense majorité des cas, il s'agit d'un phénomène physiologique lié aux hormones, à la fatigue et à la cicatrisation, totalement indépendant de la solidité du lien affectif. Confondre les deux fait courir le risque de tensions inutiles.
La troisième est qu'il faudrait « se forcer » pour préserver le couple. Se contraindre à des rapports douloureux ou non désirés est contre-productif : cela entretient l'appréhension et peut, à terme, installer une véritable difficulté. Le respect de son propre rythme est au contraire ce qui protège la vie intime sur le long terme.
Enfin, beaucoup pensent qu'il n'y a rien à faire et qu'il suffit d'attendre. C'est vrai pour une partie des situations, mais pas pour toutes. La rééducation périnéale, les lubrifiants, le rééquilibrage de la charge mentale, l'accompagnement de l'humeur ou du couple sont autant de leviers concrets. Attendre passivement quand une gêne s'installe fait perdre un temps précieux, alors qu'une consultation permet souvent de débloquer la situation. Se défaire de ces idées reçues, c'est déjà se donner la permission de vivre cette période avec plus de douceur envers soi-même.
Quand consulter, et vers qui se tourner
La majorité des baisses de désir post-partum se résolvent avec le temps, le repos et la patience. Mais certaines situations justifient de ne pas rester seul face à la difficulté. Savoir vers qui se tourner permet d'obtenir la bonne réponse au bon moment.
Il est recommandé de consulter lorsque :
- Les douleurs aux rapports persistent au-delà de plusieurs mois ou restent intenses.
- Une sécheresse gênante ne s'améliore pas malgré l'usage de lubrifiants.
- Des fuites urinaires, une sensation de pesanteur ou des troubles du périnée apparaissent.
- La baisse de désir s'accompagne d'une tristesse durable, d'une perte d'intérêt général ou de pensées sombres.
- La difficulté crée une souffrance dans le couple ou une inquiétude qui ne passe pas.
L'essentiel est de ne pas laisser une difficulté s'installer dans le silence par gêne. Ces professionnels reçoivent quotidiennement des demandes de ce type : il n'y a rien d'embarrassant à consulter pour sa vie intime, au contraire.
FAQ : vos questions sur la libido après l'accouchement
Combien de temps dure la baisse de désir après une naissance ?
Il n'existe pas de durée unique, mais des repères. Les douleurs aux rapports, très fréquentes dans les premiers mois, diminuent nettement avec le temps : la méta-analyse de Banaei et al. (2021) retrouve une prévalence de 42 % vers 2 mois, puis 22 % entre 6 et 12 mois. Le désir, lui, se rétablit souvent plus progressivement, en particulier en cas d'allaitement, et remonte généralement après le sevrage. Comptez plusieurs mois, avec de grandes différences d'une personne à l'autre. Une gêne qui persiste au-delà d'un an mérite un avis médical.
L'allaitement fait-il vraiment baisser la libido ?
Oui, cet effet est réel et bien expliqué sur le plan hormonal. L'allaitement maintient la prolactine élevée et les œstrogènes bas, ce qui favorise la sécheresse intime et peut réduire le désir. La revue de Smetanina et al. (2025) confirme la fréquence élevée des troubles sexuels dans cette période. Cet effet est temporaire et s'atténue généralement au sevrage. Un lubrifiant améliore le confort en attendant. Attention : de nombreuses plantes et huiles essentielles dites stimulantes sont déconseillées pendant l'allaitement, à n'envisager qu'avec un avis médical.
Quand peut-on reprendre les rapports après un accouchement ?
La reprise se fait le plus souvent entre six et huit semaines, mais c'est une moyenne, pas une règle. L'important est d'attendre que la cicatrisation soit suffisante et surtout de se sentir prête, physiquement et émotionnellement. Il n'y a aucune obligation de calendrier. En cas de doute sur la cicatrisation d'une déchirure, d'une épisiotomie ou d'une césarienne, la consultation post-natale avec la sage-femme ou le gynécologue est le bon moment pour poser la question.
Les douleurs pendant les rapports après l'accouchement sont-elles normales ?
Elles sont fréquentes dans les premiers mois, mais fréquent ne veut pas dire qu'il faille les endurer indéfiniment. La rééducation périnéale, un lubrifiant, une reprise sans pression et davantage de préliminaires aident souvent. Si la douleur persiste au-delà de quelques mois, reste intense, ou empêche toute intimité, il est important d'en parler à une sage-femme ou un gynécologue, qui peut identifier la cause (sécheresse, cicatrice sensible, contraction du périnée) et proposer une prise en charge adaptée.
Comment savoir si c'est une simple fatigue ou une dépression du post-partum ?
La fatigue affecte l'énergie et le désir, mais laisse généralement intacte la capacité à ressentir du plaisir et de l'intérêt lorsqu'on est reposée. La dépression du post-partum se reconnaît à une tristesse profonde et durable, une perte d'intérêt pour ce qu'on aimait, un sentiment de culpabilité ou d'incapacité, parfois des pensées sombres. Si ces signes sont présents, il faut en parler sans attendre à un professionnel de santé. En cas de détresse ou de pensées suicidaires, le 3114 est joignable gratuitement 24 h/24 et 7 j/7.
Mon partenaire se sent rejeté, que faire ?
C'est une situation très courante et rarement due à un désamour. La baisse de désir post-partum est physiologique et transitoire ; l'expliquer avec des mots simples aide le partenaire à ne pas la prendre pour un rejet personnel. Maintenir la tendresse, les gestes affectueux et la communication, sans se mettre de pression sur la sexualité, permet de préserver le lien pendant cette période. Si la tension s'installe durablement, un accompagnement de couple peut être précieux.
Vous accompagner au-delà de cet article
Si la baisse de désir, la douleur ou la fatigue persistent et pèsent sur votre quotidien ou sur votre couple, vous n'avez pas à rester seul avec ces questions. Trouvez un professionnel de santé près de chez vous dans notre annuaire pour faire le point : sage-femme, gynécologue, kinésithérapeute spécialisé en périnéologie ou, pour la gestion du stress et du lien, sophrologue. Un accompagnement adapté change souvent la donne, et le premier pas est simplement d'en parler. Rappelez-vous que le désir, après une naissance, ne disparaît pas : il se met en veille le temps d'une convalescence, puis revient le plus souvent à son rythme, différent peut-être, mais bien vivant. Vous laisser du temps, sans jugement ni comparaison, reste le meilleur allié de cette reconstruction.
Sources
- Cattani L, De Maeyer L, Verbakel JY, Bosteels J, Deprest J. Predictors for sexual dysfunction in the first year postpartum: A systematic review and meta-analysis. BJOG: An International Journal of Obstetrics and Gynaecology, 2022. PMID : 34536325. DOI : 10.1111/1471-0528.16934.
- Banaei M, Kariman N, Ozgoli G, Nasiri M, Ghasemi V, et al. Prevalence of postpartum dyspareunia: A systematic review and meta-analysis. International Journal of Gynaecology and Obstetrics, 2021. PMID : 33300122. DOI : 10.1002/ijgo.13523.
- Smetanina D, Alnuaimi S, Alkaabi A, et al. Sexual Dysfunctions in Breastfeeding Females: Systematic Review and Meta-Analysis. Journal of Clinical Medicine, 2025. PMID : 39941367. DOI : 10.3390/jcm14030691.
- Galbally M, Watson SJ, Permezel M, Lewis AJ. Depression across pregnancy and the postpartum, antidepressant use and the association with female sexual function. Psychological Medicine, 2019. PMID : 30149821. DOI : 10.1017/S0033291718002040.
- Triviño-Juárez JM, Romero-Ayuso D, Nieto-Pereda B, et al. Resumption of intercourse, self-reported decline in sexual intercourse and dyspareunia in women by mode of birth: A prospective follow-up study. Journal of Advanced Nursing, 2018. PMID : 28981973. DOI : 10.1111/jan.13468.
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