Un homme et sa compagne écoutent un urologue leur expliquer un compte rendu de spermogramme dans un cabinet lumineux
Fertilité

Spermogramme : comprendre les résultats et les valeurs normales

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Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie

🔎 Réponse en bref : un spermogramme se lit paramètre par paramètre (volume, concentration, nombre total, mobilité, vitalité, morphologie), en comparant chaque chiffre aux valeurs de référence du manuel de l'Organisation mondiale de la santé publié en 2021. Ces valeurs ne sont pas des seuils de stérilité : ce sont les 5es percentiles d'hommes dont la partenaire a conçu en moins de douze mois, par exemple 16 millions de spermatozoïdes par millilitre, 30 % de mobilité progressive et 4 % de formes typiques (Campbell et al., Andrology, 2021). Un résultat isolé sous ces repères ne signifie donc pas que vous ne pourrez pas avoir d'enfant, d'autant que le nombre de spermatozoïdes varie d'environ 50 % d'un prélèvement à l'autre chez le même homme (Keel, Fertility and Sterility, 2006). Ces repères reposent sur des données solides de population, mais seul un médecin peut interpréter votre résultat, généralement après un examen de contrôle.
Vous venez d'ouvrir l'enveloppe du laboratoire ou le PDF reçu sur votre messagerie. Une page entière de chiffres, de pourcentages et de sigles. Quelques lignes en gras, peut-être un astérisque ou une valeur signalée « hors normes ». Et des mots inquiétants en bas de page : oligozoospermie, asthénozoospermie, tératozoospermie. Il est fréquent, à ce moment-là, de conclure au pire, de chercher chaque terme sur internet à minuit, et de ne plus oser en parler à sa ou son partenaire.

Cet article est là pour vous aider à lire ce compte rendu calmement. Il ne pose aucun diagnostic et ne remplace pas la consultation avec le médecin qui a prescrit l'examen, un andrologue, un urologue ou l'équipe d'un centre d'assistance médicale à la procréation (AMP). Son objectif est triple : vous expliquer ce que mesure chaque ligne, vous montrer pourquoi un chiffre sous la référence n'est pas une sentence, et vous donner les bons réflexes pour la suite, des examens de contrôle aux habitudes de vie qui comptent réellement.

Si vous êtes en début de parcours, l'article bilan de fertilité du couple : quels examens demander et quand consulter replace le spermogramme dans l'ensemble des examens proposés aux deux partenaires.

Ce que mesure un spermogramme, paramètre par paramètre

Le spermogramme est l'analyse au laboratoire d'un échantillon de sperme recueilli par masturbation, le plus souvent sur place. Il évalue deux choses différentes : le liquide lui-même (le volume, l'aspect, l'acidité, la viscosité) et les spermatozoïdes qu'il contient (leur nombre, leur mouvement, leur vitalité, leur forme). Le compte rendu associe souvent un spermocytogramme, qui détaille la morphologie, c'est-à-dire la forme des spermatozoïdes.

Pour comprendre ce qui suit, il faut avoir en tête une donnée de base : les spermatozoïdes sont produits en continu dans les testicules, au cours d'un cycle de fabrication et de maturation qui dure environ deux mois et demi à trois mois. Le sperme analysé aujourd'hui reflète donc ce qui s'est passé dans votre corps au cours des trois derniers mois, pas seulement la semaine dernière. Pour aller plus loin sur ce processus, l'article fertilité masculine : spermatogenèse, qualité du sperme et facteurs d'influence le décrit en détail.

Le délai d'abstinence et les conditions du recueil

En tête du compte rendu figurent généralement le délai d'abstinence (le nombre de jours sans éjaculation avant l'examen), l'heure du recueil et parfois une mention sur le caractère complet ou non de l'échantillon. Ces informations ne sont pas anecdotiques. Le manuel de l'OMS recommande une abstinence comprise entre deux et sept jours. Une abstinence très courte peut faire baisser le volume et le nombre de spermatozoïdes, une abstinence très longue peut augmenter le nombre mais diminuer la mobilité.

La perte d'une partie de l'éjaculat, notamment la première fraction qui est la plus riche en spermatozoïdes, peut faire chuter artificiellement la concentration. Si cela vous est arrivé, signalez-le au laboratoire et au médecin : ce n'est ni rare ni honteux, et cela change complètement l'interprétation.

Le volume

Le volume de l'éjaculat s'exprime en millilitres. Il provient principalement des vésicules séminales et de la prostate, les spermatozoïdes eux-mêmes ne représentant qu'une très petite fraction du liquide. Un volume bas (on parle d'hypospermie) peut s'expliquer par un recueil incomplet, une abstinence trop courte, mais aussi, plus rarement, par une éjaculation partiellement dirigée vers la vessie (éjaculation rétrograde) ou une obstruction des voies génitales. À l'inverse, un volume élevé n'est pas en soi une bonne nouvelle : il peut diluer les spermatozoïdes.

L'aspect, la liquéfaction, la viscosité et le pH

Le sperme est normalement coagulé à l'émission, puis se liquéfie en quelques minutes à température ambiante. Le laboratoire note le délai de liquéfaction et la viscosité, car un sperme trop visqueux gêne la mesure de la mobilité. Le pH, c'est-à-dire l'acidité, est habituellement supérieur ou égal à 7,2. Un pH bas associé à un volume faible peut orienter le médecin vers une anomalie des vésicules séminales ou des canaux déférents. Ce sont des indices à interpréter dans un ensemble, jamais isolément.

La concentration et le nombre total de spermatozoïdes

La concentration est le nombre de spermatozoïdes par millilitre. Le nombre total est la concentration multipliée par le volume : c'est le nombre de spermatozoïdes présents dans tout l'éjaculat. Les spécialistes accordent souvent plus de poids au nombre total, car il reflète mieux la production des testicules, alors que la concentration dépend aussi du volume de liquide.

Quand la concentration ou le nombre total est sous la référence, le compte rendu parle d'oligozoospermie. L'absence totale de spermatozoïdes, confirmée après centrifugation de l'échantillon, s'appelle azoospermie. Entre les deux existe la cryptozoospermie : quelques rares spermatozoïdes ne sont retrouvés qu'après centrifugation.

La mobilité

La mobilité est le pourcentage de spermatozoïdes qui bougent. Le manuel de l'OMS de 2021 distingue trois catégories : la mobilité progressive (les spermatozoïdes qui avancent, en ligne droite ou en larges cercles), la mobilité non progressive (ils bougent sans avancer) et l'immobilité. La mobilité totale additionne mobilité progressive et non progressive. La mobilité progressive est la plus informative, car c'est elle qui permet au spermatozoïde de remonter jusqu'à l'ovocyte. Une mobilité progressive insuffisante s'appelle asthénozoospermie.

Certains comptes rendus utilisent encore les anciennes catégories « a, b, c, d » des éditions précédentes du manuel. Si votre compte rendu les mentionne, le progressif correspond globalement à « a + b ».

La vitalité

La vitalité est le pourcentage de spermatozoïdes vivants, mesuré par une coloration qui distingue les cellules dont la membrane est intacte. Elle est surtout utile quand la mobilité est très basse : elle permet de savoir si les spermatozoïdes immobiles sont vivants mais immobiles, ou morts. Une vitalité basse s'appelle nécrozoospermie.

La morphologie (le spermocytogramme)

La morphologie est le pourcentage de spermatozoïdes de forme dite « typique », évalués selon des critères stricts : forme de la tête, de la pièce intermédiaire, du flagelle. C'est le chiffre qui surprend le plus. Avec les critères actuels, la référence basse se situe autour de 4 % de formes typiques. Autrement dit, un homme fertile peut avoir 96 % de spermatozoïdes considérés comme « atypiques ». Un pourcentage de formes typiques sous la référence s'appelle tératozoospermie.

Ce paramètre est aussi le plus dépendant de l'œil du biologiste et des critères utilisés par le laboratoire. Deux laboratoires peuvent rendre des chiffres différents pour le même échantillon. Le spermocytogramme détaille parfois le type d'anomalies (tête, pièce intermédiaire, flagelle) et calcule un index d'anomalies multiples. Ces informations sont utiles au spécialiste, mais elles ne se lisent pas comme un score de fertilité.

Les cellules rondes et les leucocytes

Le laboratoire compte enfin les « cellules rondes », qui regroupent des cellules immatures de la lignée spermatique et des globules blancs (leucocytes). Lorsque les leucocytes sont nombreux, classiquement au-delà d'environ un million par millilitre, on parle de leucospermie, qui peut évoquer une inflammation ou une infection des voies génitales. Le médecin peut alors demander une spermoculture. Là encore, un chiffre isolé ne suffit pas à conclure.

Les sigles qui se combinent

Les termes peuvent se combiner. Une oligo-asthéno-tératozoospermie (souvent abrégée OATS ou OAT) signifie que la concentration, la mobilité et la morphologie sont toutes trois sous les références sur cet échantillon. Le mot impressionne, mais il décrit un résultat, pas un pronostic. Et quand tout est dans les références, le compte rendu parle de normozoospermie.

Les valeurs de référence de l'OMS 2021 et ce qu'elles signifient réellement

D'où viennent ces chiffres

Les valeurs de référence imprimées sur la plupart des comptes rendus viennent du manuel de laboratoire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l'examen du sperme humain. La 6e édition a été publiée en juillet 2021. Les chiffres qu'elle contient s'appuient sur une analyse de Campbell et ses collègues, publiée dans Andrology en 2021, qui a rassemblé les données de plus de 3 500 hommes de douze pays sur cinq continents. Tous avaient un point commun : leur partenaire avait obtenu une grossesse en douze mois ou moins.

Les chercheurs ont classé les résultats de ces hommes du plus bas au plus élevé, et retenu le 5e percentile, c'est-à-dire la valeur sous laquelle se situent seulement 5 % de ces hommes fertiles. C'est ce chiffre qui figure dans la colonne « référence » de votre compte rendu.

Ce que montrent les études
Étude : actualisation des distributions de valeurs du sperme pour le manuel OMS 2021 (Campbell et al., Andrology, 2021).
Effectif : plus de 3 500 hommes dont la partenaire avait conçu en douze mois ou moins, issus de douze pays et de cinq continents.
Résultat : les 5es percentiles retenus sont de 16 millions de spermatozoïdes par millilitre, 30 % de mobilité progressive, 42 % de mobilité totale et 4 % de formes typiques. Les auteurs précisent que ces valeurs ne constituent pas une frontière nette entre hommes fertiles et hommes hypofertiles.
Limite : de nombreux pays et certaines régions du monde ne sont pas représentés, et l'effectif reste inférieur à 4 000 hommes.

Le tableau des valeurs de référence

Voici les limites inférieures de référence (5es percentiles) de la 6e édition du manuel de l'OMS (2021), avec, pour comparaison, celles de l'édition précédente (2010), publiées par Cooper et ses collègues dans Human Reproduction Update.

| Paramètre | Référence OMS 2021 (5e percentile) | Référence OMS 2010 (5e percentile) | | :-- | :-- | :-- | | Volume de l'éjaculat | 1,4 mL | 1,5 mL | | Concentration | 16 millions par mL | 15 millions par mL | | Nombre total par éjaculat | 39 millions | 39 millions | | Mobilité totale (progressive et non progressive) | 42 % | 40 % | | Mobilité progressive | 30 % | 32 % | | Vitalité (spermatozoïdes vivants) | 54 % | 58 % | | Formes typiques (morphologie) | 4 % | 4 % | | pH | 7,2 ou plus (valeur de consensus) | 7,2 ou plus (valeur de consensus) |

Les écarts entre les deux éditions sont faibles. Ils reflètent surtout l'élargissement de la population étudiée, et non un changement de ce qu'est un sperme « normal ». Si votre compte rendu cite encore les valeurs de 2010, ce n'est pas une erreur grave : l'interprétation globale reste la même.

Ce que montrent les études
Étude : établissement des valeurs de référence de l'OMS 2010 (Cooper et al., Human Reproduction Update, 2010).
Effectif : échantillons de plus de 4 500 hommes de 14 pays sur quatre continents, dont un groupe de référence d'hommes ayant conçu en douze mois ou moins.
Résultat : limites inférieures de 1,5 mL pour le volume, 39 millions pour le nombre total, 15 millions par mL pour la concentration, 32 % de mobilité progressive et 4 % de formes typiques. La qualité du sperme du groupe de référence était supérieure à celle des hommes de la population générale.
Limite : les auteurs présentent ces valeurs comme un outil à utiliser avec les données cliniques, et non comme un critère de diagnostic à lui seul.

Ce qui a changé en 2021 : de la « norme » à la « limite de décision »

La 6e édition a introduit un changement de philosophie important, souligné par la revue critique de Boitrelle et ses collègues publiée en 2021 dans la revue Life. Le manuel abandonne l'idée de « seuil de normalité » et rappelle que le 5e percentile, à lui seul, ne suffit pas à diagnostiquer une infertilité masculine. Il propose à terme de raisonner en « limites de décision » cliniques, c'est-à-dire en valeurs qui aideraient à choisir une conduite à tenir. Mais, comme le notent les auteurs, aucune limite de décision chiffrée n'est encore proposée pour les paramètres de base.

En pratique, cela signifie que le médecin ne lit pas votre spermogramme comme une liste de cases cochées « normal » ou « anormal ». Il le lit comme un ensemble, en tenant compte de votre âge, de celui de votre partenaire, de la durée d'essai, de vos antécédents et de l'examen clinique.

Pourquoi ces seuils ne séparent pas les hommes fertiles des hommes stériles

Un percentile n'est pas une frontière

Reprenons le principe. Si 5 % des hommes fertiles ont une concentration sous 16 millions par millilitre, cela veut dire que des hommes ayant conçu rapidement ont des résultats sous la référence. À l'inverse, des hommes dont tous les chiffres sont au-dessus des références rencontrent des difficultés à concevoir, pour des raisons que le spermogramme ne mesure pas (qualité de l'ADN des spermatozoïdes, capacité à féconder, facteurs liés à la partenaire, fréquence des rapports).

Le spermogramme mesure une probabilité, pas une capacité. Plus les paramètres sont bas, plus le délai pour concevoir naturellement risque de s'allonger, mais il existe une large zone grise où tout reste possible.

La zone grise, documentée depuis plus de vingt ans

Une étude de référence publiée dans le New England Journal of Medicine a illustré ce chevauchement de façon très concrète.

Ce que montrent les études
Étude : comparaison des paramètres du sperme d'hommes de couples fertiles et infertiles (Guzick et al., New England Journal of Medicine, 2001).
Effectif : deux échantillons de sperme analysés pour chacun des hommes de 765 couples infertiles et de 696 couples fertiles, sur neuf centres.
Résultat : les auteurs décrivent une zone « hypofertile » (concentration inférieure à 13,5 millions par mL, mobilité inférieure à 32 %, formes typiques inférieures à 9 %), une zone « fertile » (plus de 48 millions par mL, plus de 63 % de mobilité, plus de 12 % de formes typiques) et, entre les deux, une large zone de fertilité indéterminée. Le chevauchement entre hommes fertiles et infertiles était important dans toutes les zones, et aucun paramètre n'était diagnostique de l'infertilité.
Limite : la morphologie a été évaluée avec des critères et des méthodes antérieurs au manuel actuel, et les seuils ne sont pas directement transposables aux références OMS de 2021.
Le message à retenir de cette étude est rassurant et exigeant à la fois. Rassurant, parce qu'un chiffre bas n'enferme personne dans une catégorie. Exigeant, parce qu'un spermogramme dans les références ne garantit pas non plus la fertilité, et ne dispense pas le couple d'un bilan complet.

Les deux partenaires, toujours ensemble

La fertilité est celle d'un couple. Un spermogramme modérément abaissé n'a pas la même signification si la partenaire a 28 ans et des cycles réguliers, ou si elle a 39 ans. C'est pourquoi les professionnels insistent pour que l'homme et la femme soient explorés en parallèle, et non l'un après l'autre. L'article âge et fertilité : comprendre son horloge biologique explique pourquoi le facteur temps pèse dans les décisions, et comprendre la fertilité : ovulation, fécondation et facteurs clés rappelle les étapes nécessaires à une grossesse.

La variabilité d'un examen à l'autre : pourquoi on refait presque toujours un spermogramme

Un même homme, des résultats très différents

C'est sans doute l'information la plus importante de cet article. Les paramètres du sperme varient beaucoup chez un même homme, d'un prélèvement à l'autre, même quand rien n'a changé dans sa vie. Un résultat très bas peut être suivi, trois mois plus tard, d'un résultat dans les références, et inversement.

Ce que montrent les études
Étude : variation des paramètres du sperme chez un même homme et entre hommes (Keel, Fertility and Sterility, 2006).
Effectif : 74 hommes consultant pour infertilité (479 éjaculats au total) et 65 donneurs de sperme (2 043 éjaculats au total), chacun ayant fourni au moins cinq échantillons.
Résultat : la variation d'un échantillon à l'autre chez un même homme (coefficient de variation intra-individuel) atteignait 54,2 % pour le nombre de spermatozoïdes chez les patients et 45,8 % chez les donneurs. Un minimum de trois échantillons était nécessaire pour obtenir une estimation fiable.
Limite : étude rétrospective d'un seul laboratoire, avec des méthodes d'analyse antérieures au manuel actuel.
Concrètement, une variation de l'ordre de 50 % signifie qu'un homme dont la « vraie » moyenne serait de 30 millions par millilitre peut tout à fait obtenir 15 millions sur un prélèvement et 45 millions sur un autre. Conclure sur la base d'un seul examen expose donc à des erreurs dans les deux sens.

Ce qui peut faire baisser ponctuellement un résultat

Plusieurs situations, souvent banales, peuvent abaisser temporairement les paramètres :

  • une fièvre dans les trois mois précédents, même pour une simple grippe, car la chaleur interne perturbe la production en cours ;
  • une abstinence trop courte ou trop longue par rapport aux deux à sept jours recommandés ;
  • un recueil incomplet, en particulier la perte du début de l'éjaculat ;
  • le stress du recueil lui-même, dans une pièce inconnue et dans un temps contraint ;
  • certains médicaments, à signaler systématiquement au médecin (traitements hormonaux, certaines chimiothérapies, certains traitements de fond) ;
  • un délai d'acheminement trop long ou une exposition au froid si le recueil a été fait à domicile, ce qui affecte surtout la mobilité.

Quand refaire l'examen

Pour toutes ces raisons, un spermogramme qui sort des références est presque toujours contrôlé. Le délai est fixé par le médecin selon la situation. Il est souvent d'environ trois mois, ce qui correspond à un cycle complet de production des spermatozoïdes, mais il peut être plus court quand le temps compte (par exemple si la partenaire a plus de 35 ans) ou quand un problème de recueil est évident. Si une fièvre est survenue peu avant l'examen, il est généralement plus logique d'attendre que ses effets se soient dissipés.

Ce délai de contrôle n'est pas un temps perdu. Il peut être mis à profit pour compléter le bilan de la partenaire, et pour mettre en place les changements d'hygiène de vie décrits plus loin, dont les effets éventuels apparaîtront justement sur le prélèvement suivant.

Se préparer correctement pour un résultat exploitable

Avant l'examen

Quelques consignes simples augmentent les chances d'obtenir un résultat représentatif :

  • respectez un délai d'abstinence de deux à sept jours, idéalement le même d'un examen à l'autre pour pouvoir comparer ;
  • prévenez le laboratoire et le médecin si vous avez eu de la fièvre dans les trois derniers mois ;
  • signalez tous les médicaments et compléments alimentaires que vous prenez, y compris ceux achetés sans ordonnance ou en salle de sport ;
  • évitez les situations de forte chaleur (sauna, bain très chaud) dans les semaines qui précèdent, même si leur effet sur un examen isolé est difficile à mesurer.

Le jour du recueil

Le recueil se fait le plus souvent au laboratoire, dans une pièce dédiée, après un lavage des mains et du sexe selon les consignes fournies. Recueillez la totalité de l'éjaculat dans le flacon stérile. L'usage d'un préservatif classique ou de lubrifiants est à proscrire, car ils peuvent altérer les spermatozoïdes. Si vous éprouvez des difficultés à éjaculer dans ce contexte, parlez-en à l'équipe : des solutions existent, comme un recueil à domicile avec un délai d'acheminement court et un transport à température corporelle, si le laboratoire l'accepte.

Après l'examen : lire le compte rendu à deux et avec le médecin

Vous recevrez souvent le résultat avant le rendez-vous avec le prescripteur. Lisez-le si vous le souhaitez, mais gardez les questions pour la consultation, et notez-les. Un compte rendu de spermogramme est un document technique, rédigé pour un professionnel. Le médecin est la bonne personne pour vous dire ce qu'il signifie dans votre situation.

Les anomalies fréquentes et ce qu'elles impliquent

Une oligozoospermie modérée

Une concentration ou un nombre total légèrement sous les références, sur un seul examen, est une situation fréquente. Après contrôle, elle se normalise parfois. Si elle se confirme, elle allonge le délai probable de conception sans l'interdire. Le bilan cherchera une cause (varicocèle, déséquilibre hormonal, exposition toxique, antécédent de testicule non descendu dans l'enfance), mais dans une proportion importante de cas, aucune cause précise n'est retrouvée.

Une oligozoospermie sévère ou une azoospermie

Quand la concentration est très basse (quelques millions par millilitre ou moins) ou nulle, le bilan devient plus approfondi : examen andrologique, dosages hormonaux, échographie, et souvent examens génétiques. Une azoospermie n'a pas une seule signification. Elle peut être « obstructive », quand les spermatozoïdes sont produits mais ne peuvent pas sortir à cause d'un blocage des voies génitales, ou « non obstructive », quand la production testiculaire elle-même est très réduite. Dans les deux cas, des solutions peuvent exister, y compris la recherche chirurgicale de spermatozoïdes dans le testicule, réalisée dans des centres spécialisés. Une azoospermie justifie une consultation spécialisée rapide, sans attendre.

Une asthénozoospermie isolée

Une mobilité progressive basse, avec un nombre de spermatozoïdes correct, peut être liée au recueil (délai d'acheminement, froid), à une infection, à la présence d'anticorps dirigés contre les spermatozoïdes, à une varicocèle ou à des habitudes de vie. Un contrôle et parfois des examens ciblés (spermoculture, recherche d'anticorps antispermatozoïdes) permettent d'y voir plus clair.

Une tératozoospermie isolée

Une morphologie sous 4 % avec des autres paramètres corrects est un résultat fréquent et souvent anxiogène, alors qu'il est celui dont la valeur pronostique, pris isolément, est la plus discutée. Il ne signifie pas que les enfants à naître seraient « mal formés » : les spermatozoïdes de forme atypique ne sont pas des spermatozoïdes porteurs d'anomalies génétiques au sens où on l'entend souvent. Certaines anomalies très particulières, rares, où presque tous les spermatozoïdes présentent le même défaut, relèvent en revanche d'un avis spécialisé.

Une leucospermie

Un nombre élevé de globules blancs dans le sperme peut évoquer une infection ou une inflammation des voies génitales (prostate, épididyme, vésicules séminales). Le médecin pourra demander une spermoculture et un examen d'urine. Un traitement adapté, s'il est justifié, relève exclusivement du médecin.

Les examens complémentaires quand le spermogramme est anormal

L'examen clinique andrologique

L'examen par un andrologue ou un urologue est une étape essentielle, et souvent négligée. Il comprend un interrogatoire détaillé (antécédents dans l'enfance, infections, chirurgies, traitements, expositions professionnelles, consommation de tabac, d'alcool, de cannabis, de produits dopants) et un examen des organes génitaux : volume des testicules, palpation des épididymes et des canaux déférents, recherche d'une varicocèle (dilatation des veines autour du testicule).

Cet examen peut aussi détecter une anomalie qui nécessite une prise en charge rapide pour votre propre santé. Toute grosseur ou induration d'un testicule, même indolore, doit amener à consulter sans attendre.

Le bilan hormonal

Un dosage de la FSH, de la LH et de la testostérone, parfois de la prolactine, renseigne sur le fonctionnement de l'axe hormonal qui commande la production de spermatozoïdes. Une FSH élevée peut orienter vers une atteinte de la production testiculaire, une FSH et une LH basses vers un problème de commande hormonale, ce qui est notamment le cas lorsqu'un homme prend de la testostérone ou d'autres produits hormonaux. Sur la place de la testostérone dans la santé masculine en général, vous pouvez lire testostérone basse et fatigue chez l'homme : un trouble sous-diagnostiqué.

L'échographie scrotale et parfois prostatique

L'échographie précise le volume et la structure des testicules, confirme une varicocèle et peut, par voie endorectale, explorer la prostate et les vésicules séminales quand le volume ou le pH évoquent une obstruction.

Les examens génétiques

En cas d'azoospermie ou d'oligozoospermie très sévère, le médecin propose habituellement un caryotype (l'étude des chromosomes) et la recherche de microdélétions du chromosome Y. Quand les canaux déférents ne sont pas palpables, une recherche de mutations du gène impliqué dans la mucoviscidose est souvent réalisée. Ces examens ont des conséquences pour le couple et la descendance, et s'accompagnent d'un conseil génétique.

Les tests fonctionnels du sperme

Selon les centres, d'autres examens peuvent compléter le bilan : le test de migration-survie, qui évalue combien de spermatozoïdes mobiles peuvent être récupérés après une préparation similaire à celle utilisée en AMP, la recherche d'anticorps antispermatozoïdes, ou l'étude de la fragmentation de l'ADN des spermatozoïdes. Ce dernier examen est décrit dans le manuel de l'OMS de 2021, mais sa place exacte dans les décisions reste discutée, et il n'est pas systématique.

Quand consulter un andrologue, un urologue ou un centre d'AMP

Les situations où il faut consulter rapidement

Certaines situations justifient un avis spécialisé sans attendre un deuxième examen ou plusieurs mois d'essais :

  • une azoospermie ou une cryptozoospermie sur le compte rendu ;
  • une concentration très basse, de l'ordre de quelques millions par millilitre ;
  • une grosseur, une douleur ou une modification de volume d'un testicule ;
  • des antécédents de testicule non descendu, de torsion, d'oreillons compliqués à l'âge adulte, de chimiothérapie ou de radiothérapie ;
  • une prise actuelle ou passée de testostérone, de stéroïdes anabolisants ou de DHEA sans suivi médical ;
  • une partenaire de plus de 35 ans, pour qui chaque mois compte.
Dans ces cas, ne vous contentez pas de « refaire un spermogramme dans trois mois » sans avis : l'examen clinique et les dosages hormonaux apportent souvent des informations décisives.

Qui fait quoi

Le médecin généraliste ou le gynécologue de la partenaire prescrit souvent le premier spermogramme. L'andrologue est le spécialiste de la fertilité masculine. En France, cette compétence est souvent exercée par des urologues, des endocrinologues ou des biologistes de la reproduction. Les centres d'AMP, souvent adossés à un laboratoire de biologie de la reproduction et à un centre d'étude et de conservation des œufs et du sperme (CECOS), réunissent ces compétences et peuvent organiser l'ensemble du bilan du couple. Le spermogramme est réalisé sur prescription médicale et remboursé dans les conditions habituelles de l'Assurance maladie.

Ce que le spermogramme oriente pour la suite

Le résultat ne sert pas seulement à « classer » une situation. Il aide aussi à orienter les choix si une aide médicale à la procréation devient nécessaire : selon le nombre de spermatozoïdes mobiles récupérables, l'équipe peut proposer une insémination intra-utérine, une fécondation in vitro classique ou une fécondation in vitro avec micro-injection (ICSI), où un seul spermatozoïde est injecté dans chaque ovocyte. Des résultats même très bas n'excluent donc pas un projet d'enfant biologique. Pour les couples qui envisagent un accompagnement complémentaire pendant ce parcours, l'article acupuncture et PMA : accompagner la procréation médicalement assistée fait le point sur ce que l'on sait.

Ce qui peut améliorer les paramètres, et en combien de temps

Cette partie arrive volontairement après les examens médicaux. Les changements d'hygiène de vie sont utiles, souvent bénéfiques pour la santé générale, et parfois associés à de meilleurs paramètres du sperme. Mais ils complètent le bilan, ils ne le remplacent pas, et ils ne doivent jamais retarder une consultation spécialisée. Les études disponibles sont, pour la plupart, des études d'observation : elles montrent des associations, et mesurent surtout des paramètres du sperme plutôt que des naissances.

Rappelez-vous aussi le délai biologique : les spermatozoïdes analysés dans trois mois sont ceux qui commencent leur fabrication aujourd'hui. C'est le bon horizon pour juger d'un changement.

Arrêter le tabac

Le tabac est le facteur modifiable le mieux documenté.

Ce que montrent les études
Étude : revue systématique et méta-analyse sur le tabagisme et la qualité du sperme (Sharma et al., European Urology, 2016).
Effectif : 20 études regroupant 5 865 hommes suivis dans des consultations de fertilité, d'urologie et des laboratoires d'andrologie.
Résultat : le tabagisme était associé à une concentration plus basse (en moyenne 9,7 millions par mL de moins), à une mobilité réduite (environ 3,5 points de moins) et à une morphologie un peu moins bonne (environ 1,4 point de moins). L'effet était plus marqué chez les fumeurs modérés et gros fumeurs, et chez les hommes infertiles.
Limite : études d'observation, qui ne permettent pas de démontrer à elles seules un lien de cause à effet ni de chiffrer précisément le bénéfice de l'arrêt.
L'arrêt du tabac est bénéfique pour la santé du futur père, pour la partenaire exposée au tabagisme passif, et pour l'enfant à naître. Vous n'avez pas à le faire seul : Tabac Info Service (39 89) propose un accompagnement gratuit par des tabacologues, et votre médecin peut prescrire des substituts nicotiniques. Certaines personnes s'appuient aussi sur un accompagnement complémentaire, comme l'hypnose, en plus de ces aides : l'article arrêter de fumer avec l'hypnose en présente les données et les limites.

Agir sur le poids, sans régime extrême

Ce que montrent les études
Étude : revue systématique et méta-analyse collaborative sur l'indice de masse corporelle (IMC) et le nombre de spermatozoïdes (Sermondade et al., Human Reproduction Update, 2013).
Effectif : 21 études, 13 077 hommes de la population générale et de consultations de fertilité.
Résultat : par rapport aux hommes de poids normal, le risque d'oligozoospermie ou d'azoospermie était un peu plus élevé en cas de surpoids (rapport de cotes 1,11), plus élevé en cas d'obésité (1,28) et environ doublé en cas d'obésité morbide (2,04).
Limite : les populations étudiées étaient hétérogènes, et l'étude ne permet pas de dire si une perte de poids améliore les paramètres. Les auteurs appellent à d'autres travaux sur ce point.
L'excès de tissu adipeux modifie l'équilibre hormonal (une partie de la testostérone est transformée en œstrogènes dans la graisse) et augmente la chaleur autour des testicules. Une perte de poids progressive, accompagnée d'une activité physique régulière, est raisonnable pour la santé générale. Les régimes très restrictifs, à l'inverse, peuvent eux-mêmes perturber l'axe hormonal. L'article obésité et surpoids : des facteurs multiples, au-delà de la volonté aborde cette question sans culpabilisation, et un professionnel de la nutrition peut vous aider à construire un plan réaliste.

Limiter la chaleur sur les testicules

Ce n'est pas un hasard si les testicules sont situés à l'extérieur du corps. La production de spermatozoïdes fonctionne de façon optimale à une température légèrement inférieure à celle du reste de l'organisme.

Ce que montrent les études
Étude : revue des causes, des effets et des mécanismes du stress thermique testiculaire (Durairajanayagam et al., Reproductive BioMedicine Online, 2015).
Effectif : revue narrative de la littérature animale et humaine, sans méta-analyse.
Résultat : une élévation de la température testiculaire perturbe la production des spermatozoïdes et peut dégrader leur qualité, par des mécanismes qui incluent la mort programmée des cellules germinales et des lésions de l'ADN. Les auteurs décrivent des sources externes (bains chauds, sauna, ordinateur posé sur les cuisses, position assise prolongée, expositions professionnelles) et internes (fièvre, varicocèle, obésité).
Limite : il s'agit d'une revue narrative, et l'ampleur de l'effet chez l'homme, en conditions de vie courante, est difficile à chiffrer précisément.
En pratique, et sans tomber dans l'excès : espacez les saunas et les bains très chauds pendant la période où vous essayez de concevoir, évitez de poser un ordinateur portable directement sur les cuisses, levez-vous régulièrement si vous restez assis toute la journée, et parlez à votre médecin du travail si vous êtes exposé à de fortes chaleurs. L'article thermorégulation et longévité : douche froide, sauna et hormèse rappelle d'ailleurs que les bénéfices supposés du sauna ne valent pas pour tous les projets de santé. Les sous-vêtements amples sont parfois conseillés, avec des données d'observation qui suggèrent un effet modeste.

Alcool, cannabis, sommeil, stress

Une consommation importante d'alcool et la consommation régulière de cannabis sont associées, dans des études d'observation, à une moins bonne qualité du sperme. Réduire ou arrêter ces consommations est raisonnable pendant un projet de grossesse. Si vous avez du mal à le faire, Alcool Info Service (0 980 980 930) et Drogues Info Service (0 800 23 13 13) proposent une écoute gratuite et anonyme.

Le stress, enfin, est omniprésent dans un parcours de fertilité, et le spermogramme lui-même peut en être une source. Son lien direct avec la qualité du sperme est difficile à établir, mais il pèse sur le sommeil, la sexualité et la relation de couple. L'article stress et fertilité : l'impact du mental sur la conception propose des repères pour traverser cette période.

L'alimentation

Les études d'observation associent une alimentation de type méditerranéen (légumes, fruits, céréales complètes, légumineuses, poissons, fruits à coque, huile d'olive) à de meilleurs paramètres du sperme que les régimes riches en produits ultratransformés, en viandes transformées et en boissons sucrées. Ces associations ne démontrent pas un effet direct, mais ce type d'alimentation est bénéfique pour la santé générale du couple. Pour des repères concrets, consultez alimentation et fertilité : les nutriments qui soutiennent votre projet bébé.

Les compléments antioxydants : des résultats contrastés

Les rayons des pharmacies et les sites spécialisés regorgent de compléments « fertilité masculine » à base de zinc, de sélénium, de vitamines C et E, de coenzyme Q10, de L-carnitine ou d'acide folique. Ils reposent sur une hypothèse plausible : une partie des anomalies du sperme serait liée au stress oxydatif. Les essais disponibles donnent pourtant des résultats nuancés.

Ce que montrent les études
Étude : revue Cochrane sur les antioxydants dans l'hypofertilité masculine (de Ligny et al., Cochrane Database of Systematic Reviews, 2022).
Effectif : 90 essais randomisés, 10 303 hommes de couples suivis en consultation de fertilité, comparant différents antioxydants à un comprimé sans principe actif ou à l'absence de traitement.
Résultat : les antioxydants pourraient être associés à davantage de naissances vivantes (rapport de cotes 1,43, à partir de 12 essais et 1 283 hommes), mais avec un niveau de certitude très faible. Lorsque les essais à risque élevé de biais étaient retirés, cette différence n'était plus retrouvée.
Limite : des essais souvent petits, de méthodologie inégale, et une minorité seulement mesurant les naissances.
Deux grands essais américains, plus rigoureux, n'ont pas retrouvé de bénéfice. L'essai FAZST (Schisterman et al., JAMA, 2020), mené chez 2 370 couples, a comparé six mois d'acide folique (5 mg) et de zinc (30 mg) à un comprimé inactif chez les hommes : le taux de naissances était de 34 % contre 35 %, les paramètres du sperme n'étaient pas améliorés, et la fragmentation de l'ADN des spermatozoïdes était même légèrement plus élevée dans le groupe supplémenté, avec davantage de troubles digestifs. L'essai MOXI (Steiner et al., Fertility and Sterility, 2020), mené chez 174 hommes présentant des paramètres altérés, n'a pas montré d'amélioration de la concentration, de la mobilité, de la morphologie ni de la fragmentation de l'ADN après trois mois d'un mélange de sept antioxydants.

La conclusion la plus honnête est donc la suivante : un complément antioxydant n'est pas un traitement d'une anomalie du spermogramme, et le bénéfice attendu, s'il existe, reste incertain. Si vous envisagez d'en prendre, parlez-en au médecin qui vous suit, notamment pour éviter les surdosages (zinc, sélénium, vitamine E) et les associations inutiles. Le guide compléments et fertilité : vitamines et minéraux détaille ce qui est documenté et ce qui ne l'est pas.

Testostérone, DHEA et « boosters » : un danger réel pour la production de spermatozoïdes

Un paradoxe hormonal mal connu

C'est l'erreur la plus fréquente, et parfois la plus lourde de conséquences. Face à un spermogramme décevant, à une fatigue ou à une baisse de libido, certains hommes se tournent vers la testostérone, la DHEA ou des produits vendus comme des « boosters de testostérone », parfois sur les conseils d'une salle de sport ou d'un site internet. L'intuition semble logique : plus d'hormone masculine, plus de spermatozoïdes. C'est l'inverse qui se produit.

La production de spermatozoïdes dépend d'un dialogue entre le cerveau (hypothalamus et hypophyse) et les testicules. L'hypophyse sécrète deux hormones, la LH et la FSH, qui stimulent les testicules. La testostérone produite localement, à très forte concentration à l'intérieur du testicule, est indispensable à la fabrication des spermatozoïdes. Quand on apporte de la testostérone de l'extérieur, le cerveau détecte un niveau suffisant dans le sang et coupe la production de LH et de FSH. Résultat : les testicules ne sont plus stimulés, la testostérone interne au testicule s'effondre, et la production de spermatozoïdes chute, parfois jusqu'à disparaître.

Un effet si net qu'il a été étudié comme contraception masculine

Ce que montrent les études
Étude : essai multicentrique de l'OMS sur l'azoospermie induite par la testostérone (WHO Task Force on methods for the regulation of male fertility, The Lancet, 1990).
Effectif : 271 hommes en bonne santé et fertiles, recevant une injection hebdomadaire de 200 mg d'énanthate de testostérone, dans dix centres de sept pays.
Résultat : 65 % des hommes n'avaient plus aucun spermatozoïde dans l'éjaculat (azoospermie) au bout de six mois, avec un délai moyen de 120 jours. Après l'arrêt, le délai médian de retour à 20 millions de spermatozoïdes par mL était de 3,7 mois, et de 6,7 mois pour revenir à la concentration de départ.
Limite : hommes jeunes, en bonne santé, suivis médicalement avec des doses contrôlées, ce qui ne reflète pas les situations d'automédication à fortes doses.
Une analyse ultérieure, regroupant les données individuelles de 1 549 hommes issues de 30 études de contraception hormonale masculine (Liu et al., The Lancet, 2006), a confirmé que la production revenait chez ces volontaires suivis médicalement : 67 % avaient retrouvé une concentration de 20 millions par mL dans les six mois suivant l'arrêt, 90 % dans les douze mois et la totalité dans les 24 mois. Mais la récupération était plus lente lorsque le traitement avait été long et lorsque les préparations de testostérone étaient à action prolongée.

Ces chiffres, obtenus chez des volontaires encadrés, ne garantissent rien dans les situations d'automédication : doses élevées, associations de plusieurs produits, utilisation pendant des années, produits de composition inconnue. Dans ces contextes, la récupération peut être beaucoup plus longue et nécessiter une prise en charge spécialisée.

Ce qu'il faut retenir en pratique

  • Ne prenez jamais de testostérone, de stéroïdes anabolisants ou de DHEA sans prescription et sans suivi médical, en particulier si vous avez un projet d'enfant. La DHEA est un précurseur hormonal qui peut être transformé en androgènes et en œstrogènes dans l'organisme, et son usage en automédication expose à des déséquilibres hormonaux difficiles à prévoir.
  • Méfiez-vous des « boosters » vendus en ligne : certains produits de ce type peuvent contenir des substances hormonales non déclarées sur l'étiquette.
  • Si vous en prenez ou en avez pris, dites-le au médecin, même si cela vous gêne. C'est une information essentielle pour interpréter le spermogramme et le bilan hormonal, et une prise en charge adaptée existe. N'arrêtez pas brutalement un traitement prescrit sans en parler à votre médecin.
  • Une testostérone basse avérée se traite autrement chez un homme qui veut concevoir. Le médecin dispose d'autres options que la testostérone elle-même. Pour comprendre ce qui relève du vieillissement normal ou d'un véritable déficit, l'article andropause : comprendre la baisse de testostérone liée à l'âge apporte des repères.

Le contexte : les spermogrammes ont-ils vraiment baissé ?

Vous avez peut-être lu que « la qualité du sperme s'effondre ». Une méta-régression publiée dans Human Reproduction Update (Levine et al., 2017), portant sur 185 études et 42 935 hommes ayant donné un échantillon entre 1973 et 2011, a estimé une baisse de 52,4 % de la concentration moyenne chez les hommes occidentaux non sélectionnés sur leur fertilité. Ce résultat a fait débat, notamment sur la comparabilité des méthodes de laboratoire d'une époque à l'autre. Il ne dit rien de votre situation personnelle, mais il rappelle que des facteurs d'environnement et de mode de vie sont étudiés de près, et que les valeurs de référence elles-mêmes sont régulièrement réévaluées.

Traverser l'attente des résultats à deux

Un spermogramme anormal touche souvent l'estime de soi de l'homme, parfois son sentiment de virilité, alors qu'il n'a rien à voir avec elle. Beaucoup d'hommes se taisent, minimisent ou au contraire se sentent coupables. La partenaire, de son côté, peut se sentir impuissante ou avoir l'impression de devoir porter seule le parcours. Parler de ce que l'on ressent, à deux, et le cas échéant avec un psychologue, fait partie du soin.

Quelques réflexes aident :

  • lisez le compte rendu ensemble, et préparez ensemble les questions pour la consultation ;
  • allez au rendez-vous à deux quand c'est possible ;
  • rappelez-vous qu'un résultat décrit un échantillon, à un moment donné, pas une personne ;
  • évitez de multiplier les recherches nocturnes sur internet, qui alimentent surtout l'angoisse ;
  • maintenez une sexualité qui ne soit pas uniquement organisée autour de l'ovulation, quand c'est possible.
Si l'anxiété devient envahissante, si vous ne dormez plus ou si des idées noires apparaissent, parlez-en à votre médecin. En cas de détresse, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement 24 heures sur 24.

Les approches complémentaires, à leur juste place

Pendant le bilan et un éventuel parcours d'AMP, certains hommes et couples trouvent utile un accompagnement complémentaire : un diététicien-nutritionniste pour l'alimentation et le poids, un accompagnement à l'arrêt du tabac, ou une approche de gestion du stress comme la sophrologie ou l'hypnose. Ces approches peuvent aider à adopter des habitudes plus favorables et à mieux vivre l'attente. Elles ne remplacent ni le spermogramme de contrôle, ni l'examen andrologique, ni les traitements proposés par l'équipe médicale, et aucune ne peut promettre d'améliorer un résultat.

Si vous souhaitez être accompagné par un professionnel en parallèle de votre suivi médical, vous pouvez trouver un praticien près de chez vous dans l'annuaire ViziWell. Choisissez une personne qui travaille en lien avec votre équipe médicale, qui ne vous demande jamais d'arrêter un traitement ou de repousser un examen, et qui ne vend pas de compléments hormonaux.

FAQ : vos questions sur le spermogramme

Comment lire les résultats d'un spermogramme ?

Comparez chaque ligne (volume, concentration, nombre total, mobilité progressive, vitalité, formes typiques) à la colonne de référence, qui correspond généralement aux 5es percentiles du manuel de l'OMS de 2021. Un chiffre sous la référence signale qu'il faut en parler avec le médecin et, le plus souvent, contrôler l'examen. Il ne constitue pas un diagnostic à lui seul. Regardez aussi le délai d'abstinence et les remarques sur le recueil, qui peuvent expliquer un résultat inhabituel.

Quelles sont les valeurs normales de l'OMS pour le sperme ?

Les limites inférieures de référence de l'OMS 2021 sont de 1,4 mL pour le volume, 16 millions de spermatozoïdes par mL, 39 millions par éjaculat, 42 % de mobilité totale, 30 % de mobilité progressive, 54 % de spermatozoïdes vivants et 4 % de formes typiques, avec un pH d'au moins 7,2. Ce sont des repères statistiques issus d'hommes fertiles, pas des seuils au-dessous desquels une grossesse serait impossible.

Un spermogramme anormal signifie-t-il que je suis stérile ?

Non. Des hommes ayant conçu en moins d'un an ont des paramètres sous les références, et le nombre de spermatozoïdes varie d'environ 50 % d'un prélèvement à l'autre chez un même homme. Un résultat anormal justifie un contrôle et un avis médical. Même lorsque les anomalies se confirment, y compris en cas de résultats très bas, des solutions existent, de l'aide médicale à la procréation à la recherche chirurgicale de spermatozoïdes. Seule l'azoospermie confirmée, sans aucun spermatozoïde, impose un bilan spécialisé rapide.

Faut-il refaire un spermogramme, et après combien de temps ?

Oui, presque toujours quand le premier résultat sort des références. Le médecin fixe le délai, souvent autour de trois mois, ce qui correspond au cycle de production des spermatozoïdes, mais parfois plus tôt si l'âge de la partenaire impose d'avancer vite ou si le recueil a posé problème. Respectez si possible le même délai d'abstinence pour pouvoir comparer les deux examens.

Comment se préparer avant un spermogramme ?

Respectez une abstinence de deux à sept jours, signalez toute fièvre survenue dans les trois mois précédents, ainsi que vos médicaments et compléments, y compris ceux achetés sans ordonnance. Le jour du recueil, suivez les consignes d'hygiène du laboratoire, recueillez la totalité de l'éjaculat dans le flacon et prévenez l'équipe si une partie a été perdue. Évitez préservatifs classiques et lubrifiants.

La testostérone ou la DHEA peuvent-elles améliorer mon spermogramme ?

Non, et c'est l'inverse qu'il faut craindre. La testostérone apportée de l'extérieur freine les hormones qui stimulent les testicules et peut faire disparaître les spermatozoïdes de l'éjaculat : dans un essai de l'OMS, 65 % des hommes recevant de la testostérone n'avaient plus de spermatozoïdes au bout de six mois. La DHEA est un précurseur hormonal qui ne doit pas être pris en automédication. Si vous prenez l'un de ces produits, parlez-en à votre médecin avant tout arrêt ou toute modification.

Ce qu'il faut retenir

  • Un spermogramme se lit ligne par ligne, mais s'interprète comme un ensemble, avec un médecin, en tenant compte du couple et de son histoire.
  • Les références de l'OMS 2021 (16 millions par mL, 39 millions par éjaculat, 30 % de mobilité progressive, 4 % de formes typiques) sont des 5es percentiles d'hommes fertiles, pas des frontières entre fertilité et stérilité.
  • Le nombre de spermatozoïdes peut varier d'environ 50 % d'un examen à l'autre : un résultat isolé appelle presque toujours un contrôle.
  • Certaines situations imposent un avis rapide auprès d'un andrologue, d'un urologue ou d'un centre d'AMP : azoospermie, concentration très basse, anomalie d'un testicule, prise de produits hormonaux, partenaire de plus de 35 ans.
  • Arrêter le tabac, agir sur le poids et limiter la chaleur sur les testicules sont des leviers raisonnables, en complément du bilan médical, à juger sur un horizon d'environ trois mois.
  • Les compléments antioxydants n'ont pas fait la preuve d'un bénéfice solide dans les essais les plus rigoureux.
  • Testostérone, stéroïdes anabolisants et DHEA en automédication peuvent effondrer la production de spermatozoïdes : n'en prenez jamais sans avis médical.

Sources

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⚕️ Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié.

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FW

Fabrice Wigishoff

Fondateur de ViziWell · Supervision éditoriale

Triple master en hypnose thérapeutique, 30 ans d'expérience en hypnothérapie et coaching. Spécialiste de l'arrêt du tabac, gestion du stress et préparation mentale. Passionné de neurosciences, Fabrice décrypte les études cliniques mondiales pour rendre les thérapies complémentaires accessibles à tous.

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Auteurs des sources scientifiques

TC

Trevor G. Cooper

Centre of Reproductive Medicine and Andrology, University of Münster, Münster, Germany

WL

Wiep de Ligny

Chercheur en médecine de la reproduction — Radboud University Medical Center

AS

Anne Z. Steiner

Department of Obstetrics and Gynecology, University of North Carolina, Chapel Hill, USA

BK

Brooks A. Keel

Department of Biomedical Sciences, Florida State University College of Medicine, Tallahassee, Florida, USA

MC

Martin J. Campbell

Division of Systems Medicine, School of Medicine, Ninewells Hospital and Medical School, University of Dundee, Dundee, Scotland