Régime méditerranéen et santé mentale : ce que montrent les preuves
Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie
🔎 Réponse en bref : Chez des adultes souffrant de dépression modérée à sévère, l'essai randomisé australien SMILES (Jacka et al., BMC Medicine, 2017) a observé une rémission des symptômes chez 32 % des participants ayant reçu un accompagnement vers une alimentation de type méditerranéen, contre 8 % dans le groupe témoin, sur 12 semaines. Le niveau de preuve reste modéré : peu d'essais, petits effectifs, effet complémentaire et non substitutif. Le régime méditerranéen apparaît comme un levier d'appoint prometteur pour l'humeur, à intégrer à un suivi médical, jamais à la place d'une psychothérapie, d'un traitement ou d'un accompagnement psychiatrique.Vous traversez une période où l'humeur reste basse depuis des semaines, la fatigue s'installe, et une question revient : est-ce que changer mon assiette pourrait vraiment m'aider à aller mieux ? La promesse d'un régime « anti-déprime » circule beaucoup, souvent sur un ton excessif. Cet article prend le parti inverse : regarder honnêtement ce que les études établissent, ce qu'elles n'établissent pas, et quels gestes concrets sont réellement documentés. Le tout sans jamais présenter l'alimentation comme un remplacement d'une prise en charge professionnelle.
Pourquoi relier l'assiette et l'humeur ?
L'idée d'un lien entre alimentation et santé mentale n'est plus marginale. Depuis une quinzaine d'années, un champ de recherche entier, la « psychiatrie nutritionnelle », s'est structuré autour d'une observation répétée : les personnes dont l'alimentation est de meilleure qualité présentent, en moyenne, moins de symptômes dépressifs que celles dont l'alimentation est très transformée, riche en sucres rapides et pauvre en végétaux.
Le régime méditerranéen sert de modèle central à ces travaux parce qu'il est facile à décrire et à mesurer. Il repose sur une base de légumes, de fruits, de légumineuses, de céréales complètes, de fruits à coque, d'huile d'olive comme corps gras principal, une consommation régulière de poisson, une place modérée pour les produits laitiers et la volaille, et une place très réduite pour la viande rouge, les charcuteries et les aliments ultra-transformés.
Attention toutefois à ne pas inverser la logique. Constater que deux choses vont souvent ensemble ne prouve pas que l'une cause l'autre. Une personne déprimée peut cuisiner moins, perdre l'appétit ou se tourner vers des aliments réconfortants : dans ce cas, c'est la dépression qui dégrade l'alimentation, et non l'inverse. C'est précisément pour trancher cette question du sens de la relation que les essais randomisés sont indispensables. Pour bien situer ce dont on parle, il peut être utile de revoir d'abord ce que recouvrent réellement les symptômes et les formes de la dépression.
Des mécanismes biologiques plausibles
Plusieurs voies biologiques rendent ce lien crédible, sans qu'aucune ne soit à elle seule démontrée comme responsable de l'effet.
- L'inflammation de bas grade. La dépression s'accompagne fréquemment de marqueurs inflammatoires élevés. Or une alimentation riche en végétaux, en fibres et en acides gras insaturés tend à réduire ces marqueurs, tandis qu'une alimentation très transformée les augmente.
- Le microbiote intestinal. Les bactéries de l'intestin dialoguent avec le cerveau via ce que l'on appelle l'axe intestin-cerveau. Les fibres et les polyphénols du régime méditerranéen nourrissent un microbiote plus diversifié, associé dans plusieurs travaux à un meilleur équilibre de l'humeur. Certaines bactéries participent à la production de composés impliqués dans la signalisation nerveuse, ce qui donne à l'intestin le surnom de « deuxième cerveau ». Ce domaine reste toutefois exploratoire, et il serait prématuré d'en tirer des recommandations précises.
- Le stress oxydatif. Les antioxydants apportés par les fruits, les légumes et l'huile d'olive pourraient limiter les dommages cellulaires observés dans le cerveau des personnes dépressives.
- Les oméga-3. Les acides gras des poissons gras participent à la fluidité des membranes neuronales et à la régulation de la neurotransmission.
Le rôle des nutriments impliqués dans l'humeur
Au-delà des grands équilibres, certains nutriments reviennent régulièrement dans les travaux sur l'humeur. Il ne s'agit pas de les consommer isolément, mais de comprendre pourquoi une assiette variée compte.
- Les folates et les vitamines du groupe B, présents dans les légumes verts, les légumineuses et les céréales complètes, participent à la synthèse des neurotransmetteurs.
- Le magnésium, apporté par les fruits à coque, les légumineuses et les céréales complètes, intervient dans la régulation du stress.
- Le tryptophane, un acide aminé précurseur de la sérotonine, se trouve dans une alimentation protéinée équilibrée.
- Le fer et le zinc, dont un déficit peut s'accompagner de fatigue et de baisse de moral, sont couverts par une alimentation diversifiée.
Prévenir n'est pas soigner : deux temps distincts
Il est utile de distinguer deux questions souvent confondues. La première : une bonne alimentation peut-elle réduire le risque de développer une dépression chez une personne qui va bien ? Les études d'observation sur de longues durées suggèrent que oui, avec un effet protecteur modéré. La seconde : une fois la dépression installée, améliorer son alimentation aide-t-il à aller mieux ? Les rares essais randomisés disponibles penchent pour un bénéfice complémentaire, mais plus limité et plus fragile.
Ces deux temps n'appellent pas la même réponse. En prévention, adopter une alimentation de type méditerranéen s'inscrit dans une hygiène de vie globale sans risque particulier. En situation de dépression avérée, l'alimentation devient un appui secondaire qui ne dispense jamais d'une prise en charge. Confondre les deux conduit à surestimer ce que l'assiette peut faire seule.
Ce que montrent les essais randomisés
Le cœur de la question est là : quand on demande à des personnes déprimées de modifier leur alimentation, leur humeur s'améliore-t-elle davantage que sans cette modification ?
Ce que montrent les études : Dans l'essai SMILES (Jacka et al., 2017), 67 adultes en dépression modérée à sévère ont été répartis au hasard entre un accompagnement diététique de type méditerranéen et un soutien social sans volet alimentaire, tous poursuivant par ailleurs leur suivi habituel. À 12 semaines, l'amélioration des symptômes mesurée par l'échelle MADRS était nettement plus marquée dans le groupe alimentation, avec une rémission chez 32,3 % des participants contre 8,0 % dans le groupe témoin. C'est le premier essai randomisé à suggérer un effet propre de l'alimentation sur la dépression, mais son effectif reste petit et il demande à être répliqué.L'essai SMILES a marqué un tournant parce qu'il a testé l'alimentation comme une intervention à part entière, et non comme une simple corrélation. Les participants continuaient leurs traitements et leur psychothérapie ; l'alimentation venait s'ajouter, pas se substituer. C'est un point décisif à garder en tête tout au long de cet article.
Un second essai, HELFIMED (Parletta et al., Nutritional Neuroscience, 2019), a proposé à des adultes présentant une dépression un régime méditerranéen enrichi en huile de poisson, comparé à des ateliers sociaux. Sur trois à six mois, le groupe alimentation a montré une amélioration supérieure de ses scores d'humeur et une meilleure qualité alimentaire. Là encore, l'effet accompagne une prise en charge, il ne la remplace pas.
Ce que disent les synthèses de plusieurs essais
Un essai isolé, aussi encourageant soit-il, ne suffit pas. Les méta-analyses, qui regroupent plusieurs études, offrent une vision plus fiable.
La méta-analyse de Firth et collaborateurs (Psychosomatic Medicine, 2019) a réuni 16 essais randomisés totalisant près de 46 000 participants. Elle conclut que les interventions visant à améliorer l'alimentation réduisent significativement les symptômes dépressifs, avec un effet d'ampleur modeste mais réel, plus net chez les femmes et lorsque l'accompagnement était assuré par un professionnel de la nutrition. Les auteurs restent prudents : l'effet sur l'anxiété était moins consistant, et la qualité méthodologique des études variait.
Du côté des études d'observation, la méta-analyse de Lassale et collaborateurs (Molecular Psychiatry, 2019) a montré qu'une bonne adhésion au régime méditerranéen était associée à un risque de dépression réduit d'environ un tiers par rapport à une faible adhésion. Plus récemment, la synthèse d'études prospectives publiée par Molero, Molendijk et leurs collègues (Journal of Affective Disorders, 2025) a confirmé cette tendance : une alimentation de meilleure qualité précède, dans le temps, un risque plus faible de développer une dépression. Ce type de design, qui suit des personnes en bonne santé sur plusieurs années, renforce l'idée que l'alimentation joue un rôle en amont, et pas seulement en conséquence.
Enfin, dans l'essai PREDIMED (Sánchez-Villegas et al., BMC Medicine, 2013), mené au départ pour la prévention cardiovasculaire, un régime méditerranéen supplémenté en fruits à coque était associé à une tendance à la baisse du risque de dépression, particulièrement nette chez les personnes atteintes de diabète de type 2. L'effet global n'atteignait pas le seuil de significativité statistique, ce qui invite à la nuance.
Une hiérarchie des preuves à garder en tête
Toutes les études ne se valent pas, et il est utile de savoir les classer pour ne pas surinterpréter un titre accrocheur.
- Les études d'observation (comme Lassale 2019 ou Molero 2025) suivent de grandes populations et repèrent des associations. Elles sont précieuses pour générer des hypothèses, mais ne prouvent pas à elles seules une relation de cause à effet.
- Les essais randomisés contrôlés (comme SMILES ou HELFIMED) répartissent les participants au hasard et testent directement l'intervention. Ils sont plus solides, mais restent ici peu nombreux et de petite taille.
- Les méta-analyses (comme Firth 2019) regroupent plusieurs essais pour dégager une tendance d'ensemble. Leur fiabilité dépend de la qualité des études qu'elles compilent.
Pour qui l'effet semble-t-il le plus marqué ?
Les études n'aboutissent pas toutes aux mêmes résultats, et certaines tendances aident à comprendre à qui la démarche profite le plus.
L'effet paraît plus net chez les personnes dont l'alimentation de départ était de mauvaise qualité : la marge de progression y est simplement plus grande. Quelqu'un qui mange déjà beaucoup de végétaux et de poisson tirera un bénéfice supplémentaire plus modeste. La méta-analyse de Firth a par ailleurs relevé un effet plus consistant lorsque l'accompagnement était encadré par un professionnel de la nutrition, ce qui souligne l'intérêt d'un suivi plutôt que d'un changement improvisé.
En revanche, aucune donnée ne permet d'affirmer qu'un profil particulier de dépression « répond » spécifiquement à l'alimentation. La prudence reste donc de mise : on parle d'un soutien général, pas d'un traitement ciblé.
Comment lire ces résultats sans se tromper
Face à des chiffres encourageants, il est tentant de conclure trop vite. Voici les précautions qui s'imposent.
Le niveau de preuve reste modéré. Les essais randomisés sur l'alimentation et la dépression sont peu nombreux, avec de petits effectifs, et il est impossible d'y mener une comparaison en aveugle : on ne peut pas cacher à quelqu'un ce qu'il mange. L'attente positive du participant peut donc contribuer à une part de l'amélioration observée, ce qui invite à interpréter les chiffres avec mesure.
L'effet est complémentaire, jamais substitutif. Dans toutes les études sérieuses, l'alimentation vient s'ajouter au suivi habituel. Aucun de ces travaux n'a testé, ni suggéré, que l'on puisse remplacer une psychothérapie ou un traitement par une assiette. Le tableau ci-dessous résume cette hiérarchie.
| Approche | Rôle documenté | À retenir | | :- | :- | :- | | Psychothérapie, traitement médicamenteux, suivi psychiatrique | Prise en charge de première intention de la dépression caractérisée | Socle à ne jamais interrompre de soi-même | | Régime méditerranéen | Levier complémentaire, effet modeste mais réel sur les symptômes | À intégrer en plus du suivi, avec l'accord du médecin | | Activité physique, sommeil, lien social | Facteurs de soutien reconnus | Renforcent l'ensemble de la démarche |
Les résultats concernent des populations précises. Ils ne se transposent pas automatiquement à toutes les situations. Une dépression sévère, un trouble bipolaire ou une dépression du post-partum relèvent d'une prise en charge spécialisée ; l'alimentation n'y est qu'un appui parmi d'autres. Pour distinguer une baisse d'humeur passagère d'un trouble installé, cet article peut aider : déprime ou dépression, comment faire la différence.
Que mettre concrètement dans son assiette ?
Si vous souhaitez, en accord avec votre médecin, orienter votre alimentation dans ce sens, voici les repères qui reviennent le plus dans les protocoles étudiés. Ils ne constituent pas une prescription mais une description de ce qui a été testé.
Les aliments à privilégier
- Les légumes et les fruits, en visant la variété et les couleurs, crus et cuits, à chaque repas.
- Les légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots) plusieurs fois par semaine, sources de fibres et de protéines végétales.
- Les céréales complètes plutôt que raffinées : pain complet, riz complet, avoine.
- L'huile d'olive vierge comme principal corps gras, pour l'assaisonnement comme pour la cuisson douce.
- Les fruits à coque et les graines non salés, une petite poignée par jour.
- Le poisson, notamment les poissons gras (sardine, maquereau, saumon), deux à trois fois par semaine.
Ce qui est réduit, sans être diabolisé
- Les aliments ultra-transformés, les plats préparés très riches en additifs, sel et sucres.
- Les boissons sucrées et les sucreries, gardées pour l'occasion.
- La viande rouge et la charcuterie, ramenées à une consommation ponctuelle.
Commencer petit, tenir dans la durée
La dépression sape l'énergie et la motivation. Se lancer dans une refonte alimentaire totale du jour au lendemain est rarement réaliste, et l'échec peut aggraver le découragement. Mieux vaut viser un changement à la fois : ajouter une portion de légumes au dîner, remplacer le beurre par l'huile d'olive, cuisiner une poêlée de légumineuses le week-end. La régularité compte plus que la perfection.
Quand l'humeur rend la cuisine difficile, des solutions simples existent : légumes surgelés nature, conserves de légumineuses à rincer, boîtes de sardines, fruits à coque toujours à portée de main. L'objectif est de réduire l'effort, pas de le multiplier.
À quoi peut ressembler une semaine
Pour rendre les repères concrets, voici un exemple indicatif, à adapter à vos goûts, votre budget et vos contraintes. Il ne s'agit pas d'un plan à suivre à la lettre, mais d'une illustration de l'esprit méditerranéen.
- Au petit-déjeuner : flocons d'avoine avec des fruits et quelques noix, ou pain complet avec un filet d'huile d'olive et des tomates.
- Au déjeuner : une base de légumes et de céréales complètes, une source de protéines (poisson, œufs, légumineuses), assaisonnée à l'huile d'olive.
- Au dîner : une soupe ou une poêlée de légumes, une portion de légumineuses ou de poisson, un fruit.
- Les collations : un fruit, une poignée d'amandes, un yaourt nature.
- Deux à trois fois par semaine : un plat de poisson, en privilégiant les poissons gras.
Le budget et le temps, deux objections légitimes
On entend souvent que « manger sain coûte cher ». En réalité, les piliers du régime méditerranéen comptent parmi les aliments les plus économiques : légumineuses sèches ou en conserve, légumes de saison, surgelés nature, œufs, conserves de poisson, huile d'olive achetée en grand format. La viande rouge et les plats préparés, que l'on réduit, sont souvent les postes les plus coûteux. Bien menée, cette transition peut alléger le budget plutôt que l'alourdir.
Quant au temps, quelques stratégies aident : cuisiner en plus grande quantité pour plusieurs repas, garder une réserve d'ingrédients simples, accepter des versions rapides et sans culpabilité. En période de dépression, s'autoriser la simplicité fait partie du soin.
Alimentation et autres leviers complémentaires
Le régime méditerranéen ne fonctionne pas en vase clos. Les études qui l'ont testé s'inscrivaient dans une hygiène de vie plus large, et c'est probablement l'ensemble qui compte.
L'activité physique est, elle aussi, documentée comme un soutien de l'humeur : bouger régulièrement, même à faible intensité, agit en synergie avec l'alimentation. Vous pouvez explorer cette piste dans notre article sur l'exercice physique et la dépression. De la même façon, les approches psychocorporelles comme la méditation de pleine conscience ou le travail sur la rumination mentale peuvent compléter la démarche. L'ensemble de ces pistes est mis en perspective dans notre panorama des approches naturelles complémentaires contre la dépression.
Ces leviers partagent un point commun essentiel : ce sont des compléments. Ils accompagnent un parcours de soin, ils ne le remplacent pas.
Le sommeil et le rythme de vie jouent également un rôle. Un sommeil de mauvaise qualité entretient la fatigue et la baisse d'humeur, et une alimentation trop riche le soir peut le perturber. De même, le lien social, souvent mis à mal par la dépression, agit comme un facteur protecteur reconnu. Partager un repas, aussi simple soit-il, réunit d'ailleurs deux dimensions à la fois : la qualité de l'assiette et la présence des autres.
Trois idées reçues à nuancer
« Il suffit de bien manger pour aller mieux. » Faux, et potentiellement culpabilisant. L'alimentation est un facteur parmi d'autres, d'effet modéré. Une personne peut manger parfaitement et rester déprimée : cela ne signifie ni un échec, ni un manque de volonté, mais simplement que la dépression est multifactorielle.
« Les compléments alimentaires valent une bonne alimentation. » Les données ne le confirment pas. C'est la cohérence de l'ensemble du régime qui semble compter, pas la prise isolée de gélules, qui peuvent par ailleurs interagir avec des traitements.
« Si c'est naturel, c'est sans risque. » Une idée dangereuse. Le millepertuis, plante « naturelle » par excellence, illustre à quel point le naturel peut interférer avec des médicaments essentiels.
Prudence, interactions et signaux d'alerte
C'est le point le plus important de cet article, et il ne souffre aucune ambiguïté.
Ne modifiez jamais un traitement de votre propre initiative. Si vous prenez un antidépresseur, améliorer votre alimentation ne justifie en aucun cas d'en réduire la dose ou de l'arrêter. Un arrêt brutal expose à un rebond des symptômes et à un syndrome de sevrage. Toute évolution du traitement se décide avec le médecin qui l'a prescrit.
Attention aux compléments et aux plantes. L'engouement pour le « naturel » conduit parfois à associer alimentation et compléments alimentaires sans précaution. Le cas du millepertuis est emblématique : cette plante, présentée comme un soutien de l'humeur, interagit avec de nombreux médicaments, dont les antidépresseurs, avec un risque sérieux de syndrome sérotoninergique. Elle diminue aussi l'efficacité de certains contraceptifs et anticoagulants. Ces interactions sont détaillées dans notre article sur la phytothérapie, le millepertuis et le safran. Aucune plante ne doit être prise sans avis médical ou pharmaceutique.
Repérez les situations qui imposent de consulter sans attendre. Une tristesse qui dure plus de deux semaines, une perte d'intérêt pour ce qui comptait, des troubles du sommeil ou de l'appétit marqués, un sentiment de dévalorisation : ces signes justifient un avis professionnel. Notre repère complet est disponible dans quand consulter pour une dépression.
⚠️ En cas de souffrance psychique intense ou d'idées suicidaires, contactez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible 24 h/24 et 7 j/7. En cas d'urgence vitale, appelez le 15. Aucune démarche alimentaire ne remplace cette aide immédiate.
Vers qui se tourner ?
Modifier son alimentation peut être une brique utile, mais la dépression se soigne avec un accompagnement humain. Un médecin généraliste constitue souvent la première porte d'entrée : il évalue la situation, oriente et coordonne. Un psychiatre intervient pour le diagnostic et l'éventuel traitement. Un psychologue propose un travail psychothérapeutique dont l'efficacité est bien établie.
Un diététicien ou une diététicienne peut, de son côté, accompagner concrètement un changement alimentaire, en tenant compte de vos habitudes, de vos éventuelles contraintes médicales et de votre énergie du moment. Cet accompagnement, précisément celui qui rendait les résultats plus nets dans les études, évite les erreurs et rend le changement durable.
Ces professionnels ne s'opposent pas : ils se complètent. La psychothérapie et le suivi médical traitent la dépression ; l'accompagnement nutritionnel soutient l'hygiène de vie. L'ensemble forme une démarche cohérente, dont l'alimentation n'est qu'un maillon.
Si vous ressentez le besoin d'être écouté et accompagné, prendre rendez-vous avec un professionnel est un pas concret et légitime. Vous pouvez trouver un psychologue près de chez vous dans notre annuaire pour amorcer cette démarche, en parallèle de tout changement d'hygiène de vie.
Questions fréquentes
Le régime méditerranéen peut-il remplacer un antidépresseur ?
Non. Aucune étude ne le suggère, et ce serait dangereux de le croire. Dans les essais, l'alimentation venait en complément d'un suivi et de traitements poursuivis. Le régime méditerranéen est un appui, pas un substitut. Toute décision concernant un traitement appartient au médecin prescripteur.
En combien de temps peut-on ressentir un effet sur l'humeur ?
Les essais ont observé des améliorations sur une période de 12 semaines à quelques mois. Il n'y a pas d'effet immédiat, et les résultats varient d'une personne à l'autre. La régularité sur plusieurs semaines semble plus déterminante qu'un changement spectaculaire mais bref.
Faut-il prendre des compléments d'oméga-3 en plus ?
Certains essais, comme HELFIMED, associaient une supplémentation en huile de poisson. Mais les compléments ne remplacent pas une alimentation équilibrée et peuvent interagir avec des traitements. N'en prenez pas sans en parler à votre médecin ou à votre pharmacien.
Ce régime convient-il si je suis déjà un traitement ?
Améliorer son alimentation est généralement compatible avec un suivi en cours, mais informez toujours votre médecin de vos changements, surtout si vous envisagez des plantes ou des compléments. Certaines interactions, comme celle du millepertuis avec les antidépresseurs, imposent la plus grande prudence.
Le régime méditerranéen aide-t-il aussi contre l'anxiété ?
Les données sont plus fragiles pour l'anxiété que pour la dépression. Certaines études montrent une tendance favorable, d'autres non. On peut considérer une alimentation équilibrée comme un facteur de soutien général du bien-être, sans en attendre un effet spécifique et démontré sur les troubles anxieux, qui relèvent eux aussi d'un accompagnement dédié.
Je n'ai pas l'énergie de cuisiner, est-ce grave ?
C'est un symptôme fréquent de la dépression, pas un échec personnel. Commencez par des gestes minimes et des aliments simples (surgelés nature, conserves rincées, fruits à coque). Et surtout, considérez ce manque d'énergie comme un signal de plus qui mérite d'être évoqué avec un professionnel de santé.
Comment savoir si mon alimentation a un effet sur mon humeur ?
Le mieux est d'observer sur plusieurs semaines, sans se juger au jour le jour. Noter brièvement son humeur, son sommeil et son énergie peut aider à repérer une tendance de fond. Mais gardez à l'esprit que de nombreux facteurs influencent l'humeur en même temps : ne cherchez pas à attribuer chaque variation à un repas. Cette observation ne remplace jamais l'évaluation d'un professionnel, qui reste la référence pour juger de l'évolution d'une dépression.
Premiers pas cette semaine
Si vous ne deviez retenir que quelques gestes réalistes, en accord avec votre médecin, les voici.
- Ajouter une portion de légumes à un repas par jour.
- Remplacer le beurre ou une huile raffinée par de l'huile d'olive.
- Introduire une source de légumineuses une à deux fois dans la semaine.
- Prévoir un repas de poisson, idéalement gras.
- Garder à portée de main des collations simples : fruits, fruits à coque non salés.
- Parler de votre démarche à un professionnel de santé, surtout si vous suivez un traitement.
En définitive, l'idée à retenir tient en une phrase : le régime méditerranéen est un allié de l'humeur, pas un remède miracle. Les preuves existent, elles sont sérieuses mais modérées, et elles décrivent toujours un effet qui s'ajoute à un parcours de soin. Si cette lecture honnête vous a donné envie d'agir, faites-le à votre rythme, en gardant le contact avec les professionnels qui vous suivent. C'est l'association de ces gestes du quotidien et d'un accompagnement adapté qui offre les meilleures chances d'aller mieux.
Sources
- Jacka FN, O'Neil A, Opie R, et al. A randomised controlled trial of dietary improvement for adults with major depression (the « SMILES » trial). BMC Medicine, 2017. PMID : 28137247. DOI : 10.1186/s12916-017-0791-y.
- Firth J, Marx W, Dash S, et al. The Effects of Dietary Improvement on Symptoms of Depression and Anxiety: A Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. Psychosomatic Medicine, 2019. PMID : 30720698. DOI : 10.1097/PSY.0000000000000673.
- Lassale C, Batty GD, Baghdadli A, et al. Healthy dietary indices and risk of depressive outcomes: a systematic review and meta-analysis of observational studies. Molecular Psychiatry, 2019. PMID : 30254236. DOI : 10.1038/s41380-018-0237-8.
- Parletta N, Zarnowiecki D, Cho J, et al. A Mediterranean-style dietary intervention supplemented with fish oil improves diet quality and mental health in people with depression (HELFIMED). Nutritional Neuroscience, 2019. PMID : 29215971. DOI : 10.1080/1028415X.2017.1411320.
- Sánchez-Villegas A, Martínez-González MA, Estruch R, et al. Mediterranean dietary pattern and depression: the PREDIMED randomized trial. BMC Medicine, 2013. PMID : 24229349. DOI : 10.1186/1741-7015-11-208.
- Molero P, De Lorenzi F, Gędek A, et al. Diet quality and depression risk: A systematic review and meta-analysis of prospective studies. Journal of Affective Disorders, 2025. PMID : 40158860. DOI : 10.1016/j.jad.2025.03.162.
- Haute Autorité de Santé. Épisode dépressif caractérisé de l'adulte : prise en charge en premier recours, 2017.
- Inserm. Dossier d'information : Dépression, 2024.
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