Décalage de désir dans le couple : comprendre et gérer les différences
Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie
🔎 Réponse en bref : oui, c’est fréquent, et ce n’est pas en soi un trouble. Dans la grande enquête britannique Natsal-3 (15 162 personnes), 23,4 % des hommes et 27,4 % des femmes en couple depuis au moins un an décrivent un déséquilibre d’envie entre les partenaires (Mitchell et al., The Lancet, 2013). Les études d’observation, solides par leur taille mais qui ne prouvent pas de lien de cause à effet, montrent que la qualité de la conversation sur la sexualité compte davantage que la fréquence des rapports pour la satisfaction du couple (méta-analyse de Mallory, 2022). Aucun rapport ne se « doit » : l’enjeu est de comprendre le décalage à deux, pas de désigner un fautif.« L’un de nous a beaucoup plus envie que l’autre. » Derrière cette phrase, il y a souvent deux souffrances qui se répondent sans se rencontrer. D’un côté, celui ou celle qui propose et essuie des refus finit par se sentir rejeté, peu désirable, parfois humilié. De l’autre, celui ou celle qui a moins envie se sent sous pression, coupable, vaguement « en faute », et peut finir par éviter tout geste tendre de peur qu’il soit interprété comme une invitation. Avec le temps, les deux s’installent dans des rôles figés : le « demandeur » et le « refuseur ».
Cet article ne propose pas de méthode pour faire remonter la fréquence des rapports. Il vise autre chose : vous donner des repères fiables sur ce qu’est le décalage de désir, sur ce qui l’entretient, sur ce que montrent les études à propos de la communication sexuelle, et sur le moment où il devient utile de consulter, seul ou à deux. Le ton se veut factuel, non graphique, et équilibré entre les deux positions, parce que ni l’une ni l’autre n’est « la bonne ».
Un décalage très courant, rarement un dysfonctionnement
La première chose à savoir, c’est que vous êtes loin d’être une exception. Le décalage de désir est l’un des motifs les plus fréquents pour lesquels les couples consultent un sexologue ou un thérapeute de couple. Laura Vowels et Kristen Mark, deux chercheuses qui ont spécifiquement étudié ce phénomène, le rappellent en introduction de leur travail de 2020 : la différence de désir entre partenaires figure parmi les principales raisons qui amènent les couples en thérapie.
Les données de population vont dans le même sens. L’enquête britannique Natsal-3, conduite entre 2010 et 2012 auprès d’un échantillon représentatif de 15 162 personnes âgées de 16 à 74 ans, a interrogé les participants sur de nombreux aspects de leur vie sexuelle. Parmi les personnes en couple depuis au moins un an, près d’un homme sur quatre (23,4 %) et plus d’une femme sur quatre (27,4 %) déclaraient un déséquilibre dans le niveau d’intérêt pour la sexualité entre eux et leur partenaire.
Ce que montrent les étudesUn deuxième chiffre de Natsal-3 mérite d’être retenu : avoir des difficultés sexuelles n’est pas la même chose qu’en souffrir. Beaucoup de personnes traversent des périodes de moindre envie sans en être affectées. Ce qui transforme un écart en problème, c’est souvent la manière dont il est vécu et interprété dans le couple.
Étude : enquête Natsal-3 (Mitchell et al., The Lancet, 2013), échantillon probabiliste de la population britannique.
Effectif : 15 162 participants, dont 11 690 ayant eu au moins un partenaire dans l’année.
Résultat : 23,4 % des hommes et 27,4 % des femmes en couple depuis un an rapportent un déséquilibre d’intérêt sexuel entre partenaires. Les difficultés sexuelles ponctuelles sont fréquentes (41,6 % des hommes, 51,2 % des femmes), mais la détresse liée à sa vie sexuelle est bien plus rare (9,9 % et 10,9 %).
Limite : enquête transversale et déclarative, qui décrit des associations à un instant donné sans établir de causes. Les données datent de 2010-2012 et concernent le Royaume-Uni.
Pourquoi ce n’est pas « un trouble »
Dans les classifications médicales, un trouble du désir suppose une baisse persistante, source d’une détresse personnelle significative, et qui ne s’explique pas mieux par un autre facteur (relationnel, médical, médicamenteux). Or le décalage de désir est par définition une notion relative : il compare deux personnes. Une personne peut avoir un niveau de désir tout à fait habituel et se retrouver « en dessous » simplement parce que son partenaire a un désir plus élevé que la moyenne, et inversement.
Autrement dit, il n’existe pas de fréquence « normale » à laquelle chacun devrait se conformer. Il existe deux personnes, avec deux histoires, deux corps, deux rythmes de vie, qui cherchent un terrain commun. Le décalage n’est pas une maladie de l’un des deux : c’est une donnée du couple.
Le désir n’est pas une ligne droite
Le désir varie au fil de la vie, et même au fil des semaines. Une étude publiée en 2018 dans PLoS One par une équipe dont font partie Kristen Mark et Laura Vowels a suivi pendant 30 jours, sous forme de journal quotidien, le désir de 133 couples (266 personnes). Le désir fluctuait selon des rythmes réguliers, notamment une à deux fois par mois, avec des variations le plus souvent synchrones entre partenaires. Les auteurs concluent que des épisodes de décalage peuvent naître de différences de rythme ou de fluctuations aléatoires, et qu’ils peuvent être normaux dans une relation amoureuse. Cela signifie que le « décalage » d’un mois n’est pas forcément celui du mois suivant, et que les positions de « celui qui a plus envie » et « celui qui a moins envie » peuvent évoluer selon les périodes.
Les grandes étapes de vie jouent aussi : arrivée d’un enfant, période de travail intense, deuil, maladie, ménopause, baisse hormonale liée à l’âge. Les articles de ViziWell sur le désir après l’accouchement et sur les mécanismes généraux de la libido détaillent ces variations.
Désir spontané et désir réactif : un éclairage qui change la conversation
Une grande partie des malentendus vient d’une idée reçue : le désir devrait surgir « tout seul », avant toute proximité, comme une faim. Si ce n’est pas le cas, c’est qu’il « n’y a plus de désir ». Les travaux de la psychiatre et sexologue canadienne Rosemary Basson ont beaucoup contribué à nuancer cette représentation.
Le modèle de Basson en quelques mots
En 2000, dans le Journal of Sex & Marital Therapy, Rosemary Basson (Université de Colombie-Britannique) a proposé un modèle de la réponse sexuelle différent du schéma linéaire classique « désir, puis excitation, puis orgasme ». Son point de départ : chez beaucoup de femmes engagées dans une relation de longue durée, le désir n’est pas toujours présent au départ. Il peut naître en cours de route, en réponse à un contexte favorable, à une proximité émotionnelle, à des gestes tendres, à un moment de détente. Basson parle d’une composante « réactive » du désir.
Dans ce modèle, une personne peut commencer un moment d’intimité dans une disposition simplement neutre mais ouverte, pour des raisons très diverses (se sentir proche, partager un moment, prendre soin de la relation), et voir le désir apparaître ensuite, si les conditions s’y prêtent. L’objectif explicite de Basson était d’éviter de diagnostiquer un trouble quand la réponse est simplement différente du modèle traditionnel.
Ce que cela change concrètement
On distingue donc souvent aujourd’hui deux façons de vivre le désir :
- le désir spontané, qui se manifeste sans déclencheur apparent, par des pensées ou des envies qui surgissent « de nulle part » ;
- le désir réactif (ou répondant), qui apparaît en réponse à une situation, à un contact, à un climat émotionnel.
Cette distinction a deux conséquences importantes pour un couple confronté à un décalage :
- La personne au désir plutôt réactif n’est pas « en panne ». Ne pas penser spontanément à la sexualité ne signifie pas ne plus aimer son partenaire, ni ne plus pouvoir éprouver de désir. Cela signifie que son désir a besoin d’un contexte pour s’éveiller.
- Le contexte devient un sujet légitime de conversation. Plutôt que « pourquoi tu n’as jamais envie ? », la question devient « dans quelles conditions te sens-tu disponible, détendu, proche ? ». C’est une question beaucoup moins accusatrice, et beaucoup plus utile.
Une précision essentielle : réactif ne veut pas dire « se forcer »
Le modèle de Basson est parfois mal compris, comme s’il suffisait de « commencer pour que l’envie vienne ». Ce n’est pas ce qu’il dit. Le désir réactif suppose une disposition ouverte, un consentement réel, et la liberté de s’arrêter à tout moment si l’envie ne vient pas. Une personne qui accepte un moment de proximité pour voir si le désir apparaît doit pouvoir dire « finalement non » sans culpabilité et sans conséquence. Sans cette liberté, il ne s’agit plus de désir réactif, mais de pression.
Ce que chacun entend derrière la demande et le refus
Dans un couple marqué par le décalage, une même scène est souvent vécue de deux manières opposées. Comprendre ces deux lectures aide à désamorcer le conflit.
Côté de la personne qui a plus envie
Pour beaucoup, la sexualité n’est pas seulement une affaire de plaisir physique. C’est aussi une façon de se sentir aimé, choisi, désiré, rassuré sur la solidité du lien. Un refus peut alors être entendu comme un message bien plus large que « pas ce soir » : « tu ne me plais plus », « tu ne m’aimes plus », « je ne compte pas ». À force de refus répétés, certaines personnes cessent de proposer, se replient, deviennent irritables ou froides, ce qui alimente à son tour la distance.
Côté de la personne qui a moins envie
Pour celle ou celui qui a moins envie, chaque geste tendre peut finir par ressembler à une demande déguisée. Un câlin sur le canapé, un baiser dans la cuisine, une main dans le dos deviennent des moments tendus : « si je réponds, il ou elle va penser que je suis d’accord pour aller plus loin ». Pour éviter d’avoir à dire non, certaines personnes évitent alors toute tendresse, ce qui est vécu par l’autre comme un rejet encore plus global. La culpabilité, l’impression d’être « anormal » ou de « priver » l’autre, peuvent aussi peser lourdement.
Le cercle vicieux
Ces deux expériences s’entretiennent mutuellement. Plus l’un insiste, plus l’autre se sent sous pression et se ferme. Plus l’autre se ferme, plus le premier se sent rejeté et insiste, ou se retire dans la rancœur. Le désir, qui a besoin de sécurité et de détente pour se manifester, est alors étouffé par l’anxiété des deux côtés.
Briser ce cercle ne passe pas par la victoire de l’un sur l’autre, mais par la reconnaissance que les deux souffrent. Le sentiment de rejet est réel. La pression ressentie est réelle. Aucun des deux n’est « le problème ».
Ce que les études disent du lien entre décalage et satisfaction
Plusieurs études ont cherché à mesurer l’impact du décalage sur la relation. En 1999, une équipe de l’université de Géorgie (Davies et al.) a étudié 72 couples hétérosexuels non mariés. Elle a constaté que le lien entre décalage de désir et satisfaction globale du couple passait entièrement par la satisfaction sexuelle : c’est parce que le décalage pèse sur la vie sexuelle qu’il pèse sur la relation.
En 2014, Brian Willoughby et ses collègues de l’université Brigham Young ont étudié 1 054 couples mariés. Ils se sont intéressés à l’écart, pour chaque personne, entre la fréquence de rapports souhaitée et la fréquence réelle. Plus cet écart était grand, plus les personnes rapportaient une satisfaction conjugale moindre, une relation perçue comme moins stable et davantage de conflits, même après prise en compte de la fréquence des rapports et du niveau de désir de départ.
Ce que montrent les étudesCes travaux ne disent pas que le décalage condamne un couple. Ils indiquent qu’il mérite d’être pris au sérieux, et que la façon dont il est géré compte.
Étude : Willoughby, Farero et Busby, Archives of Sexual Behavior, 2014.
Effectif : 1 054 couples mariés interrogés en ligne.
Résultat : un écart important entre la fréquence de rapports désirée et la fréquence réelle est associé à une satisfaction conjugale plus faible, à une stabilité perçue moindre et à davantage de conflits.
Limite : étude transversale, échantillon non représentatif (participants volontaires, majoritairement américains). Elle montre une association, pas que le décalage « cause » les conflits : les conflits peuvent aussi réduire le désir.
Le piège du décompte et de la pression de performance
Dans beaucoup de couples confrontés au décalage, la sexualité finit par être comptabilisée. On se souvient de la date du dernier rapport, on calcule, on compare avec des chiffres lus ici ou là, on se demande ce qui est « normal ». Ce décompte, souvent silencieux, est l’un des pièges les plus fréquents.
Une fréquence « idéale » n’existe pas
Il est tentant de chercher une norme. Les recherches disponibles suggèrent que le lien entre fréquence des rapports et bien-être n’est pas linéaire. Une série de trois études publiée par Amy Muise et ses collègues (Social Psychological and Personality Science), portant sur plus de 30 000 personnes au total, a observé que le bien-être des personnes en couple augmentait avec la fréquence des rapports jusqu’à environ une fois par semaine, sans gain supplémentaire au-delà. Ces résultats sont des moyennes, issues de données principalement nord-américaines, et ne constituent en aucun cas un objectif à atteindre : ils illustrent simplement qu’« en faire plus » n’est pas la clé du bien-être conjugal.
Quand la sexualité devient une épreuve
La pression transforme la sexualité en performance. Pour la personne qui a moins envie, chaque rapport peut devenir un « devoir » à accomplir pour avoir la paix, ce qui éloigne encore le désir. Pour celle qui a plus envie, chaque rapport peut devenir une preuve à obtenir, une validation dont on guette la fréquence. Dans les deux cas, la dimension de partage, de jeu et de plaisir s’efface.
Plusieurs approches de sexothérapie proposent d’ailleurs, temporairement, de retirer l’enjeu du rapport sexuel lui-même, pour permettre aux deux partenaires de retrouver de la tendresse sans crainte d’une « suite » obligatoire. Cette démarche se fait idéalement avec un professionnel, qui l’adapte au couple.
Sortir du décompte
Quelques pistes, issues de la pratique clinique, pour sortir de cette logique comptable :
- Remplacer la question « combien ? » par « comment ? ». Comment vous sentez-vous dans votre intimité ? Qu’est-ce qui vous fait du bien ? Qu’est-ce qui vous manque, au-delà de la fréquence ?
- Distinguer la tendresse du rapport sexuel. S’accorder des gestes affectueux explicitement « sans suite » peut soulager la personne qui se sent sous pression et rassurer celle qui se sent rejetée.
- Accepter que le désir varie. Une période creuse n’est pas une fin. Elle peut avoir des causes identifiables (stress, fatigue, enfants, santé) qui méritent d’être regardées en face.
Consentement : ce que le « oui par obligation » abîme
C’est le point non négociable de cet article, et il mérite d’être dit clairement : aucun rapport sexuel ne se « doit ». Ni au nom du mariage, ni au nom de la durée de la relation, ni pour « sauver le couple », ni pour éviter une dispute. Le consentement est libre, éclairé, spécifique et révocable à tout moment, y compris en cours de route, y compris dans un couple installé depuis des années.
« Faire l’amour quand même » : ce que disent les données
Dans leur étude de 2020 sur les stratégies utilisées par les couples face au décalage, Vowels et Mark ont identifié parmi les comportements rapportés le fait d’« avoir un rapport quand même », sans envie. Ce comportement existe dans la vie réelle et il est important de le nommer. Mais il faut distinguer deux situations très différentes :
- choisir librement de partager un moment d’intimité alors que l’envie n’est pas là au départ, par affection, avec la certitude de pouvoir s’arrêter, et en y trouvant soi-même un sens ;
- accepter un rapport par peur des conséquences (dispute, bouderie, menace de rupture, culpabilisation, reproches), par sentiment d’obligation ou pour « acheter la paix ».
Quand la pression devient violence
Insistance répétée, chantage affectif (« si tu m’aimais vraiment »), menaces, culpabilisation, reproches constants, rapports obtenus alors que l’autre dort, a bu ou a dit non : ces comportements ne relèvent pas d’un « décalage de désir ». Ce sont des violences. Le viol conjugal est un crime, puni par la loi en France, et le fait d’être en couple ou marié n’y change rien.
Si vous vivez une situation de pression, de chantage ou de violence dans votre couple :
- 3919 (Violences Femmes Info) : écoute anonyme et gratuite, 24 h/24 et 7 j/7, pour les victimes de violences et leur entourage ;
- 17 (police-secours) en cas de danger immédiat ;
- 114 : numéro d’urgence par SMS, utilisable notamment quand il est impossible de parler (présence de l’agresseur) ou pour les personnes sourdes ou malentendantes.
Le consentement vaut dans les deux sens
Le respect du consentement ne concerne pas seulement la personne qui a moins envie. La personne qui a plus envie a elle aussi le droit d’exprimer ses besoins, sa frustration et sa tristesse, sans être culpabilisée pour son désir. Avoir envie n’est pas une faute. Ce qui pose problème, ce n’est pas le désir, c’est la contrainte. Une conversation saine laisse de la place aux deux.
Ouvrir la conversation : ce que montrent les études sur la communication sexuelle
Si un message ressort de la recherche sur le décalage de désir, c’est celui-ci : la manière dont le couple en parle compte énormément. Plusieurs méta-analyses ont exploré le lien entre communication sexuelle et satisfaction.
La qualité plus que la fréquence
En 2022, Allen Mallory a publié dans le Journal of Family Psychology une méta-analyse de 93 études, représentant 38 499 personnes en couple. Elle montre une association positive nette entre communication sexuelle et satisfaction, à la fois relationnelle et sexuelle. Surtout, elle distingue plusieurs dimensions de la communication : la qualité des échanges (se sentir écouté, compris, pouvoir aborder le sujet sans tension) est plus fortement liée à la satisfaction que la simple fréquence des conversations ou le fait de se livrer.
Ce que montrent les étudesUne méta-analyse antérieure du même chercheur et de ses collègues de l’université du Texas (Mallory, Stanton et Handy, Journal of Sex Research, 2019), portant sur 48 études, avait déjà relevé une association entre communication sexuelle et différentes dimensions de la fonction sexuelle, dont le désir, avec une relation plus marquée chez les femmes. Les associations avec le désir lui-même restaient modestes (r = 0,16), ce qui invite à ne pas présenter la communication comme une « solution » magique pour faire remonter l’envie : elle améliore surtout la manière dont le couple vit la situation.
Étude : Mallory, méta-analyse multiniveau, Journal of Family Psychology, 2022.
Effectif : 93 études, 209 tailles d’effet, 38 499 personnes en couple.
Résultat : la communication sexuelle est associée à la satisfaction relationnelle (r = 0,37) et sexuelle (r = 0,43). La qualité de la communication (r = 0,43 et 0,52) pèse plus que sa fréquence (r = 0,31 et 0,31).
Limite : les études incluses sont essentiellement corrélationnelles : un couple satisfait communique peut-être plus facilement, autant que la communication rend satisfait. Les mesures et les contextes culturels varient beaucoup d’une étude à l’autre.
Dans Natsal-3, le fait de ne pas parvenir à parler facilement de sexualité avec son partenaire était associé à une probabilité nettement plus élevée de faible fonction sexuelle (rapport de cotes ajusté de 2,4 chez les hommes et 2,8 chez les femmes). L’analyse complémentaire de Cynthia Graham et ses collègues (BMJ Open, 2017) retrouvait un lien similaire avec le manque d’intérêt pour la sexualité.
Les stratégies qui semblent aider
L’étude de Vowels et Mark (2020) est l’une des rares à s’être intéressée directement à ce que font les couples quand le décalage apparaît. À partir des réponses de 229 personnes en couple de longue durée, les chercheuses ont identifié 17 stratégies, regroupées en cinq grandes familles :
- le désengagement (s’éloigner, éviter le sujet, se mettre en retrait) ;
- la communication (en parler, exprimer ses besoins, chercher à comprendre l’autre) ;
- les activités en solitaire (gérer son désir seul, se changer les idées) ;
- les autres activités avec le partenaire (tendresse, temps partagé, autres formes de proximité) ;
- avoir un rapport malgré tout.
Ce que montrent les études
Étude : Vowels et Mark, Archives of Sexual Behavior, 2020, méthodes mixtes.
Effectif : 229 participants en couple de longue durée.
Résultat : 17 stratégies identifiées. Les stratégies partagées avec le partenaire sont associées à une satisfaction sexuelle et relationnelle plus élevée que les stratégies individuelles. Aucune stratégie n’est associée à davantage de désir.
Limite : échantillon modeste, recrutement en ligne, données déclaratives recueillies à un seul moment. Les résultats décrivent des associations et demandent à être confirmés par des études longitudinales.
Choisir le bon moment
Les conseils qui suivent ne sont pas issus d’essais contrôlés, mais de la pratique clinique en sexologie et en thérapie de couple. Ils peuvent servir de point de départ :
- Pas au lit, pas juste après un refus. Ces moments sont chargés émotionnellement. Mieux vaut un temps calme, sans écran, sans urgence, par exemple lors d’une promenade.
- Annoncer le sujet. « J’aimerais qu’on parle de notre intimité, pas pour se reprocher quoi que ce soit, mais parce que ça me tient à cœur » prépare mieux qu’une discussion lancée à brûle-pourpoint.
- Prévoir une durée limitée. Une conversation de vingt minutes, que l’on peut reprendre plus tard, est moins intimidante qu’une discussion sans fin.
Des formulations qui ouvrent plutôt qu’elles ne ferment
Parler à la première personne, décrire ce que l’on ressent plutôt que ce que l’autre « fait mal », aide à éviter la défensive :
- plutôt que « tu n’as jamais envie », essayer « je me sens parfois seul(e) et j’ai peur de ne plus te plaire » ;
- plutôt que « tu ne penses qu’à ça », essayer « quand je sens une attente derrière chaque câlin, je me crispe, et j’aimerais retrouver de la tendresse sans pression » ;
- poser des questions ouvertes : « qu’est-ce qui t’aide à te sentir disponible ? », « qu’est-ce qui te fait te sentir désiré(e) en dehors des rapports ? » ;
- reformuler ce que l’autre vient de dire avant de répondre : « si je comprends bien, tu te sens rejeté quand je dis non sans explication ».
Parler de ce qui fait du bien, pas seulement de ce qui manque
Une conversation sur le décalage peut vite se transformer en inventaire des manques. Il est utile de l’équilibrer en parlant aussi de ce qui fonctionne : les moments où l’on se sent proches, les gestes qui font plaisir, les souvenirs heureux. L’objectif n’est pas de trouver un « coupable », mais un langage commun.
Élargir le répertoire au-delà du rapport
Une autre source fréquente de malentendus est la réduction de la sexualité à un seul scénario, souvent centré sur la pénétration. Quand la seule alternative est « rapport complet ou rien », le décalage se vit en tout-ou-rien, et chaque refus prend une dimension énorme.
L’intimité a de nombreuses formes
Entre l’absence totale de contact et le rapport sexuel, il existe une large palette de moments d’intimité : la tendresse, les câlins, les massages, le fait de dormir enlacés, les gestes affectueux dans la journée, le temps passé ensemble sans enfants ni écrans, les conversations profondes, l’humour partagé. Pour beaucoup de couples, valoriser ces formes de proximité permet de rester connectés même quand l’envie de rapport n’est pas au même niveau.
Les résultats de Vowels et Mark vont dans ce sens : les stratégies « autres activités avec le partenaire » faisaient partie des approches partagées associées à une meilleure satisfaction. Notre article Couple et intimité : raviver la flamme et entretenir le désir propose d’autres pistes pour entretenir ce lien.
Le rôle de la nouveauté et du temps de qualité
Les chercheurs en psychologie des relations parlent d’« expansion de soi » pour désigner le fait de partager avec son partenaire des activités nouvelles, stimulantes, qui élargissent l’horizon de chacun. Une étude canadienne (Raposo, Rosen et Muise, Journal of Social and Personal Relationships, 2020) a suivi 97 couples dans lesquels la femme avait reçu un diagnostic de faible désir sexuel. Quand les partenaires rapportaient davantage de ces expériences partagées, ils décrivaient une meilleure satisfaction sexuelle et relationnelle, plus d’affection, moins de détresse sexuelle et moins de conflits, et les femmes concernées rapportaient un désir plus élevé. Il s’agit d’associations observées, pas d’un effet démontré par un essai. Une sortie inhabituelle, un projet commun, un voyage, un apprentissage à deux peuvent recréer de la curiosité et du plaisir d’être ensemble. Ces approches ne sont pas des « recettes » garanties, mais elles nourrissent le terrain sur lequel le désir, notamment réactif, peut se manifester.
Respecter aussi la sexualité individuelle
La personne qui a plus envie peut aussi gérer une partie de son désir de façon autonome, par la masturbation par exemple. C’est une pratique courante et saine, qui n’est ni une trahison ni un signe d’échec du couple. Dans l’étude de Vowels et Mark, les stratégies individuelles étaient moins associées à la satisfaction que les stratégies partagées, mais elles font partie des réponses possibles, surtout si elles sont discutées ouvertement et vécues sans honte ni secret.
Ce qui relève d’une cause individuelle à explorer
Le décalage de désir est souvent relationnel, mais pas toujours. Une baisse de désir chez l’un des partenaires peut avoir des causes physiques, psychologiques ou médicamenteuses qu’il est important d’identifier. L’analyse de Graham et al. (2017) sur les données de Natsal-3 l’illustre : le manque d’intérêt pour la sexualité pendant au moins trois mois touchait 15,0 % des hommes et 34,2 % des femmes ayant eu un partenaire dans l’année, et il était associé, chez les deux sexes, à l’âge, à l’état de santé général et à la dépression.
Ce que montrent les études
Étude : Graham et al., BMJ Open, 2017, analyse des données Natsal-3.
Effectif : 4 839 hommes et 6 669 femmes de 16 à 74 ans ayant eu au moins un partenaire dans l’année.
Résultat : 15,0 % des hommes et 34,2 % des femmes rapportent un manque d’intérêt pour la sexualité d’au moins trois mois. Facteurs associés : santé physique et mentale, dépression, ne pas se sentir émotionnellement proche de son partenaire, difficulté à parler de sexualité. Chez les femmes, ne pas partager le même niveau d’intérêt que le partenaire est fortement associé (rapport de cotes ajusté 4,57).
Limite : étude transversale, mesure par auto-questionnaire. Le sens des associations n’est pas établi : le décalage peut entretenir le manque d’intérêt, autant que l’inverse.
Stress et fatigue
Le stress chronique et la fatigue figurent parmi les freins les plus fréquents au désir. Quand l’organisme est en mode « alerte », la disponibilité pour la sexualité diminue. La charge mentale, souvent inégalement répartie dans les couples, joue un rôle important : il est difficile de se sentir disponible pour l’intimité quand on a l’impression de porter seul l’organisation du foyer. Notre article Stress et libido : le cortisol qui freine le désir détaille ces mécanismes, et celui consacré à l’épuisement mental et au burnout aide à repérer quand la fatigue dépasse le simple coup de mou.
Rééquilibrer les tâches domestiques et parentales, protéger des temps de repos, réduire les sources de stress évitables ne sont pas des « astuces sexuelles », mais peuvent avoir un effet réel sur la disponibilité de chacun.
Les enfants et la période post-partum
L’arrivée d’un enfant bouleverse le couple : manque de sommeil, changements corporels, allaitement, réorganisation des rôles, moins de temps à deux. Une baisse du désir après une naissance est très fréquente et ne signifie pas que la relation est en danger. Elle peut cependant aussi révéler une dépression post-partum, une douleur persistante ou des difficultés liées à l’accouchement, qui méritent d’être évoquées avec une sage-femme, un gynécologue ou un médecin. Pour en savoir plus, consultez notre article sur le désir après l’accouchement.
Les médicaments
Certains traitements peuvent réduire le désir. Les antidépresseurs en sont l’exemple le mieux documenté. Une méta-analyse d’Alessandro Serretti et Alberto Chiesa (université de Bologne, Journal of Clinical Psychopharmacology, 2009) a estimé que, selon la molécule, 25,8 % à 80,3 % des patients traités par certains antidépresseurs (notamment plusieurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine) développaient des difficultés sexuelles apparues avec le traitement, dont une baisse du désir. Certaines molécules n’étaient pas associées à davantage de difficultés que dans les groupes de comparaison.
D’autres traitements peuvent également être en cause, selon les situations : certains médicaments contre l’hypertension, traitements hormonaux, contraceptifs, anxiolytiques ou antiépileptiques, par exemple. Seul votre médecin ou votre pharmacien peut faire le point sur votre cas.
⚠️ Ne modifiez jamais et n’arrêtez jamais un traitement de vous-même, même si vous pensez qu’il affecte votre désir. L’arrêt brutal d’un antidépresseur ou d’un traitement cardiovasculaire peut avoir des conséquences sérieuses. Parlez-en à votre médecin : il existe souvent des alternatives ou des ajustements possibles, à discuter avec lui.
Les hormones et la thyroïde
Les variations hormonales influencent le désir : ménopause et périménopause, baisse de la testostérone chez certains hommes avec l’âge, troubles de la thyroïde (en particulier l’hypothyroïdie), hyperprolactinémie. Ces situations relèvent d’un diagnostic médical, avec examen clinique et éventuellement bilan sanguin. Les articles Hormones et libido et Thyroïde et libido détaillent ces mécanismes. Pour les couples qui traversent la ménopause, notre article Couple et ménopause : communiquer sur les changements de la sexualité peut aussi être utile.
DHEA et testostérone : le danger de l’auto-supplémentation
Face à une baisse de désir, il peut être tentant de se tourner vers la DHEA ou la testostérone achetées en ligne ou conseillées sur des forums. C’est dangereux. Ces substances sont des hormones, avec des effets indésirables potentiels (acné, pilosité excessive, troubles du cycle, modifications du bilan lipidique, effets sur la prostate ou le sein, interactions avec des cancers hormonodépendants), et leur usage nécessite un diagnostic et une surveillance médicale.
La déclaration de consensus internationale publiée en 2019 dans le Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism (Davis et al.) sur la testostérone chez la femme est claire : la seule indication étayée par des données suffisantes est le trouble du désir sexuel hypoactif chez la femme ménopausée, après une évaluation complète, avec des préparations et des doses adaptées, et sous suivi médical. Elle ne recommande pas son usage pour d’autres motifs. Chez l’homme, un traitement par testostérone suppose un déficit confirmé par des dosages et un suivi spécialisé.
Si vous vous interrogez sur une cause hormonale, la bonne démarche est de consulter un médecin, pas de vous supplémenter seul.
La douleur et l’inconfort
Des rapports douloureux (sécheresse, douleurs à la pénétration, infections récurrentes, endométriose, troubles de l’érection vécus avec angoisse) entraînent souvent un évitement qui ressemble à un manque de désir. Il est logique de ne pas avoir envie d’une activité qui fait mal ou qui inquiète. Dans ces situations, le problème n’est pas le désir mais la douleur, et elle doit être évaluée par un médecin, un gynécologue ou un urologue. Notre article sur la sécheresse vaginale aborde l’une de ces causes fréquentes.
La santé mentale
La dépression est l’un des facteurs les plus fortement associés à la baisse du désir dans Natsal-3 : chez les personnes déprimées, la probabilité d’une faible fonction sexuelle était nettement plus élevée (rapport de cotes ajusté de 3,7 chez les hommes et 4,1 chez les femmes). L’anxiété, les traumatismes passés, une image de soi dégradée peuvent aussi peser. Notre article Libido et santé mentale explore ces liens.
Si vous traversez une période de détresse importante, si vous avez des idées noires ou des pensées suicidaires, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible 24 h/24 et 7 j/7. En cas de danger immédiat, composez le 15 ou le 112.
Quand une baisse brutale doit alerter
Une baisse progressive du désir dans une relation de longue durée est fréquente. En revanche, une baisse brutale et inhabituelle, surtout si elle s’accompagne d’autres signes (fatigue intense, tristesse persistante, perte d’intérêt pour les autres activités, prise ou perte de poids, frilosité, troubles du sommeil, douleurs), justifie un bilan médical. Le médecin pourra rechercher notamment une dépression, un trouble de la thyroïde, un effet indésirable médicamenteux, un déséquilibre hormonal ou une autre maladie chronique. Ce bilan n’est pas un aveu d’échec du couple : c’est une façon d’écarter des causes qui se soignent.
Quand consulter, seul ou à deux
Il n’est pas nécessaire d’attendre une crise pour consulter. Un professionnel peut aider dès que le décalage devient une source de souffrance pour l’un ou l’autre, ou pour les deux.
Signes qu’un accompagnement serait utile
- la conversation sur le sujet tourne en boucle, se termine systématiquement en dispute ou n’arrive plus à avoir lieu ;
- l’un des partenaires se sent rejeté ou sous pression de façon persistante ;
- la tendresse a disparu par peur qu’elle soit mal interprétée ;
- la situation dure depuis plusieurs mois et pèse sur l’ensemble de la relation ;
- l’un des deux évoque la séparation à cause de ce sujet ;
- un trouble sexuel spécifique (douleur, trouble de l’érection, absence totale de désir source de détresse) est présent.
Vers qui se tourner
- Le médecin traitant est souvent le premier interlocuteur, surtout en cas de baisse brutale, de douleur ou de traitement en cours. Il peut orienter vers un gynécologue, un urologue, un endocrinologue ou un psychiatre selon les besoins.
- Un sexologue (médecin sexologue ou thérapeute formé à la sexologie) aborde spécifiquement les questions de désir, de fonction sexuelle et de dynamique de couple.
- Un psychologue ou un thérapeute de couple aide à travailler la communication, les conflits, les attentes et l’histoire de chacun. Vous pouvez trouver un psychologue près de chez vous dans l’annuaire ViziWell.
Ce que montrent les études sur les thérapies
Les approches psychologiques des difficultés sexuelles disposent de données d’efficacité, mais leur qualité méthodologique est hétérogène. La méta-analyse de Frühauf et al. (université de Berne, Archives of Sexual Behavior, 2013) a regroupé 20 essais contrôlés randomisés comparant une intervention psychologique à une liste d’attente, publiés entre 1980 et 2009. Les auteurs ont observé une amélioration moyenne modérée de la sévérité des symptômes (taille d’effet d = 0,58) et de la satisfaction sexuelle (d = 0,47), avec des résultats particulièrement nets pour le trouble du désir sexuel hypoactif chez la femme.
Ce que montrent les étudesCes résultats sont encourageants, mais ils ne permettent pas de promettre un résultat. La thérapie ne vise d’ailleurs pas à « aligner » mécaniquement les désirs, mais à aider le couple à comprendre le décalage, à réduire la souffrance qu’il génère et à trouver un équilibre qui convienne aux deux. Pour certains couples, cet équilibre passera par une sexualité plus fréquente. Pour d’autres, par une sexualité différente, ou par une meilleure acceptation de la différence.
Étude : Frühauf, Gerger, Schmidt, Munder et Barth, revue systématique et méta-analyse, Archives of Sexual Behavior, 2013.
Effectif : 20 essais contrôlés randomisés (intervention psychologique contre liste d’attente) et 14 essais comparant des interventions actives entre elles.
Résultat : effet moyen modéré sur la sévérité des symptômes (d = 0,58) et sur la satisfaction sexuelle (d = 0,47), avec les données les plus solides pour le trouble du désir hypoactif féminin et les troubles de l’orgasme féminin.
Limite : études anciennes, souvent de petite taille, comparées surtout à une liste d’attente. Les comparaisons directes entre approches sont rares et très variables. Ces essais portent sur des troubles sexuels diagnostiqués, pas spécifiquement sur le décalage de désir dans un couple.
Les approches complémentaires
Les approches de gestion du stress (relaxation, cohérence cardiaque, sophrologie, pleine conscience) peuvent aider certaines personnes à se sentir plus disponibles, en réduisant la tension générale. Leur effet direct sur le désir reste modestement documenté et elles ne remplacent ni un bilan médical en cas de baisse brutale, ni un accompagnement psychologique quand la relation est en souffrance. Elles se conçoivent comme des compléments.
Questions fréquentes
Est-ce normal que l’un de nous ait beaucoup plus envie que l’autre ?
Oui, c’est très courant. Dans l’enquête Natsal-3, environ un quart des personnes en couple depuis au moins un an rapportent un déséquilibre d’intérêt pour la sexualité entre partenaires. Le décalage n’est pas un trouble en soi : il devient un problème quand il génère de la souffrance ou des conflits. Il peut aussi évoluer avec le temps, et les positions peuvent s’inverser.
Faut-il accepter des rapports sans envie pour préserver son couple ?
Non. Aucun rapport ne se « doit », y compris dans un couple marié ou installé depuis longtemps. Choisir librement un moment d’intimité, avec la possibilité de s’arrêter à tout moment, est différent d’accepter un rapport par peur, culpabilité ou pour éviter une dispute. Les rapports subis abîment durablement le désir et la relation. Si vous subissez pression, chantage ou violence, appelez le 3919, le 17 en cas de danger, ou envoyez un SMS au 114.
Comment en parler sans blesser son partenaire ?
Choisissez un moment calme, en dehors du lit et à distance d’un refus. Parlez de ce que vous ressentez plutôt que de ce que l’autre « fait mal ». Posez des questions ouvertes et reformulez ce que vous entendez. La méta-analyse de Mallory (2022) suggère que la qualité de l’échange (se sentir écouté et compris) compte davantage que le nombre de conversations. Si le dialogue tourne en boucle, un professionnel peut faciliter l’échange.
Le désir peut-il revenir après une longue période sans envie ?
Souvent oui, surtout quand une cause identifiable (fatigue, stress, période post-partum, traitement, problème de santé) est prise en charge. Le désir n’est pas une quantité fixe : il varie au fil de la vie. Comprendre la notion de désir réactif, décrite par Rosemary Basson, aide aussi beaucoup de couples à porter un autre regard sur une envie qui ne surgit plus spontanément. Il n’existe toutefois aucune garantie, et l’objectif peut aussi être de trouver un équilibre satisfaisant pour les deux.
Quand consulter un sexologue ou un psychologue pour un décalage de désir ?
Quand le sujet devient une source de souffrance ou de conflits répétés, quand la tendresse a disparu, quand la situation dure depuis plusieurs mois ou quand une séparation est évoquée. Consultez d’abord un médecin si la baisse de désir est brutale, s’accompagne d’autres symptômes, de douleurs, ou si vous suivez un traitement : il pourra rechercher une dépression, un trouble thyroïdien ou un effet indésirable médicamenteux. Ne modifiez jamais un traitement seul.
Les compléments à base de DHEA ou de testostérone peuvent-ils aider ?
L’auto-supplémentation en DHEA ou en testostérone est dangereuse : ce sont des hormones, avec des effets indésirables et des contre-indications. Selon la déclaration de consensus internationale de 2019, la testostérone n’a d’indication étayée chez la femme que pour le trouble du désir hypoactif après la ménopause, sous suivi médical. Toute question hormonale doit être évaluée par un médecin.
Ce qu’il faut retenir
Le décalage de désir dans le couple est fréquent, et ce n’est pas en soi un trouble. Il fait souffrir les deux partenaires, de manière différente : l’un se sent rejeté, l’autre sous pression. La recherche montre que la qualité de la communication sur la sexualité est étroitement associée à la satisfaction du couple, et que les stratégies partagées semblent plus bénéfiques que celles que chacun adopte seul, même si elles ne font pas forcément remonter le désir.
Comprendre la différence entre désir spontané et désir réactif, sortir du décompte, élargir l’intimité au-delà du rapport sexuel et regarder en face les facteurs individuels (stress, fatigue, enfants, médicaments, hormones, douleur, santé mentale) sont autant de pistes pour sortir de l’impasse. Une baisse brutale de désir mérite un bilan médical, et aucun traitement ne doit être arrêté sans avis médical.
Enfin, le consentement reste la règle absolue : aucun rapport ne se « doit ». Si la conversation tourne en boucle ou tourne au conflit, un accompagnement par un psychologue, un thérapeute de couple ou un sexologue peut aider à retrouver un dialogue apaisé. Vous pouvez consulter l’annuaire des psychologues ViziWell pour trouver un professionnel près de chez vous.
Sources
- Mitchell KR, Mercer CH, Ploubidis GB, et al. Sexual function in Britain: findings from the third National Survey of Sexual Attitudes and Lifestyles (Natsal-3). The Lancet. 2013;382(9907):1817-1829. PMID : 24286787. DOI : 10.1016/S0140-6736(13)62366-1
- Graham CA, Mercer CH, Tanton C, et al. What factors are associated with reporting lacking interest in sex and how do these vary by gender? Findings from the third British national survey of sexual attitudes and lifestyles. BMJ Open. 2017;7(9):e016942. PMID : 28903968. DOI : 10.1136/bmjopen-2017-016942
- Basson R. The female sexual response: a different model. Journal of Sex & Marital Therapy. 2000;26(1):51-65. PMID : 10693116. DOI : 10.1080/009262300278641
- Vowels LM, Mark KP. Strategies for mitigating sexual desire discrepancy in relationships. Archives of Sexual Behavior. 2020;49(3):1017-1028. PMID : 32034534. DOI : 10.1007/s10508-020-01640-y
- Mallory AB. Dimensions of couples’ sexual communication, relationship satisfaction, and sexual satisfaction: a meta-analysis. Journal of Family Psychology. 2022;36(3):358-371. PMID : 34968095. DOI : 10.1037/fam0000946
- Mallory AB, Stanton AM, Handy AB. Couples’ sexual communication and dimensions of sexual function: a meta-analysis. Journal of Sex Research. 2019;56(7):882-898. PMID : 30777780. DOI : 10.1080/00224499.2019.1568375
- Willoughby BJ, Farero AM, Busby DM. Exploring the effects of sexual desire discrepancy among married couples. Archives of Sexual Behavior. 2014;43(3):551-562. PMID : 24045904. DOI : 10.1007/s10508-013-0181-2
- Davies S, Katz J, Jackson JL. Sexual desire discrepancies: effects on sexual and relationship satisfaction in heterosexual dating couples. Archives of Sexual Behavior. 1999;28(6):553-567. PMID : 10650441. DOI : 10.1023/a:1018721417683
- Muise A, Schimmack U, Impett EA. Sexual frequency predicts greater well-being, but more is not always better. Social Psychological and Personality Science. 2016;7(4):295-302. DOI : 10.1177/1948550615616462
- Raposo S, Rosen NO, Muise A. Self-expansion is associated with greater relationship and sexual well-being for couples coping with low sexual desire. Journal of Social and Personal Relationships. 2020;37(2):602-623. DOI : 10.1177/0265407519875217
- Frühauf S, Gerger H, Schmidt HM, Munder T, Barth J. Efficacy of psychological interventions for sexual dysfunction: a systematic review and meta-analysis. Archives of Sexual Behavior. 2013;42(6):915-933. PMID : 23559141. DOI : 10.1007/s10508-012-0062-0
- Serretti A, Chiesa A. Treatment-emergent sexual dysfunction related to antidepressants: a meta-analysis. Journal of Clinical Psychopharmacology. 2009;29(3):259-266. PMID : 19440080. DOI : 10.1097/JCP.0b013e3181a5233f
- Davis SR, Baber R, Panay N, et al. Global consensus position statement on the use of testosterone therapy for women. Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism. 2019;104(10):4660-4666. PMID : 31498871. DOI : 10.1210/jc.2019-01603
- Vowels MJ, Mark KP, Vowels LM, Wood ND. Using spectral and cross-spectral analysis to identify patterns and synchrony in couples’ sexual desire. PLoS One. 2018;13(10):e0205330. PMID : 30332440. DOI : 10.1371/journal.pone.0205330
Cet article fait partie de notre dossier Libido.
Voir tous les articles Libido →Articles liés

Andropause : comprendre la baisse de testostérone liée à l'âge
45 min
Post-partum et libido : retrouver le désir après l'accouchement
30 min
Libido masculine : maintenir et booster le désir au masculin
32 min
Troubles de l'érection : ce qui change vraiment avec le mode de vie
29 min
Plantes aphrodisiaques : les stimulants naturels du désir
32 min