Hypnothérapeute parlant calmement à une cliente détendue dans un fauteuil, lumière douce de fin de journée
Hypnothérapie

Langage hypnotique d’Erickson : patterns et Milton Model

⏱ 35 min de lecture

Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie

🔎 Réponse en bref : le « Milton Model » est un catalogue de tournures de langage (présuppositions, truismes, double lien, métaphores, ambiguïtés) que Richard Bandler et John Grinder ont tiré, au milieu des années 1970, de l’observation du psychiatre Milton Erickson. Ces patterns eux-mêmes n’ont presque jamais été évalués un par un, et une revue de référence (Lynn et coll., 1993) conclut que la formulation indirecte ne fait pas mieux que la formulation directe sur les réponses mesurables. En revanche, la manière de parler aux patients a un effet mesuré : dans un essai multicentrique français de 272 patients (Fusco et coll., 2020), une communication hypnotique pendant la pose d’une perfusion ramenait la douleur à 1,5/10 contre 3,5/10 avec un discours neutre. Le niveau de preuve est donc modéré pour la « communication thérapeutique » en soins, faible pour les patterns pris isolément.
Vous avez peut-être croisé l’expression dans une vidéo, un livre de développement personnel ou une formation en communication : « le Milton Model », « les patterns hypnotiques d’Erickson », « le langage qui parle à l’inconscient ». Selon la source, on vous le présente comme une boîte à outils thérapeutique, comme un secret de vendeurs, voire comme une technique de manipulation capable de faire dire oui à n’importe qui. De quoi être curieux, et un peu inquiet.

Cet article fait le tri. Il explique ce que recouvre réellement ce modèle linguistique, d’où il vient, ce que la recherche permet d’en dire honnêtement et ce qu’elle ne permet pas d’affirmer. Il distingue aussi ce qui relève de l’hypnose clinique, étudiée dans des essais contrôlés, de ce qui relève de la programmation neuro-linguistique (PNL), dont les fondements sont beaucoup plus fragiles. Enfin, il rappelle un point essentiel : aucune formule verbale ne permet de passer outre la volonté d’une personne, et un accompagnement par l’hypnose se fait toujours avec votre accord.

Pourquoi tout le monde parle du « langage hypnotique »

Si le sujet revient si souvent, c’est qu’il touche une intuition partagée : les mots ont un effet sur nous. Une phrase rassurante avant une prise de sang, un ton calme dans une situation d’urgence, une image bien choisie qui fait comprendre quelque chose d’un coup… chacun a fait l’expérience que la façon de dire compte autant que ce qui est dit.

Le « langage hypnotique » prétend formaliser cette intuition. Il propose des formulations précises, censées faciliter la détente, l’imagination et l’ouverture au changement. Pour une personne qui envisage de consulter un hypnothérapeute, la question est légitime : qu’est-ce que le praticien va faire avec ses mots ? Est-ce que je garde le contrôle ? Est-ce que cela repose sur quelque chose de solide ?

Pour un soignant, un enseignant ou un coach, la question est différente : ces tournures sont-elles utiles, et dans quelles limites éthiques ? Ces deux publics trouveront ici des réponses, en gardant en tête que le niveau de preuve varie beaucoup selon ce dont on parle.

Milton Erickson, le point de départ

Milton H. Erickson (1901-1980) était un psychiatre américain. Il a profondément renouvelé la pratique de l’hypnose clinique au XXe siècle et a participé à la fondation de l’American Society of Clinical Hypnosis en 1957. Contrairement à l’hypnose dite « classique », qui reposait sur des injonctions directes (« vos paupières sont lourdes, vous allez dormir »), Erickson privilégiait une approche souple, adaptée à chaque personne, souvent conversationnelle.

Son style se caractérisait par plusieurs traits : il utilisait le vocabulaire et les centres d’intérêt de son patient, racontait beaucoup d’histoires, proposait des choix plutôt que des ordres, et accueillait les résistances au lieu de les combattre. Pour en savoir plus sur cette philosophie, vous pouvez lire notre présentation de l’hypnose ericksonienne, ses principes et ses techniques ou la comparaison entre les différents types d’hypnose : classique, ericksonienne, humaniste.

Un point important : Erickson n’a jamais lui-même publié un « modèle » fermé, une liste de recettes. Il insistait au contraire sur l’observation de la personne et sur l’individualisation. Le « Milton Model » est une construction faite par d’autres, à partir de lui.

Ce qu’est vraiment le « Milton Model »

Une description faite par Bandler et Grinder

Au milieu des années 1970, Richard Bandler (alors étudiant en mathématiques et en informatique) et John Grinder (linguiste) s’intéressent à quelques thérapeutes réputés pour leurs résultats, dont Milton Erickson. Leur projet : décrire, à partir des enregistrements et des séances observées, les structures de langage employées par ces praticiens, pour les rendre transmissibles.

Ils publient en 1975 un premier volume intitulé Patterns of the Hypnotic Techniques of Milton H. Erickson, M.D., suivi d’un second volume en 1977. On y trouve une classification des formulations d’Erickson, que l’on désignera plus tard sous le nom de « Milton Model ». Ces travaux sont aussi l’une des pierres fondatrices de la programmation neuro-linguistique.

Le Milton Model est souvent présenté comme l’inverse d’un autre outil de la PNL, le « Méta-modèle ». Le Méta-modèle sert à préciser le langage (« qui exactement ? », « comment le savez-vous ? »), tandis que le Milton Model utilise volontairement un langage vague, permissif, que chacun remplit avec sa propre expérience.

Ce que ce n’est pas

Il faut lever une confusion fréquente. Le Milton Model n’est pas une découverte scientifique validée sur le fonctionnement du cerveau. C’est une taxinomie descriptive, une manière de nommer et de classer des tournures de phrase. Le fait qu’Erickson les employait ne prouve pas que ce sont elles, et non sa présence, son attention ou la relation qu’il créait, qui produisaient les effets observés chez ses patients.

Ce n’est pas non plus une technique secrète. La plupart de ces formulations existent dans la langue courante, dans la pédagogie, la publicité ou la conversation de tous les jours. Ce qui change en hypnose, c’est l’intention et le cadre : elles sont utilisées pour aider une personne à se détendre, à imaginer, à mobiliser ses propres ressources, dans un contexte où elle a demandé cette aide.

Les principaux patterns, expliqués simplement

Voici les familles de formulations les plus citées. Les exemples sont volontairement ordinaires, pour montrer qu’il n’y a rien de magique dans leur construction.

Les présuppositions

Une présupposition est une information tenue pour acquise dans une phrase. Dire « Quand vous aurez trouvé une position confortable, vous pourrez laisser votre respiration ralentir » présuppose que vous allez trouver cette position. Dire « Je me demande quel changement vous remarquerez en premier » présuppose qu’un changement va se produire.

En pratique clinique, la présupposition sert surtout à orienter l’attention vers une issue favorable plutôt que vers la difficulté. C’est aussi ce que font, sans le savoir, beaucoup de soignants bienveillants : « Après le soin, vous pourrez boire quelque chose de chaud. »

Les truismes

Un truisme est une affirmation évidente, que la personne ne peut qu’accepter : « Vous êtes assis sur ce fauteuil », « Vous entendez ma voix », « Chacun a déjà vécu un moment où il s’est senti en sécurité. » L’idée est de créer un accord tranquille, une série d’évidences, avant de proposer quelque chose de plus ouvert.

On parle parfois de « yes set » (série de oui) pour désigner un enchaînement de truismes. Cette pratique est vieille comme la rhétorique. Son intérêt thérapeutique supposé est de réduire la vigilance critique face à une suggestion. Son effet propre n’a, à notre connaissance, pas été isolé dans un essai contrôlé.

Le double lien (ou « illusion de choix »)

Le double lien propose deux options qui mènent toutes deux dans la même direction : « Préférez-vous fermer les yeux maintenant, ou un peu plus tard, quand vous vous sentirez prêt ? », « Votre main droite ou votre main gauche va-t-elle devenir plus légère en premier ? »

Dans un cadre thérapeutique, ce procédé donne à la personne un sentiment de choix et de contrôle sur le rythme. Il est cependant aussi le pattern le plus souvent cité lorsque l’on parle de manipulation commerciale (« Vous payez par carte ou par virement ? »). C’est là que la question éthique se pose avec le plus de netteté, et nous y reviendrons.

Les métaphores et les histoires

Erickson racontait beaucoup d’histoires : anecdotes de sa vie, récits d’autres patients, images tirées de la nature. L’idée est qu’une histoire permet d’aborder un sujet sans affrontement direct, de laisser la personne en tirer son propre sens. Une métaphore sur un arbre qui plie sous le vent sans rompre peut parler de résilience sans jamais prononcer ce mot.

C’est probablement l’élément le plus connu et le plus apprécié du style ericksonien. Nous lui avons consacré un article complet : la métaphore thérapeutique en hypnose ericksonienne, exemples et construction.

Les suggestions indirectes et les commandes enchâssées

Plutôt que de dire « détendez-vous », le praticien peut dire « Certaines personnes trouvent qu’il est agréable de se détendre ici ». La consigne est glissée dans une phrase plus large (on parle de « commande enchâssée »), parfois soulignée par un léger changement de ton. De même, une question comme « Pouvez-vous imaginer un endroit où vous vous sentez bien ? » invite à le faire sans l’exiger.

Ces suggestions indirectes font l’objet d’un article dédié : les suggestions indirectes en hypnose, types, exemples et mécanismes.

Les ambiguïtés, généralisations et formulations vagues

Le Milton Model utilise aussi des mots volontairement flous : « une certaine sensation », « quelque chose de différent », « d’une façon qui vous convient ». Il emploie des nominalisations (« le changement », « la compréhension »), des généralisations (« tout le monde peut apprendre »), des formulations qui supposent de savoir ce que l’autre ressent (« vous commencez peut-être à remarquer… »).

Le principe est que la personne comble elle-même les blancs avec sa propre expérience, ce qui rend la suggestion plus personnelle. Poussées à l’extrême, les ambiguïtés produisent une sorte de surcharge qui est à la base de la technique de confusion en hypnose.

Le langage hypnotique hors transe

Tous ces patterns peuvent s’utiliser en dehors d’une séance d’hypnose formelle, dans une simple conversation. C’est ce que l’on appelle l’hypnose conversationnelle, avec ses promesses et ses limites, que nous détaillons dans hypnose conversationnelle : influencer sans transe.

Ce que la recherche permet de dire (et ce qu’elle ne permet pas)

C’est ici que l’honnêteté s’impose. Il faut distinguer trois niveaux de question, qui sont souvent mélangés dans les présentations commerciales.

Premier niveau : les patterns pris un par un

Existe-t-il des essais contrôlés montrant que l’usage d’une présupposition, d’un truisme ou d’un double lien produit, toutes choses égales par ailleurs, un meilleur résultat clinique qu’une phrase simple ? À notre connaissance, quasiment pas. Les patterns du Milton Model ont été décrits à partir d’observations de séances, puis transmis en formation, sans être testés isolément.

Ce n’est pas la preuve qu’ils sont sans intérêt. C’est la preuve que l’on ne sait pas mesurer leur effet propre, et qu’il faut se méfier de toute présentation qui leur attribue une efficacité spécifique chiffrée.

Deuxième niveau : suggestions directes contre suggestions indirectes

La question a été étudiée en laboratoire dès les années 1980, car elle opposait deux écoles : l’hypnose classique, directive, et l’hypnose ericksonienne, permissive. Les ericksoniens soutenaient que la formulation indirecte était plus efficace, en particulier chez les personnes peu sensibles à l’hypnose.

Le psychologue Steven Jay Lynn et ses collègues ont fait le point dans une revue conceptuelle et méthodologique publiée en 1993 dans l’International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis. Leurs trois conclusions sont nettes :

  1. contrairement à ce que soutenaient les hypnothérapeutes ericksoniens, le style de suggestion a peu d’effet sur les réponses objectives aux items hypnotiques,
  2. pour la douleur et l’expérience subjective, les résultats sont contradictoires, mais les études les mieux contrôlées ne montrent pas de supériorité des suggestions indirectes,
  3. il n’y a pas assez de données pour affirmer que les personnes peu hypnotisables répondent mieux aux formulations indirectes.
Une méta-analyse plus récente vient compléter ce tableau sous un autre angle. Trevor Thompson et ses collègues ont regroupé en 2019, dans Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 85 essais contrôlés expérimentaux portant sur 3 632 participants, menés sur des douleurs provoquées en laboratoire. L’hypnose y réduisait la douleur sur tous les critères mesurés. Surtout, l’efficacité dépendait fortement de deux facteurs : la suggestibilité de la personne et l’utilisation de suggestions analgésiques directes. Chez les personnes très ou moyennement suggestibles, l’hypnose avec suggestion analgésique directe s’accompagnait de réductions de la douleur de 42 % et 29 % respectivement, jugées cliniquement significatives. Le bénéfice était minime chez les personnes peu suggestibles.

Ces données ne disent pas que la formulation indirecte est sans valeur. Elles disent qu’en laboratoire, le caractère indirect d’une suggestion n’apporte pas d’avantage démontré et que la formulation directe, claire, fonctionne bien. Elles invitent à relativiser l’idée selon laquelle le « langage ericksonien » serait en soi plus puissant.

Troisième niveau : la communication en situation de soin

C’est le domaine où les données sont les plus intéressantes pour le lecteur, et les plus concrètes. Ici, on ne teste plus un pattern isolé, mais une manière globale de parler aux patients, inspirée de l’hypnose, au moment d’un geste médical.

Ce que montrent les études
Essai KTHYPE (Fusco et coll., British Journal of Anaesthesia, 2020) : essai randomisé multicentrique, en simple aveugle, mené dans trois hôpitaux (France et Belgique) auprès de patients devant recevoir une perfusion sur le dos de la main avant une chirurgie. 272 patients ont été analysés, répartis en trois groupes : pose avec une technique de communication hypnotique (89), pose avec des mots à connotation négative (92) et pose avec un discours neutre (91).
Résultat : la douleur juste après la pose était en moyenne de 1,5/10 dans le groupe hypnose, contre 3,5/10 avec le discours neutre et 3,8/10 avec les mots négatifs. L’anxiété diminuait et le confort augmentait après le geste dans le groupe hypnose.
Limites : il s’agit d’un geste bref et unique, la douleur est mesurée immédiatement, les soignants ne pouvaient pas ignorer la méthode utilisée et l’intervention combinait plusieurs éléments (ton, vocabulaire, détournement d’attention), ce qui ne permet pas d’attribuer l’effet à un pattern précis.
Cet essai, mené notamment au CHU de Rennes, est l’un des plus cités en France pour illustrer la « communication thérapeutique ». Il montre que la façon de parler pendant un soin courant change le vécu du patient, de manière mesurable.

Il s’inscrit dans une série de travaux plus anciens, menés aux États-Unis par la radiologue Elvira Lang. En 2000, dans The Lancet, son équipe a randomisé 241 patients devant subir une intervention vasculaire ou rénale percutanée en trois groupes : soins habituels (79), attention structurée (80) et relaxation auto-hypnotique guidée (82). Tous pouvaient s’administrer eux-mêmes des antalgiques. La douleur augmentait au fil de l’intervention dans le groupe soins habituels, mais restait stable dans le groupe hypnose. La consommation de médicaments était de 1,9 unité en soins habituels contre 0,9 sous hypnose. Un seul patient du groupe hypnose a présenté une instabilité hémodynamique, contre 12 en soins habituels, et les interventions duraient en moyenne 61 minutes contre 78.

En 2005, la même équipe a publié dans la revue Pain une analyse complémentaire au titre parlant : « Can words hurt? » (« Les mots peuvent-ils faire mal ? »). À partir de 159 enregistrements vidéo, elle a montré que prévenir le patient en des termes évoquant la douleur ou une expérience désagréable (« ça va piquer, ça va brûler ») s’accompagnait de davantage de douleur et d’anxiété que de ne pas le faire. Exprimer de la compassion dans ces mêmes termes après un geste douloureux augmentait l’anxiété.

Ces observations rejoignent ce que l’on appelle l’effet nocebo : des attentes négatives, souvent induites par des mots, peuvent aggraver des symptômes. Ernil Hansen et Nina Zech, anesthésistes à l’hôpital universitaire de Ratisbonne (Allemagne), ont publié en 2019 dans Frontiers in Pharmacology une revue sur les suggestions négatives dans la pratique clinique quotidienne. Ils y décrivent comment des expressions banales peuvent nuire, et proposent des stratégies simples : déplacer l’attention vers ce qui fonctionne, éviter de laisser le patient focalisé sur un passé négatif, nommer les bénéfices attendus.

Que retenir des méta-analyses en chirurgie ?

Deux méta-analyses permettent de situer ces résultats dans un cadre plus large.

En 2014, Zoltán Kekecs et ses collègues de l’université Eötvös Loránd de Budapest ont analysé dans Anesthesia & Analgesia 26 essais randomisés (1 890 patients) évaluant des techniques suggestives (hypnose et suggestions thérapeutiques) autour d’une chirurgie. Ces interventions réduisaient l’anxiété postopératoire (taille d’effet g = 0,40) et l’intensité de la douleur (g = 0,25), sans effet significatif sur la consommation d’antalgiques. Les auteurs soulignent que la force des preuves est faible en raison de biais possibles, et que la présentation en direct, par une personne, semblait plus utile qu’un enregistrement.

En 2021, Mareike Holler et ses collègues de l’université de Jena ont mis à jour, dans Clinical Psychology Review, une méta-analyse sur l’hypnose chez l’adulte opéré : 50 essais randomisés, 4 269 patients. Ils retrouvent des effets favorables sur la détresse psychique (g = 0,55), la douleur (g = 0,37), la consommation de médicaments (g = 0,46), la récupération et la durée d’intervention. Mais ils insistent sur une forte hétérogénéité entre les études, que ni les caractéristiques des patients ni celles des interventions ne suffisent à expliquer.

Ces méta-analyses portent sur l’hypnose et la communication suggestive dans leur ensemble, pas sur le Milton Model en tant que tel. Elles autorisent à dire que les mots et l’attention portée au patient comptent, pas que telle ou telle tournure de phrase est la clé du résultat. Pour une vue d’ensemble des indications de l’hypnose, consultez notre synthèse sur l’hypnose médicale contre la douleur aiguë et chronique.

En résumé, sur le plan des preuves

  • Les patterns isolés (présupposition, double lien, truisme…) : pas d’évaluation directe convaincante. Niveau de preuve très faible.
  • Supériorité du style indirect sur le style direct : non démontrée dans les études les mieux contrôlées.
  • Communication thérapeutique en soins (choix des mots, évitement des formulations négatives, accompagnement hypnotique pendant un geste) : plusieurs essais randomisés et méta-analyses favorables, avec des effets modérés et une hétérogénéité importante. Niveau de preuve modéré.

Milton Model et PNL : faire la part des choses

Le Milton Model est aujourd’hui enseigné principalement dans les formations de PNL, beaucoup plus que dans les cursus d’hypnose médicale. Or les deux ne sont pas au même niveau de validation, et il est important de le savoir avant de choisir une formation ou un praticien.

Ce que disent les revues sur la PNL

En 2012, une équipe dirigée par Jackie Sturt (King’s College London) a publié dans le British Journal of General Practice une revue systématique sur les effets de la PNL sur la santé. Sur 1 459 références identifiées, seules 10 études expérimentales répondaient aux critères, dont 5 essais randomisés. Quatre de ces cinq essais ne trouvaient pas de différence entre le groupe PNL et le groupe contrôle. Le risque de biais était élevé ou incertain dans toutes les études. Les auteurs concluent qu’il existe peu de preuves que la PNL améliore des critères de santé, en précisant que cela reflète surtout la faible quantité et la faible qualité des recherches, plutôt qu’une preuve d’absence d’effet.

En 2010, le psychologue polonais Tomasz Witkowski a analysé dans le Polish Psychological Bulletin la base de données de recherche consacrée à la PNL, en se concentrant sur les études empiriques testant ses postulats de base (par exemple l’existence de « systèmes de représentation préférentiels » repérables dans le langage ou les mouvements oculaires). Il constate qu’une minorité seulement de ces études allaient dans le sens de la PNL, et que la majorité ne la soutenaient pas. Son article, au ton critique assumé, interroge le statut scientifique de la discipline.

Ce que cela implique pour le Milton Model

Ces critiques visent surtout les théories propres à la PNL, pas l’hypnose clinique elle-même. Mais elles invitent à la prudence sur deux points :

  • le Milton Model a été formalisé par les fondateurs de la PNL, avec la même démarche descriptive, sans validation expérimentale,
  • les promesses parfois associées à ces formations (« influencer n’importe qui », « reprogrammer l’inconscient ») n’ont pas de base scientifique.
Pour approfondir la relation entre les deux approches, vous pouvez lire hypnose ericksonienne et PNL : les liens entre les deux approches.

Cela ne signifie pas que tout praticien formé à la PNL est à éviter. Cela signifie qu’il vaut mieux choisir un hypnothérapeute pour sa formation clinique, son expérience et son cadre éthique, plutôt que pour la maîtrise de « patterns » présentés comme des techniques d’influence.

Peut-on être manipulé par le langage hypnotique ?

C’est souvent la question qui inquiète le plus. La réponse courte est non, pas au sens où l’entendent les vidéos sensationnalistes.

Ce que les données suggèrent

Les études de laboratoire montrent que la réponse aux suggestions dépend fortement de la suggestibilité de chaque personne, un trait qui varie d’un individu à l’autre et qui reste assez stable dans le temps. Dans la méta-analyse de Thompson, le bénéfice était minime chez les personnes peu suggestibles. La revue de Lynn montre que rendre une suggestion plus indirecte ne permet pas de « contourner » ce trait de façon fiable.

Autrement dit, les formulations du Milton Model ne sont pas des clés universelles. Une personne qui ne veut pas suivre une suggestion ne la suivra pas, et les tournures de phrase ne changent pas cela. L’hypnose clinique est un état de concentration et d’attention dirigée, pas un état de soumission.

Les vrais enjeux éthiques

Cela ne veut pas dire que le langage ne peut pas influencer. Il peut orienter l’attention, créer un climat de confiance, rendre une proposition plus séduisante. C’est précisément pour cela que le cadre compte :

  • le consentement : en séance d’hypnose, vous devez savoir ce qui va se passer, pouvoir poser des questions et arrêter à tout moment. Nos repères sur l’hypnose et le consentement, vos droits en tant que patient détaillent ce que vous êtes en droit d’attendre,
  • la transparence : un praticien sérieux n’a rien à cacher sur ses méthodes et peut expliquer pourquoi il utilise une métaphore ou une formulation particulière,
  • la finalité : utiliser une illusion de choix pour aider une personne anxieuse à se détendre à son rythme n’est pas la même chose que l’utiliser pour lui vendre un abonnement. Les mêmes mots, dans un cadre différent, deviennent un problème éthique.
Si vous avez le sentiment qu’un « coach » ou un vendeur utilise ces techniques pour vous pousser à une décision, vous êtes en droit de vous retirer de la conversation, de prendre le temps de réfléchir et de demander un délai. Aucun pattern ne vous oblige à quoi que ce soit.

Ce que vous pouvez faire concrètement

Si vous envisagez de consulter un hypnothérapeute

Il est utile de savoir que votre praticien utilisera probablement certaines de ces formulations : un ton calme, des propositions ouvertes, des images, des histoires. C’est normal et cela fait partie du style ericksonien. Quelques repères pour aborder la séance sereinement :

  • demandez au praticien de vous expliquer sa démarche avant de commencer. Un bon professionnel le fait spontanément. Notre article sur le déroulement d’une séance d’hypnothérapie vous aide à savoir à quoi vous attendre,
  • vous pouvez préciser vos limites : sujets que vous ne souhaitez pas aborder, préférence pour des suggestions plus directes, besoin de garder les yeux ouverts,
  • un bon accompagnement porte sur votre demande (anxiété, sommeil, douleur, préparation à un soin), pas sur une démonstration de technique,
  • l’hypnose est un complément. Elle ne remplace ni un suivi médical, ni un traitement prescrit, ni une psychothérapie lorsqu’elle est indiquée.
Pour vous orienter, notre guide comment choisir son hypnothérapeute : critères et certifications liste les questions à poser.

Si vous êtes soignant

C’est probablement là que les données sont les plus directement utiles. Sans devenir hypnothérapeute, quelques principes issus de la recherche sur la communication thérapeutique peuvent changer le vécu des patients :

  • éviter les annonces centrées sur la douleur : remplacer « ça va faire mal » par une formulation neutre ou orientée vers le confort (« vous allez sentir une sensation au niveau de la main, et cela ne durera que quelques secondes »). Les travaux de Lang et ceux de Fusco plaident dans ce sens,
  • déplacer l’attention vers ce qui fonctionne, comme le proposent Hansen et Zech,
  • proposer des choix réels au patient (position, moment, présence d’un proche), ce qui renforce le sentiment de contrôle,
  • utiliser l’imagination quand le patient y est réceptif : un lieu agréable, un souvenir rassurant.
Ces gestes de communication sont simples et ne demandent pas de « transe ». Ils s’inscrivent dans une approche plus large, comme celle décrite dans notre article sur le protocole de dissociation pour la douleur aiguë. Plusieurs établissements, notamment en France et en Belgique, ont développé des formations à la communication thérapeutique pour leurs équipes.

Si vous voulez apprendre ces techniques

Méfiez-vous des formations courtes qui promettent un pouvoir d’influence. Privilégiez les cursus qui :

  • intègrent un enseignement clinique (indications, contre-indications, situations à orienter vers un médecin),
  • abordent explicitement l’éthique et le consentement,
  • sont honnêtes sur le niveau de preuve,
  • sont dispensés par des professionnels de santé ou en lien avec eux.
Notre article sur les certifications en hypnothérapie fait le point sur ce qui est reconnu en France.

Quand le langage ne suffit pas

Le langage hypnotique peut aider à se détendre, à mieux vivre un soin, à mobiliser des ressources. Il ne remplace pas une prise en charge adaptée lorsque la situation l’exige.

  • En cas de pensées suicidaires ou de détresse psychique intense, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
  • En cas d’urgence médicale, composez le 15 (SAMU) ou le 112.
  • Si vous souffrez d’un trouble psychique diagnostiqué (dépression sévère, trouble bipolaire, troubles psychotiques, stress post-traumatique), parlez-en à votre médecin ou à votre psychiatre avant d’entreprendre une démarche d’hypnose. L’hypnose peut alors s’envisager en complément, jamais en remplacement.
  • Si vous suivez un traitement, ne l’interrompez pas sans avis médical, même si une séance vous a fait du bien.

Questions fréquentes

Le Milton Model, c’est de l’hypnose ou de la PNL ?

Les deux, en quelque sorte. Il s’agit d’une description du langage de Milton Erickson, qui était hypnothérapeute, mais cette description a été réalisée par Richard Bandler et John Grinder, les fondateurs de la PNL. Aujourd’hui, le terme « Milton Model » est surtout employé dans les formations de PNL, alors que les hypnothérapeutes cliniciens parlent plutôt de « langage ericksonien » ou de « suggestions indirectes ».

Est-ce que ces formulations marchent sur tout le monde ?

Non. Les recherches montrent que la réponse aux suggestions dépend surtout de la suggestibilité de chaque personne, qui varie beaucoup d’un individu à l’autre. La revue de Lynn (1993) n’a pas trouvé que les suggestions indirectes compensaient une faible suggestibilité. En revanche, une communication attentive et sans mots inquiétants semble utile au plus grand nombre lors d’un soin.

Peut-on m’hypnotiser à mon insu dans une conversation ?

Le langage peut orienter l’attention et influencer une décision, comme le fait n’importe quel discours persuasif. Mais il n’existe pas de preuve qu’une suite de patterns puisse amener quelqu’un à agir contre sa volonté. Si vous vous sentez pressé dans une discussion commerciale, prendre du recul et un délai de réflexion suffit à neutraliser ces procédés.

Le langage hypnotique est-il utilisé à l’hôpital ?

Oui, de plus en plus, sous le nom de communication thérapeutique ou de communication hypnotique. Des essais randomisés comme celui de Lang (2000) ou KTHYPE (Fusco, 2020) ont montré des réductions de la douleur et de l’anxiété lors de gestes médicaux. Il s’agit d’un complément aux traitements antalgiques et à l’anesthésie, pas d’un substitut.

Puis-je utiliser ces techniques sur moi-même ?

Certaines formulations peuvent s’intégrer à l’auto-hypnose : se parler avec bienveillance, utiliser des images apaisantes, se proposer des choix plutôt que des ordres. Notre guide pratique pour débuter en auto-hypnose propose une méthode simple. En cas de difficulté psychique importante, mieux vaut être accompagné par un professionnel.

Comment savoir si un praticien utilise ces techniques de manière éthique ?

Un praticien éthique explique ce qu’il fait, recueille votre accord, respecte vos limites et vous laisse libre d’arrêter. Il ne vous promet pas de résultat garanti et vous oriente vers un médecin si votre situation le nécessite. Si l’on vous présente ces techniques comme un moyen de « contrôler » les autres, c’est un signal d’alerte.

Trouver un hypnothérapeute

Si vous souhaitez être accompagné par un professionnel qui utilise l’hypnose ericksonienne dans un cadre clair, respectueux et complémentaire de votre suivi médical, vous pouvez consulter notre annuaire des hypnothérapeutes. Prenez le temps d’échanger avec le praticien avant la première séance, de lui demander sa formation et la manière dont il travaille.

Sources

  1. Lang EV, Benotsch EG, Fick LJ, et al. Adjunctive non-pharmacological analgesia for invasive medical procedures: a randomised trial. Lancet. 2000, 355(9214):1486-1490. PMID : 10801169. DOI : 10.1016/S0140-6736(00)02162-0
  2. Lang EV, Hatsiopoulou O, Koch T, et al. Can words hurt? Patient-provider interactions during invasive procedures. Pain. 2005, 114(1-2):303-309. PMID : 15733657. DOI : 10.1016/j.pain.2004.12.028
  3. Fusco N, Bernard F, Roelants F, et al. Hypnosis and communication reduce pain and anxiety in peripheral intravenous cannulation: Effect of Language and Confusion on Pain During Peripheral Intravenous Catheterization (KTHYPE), a multicentre randomised trial. British Journal of Anaesthesia. 2020, 124(3):292-298. PMID : 31862159. DOI : 10.1016/j.bja.2019.11.020
  4. Lynn SJ, Neufeld V, Maré C. Direct versus indirect suggestions: a conceptual and methodological review. International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis. 1993, 41(2):124-152. PMID : 8468104. DOI : 10.1080/00207149308414543
  5. Thompson T, Terhune DB, Oram C, et al. The effectiveness of hypnosis for pain relief: A systematic review and meta-analysis of 85 controlled experimental trials. Neuroscience & Biobehavioral Reviews. 2019, 99:298-310. PMID : 30790634. DOI : 10.1016/j.neubiorev.2019.02.013
  6. Kekecs Z, Nagy T, Varga K. The effectiveness of suggestive techniques in reducing postoperative side effects: a meta-analysis of randomized controlled trials. Anesthesia & Analgesia. 2014, 119(6):1407-1419. PMID : 25289661. DOI : 10.1213/ANE.0000000000000466
  7. Holler M, Koranyi S, Strauss B, Rosendahl J. Efficacy of hypnosis in adults undergoing surgical procedures: a meta-analytic update. Clinical Psychology Review. 2021, 85:102001. PMID : 33725512. DOI : 10.1016/j.cpr.2021.102001
  8. Hansen E, Zech N. Nocebo effects and negative suggestions in daily clinical practice: forms, impact and approaches to avoid them. Frontiers in Pharmacology. 2019, 10:77. PMID : 30814949. DOI : 10.3389/fphar.2019.00077
  9. Sturt J, Ali S, Robertson W, et al. Neurolinguistic programming: a systematic review of the effects on health outcomes. British Journal of General Practice. 2012, 62(604):e757-e764. PMID : 23211179. DOI : 10.3399/bjgp12X658287
  10. Witkowski T. Thirty-five years of research on neuro-linguistic programming. NLP research data base. State of the art or pseudoscientific decoration? Polish Psychological Bulletin. 2010, 41(2). DOI : 10.2478/v10059-010-0008-0
⚕️ Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié.

⚕️ Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié.

Cet article fait partie de notre dossier Hypnothérapie.

Voir tous les articles Hypnothérapie →
FW

Fabrice Wigishoff

Fondateur de ViziWell · Supervision éditoriale

Triple master en hypnose thérapeutique, 30 ans d'expérience en hypnothérapie et coaching. Spécialiste de l'arrêt du tabac, gestion du stress et préparation mentale. Passionné de neurosciences, Fabrice décrypte les études cliniques mondiales pour rendre les thérapies complémentaires accessibles à tous.

En savoir plus →

Auteurs des sources scientifiques

SL

Steven Jay Lynn

Professeur de psychologie, chercheur en hypnose clinique — Binghamton University (SUNY), États-Unis

Psychologue et chercheur de référence sur l'hypnose clinique et expérimentale, co-auteur de travaux de synthèse sur ses mécanismes et applications.

TT

Trevor Thompson

Maître de conférences — University of Greenwich, Londres, Royaume-Uni

Expert en gestion de la douleur et efficacité de l'hypnose. Auteur d'une méta-analyse majeure sur 85 essais contrôlés (2019).

NF

Nicolas Fusco

Département d'anesthésie-réanimation, CHU de Rennes, Université de Rennes, France

JS

Jackie Sturt

Professeure en soins infirmiers et santé — King's College London

Chercheuse en santé, autrice de la revue systématique de référence de 2012 évaluant les effets de la programmation neuro-linguistique sur les résultats de santé.

EL

Elvira V. Lang

MD, PhD — Comfort Talk / ancienne professeure de radiologie (Harvard Medical School, Beth Israel Deaconess Medical Center)

Médecin et chercheuse pionnière de l'hypnose procédurale et de la communication de confort appliquées aux gestes médicaux et interventionnels.