Interactions plantes et antidépresseurs : les associations dangereuses
Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie
🔎 Réponse en bref : Oui, certaines plantes et certains compléments peuvent rendre un antidépresseur dangereux ou annuler l’effet d’autres médicaments. Le cas le mieux établi est le millepertuis : dans un essai publié dans le JAMA en 2003, deux semaines de prise ont divisé par deux l’exposition à un médicament témoin éliminé par l’enzyme CYP3A4 (Markowitz et al.). Le risque de syndrome sérotoninergique avec le griffonia (5-HTP), le tryptophane ou la SAMe, et le risque hémorragique du ginkgo associé aux ISRS, reposent surtout sur la pharmacologie et des cas rapportés : un niveau de preuve plus faible, mais suffisant pour imposer la prudence. La règle est simple : n’associez jamais une plante à un antidépresseur, et n’arrêtez jamais un antidépresseur, sans l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien.Vous prenez un antidépresseur depuis quelques semaines, ou depuis des années. Vous avez envie de « donner un coup de pouce » à votre traitement, ou au contraire d’en réduire un jour la place, et une amie, un forum ou un rayon de parapharmacie vous parle de millepertuis, de griffonia, de safran, de rhodiola ou de ginkgo. Ces produits sont présentés comme naturels, vendus sans ordonnance, parfois sous forme de tisanes ou de gélules qui ressemblent à de simples compléments alimentaires. Rien ne laisse penser qu’ils pourraient interagir avec un médicament.
C’est précisément là que se situe le risque. Une plante contient des dizaines de molécules actives sur l’organisme. Certaines modifient la manière dont le foie et l’intestin traitent les médicaments, d’autres agissent sur les mêmes systèmes biologiques que l’antidépresseur, en particulier la sérotonine. Le résultat peut aller d’une baisse discrète de l’efficacité d’un traitement à une réaction aiguë qui relève des urgences.
Cet article ne cherche ni à opposer le « naturel » au « chimique », ni à faire peur. Il hiérarchise ce que l’on sait : ce qui est solidement démontré chez l’humain, ce qui repose sur des cas cliniques, et ce qui relève surtout de la précaution théorique. Il vous donne aussi les signes qui doivent alerter et une méthode concrète pour en parler à votre médecin et à votre pharmacien. Si vous cherchez une vue d’ensemble des plantes étudiées dans la dépression, l’article Phytothérapie et dépression : millepertuis, safran et plantes adaptogènes en dresse le panorama ; ici, l’angle est exclusivement celui de la sécurité.
Pourquoi une plante peut modifier un médicament
Pour comprendre les interactions, il faut distinguer deux mécanismes très différents. Les pharmaciens les appellent interactions pharmacocinétiques et interactions pharmacodynamiques. Les termes sont techniques, mais l’idée est simple.
Quand la plante change la quantité de médicament dans le sang
Un médicament avalé doit traverser la paroi de l’intestin, passer par le foie, circuler dans le sang, puis être éliminé. À chaque étape, des enzymes et des transporteurs interviennent. Les plus connus sont les enzymes de la famille des cytochromes P450, notamment le CYP3A4, et un transporteur appelé P-glycoprotéine, qui renvoie certaines molécules vers l’intestin avant qu’elles ne soient absorbées.
Une plante peut accélérer ces systèmes. On parle alors d’induction enzymatique. Le médicament est éliminé plus vite, sa concentration dans le sang baisse, et son effet diminue, parfois jusqu’à devenir insuffisant. À l’inverse, une substance peut freiner ces systèmes. On parle d’inhibition. Le médicament s’accumule et ses effets indésirables augmentent. Le jus de pamplemousse, qui n’est pas un complément mais un aliment, est l’exemple classique d’inhibition du CYP3A4 au niveau intestinal.
Ces interactions sont invisibles au quotidien. Personne ne ressent qu’une pilule contraceptive ou un anticoagulant est devenu moins actif. C’est ce qui les rend particulièrement piégeuses.
Quand la plante agit dans le même sens que le médicament
Le second mécanisme ne touche pas la quantité de médicament, mais son effet. Si une plante et un antidépresseur augmentent tous deux l’activité de la sérotonine dans le cerveau, leurs effets peuvent s’additionner. Si une plante et un médicament favorisent tous deux le saignement, le risque hémorragique peut se cumuler. Si une plante sédative s’ajoute à un antidépresseur qui fait déjà somnoler, la vigilance peut chuter.
Pour mieux comprendre le rôle de la sérotonine et des autres messagers chimiques de l’humeur, vous pouvez lire Dopamine, sérotonine, endorphines : le guide des neurotransmetteurs. Retenez ici que la plupart des antidépresseurs prescrits aujourd’hui, les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS, comme la fluoxétine, la sertraline, la paroxétine ou l’escitalopram) et les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSNA, comme la venlafaxine ou la duloxétine), augmentent la sérotonine disponible entre les neurones. Tout ce qui pousse dans la même direction mérite donc l’attention.
Pourquoi « naturel » ne veut pas dire « sans interaction »
Un extrait de plante n’est pas une molécule unique : c’est un mélange dont la composition varie selon l’espèce, la partie de la plante utilisée, le mode d’extraction et le fabricant. Deux gélules vendues sous le même nom peuvent avoir des profils très différents. Cette variabilité complique la recherche et rend les règles générales plus prudentes. C’est aussi pour cela que la question n’est pas « cette plante est-elle bonne ou mauvaise ? », mais « cette préparation, chez cette personne, avec ces médicaments, pose-t-elle un problème ? ». Seul un professionnel qui connaît l’ensemble de votre traitement peut y répondre. L’article Naturopathie et médecine : bien les associer sans danger développe cette logique de coordination.
Le millepertuis : le cas d’école de l’induction enzymatique
Le millepertuis (Hypericum perforatum) est la plante la plus étudiée dans la dépression légère à modérée. Une méta-analyse de 27 essais cliniques réunissant 3 808 patients, publiée en 2017 dans le Journal of Affective Disorders, a conclu à des taux de réponse et de rémission comparables à ceux des ISRS dans les dépressions légères à modérées, sur des durées de 4 à 12 semaines (Ng et al., 2017). La revue Cochrane de 2008 allait dans le même sens (Linde et al.). Ces données expliquent sa popularité.
Mais le millepertuis est aussi la plante dont les interactions médicamenteuses sont les mieux documentées. Et ces deux réalités ne s’annulent pas : une plante active sur l’humeur est, par définition, une plante active sur l’organisme.
Ce que fait l’hyperforine
Le millepertuis contient notamment de l’hyperforine, un composé qui active un récepteur du foie et de l’intestin appelé PXR (récepteur X des prégnanes). Ce récepteur fonctionne comme un interrupteur : une fois activé, il augmente la production du CYP3A4 et de la P-glycoprotéine. L’organisme se met alors à éliminer plus vite de nombreux médicaments.
Une revue publiée en 2020 dans le British Journal of Pharmacology a fait le point vingt ans après les premières alertes (Nicolussi et al., 2020). Elle rappelle que le degré d’induction du CYP3A4 est significativement corrélé à la teneur en hyperforine de la préparation, et que le millepertuis a modifié la pharmacocinétique de médicaments aussi variés que la digoxine (cœur), le tacrolimus et la ciclosporine (greffe), l’indinavir (VIH), la warfarine (anticoagulant), l’alprazolam (anxiolytique), la simvastatine (cholestérol) et les contraceptifs oraux. Point de transparence : trois des quatre auteurs de cette revue sont salariés d’un fabricant de médicaments à base de millepertuis, ce qui est déclaré dans la publication.
Ce que montrent les études
Étude : essai croisé en ouvert publié dans le JAMA (Markowitz et al., 2003).
Effectif : 12 volontaires sains (6 hommes, 6 femmes) de 22 à 38 ans.
Résultat : après 14 jours de millepertuis, l’exposition sanguine à l’alprazolam, un médicament témoin éliminé par le CYP3A4, a été divisée par deux, et sa demi-vie est passée en moyenne de 12,4 heures à 6,0 heures. Les auteurs rappellent que les substrats du CYP3A4 représentent au moins la moitié des médicaments commercialisés.
Limite : petit effectif, volontaires sains, une seule préparation testée. L’ampleur de l’effet varie selon la teneur en hyperforine des produits, mais la direction de l’effet est constante dans la littérature.
Le précédent de la greffe cardiaque
L’alerte initiale est venue de la transplantation. En 2000, une interaction pharmacocinétique entre le millepertuis et la ciclosporine, médicament antirejet, a provoqué un rejet aigu chez deux patients greffés du cœur (cas rappelés par Nicolussi et al., 2020). Ces patients n’avaient rien fait d’autre que prendre une préparation de millepertuis en vente libre. Leur traitement, parfaitement adapté jusque-là, est devenu insuffisant parce que leur foie l’éliminait plus vite.
Cet épisode illustre le principe le plus important de l’article : avec l’induction enzymatique, le danger ne vient pas d’un effet visible de la plante, mais de la perte silencieuse d’efficacité d’un autre traitement.
Le millepertuis associé à un antidépresseur : un double problème
Prendre du millepertuis en plus d’un antidépresseur expose à deux risques qui se superposent.
D’abord, le millepertuis a lui-même une activité sur la recapture de la sérotonine. L’associer à un ISRS, un IRSNA, un antidépresseur tricyclique ou un IMAO peut donc additionner les effets sérotoninergiques. Des cas de syndrome sérotoninergique ont été rapportés dans la littérature médicale avec ce type d’association. Il s’agit de cas individuels et non d’essais, ce qui ne permet pas de chiffrer la fréquence du risque, mais le mécanisme est cohérent et les conséquences peuvent être graves.
Ensuite, l’induction enzymatique peut modifier les concentrations de certains antidépresseurs ou des autres médicaments que vous prenez en parallèle (anxiolytiques, somnifères, traitements cardiaques, contraception). Le résultat est imprévisible pour la personne qui fait l’association seule chez elle.
C’est pourquoi les autorités de santé européennes, dont l’agence française du médicament, ont diffusé dès le début des années 2000 des mises en garde sur les interactions du millepertuis, et pourquoi les notices des antidépresseurs le mentionnent. Il n’existe pas de situation où l’on devrait ajouter du millepertuis à un antidépresseur sans en avoir parlé à son médecin.
L’arrêt du millepertuis est aussi un moment à risque
On pense souvent au danger du début de la prise. Il en existe un second, moins connu : l’arrêt. Quand une personne qui prenait du millepertuis depuis plusieurs semaines arrête brutalement, l’induction enzymatique s’estompe progressivement. Les enzymes reviennent à leur niveau normal et les médicaments qu’elles éliminaient trop vite remontent dans le sang. Si un médecin avait augmenté la dose d’un traitement pour compenser l’effet du millepertuis, cette dose peut devenir excessive.
Autrement dit, ce n’est pas seulement « commencer » qui doit être discuté avec un professionnel, c’est aussi « arrêter ». Signalez toujours au médecin ou au pharmacien que vous preniez du millepertuis, même si vous l’avez arrêté récemment.
Toutes les préparations ne se valent pas
La recherche montre que l’intensité de l’induction dépend fortement de l’hyperforine. Un essai mené chez 16 femmes sous contraception orale faiblement dosée, publié dans l’European Journal of Clinical Pharmacology en 2009, n’a pas mis en évidence d’interaction significative avec un extrait spécifique à faible teneur en hyperforine (Will-Shahab et al., 2009). Cette étude a été réalisée par une structure liée au fabricant et ne porte que sur un extrait précis.
Il serait donc trompeur d’en conclure qu’il existe un millepertuis « sans risque ». Pour un consommateur, il est presque impossible de connaître la teneur réelle en hyperforine d’une gélule, d’une teinture ou d’une tisane. Et l’effet sérotoninergique, lui, ne dépend pas de l’hyperforine seule. La prudence reste la règle : seul un professionnel de santé peut évaluer une préparation donnée au regard de vos traitements.
Le risque sérotoninergique : reconnaître les signes
Le syndrome sérotoninergique est une réaction liée à un excès d’activité de la sérotonine dans le système nerveux. Il survient le plus souvent quand on associe plusieurs substances qui augmentent la sérotonine, ou quand on augmente rapidement la dose d’un médicament sérotoninergique. Il peut être léger, mais il peut aussi engager le pronostic vital.
Une triade de signes
Dans une revue de référence publiée dans le New England Journal of Medicine, Boyer et Shannon (2005) décrivent le syndrome comme l’association de trois groupes de manifestations, qui ne sont pas toujours tous présents :
- Des changements de l’état mental : agitation, anxiété inhabituelle, nervosité, confusion, désorientation.
- Une hyperactivité du système nerveux autonome : transpiration abondante, accélération du cœur, hausse de la tension, fièvre, diarrhée, pupilles dilatées, frissons.
- Des anomalies neuromusculaires : tremblements, secousses musculaires involontaires, réflexes exagérés, raideur, contractions rythmiques des muscles (appelées clonus), notamment au niveau des jambes ou des yeux.
Ce qu’il faut faire
Les formes légères peuvent ressembler à une simple nervosité, à une gastro-entérite ou à un état grippal. C’est ce qui rend le syndrome difficile à reconnaître. Quelques repères pratiques :
- Si vous présentez de la fièvre, une confusion, une raideur musculaire, des secousses involontaires, un cœur qui s’emballe ou un malaise important : appelez le 15 (SAMU) ou le 112 sans attendre. Ne prenez pas le volant.
- Si les signes sont modérés (nervosité, tremblements, transpiration, diarrhée) et que vous avez récemment ajouté une plante ou un complément : contactez rapidement votre médecin ou, à défaut, le 15, qui vous orientera. Votre pharmacien peut aussi vous conseiller sur la conduite à tenir.
- Dans tous les cas, emportez ou photographiez les boîtes de tous les produits pris, y compris les compléments, tisanes et huiles essentielles.
- N’arrêtez pas votre antidépresseur de vous-même en pensant bien faire, sauf consigne explicite d’un médecin ou du SAMU : la décision dépend de la situation.
Ce que montrent les études
Étude : revue clinique de Boyer et Shannon, New England Journal of Medicine, 2005.
Contenu : synthèse des mécanismes, des signes cliniques et de la prise en charge du syndrome sérotoninergique, qui reste une référence citée dans les recommandations.
Message clé : le syndrome résulte le plus souvent d’associations de substances sérotoninergiques, dont certains produits de phytothérapie comme le millepertuis, et ses formes légères passent facilement inaperçues.
Limite : il s’agit d’une revue narrative, non d’une étude quantitative ; la fréquence exacte du syndrome dans la population reste mal connue, en partie parce que les formes modérées sont sous-diagnostiquées.
Un mot sur la détresse psychique
Les plantes et compléments sont souvent achetés à un moment où l’on se sent mal, où l’on a l’impression que le traitement ne suffit pas. Si vous traversez une période de grande détresse, si des idées de mort ou de suicide apparaissent, ne restez pas seul avec cela. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, gratuitement, pour vous ou pour un proche. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112. L’article Quand consulter pour une dépression détaille aussi les situations qui justifient un avis rapide.
Les autres associations à surveiller
Le millepertuis concentre l’essentiel des données. Mais d’autres produits très présents en pharmacie, en magasin bio et sur internet posent des questions sérieuses en association avec un antidépresseur. Pour chacun, il faut distinguer ce qui est démontré de ce qui est plausible.
Le griffonia et le 5-HTP
Le griffonia (Griffonia simplicifolia) est une plante africaine dont les graines sont riches en 5-hydroxytryptophane (5-HTP), le précurseur direct de la sérotonine. Il est vendu comme complément « pour le moral » ou « pour le sommeil ». Son mécanisme est précisément d’augmenter la production de sérotonine. Associé à un ISRS, un IRSNA, un tricyclique, un IMAO, au tramadol ou au millepertuis, il pousse donc dans la même direction que ces médicaments.
Une méta-analyse publiée en 2020 dans Nutrition Reviews a examiné 13 études sur le 5-HTP dans la dépression (Javelle et al., 2020). Les auteurs observent des signaux d’effet, mais soulignent une très forte hétérogénéité entre les études (I² de 76 %) et un niveau méthodologique globalement faible, peu d’études comportant un groupe témoin. Une méta-analyse plus ancienne (Shaw et al., 2002) arrivait déjà à des conclusions prudentes. En clair : l’intérêt du 5-HTP seul reste incertain, et la question de sa sécurité en association n’a pas été étudiée dans des essais dédiés.
Le risque d’association avec un antidépresseur repose donc sur la pharmacologie et sur des signalements de cas, pas sur des essais. Mais lorsque le mécanisme est aussi direct, l’absence d’essai n’est pas une garantie de sécurité. C’est une association que les professionnels déconseillent sans encadrement médical.
Le tryptophane
Le L-tryptophane est l’acide aminé à partir duquel l’organisme fabrique le 5-HTP, puis la sérotonine. On le trouve naturellement dans l’alimentation (voir Tryptophane et sérotonine : les aliments qui favorisent le sommeil), et l’apport alimentaire ne pose aucun problème. En revanche, les compléments concentrés de tryptophane, associés à un antidépresseur sérotoninergique, relèvent de la même logique que le 5-HTP : une addition d’effets possible, documentée surtout par des cas cliniques, en particulier avec les IMAO. Là encore, l’avis du médecin est indispensable avant toute supplémentation.
La SAMe (S-adénosylméthionine)
La SAMe est une molécule fabriquée naturellement par l’organisme, vendue comme complément dans certains pays et en ligne. Elle intervient dans la synthèse de plusieurs neurotransmetteurs. Une revue Cochrane de 2016 a analysé 8 essais réunissant 934 adultes atteints de dépression (Galizia et al., 2016). Ses conclusions sont nuancées : pas de différence nette avec un groupe témoin en monothérapie, des résultats proches de ceux de l’imipramine, et un seul petit essai de 73 participants suggérant un bénéfice de la SAMe ajoutée à un ISRS, avec un niveau de preuve jugé faible.
Deux points de sécurité ressortent de cette revue. D’abord, les effets indésirables étaient mal décrits dans la plupart des essais, ce qui limite ce que l’on sait de la tolérance. Ensuite, deux épisodes de manie ou d’hypomanie ont été rapportés parmi 441 participants traités par SAMe, et les auteurs recommandent une attention particulière à ce risque. Pour une personne présentant un trouble bipolaire, ou des antécédents familiaux de ce trouble, c’est un signal important.
Une méta-analyse de 2016 sur les compléments nutritionnels utilisés en appoint des antidépresseurs (Sarris et al., American Journal of Psychiatry) a retenu la SAMe parmi les produits ayant des résultats encourageants mais encore limités, aux côtés d’autres comme les oméga-3 ou la vitamine D. Ces essais étaient menés sous surveillance médicale. Le fait qu’un complément ait été étudié en association ne signifie pas qu’on puisse l’ajouter seul à son traitement : dans les essais, c’est un médecin qui sélectionne les patients, ajuste et surveille.
Le ginkgo et le risque hémorragique avec les ISRS
Le ginkgo (Ginkgo biloba) est surtout utilisé pour la mémoire et la circulation. Il est souvent cité comme « fluidifiant » du sang. Pourquoi est-ce un sujet avec les antidépresseurs ? Parce que les ISRS eux-mêmes augmentent modestement le risque de saignement.
Les plaquettes sanguines, qui participent à la coagulation, stockent de la sérotonine qu’elles captent dans le sang grâce au même transporteur que celui bloqué par les ISRS. Sous ISRS, les plaquettes contiennent moins de sérotonine et s’agrègent un peu moins bien. Une méta-analyse de 22 études observationnelles réunissant plus d’un million de personnes a estimé que l’usage d’un ISRS augmentait d’environ 55 % la probabilité de saignement digestif haut (odds ratio de 1,55), avec un risque plus marqué en cas d’association à des anti-inflammatoires non stéroïdiens ou à des antiagrégants plaquettaires (Jiang et al., 2015). Une autre méta-analyse, publiée en 2023, a montré que l’association d’un ISRS et d’un anticoagulant oral augmentait de 35 % le risque d’hémorragie majeure par rapport à l’anticoagulant seul (Rahman et al., 2023).
Ce que montrent les étudesQu’en est-il du ginkgo lui-même ? C’est ici qu’il faut être honnête sur le niveau de preuve. Une méta-analyse de 18 essais randomisés réunissant 1 985 adultes n’a pas mis en évidence d’effet cliniquement significatif d’un extrait standardisé de ginkgo sur les principaux paramètres de coagulation (agrégation plaquettaire, fibrinogène, temps de coagulation) par rapport à un groupe témoin (Kellermann et Kloft, 2011). Les alertes sur le ginkgo reposent surtout sur des cas rapportés de saignements, souvent chez des personnes prenant aussi d’autres traitements.
Étude : méta-analyse de Rahman et al., Thrombosis and Haemostasis, 2023.
Effectif : 8 études et 98 070 patients inclus dans l’analyse principale.
Résultat : l’association ISRS et anticoagulant oral était liée à un risque d’hémorragie majeure augmenté (rapport de risque de 1,35 ; intervalle de confiance à 95 % de 1,14 à 1,58), et de 1,47 avec les anticoagulants oraux directs.
Limite : études observationnelles, qui montrent une association et non une causalité stricte ; les patients sous antidépresseurs peuvent différer des autres sur d’autres facteurs de risque.
La conclusion raisonnable est donc la suivante : le risque hémorragique du ginkgo seul est probablement faible, mais il n’a pas été étudié de manière rigoureuse en association avec un ISRS, encore moins chez une personne qui prend aussi un anti-inflammatoire, de l’aspirine ou un anticoagulant. Dans ces situations de cumul, la précaution est de mise, en particulier avant une intervention chirurgicale ou des soins dentaires. Signalez toujours le ginkgo à votre médecin, à votre chirurgien et à votre dentiste.
Les autres compléments « qui fluidifient »
Le même raisonnement s’applique, avec un niveau de preuve encore plus théorique, à plusieurs produits courants : curcuma à forte concentration, ail en gélules, gingembre concentré, oméga-3 à haute dose, reine-des-prés ou saule (qui contiennent des dérivés salicylés proches de l’aspirine). Pris isolément et à des quantités alimentaires, ils ne posent pas de problème connu. Le sujet devient pertinent lorsqu’ils s’additionnent entre eux, à un ISRS, à un anti-inflammatoire, à l’aspirine ou à un anticoagulant. Les signes qui doivent faire consulter sont des bleus inhabituels, des saignements de nez ou des gencives répétés, des selles noires ou du sang dans les urines.
Les plantes sédatives
Valériane, passiflore, mélisse, houblon, eschscholtzia, aubépine : ces plantes sont utilisées pour l’anxiété et le sommeil. Elles ne posent pas, à notre connaissance, de problème d’interaction grave documenté avec les antidépresseurs. Leur effet apaisant peut toutefois s’additionner à celui d’antidépresseurs sédatifs (comme la mirtazapine, la miansérine, certains tricycliques), d’anxiolytiques, de somnifères ou de l’alcool, avec un risque de somnolence diurne, de chute chez les personnes âgées et de danger au volant. Une plante à part mérite d’être citée : le kava, qui a fait l’objet de restrictions en Europe en raison de cas d’atteintes hépatiques graves.
Pour une approche plus détaillée de ces plantes et de leurs données, voyez Valériane, passiflore, tilleul : les plantes du sommeil à la loupe.
Safran, rhodiola et autres plantes « de l’humeur »
Le safran a fait l’objet de plusieurs essais encourageants dans la dépression légère à modérée (voir Safran et dépression : ce que montrent les études). À ce jour, aucune interaction grave avec les antidépresseurs n’est solidement établie, mais les données de sécurité en association restent limitées, et le safran pourrait avoir une action sur les systèmes sérotoninergiques. La rhodiola, plante dite adaptogène, présente in vitro une activité inhibitrice sur les monoamine-oxydases, les enzymes ciblées par les antidépresseurs IMAO. La portée clinique de ces observations de laboratoire est inconnue.
Pour ces plantes, la bonne attitude n’est ni l’alarmisme ni la confiance aveugle. L’absence de signal ne vaut pas preuve d’innocuité : elle signifie souvent que la question n’a pas été étudiée. Comme pour le reste, on en parle avant.
Les huiles essentielles
Les huiles essentielles sont des concentrés très puissants. Certaines sont contre-indiquées chez les personnes épileptiques, la femme enceinte ou allaitante et l’enfant. Les données d’interaction avec les antidépresseurs sont quasi inexistantes, mais les antidépresseurs peuvent abaisser le seuil épileptogène, et certaines huiles riches en cétones (sauge officinale, hysope, romarin à camphre) aussi. L’usage interne d’huiles essentielles, en particulier, ne devrait jamais se faire sans conseil d’un pharmacien. L’usage par diffusion ou en olfaction est en général moins problématique, mais reste à signaler.
Médicaments dont l’efficacité peut être annulée
Dans la vie réelle, une personne sous antidépresseur prend souvent d’autres traitements. C’est souvent là que le millepertuis cause le plus de dégâts, parce qu’il fragilise des médicaments dont l’échec a des conséquences graves.
La contraception hormonale
C’est l’interaction qui concerne le plus de personnes. Dans un essai publié dans Clinical Pharmacology and Therapeutics en 2003, 12 femmes sous pilule œstroprogestative ont pris du millepertuis pendant deux cycles (Hall et al., 2003). La demi-vie de l’éthinylestradiol, l’œstrogène de la pilule, a été pratiquement divisée par deux (de 23,4 heures à 12,2 heures en moyenne), et des saignements intermenstruels sont survenus chez 7 femmes sur 12 pendant la prise de millepertuis, contre 2 sur 12 sans. Les auteurs recommandaient déjà d’ajouter une contraception mécanique, comme le préservatif.
Des grossesses non désirées ont été rapportées chez des femmes sous pilule prenant du millepertuis. Le même raisonnement s’applique aux implants, aux patchs, aux anneaux vaginaux et à certaines contraceptions d’urgence, qui reposent aussi sur des hormones métabolisées par le CYP3A4. Si vous prenez ou envisagez de prendre du millepertuis et utilisez une contraception hormonale, parlez-en à votre médecin, votre sage-femme ou votre pharmacien.
Les traitements où une baisse d’efficacité est grave
D’après la revue de Nicolussi et al. (2020) et les données recensées depuis les premières alertes, plusieurs catégories de médicaments sont particulièrement exposées :
- Les immunosuppresseurs (ciclosporine, tacrolimus), utilisés après une greffe : risque de rejet.
- Les anticoagulants de type antivitamine K (warfarine) et certains anticoagulants oraux directs : risque de caillot, d’embolie, d’accident vasculaire cérébral.
- Les traitements du VIH, notamment certains inhibiteurs de protéase : risque d’échec virologique et de résistance.
- La digoxine, utilisée dans certaines maladies cardiaques : risque de perte de contrôle du rythme cardiaque.
- Certains anticancéreux, dont de nombreuses thérapies ciblées orales métabolisées par le CYP3A4 : risque de perte d’efficacité.
- Certains antiépileptiques, statines, anxiolytiques et somnifères : efficacité réduite ou variable.
Le cas des personnes âgées
Les personnes âgées cumulent souvent plusieurs traitements : antidépresseur, anticoagulant ou aspirine, médicament cardiaque, somnifère. Elles sont aussi plus sensibles aux saignements, aux chutes et aux variations de concentration des médicaments. Chez elles, l’ajout d’une plante « pour le moral » ou « pour la mémoire » mérite une vérification systématique. Les aidants ont ici un rôle précieux : ce sont souvent eux qui voient les boîtes de compléments sur la table de la cuisine.
Ce qui est réellement documenté et ce qui relève de la précaution théorique
Sur internet, les mises en garde s’alignent souvent sans distinction, ce qui produit deux effets contraires : certaines personnes s’inquiètent de tout, d’autres finissent par ne plus rien prendre au sérieux. Voici une hiérarchie, construite à partir des études citées dans cet article. Elle ne remplace pas un avis individuel.
| Association | Mécanisme | Niveau de preuve | Attitude | |---|---|---|---| | Millepertuis et médicaments métabolisés par le CYP3A4 ou la P-glycoprotéine (contraception, immunosuppresseurs, anticoagulants, antirétroviraux, digoxine) | Induction enzymatique | Élevé : essais pharmacocinétiques chez l’humain, conséquences cliniques rapportées | Association à éviter sauf décision médicale explicite | | Millepertuis et antidépresseurs sérotoninergiques | Addition d’effets sérotoninergiques et induction enzymatique | Modéré : mécanisme établi, cas cliniques | Ne jamais associer sans avis médical | | ISRS et anti-inflammatoires, aspirine ou anticoagulants | Diminution de la fonction plaquettaire | Élevé : méta-analyses d’études observationnelles | Surveillance médicale, protection gastrique parfois proposée | | Griffonia, 5-HTP, tryptophane en complément, et antidépresseurs | Excès de sérotonine | Faible à modéré : pharmacologie directe, cas rapportés | Ne pas associer sans avis médical | | SAMe et antidépresseurs | Effet sur l’humeur, risque de virage maniaque | Faible : peu d’essais, effets indésirables mal décrits | Avis médical, prudence renforcée en cas de trouble bipolaire | | Ginkgo et ISRS | Cumul théorique du risque de saignement | Faible : pas d’effet net sur la coagulation en méta-analyse, cas rapportés | Signaler, prudence accrue si anticoagulant, AINS ou chirurgie | | Curcuma, ail, gingembre, oméga-3 à forte dose et ISRS | Cumul théorique du risque de saignement | Très faible, surtout théorique | Signaler, surtout en cas de cumul | | Plantes sédatives et antidépresseurs sédatifs | Addition de la somnolence | Faible, mais mécanisme cohérent | Prudence au volant, chez la personne âgée | | Safran, rhodiola et antidépresseurs | Données préliminaires ou in vitro | Très faible, données manquantes | En parler avant, absence de données ne signifie pas absence de risque |
Cette hiérarchie a une conséquence pratique : même quand le niveau de preuve est faible, la démarche reste la même. On ne s’auto-prescrit pas une association, on la discute. Ce qui change avec le niveau de preuve, c’est la fermeté de la réponse que vous obtiendrez du professionnel, pas la nécessité de la poser.
Comment en parler à son médecin et à son pharmacien
Beaucoup de personnes n’osent pas parler des plantes qu’elles prennent. Elles craignent d’être jugées, pensent que ce n’est « pas un vrai médicament » ou supposent que le médecin le sait déjà. Pourtant, c’est l’information la plus utile que vous puissiez donner pour votre sécurité.
Préparer l’échange
- Faites la liste complète de tout ce que vous prenez : médicaments sur ordonnance, médicaments en vente libre (anti-inflammatoires, antihistaminiques, sirops contre la toux, certains contenant du dextrométhorphane), compléments alimentaires, plantes en gélules, tisanes prises régulièrement, huiles essentielles, et même les produits pris « de temps en temps ».
- Photographiez les étiquettes : le nom commercial ne suffit pas, la composition exacte compte.
- Notez depuis quand vous prenez chaque produit, et ce qui vous a poussé à le prendre (sommeil, fatigue, moral, mémoire, douleurs).
- Signalez ce que vous avez arrêté récemment, en particulier le millepertuis.
Les bonnes questions à poser
- « Est-ce que ce produit peut interagir avec mon antidépresseur ou avec mes autres traitements ? »
- « Si je l’arrête, est-ce que cela change quelque chose pour mes autres médicaments ? »
- « Quels signes devraient m’alerter ? »
- « Existe-t-il une autre approche, sans risque d’interaction, pour la difficulté que je cherche à soulager ? »
Ne jamais arrêter ni modifier son antidépresseur seul
C’est le second message central de cet article. L’envie de remplacer un antidépresseur par une plante est compréhensible. Mais arrêter brutalement un antidépresseur expose à un syndrome d’arrêt (vertiges, sensations de décharges électriques, irritabilité, troubles du sommeil, symptômes pseudo-grippaux) et surtout à un risque de rechute de la dépression. Le passage d’un antidépresseur à un autre traitement, quel qu’il soit, nécessite souvent une diminution progressive et parfois une période de transition, que seul un médecin peut organiser.
Si vous souhaitez réduire ou arrêter votre traitement, dites-le ouvertement à votre médecin. C’est une demande légitime, qui peut être entendue et accompagnée. Ce qui est dangereux, ce n’est pas le souhait, c’est de le faire seul. Pour savoir vers qui se tourner, consultez Psychologue, psychiatre ou thérapeute : qui consulter pour une dépression.
Des pistes complémentaires sans risque d’interaction médicamenteuse
Si votre objectif est de soutenir votre traitement, il existe des approches dont l’intérêt est documenté et qui ne posent pas de problème d’interaction médicamenteuse. La psychothérapie, en particulier la thérapie cognitivo-comportementale, est recommandée dans la dépression, seule dans les formes légères ou associée aux antidépresseurs dans les formes plus marquées (voir TCC et dépression : la thérapie cognitivo-comportementale expliquée). L’activité physique adaptée a également fait l’objet de nombreux travaux (voir Exercice et dépression : bouger en douceur pour aller mieux). D’autres approches, comme la méditation de pleine conscience, sont présentées dans Approches naturelles complémentaires et dépression : ce qui peut aider.
Un psychologue peut vous aider à travailler sur ce qui vous pousse à chercher un « complément » : l’impression que le traitement ne suffit pas, la crainte des effets indésirables, le souhait de reprendre la main. Ces questions méritent un espace. Vous pouvez trouver un psychologue près de chez vous dans l’annuaire ViziWell.
FAQ : vos questions sur les interactions
Peut-on prendre du millepertuis avec un antidépresseur ?
Non, pas sans avis médical. Le millepertuis associe deux risques : une addition d’effets sérotoninergiques avec les antidépresseurs comme les ISRS ou les IRSNA, qui peut favoriser un syndrome sérotoninergique, et une induction enzymatique qui modifie l’élimination de nombreux autres médicaments (Nicolussi et al., 2020). Les notices des antidépresseurs et les autorités de santé déconseillent cette association. Si vous en prenez déjà, ne l’arrêtez pas non plus brutalement sans en parler, car l’arrêt peut lui aussi modifier les concentrations de vos autres traitements.
Quelles plantes sont dangereuses avec un traitement pour la dépression ?
Le millepertuis est la plante dont le risque est le mieux documenté. Le griffonia (5-HTP), les compléments de tryptophane et la SAMe posent un risque d’excès de sérotonine ou de virage de l’humeur, établi surtout par la pharmacologie et des cas rapportés. Le ginkgo et les compléments « fluidifiants » (curcuma concentré, ail, gingembre, oméga-3 à forte dose) posent une question théorique de saignement, surtout en cas de prise d’anti-inflammatoires ou d’anticoagulants. Les plantes sédatives peuvent accentuer la somnolence. Pour les autres, l’absence de données ne garantit pas l’absence de risque.
Qu’est-ce que le syndrome sérotoninergique et comment le reconnaître ?
C’est une réaction due à un excès d’activité de la sérotonine, le plus souvent provoquée par l’association de plusieurs substances sérotoninergiques. Il associe des troubles de l’état mental (agitation, confusion), des signes physiques (transpiration, cœur rapide, fièvre, diarrhée) et des signes musculaires (tremblements, secousses involontaires, raideur) (Boyer et Shannon, 2005). Les symptômes apparaissent généralement dans les heures qui suivent l’ajout d’une substance. En cas de fièvre, de confusion, de raideur ou de secousses musculaires, appelez immédiatement le 15 ou le 112.
Le millepertuis annule-t-il la pilule contraceptive ?
Il peut en réduire l’efficacité. Dans l’essai de Hall et al. (2003), le millepertuis a pratiquement divisé par deux la demi-vie de l’œstrogène de la pilule, et des saignements entre les règles sont survenus chez 7 femmes sur 12, contre 2 sur 12 sans millepertuis. Des grossesses non désirées ont été rapportées. Toutes les contraceptions hormonales peuvent être concernées. Si vous prenez du millepertuis, parlez-en à votre médecin, votre sage-femme ou votre pharmacien, qui vous indiquera la contraception adaptée.
Faut-il prévenir son médecin des compléments alimentaires que l’on prend ?
Oui, toujours, et aussi son pharmacien. Les compléments alimentaires et les plantes en vente libre peuvent interagir avec les médicaments, et ces interactions sont souvent invisibles jusqu’à ce qu’un problème survienne. Faites une liste complète, photographiez les étiquettes, et signalez aussi les produits que vous avez arrêtés récemment. Pensez à le dire à chaque prescripteur, y compris au dentiste et au chirurgien avant une intervention.
Peut-on remplacer son antidépresseur par une plante ?
Ce n’est pas une décision à prendre seul. Arrêter un antidépresseur brutalement expose à un syndrome d’arrêt et à un risque de rechute, et passer directement à une plante active sur la sérotonine peut, pendant la période de transition, cumuler les effets. Si vous souhaitez modifier votre traitement, parlez-en à votre médecin : un projet de diminution progressive peut être discuté et accompagné.
Ce qu’il faut retenir
Les plantes ne sont pas des produits neutres. C’est justement parce que certaines ont une activité réelle sur l’humeur ou sur l’organisme qu’elles peuvent interagir avec un antidépresseur ou avec d’autres traitements.
- Le millepertuis est le cas le plus solidement documenté : il accélère l’élimination de nombreux médicaments, dont la contraception hormonale, les anticoagulants et les traitements de greffe, et il additionne ses effets sérotoninergiques à ceux des antidépresseurs.
- Le griffonia, le 5-HTP, le tryptophane en complément et la SAMe posent un risque d’excès de sérotonine ou de virage de l’humeur, établi surtout par la pharmacologie et des cas rapportés.
- Le ginkgo et les compléments « fluidifiants » posent une question de saignement surtout théorique, qui devient sérieuse en cas de cumul avec un anti-inflammatoire, de l’aspirine ou un anticoagulant.
- Les signes du syndrome sérotoninergique (agitation, confusion, transpiration, fièvre, cœur rapide, tremblements, secousses musculaires, raideur) imposent d’appeler le 15 ou le 112.
- En cas de détresse ou d’idées suicidaires, le 3114 répond 24 heures sur 24.
- N’associez jamais une plante à un antidépresseur et n’arrêtez jamais un antidépresseur sans l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien.
Sources
- Markowitz JS, Donovan JL, DeVane CL, et al. Effect of St John’s wort on drug metabolism by induction of cytochrome P450 3A4 enzyme. JAMA. 2003;290(11):1500-1504. PMID : 13129991. DOI : 10.1001/jama.290.11.1500
- Nicolussi S, Drewe J, Butterweck V, Meyer zu Schwabedissen HE. Clinical relevance of St. John’s wort drug interactions revisited. British Journal of Pharmacology. 2020;177(6):1212-1226. PMID : 31742659. DOI : 10.1111/bph.14936
- Hall SD, Wang Z, Huang SM, et al. The interaction between St John’s wort and an oral contraceptive. Clinical Pharmacology and Therapeutics. 2003;74(6):525-535. PMID : 14663455. DOI : 10.1016/j.clpt.2003.08.009
- Will-Shahab L, Bauer S, Kunter U, et al. St John’s wort extract (Ze 117) does not alter the pharmacokinetics of a low-dose oral contraceptive. European Journal of Clinical Pharmacology. 2009;65(3):287-294. PMID : 19015839. DOI : 10.1007/s00228-008-0587-2
- Boyer EW, Shannon M. The serotonin syndrome. New England Journal of Medicine. 2005;352(11):1112-1120. PMID : 15784664. DOI : 10.1056/NEJMra041867
- Ng QX, Venkatanarayanan N, Ho CY. Clinical use of Hypericum perforatum (St John’s wort) in depression: a meta-analysis. Journal of Affective Disorders. 2017;210:211-221. PMID : 28064110. DOI : 10.1016/j.jad.2016.12.048
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