Femme assise la nuit au bord du lit, un pilulier et une notice de médicament en main, carnet de sommeil sur la table de nuit
Sommeil

Vous dormez mal depuis un nouveau traitement ? Les médicaments à suspecter

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Rédigé par la rédaction ViziWell avec assistance IA, sous la supervision éditoriale de Fabrice Wigishoff (hypnothérapeute). Sources scientifiques vérifiées (PMID/DOI) et listées en fin d'article. Notre méthodologie

🔎 Réponse en bref : plusieurs familles de médicaments peuvent provoquer ou aggraver une insomnie : les corticoïdes en comprimés, certains antidépresseurs dits activateurs, les bêtabloquants (qui freinent la mélatonine nocturne), les diurétiques pris tard, les décongestionnants oraux contre le rhume, les substituts nicotiniques, les hormones thyroïdiennes mal ajustées ou encore certains traitements de l’asthme, de Parkinson ou du TDAH. Pour savoir si c’est votre cas, notez pendant deux semaines vos horaires de prise et votre sommeil, puis montrez-les à votre médecin ou à votre pharmacien. Ne modifiez jamais seul un traitement, ni son heure de prise, et n’ajoutez pas de somnifère de vous-même : un arrêt brutal peut entraîner un sevrage, un rebond ou une décompensation de la maladie traitée.
Quand on dort mal, on soupçonne le stress, les écrans, le café de l’après-midi ou l’âge. On pense beaucoup plus rarement à la boîte de médicaments posée sur la table de nuit. Pourtant, de nombreux traitements pris pour tout autre chose que le sommeil agissent sur les mêmes circuits cérébraux que ceux qui règlent l’éveil et l’endormissement. Résultat : un endormissement qui traîne, des réveils à 3 heures, des rêves inhabituellement vifs ou des levers répétés pour uriner, sans que personne ne fasse le lien.

Cet article vous aide à reconnaître les médicaments le plus souvent en cause, à comprendre pourquoi ils perturbent le sommeil, et surtout à agir sans danger : préparer l’échange avec votre médecin ou votre pharmacien, poser les bonnes questions, et ne jamais arrêter ni décaler un traitement de votre propre chef. Il ne remplace pas un avis médical, il vous aide à le préparer.

Dormir mal depuis un nouveau traitement : un lien plus fréquent qu’on ne le croit

Le scénario est classique. Une cure de cortisone pour une bronchite qui traîne, un nouvel antidépresseur, un changement de traitement pour la tension, un rhume soigné avec un comprimé « jour et nuit », un patch nicotine pour le Mois sans tabac. Quelques jours plus tard, les nuits se dégradent. On met cela sur le compte de la maladie, de la fatigue, de l’inquiétude. Parfois, c’est juste. Parfois, le traitement y est pour beaucoup.

Les revues consacrées à l’insomnie d’origine médicamenteuse rappellent que l’insomnie et la somnolence figurent parmi les effets indésirables possibles de très nombreux médicaments, qu’ils agissent sur le cerveau (psychotropes) ou non. Elles soulignent aussi un point concret : ces effets sur le sommeil sont une cause fréquente d’arrêt du traitement par le patient lui-même, sans en parler à son médecin. C’est précisément ce qu’il faut éviter.

Trois situations doivent faire penser à un médicament :

  • les troubles du sommeil ont commencé, ou se sont nettement aggravés, dans les jours ou les semaines qui suivent l’introduction d’un traitement, une augmentation de dose ou un changement de molécule
  • ils sont plus marqués les jours de prise, ou se calment pendant une interruption prévue par le médecin
  • ils s’accompagnent de signes qui évoquent une stimulation : cœur qui bat vite, nervosité, sensation d’être « branché », bouffées de chaleur, envie fréquente d’uriner la nuit
À l’inverse, il est important de garder en tête que la maladie elle-même peut déranger le sommeil. Une dépression, une douleur chronique, une toux nocturne, un asthme mal contrôlé ou une hyperthyroïdie perturbent les nuits indépendamment de leur traitement. Faire la part des choses est le travail du médecin, et c’est pour cela que la démarche passe toujours par lui.

Comment un médicament peut dérégler le sommeil

Le sommeil repose sur un équilibre fin entre des systèmes d’éveil (noradrénaline, dopamine, histamine, sérotonine, acétylcholine, orexine) et des systèmes qui favorisent l’endormissement (GABA, adénosine, mélatonine sécrétée la nuit par la glande pinéale). Un médicament qui touche l’un de ces circuits peut décaler la balance. Les mécanismes en jeu sont assez variés.

La stimulation directe. Certains médicaments stimulent le système nerveux sympathique, celui de l’alerte et de l’adrénaline. C’est le cas des décongestionnants oraux comme la pseudoéphédrine, de certains bronchodilatateurs, des psychostimulants prescrits dans le TDAH, ou de la nicotine. L’effet ressemble à celui d’un café pris trop tard : le corps est fatigué, mais le cerveau ne lâche pas prise.

Le freinage de la mélatonine. La mélatonine est l’hormone qui signale au corps qu’il fait nuit. Sa sécrétion nocturne dépend notamment de récepteurs bêta-adrénergiques. Les bêtabloquants, qui bloquent ces récepteurs, réduisent la production nocturne de mélatonine. C’est l’une des explications avancées pour les insomnies rapportées sous ce traitement.

Le dérèglement de l’horloge et des hormones. Les corticoïdes imitent le cortisol, l’hormone qui monte naturellement en fin de nuit pour nous préparer au réveil. Pris en grande quantité ou le soir, ils envoient au cerveau un signal d’éveil à contretemps. Les hormones thyroïdiennes en excès accélèrent l’ensemble de l’organisme, cœur et cerveau compris.

Les effets sur les phases du sommeil. Plusieurs antidépresseurs modifient la proportion de sommeil paradoxal, la phase des rêves. Certains la réduisent, et l’arrêt brutal peut alors provoquer un « rebond » de rêves intenses. D’autres traitements, comme certains médicaments de la maladie de Parkinson ou de la maladie d’Alzheimer, peuvent rendre les rêves plus vifs ou favoriser les cauchemars.

Les causes indirectes. Un diurétique pris en fin de journée fait se lever la nuit. Un médicament qui fait prendre du poids peut favoriser des apnées du sommeil. Certains antidépresseurs peuvent déclencher ou aggraver des impatiences dans les jambes au coucher. Le sommeil est alors fragmenté sans que la molécule agisse directement sur l’éveil.

Le rebond à l’arrêt. Enfin, l’arrêt d’un somnifère, d’un anxiolytique de la famille des benzodiazépines ou de certains antidépresseurs peut, à lui seul, provoquer quelques nuits difficiles. Ce rebond est une raison de plus pour ne jamais interrompre un traitement brutalement et pour organiser toute diminution avec le prescripteur. Nous l’expliquons en détail dans notre article sur l’arrêt des somnifères et le cap du rebond.

Ce que montrent les études : dans une revue publiée en 2022 dans Sleep Medicine Clinics, Ann Van Gastel (Hôpital universitaire d’Anvers) rappelle que l’insomnie et la somnolence peuvent survenir avec de nombreux médicaments, psychotropes ou non, parce qu’ils interagissent avec les neurotransmetteurs et les récepteurs qui gouvernent la veille et le sommeil. Elle souligne que la relation entre maladie, traitement et sommeil est souvent circulaire, par exemple dans la douleur chronique, et que ces effets sur le sommeil peuvent conduire les patients à ne plus prendre leur traitement. Il s’agit d’une revue narrative, qui ne chiffre pas la fréquence par famille de médicaments.

Les principaux suspects en un coup d’œil

Le tableau ci-dessous résume les familles de médicaments le plus souvent associées à des troubles du sommeil. Il ne remplace pas la notice de votre traitement, ni l’avis de votre pharmacien, et il ne signifie pas que tous les médicaments d’une famille ont cet effet chez tout le monde.

Famille de médicamentsCe que l’on peut ressentirMécanisme principalQuestion à poser au médecin ou au pharmacien
Corticoïdes en comprimés (cortisone, prednisone, prednisolone)Endormissement difficile, réveils précoces, sensation d’énergie inhabituelle, parfois euphorie ou irritabilitéImitation du cortisol, hormone de l’éveilL’heure de prise est-elle la plus adaptée à mon sommeil ?
Antidépresseurs dits activateursInsomnie en début de traitement, agitation, rêves vifs, impatiences, grincement de dentsEffets sur la sérotonine et la noradrénaline, modification du sommeil paradoxalCe trouble du sommeil est-il attendu et transitoire, ou faut-il adapter quelque chose ?
BêtabloquantsRéveils nocturnes, sommeil plus léger, cauchemars chez certaines personnesBaisse de la sécrétion nocturne de mélatonineMon bêtabloquant est-il connu pour cet effet, existe-t-il une alternative adaptée à ma situation ?
DiurétiquesLevers nocturnes pour uriner, sommeil hachéÉlimination d’eau et de sel pendant la nuit si pris tardPuis-je le prendre à un autre moment de la journée ?
Décongestionnants oraux (pseudoéphédrine)Nervosité, cœur rapide, insomnieStimulation du système nerveux sympathiqueCe médicament est-il adapté à mon cas, quelles mesures sans médicament pour mon nez bouché ?
Substituts nicotiniques, surtout patch porté la nuitInsomnie, rêves inhabituelsNicotine stimulante, à laquelle s’ajoute le sevrage du tabacLe patch peut-il être retiré au coucher dans mon cas ?
Hormones thyroïdiennesInsomnie, palpitations, nervosité, chaleurDose devenue trop forte pour les besoins actuelsFaut-il contrôler ma TSH ?
Bronchodilatateurs, psychostimulants, certains traitements de Parkinson, d’Alzheimer ou de l’épilepsieInsomnie, rêves vifs, cauchemars ou au contraire somnolenceVariable selon la moléculeCet effet est-il décrit pour mon traitement, l’horaire de prise compte-t-il ?

Corticoïdes : la question de l’heure de prise

« Depuis que je suis sous cortisone, je ne dors plus. » C’est l’une des plaintes les plus fréquentes sur les forums de patients, et elle a une explication physiologique simple. Les corticoïdes, comme la prednisone ou la prednisolone, sont des dérivés du cortisol. Or le cortisol suit un rythme quotidien : il est bas en début de nuit, puis augmente en fin de nuit pour atteindre son maximum au réveil. C’est l’un des signaux qui nous sortent du sommeil. Un corticoïde présent en quantité importante dans le sang le soir revient à envoyer ce signal de réveil au mauvais moment.

Les troubles possibles sont variés : difficulté à s’endormir, réveil très tôt le matin avec l’impression d’être reposé alors que la nuit a été courte, agitation, pensées qui tournent, parfois une humeur inhabituellement haute, de l’irritabilité ou de l’anxiété. Ces effets dépendent beaucoup de la dose, de la durée du traitement et de la sensibilité de chacun. Une cure courte pour une bronchite ou une poussée d’allergie ne produit pas les mêmes effets qu’un traitement de plusieurs mois pour une maladie inflammatoire.

Ce que montrent les études : une cohorte française menée dans deux centres hospitaliers et publiée en 2007 dans le British Journal of Dermatology a suivi 80 patients débutant une corticothérapie orale prolongée à forte dose. Après trois mois de traitement, des troubles neuropsychiatriques (catégorie qui regroupe notamment les troubles du sommeil et de l’humeur) étaient apparus chez 52,5 % d’entre eux, et avaient nécessité une hospitalisation dans cinq cas. Ces chiffres concernent des traitements lourds et longs, pas les cures courtes, et ils ne permettent pas d’isoler la part propre de l’insomnie.

Ce que l’on peut discuter avec le médecin

Pour les corticoïdes en comprimés, les prescripteurs indiquent généralement une prise le matin, justement pour coller au rythme naturel du cortisol. Si votre ordonnance prévoit une prise le soir, ou plusieurs prises dans la journée, il y a souvent une raison médicale. Ne déplacez pas l’horaire de vous-même : posez simplement la question au médecin ou au pharmacien, qui vous dira si un ajustement est possible dans votre cas.

Surtout, n’arrêtez jamais brutalement un corticoïde pris depuis plusieurs semaines. Après un traitement prolongé, les glandes surrénales ont mis leur propre production de cortisol en veille. Un arrêt soudain peut provoquer une insuffisance surrénalienne aiguë, qui est une urgence, et peut aussi entraîner une rechute de la maladie traitée. La diminution se fait toujours par paliers, selon un schéma défini par le médecin.

Les corticoïdes inhalés (contre l’asthme) ou appliqués sur la peau passent beaucoup moins dans la circulation générale que les comprimés. Ils sont plus rarement en cause dans les troubles du sommeil, mais si vous avez un doute, signalez-le aussi.

Les signaux qui ne doivent pas attendre

Une excitation inhabituelle, un besoin de sommeil qui s’effondre sans fatigue, des idées qui s’accélèrent, une agitation, une confusion, des idées noires ou, à l’inverse, une humeur très basse sous corticoïdes doivent être signalés rapidement au prescripteur. Ce ne sont plus de simples troubles du sommeil.

Antidépresseurs : activateurs ou sédatifs, et le moment de la journée

C’est un paradoxe qui déroute beaucoup de patients : un traitement censé améliorer la dépression, dont les troubles du sommeil font partie, peut lui-même perturber les nuits au début. Tout dépend de la molécule, de la dose, de l’heure de prise et de la durée du traitement.

Schématiquement, on distingue deux profils. Les antidépresseurs dits activateurs, parmi lesquels la fluoxétine ou la venlafaxine, peuvent rendre le sommeil plus difficile, surtout pendant les premières semaines. Les antidépresseurs dits sédatifs, comme la mirtazapine, la trazodone ou la doxépine, améliorent souvent rapidement le sommeil, mais peuvent entraîner une somnolence excessive dans la journée sur le long terme.

Ce que montrent les études : dans une revue publiée en 2017 dans Current Psychiatry Reports, Adam Wichniak et ses collègues de l’Institut de psychiatrie et de neurologie de Varsovie concluent que les effets des antidépresseurs sur le sommeil dépendent non seulement de la molécule, mais aussi de la dose, de l’heure d’administration et de la durée du traitement. Ils rappellent que plusieurs antidépresseurs activateurs peuvent perturber le sommeil à court terme, et que certains antidépresseurs peuvent aggraver ou déclencher d’autres troubles : syndrome des jambes sans repos, bruxisme du sommeil, troubles du comportement en sommeil paradoxal, cauchemars, et apnées du sommeil favorisées par une prise de poids. Il s’agit d’une revue narrative, qui ne remplace pas l’avis du psychiatre ou du médecin sur un traitement donné.

Ce que cela veut dire pour vous

Si vous dormez moins bien depuis le début d’un antidépresseur, trois éléments peuvent être discutés avec le médecin : l’heure de prise (certains traitements activateurs sont plutôt pris le matin), l’évolution dans le temps (certains effets s’estompent après les premières semaines) et, si l’insomnie persiste, l’adaptation du traitement. C’est au médecin d’en décider.

N’arrêtez pas un antidépresseur de vous-même, même si vous dormez mal. Un arrêt brutal peut provoquer un syndrome d’arrêt (vertiges, sensations de décharges électriques, irritabilité, insomnie, rêves très intenses) et surtout exposer à une rechute de la dépression. Si le traitement vous pèse, dites-le : il existe presque toujours une marge d’ajustement.

Si les impatiences dans les jambes apparaissent au coucher, notre article sur les jambes sans repos et le bilan de ferritine vous aidera à préparer la consultation. Si ce sont des rêves pénibles qui reviennent, voyez les causes des cauchemars à répétition chez l’adulte.

Enfin, attention aux associations. Ajouter du millepertuis, du safran ou un complément « pour le moral et le sommeil » à un antidépresseur expose à des interactions, dont un syndrome sérotoninergique avec le millepertuis. Les détails sont dans notre article sur les plantes et compléments à ne pas associer aux antidépresseurs.

Si l’insomnie s’accompagne d’idées noires, d’une envie de mourir ou de vous faire du mal, ce n’est pas un simple effet indésirable : contactez sans attendre votre médecin, ou appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 heures sur 24. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112.

Cœur et tension : bêtabloquants et diurétiques

Les bêtabloquants et la mélatonine

Les bêtabloquants (aténolol, métoprolol, bisoprolol, propranolol, nébivolol et d’autres) sont prescrits contre l’hypertension, certaines maladies cardiaques, les migraines ou les tremblements. Parmi leurs effets indésirables possibles figurent des troubles du sommeil : réveils nocturnes, sommeil moins profond, et chez certaines personnes des rêves inhabituels ou des cauchemars.

L’explication la mieux documentée passe par la mélatonine. La glande pinéale libère cette hormone la nuit sous l’effet d’un signal nerveux qui active des récepteurs bêta-adrénergiques. En bloquant ces récepteurs, les bêtabloquants freinent la sécrétion nocturne de mélatonine.

Ce que montrent les études : un essai randomisé en double aveugle, mené par Frank Scheer et ses collègues au Brigham and Women’s Hospital de Boston et publié en 2012 dans la revue Sleep, a inclus 16 patients hypertendus traités par aténolol ou métoprolol. Pendant trois semaines, la moitié a reçu de la mélatonine chaque soir, l’autre moitié un comprimé sans principe actif. Mesuré en laboratoire par polysomnographie, le temps de sommeil total a augmenté de 36 minutes de plus dans le groupe mélatonine que dans le groupe témoin, l’efficacité du sommeil de 7,6 points, et le délai d’endormissement a diminué de 14 minutes, sans effet de rebond à l’arrêt. L’étude est très petite, ne porte que sur deux bêtabloquants, et ne constitue pas une recommandation d’automédication.
Cet essai confirme surtout un mécanisme. Il ne signifie pas qu’il faut prendre de la mélatonine de soi-même dès qu’on est sous bêtabloquant. La mélatonine est un produit actif, avec des interactions possibles (notamment avec certains anticoagulants, antidépresseurs ou somnifères), elle est déconseillée pendant la grossesse et l’allaitement, et la qualité des compléments vendus librement est variable. Si l’idée vous intéresse, parlez-en à votre médecin. Notre article sur la mélatonine et ce qu’on peut en attendre fait le point sur ses usages et ses limites.

Tous les bêtabloquants ne se ressemblent pas : certains passent plus facilement dans le cerveau que d’autres. Si vous dormez mal depuis que vous en prenez un, votre médecin peut évaluer si votre molécule est en cause et si une alternative est envisageable. N’arrêtez jamais un bêtabloquant brutalement : l’arrêt soudain peut provoquer un emballement du cœur, une poussée de tension, voire des douleurs thoraciques chez les personnes qui ont une maladie coronarienne.

Les diurétiques et les levers nocturnes

Les diurétiques font éliminer de l’eau et du sel par les urines. C’est leur rôle dans l’hypertension ou l’insuffisance cardiaque. Pris en fin d’après-midi ou le soir, ils peuvent faire se lever une, deux ou trois fois dans la nuit. Le sommeil n’est pas perturbé par la molécule elle-même, mais par la vessie.

Là encore, l’horaire de prise se discute avec le médecin ou le pharmacien, qui connaît les contraintes de votre traitement. Pour comprendre les autres causes possibles de ces levers, de la prostate au diabète en passant par l’apnée du sommeil, lisez notre article sur la nycturie et ce qui aide.

Rhume de novembre : décongestionnants et autres produits sans ordonnance

Novembre est la saison des rhumes, et des comprimés qui débouchent le nez. Beaucoup de ces médicaments contiennent de la pseudoéphédrine, un vasoconstricteur qui resserre les vaisseaux du nez. C’est aussi un stimulant du système nerveux sympathique, parent de l’adrénaline : il peut accélérer le cœur, rendre nerveux et empêcher de dormir.

Le cadre a changé en France. Depuis le 11 décembre 2024, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) impose une ordonnance pour tous les vasoconstricteurs oraux à base de pseudoéphédrine. Huit spécialités étaient concernées, dont des comprimés « jour et nuit ». L’ANSM justifie cette décision par des effets indésirables rares mais graves, dont l’infarctus du myocarde, l’accident vasculaire cérébral et des atteintes neurologiques (syndrome d’encéphalopathie postérieure réversible, syndrome de vasoconstriction cérébrale réversible), qui peuvent survenir sans facteur de risque, quels que soient la dose et la durée. L’agence maintient sa recommandation de ne pas utiliser ces médicaments pour soigner un rhume, affection bénigne qui disparaît généralement seule en une à deux semaines.

La fiche d’information destinée aux patients, publiée par l’ANSM en février 2025 et remise lors de la prescription ou de la délivrance, cite l’insomnie parmi les troubles psychiatriques possibles, aux côtés de l’anxiété, de l’agitation, des hallucinations et des symptômes maniaques. Si vous avez de l’hypertension, une maladie du cœur ou un antécédent d’accident vasculaire cérébral, signalez-le toujours avant tout traitement contre le rhume. La fiche rappelle aussi de ne pas associer ces comprimés à un autre vasoconstricteur, qu’il soit oral ou nasal, et de ne pas dépasser la durée de traitement indiquée.

Le bénéfice attendu est par ailleurs modeste. Une revue Cochrane publiée en 2016 par Laura Deckx et ses collègues (15 essais, 1 838 participants) conclut que des prises répétées de décongestionnant ont peut-être un petit effet sur la sensation de nez bouché chez l’adulte enrhumé, avec des preuves de faible qualité.

Que faire à la place ?

Pour passer la nuit avec un rhume, l’ANSM met en avant des mesures simples : humidifier l’intérieur du nez avec du sérum physiologique ou de l’eau de mer en spray, bien s’hydrater, dormir la tête surélevée, garder une chambre fraîche et l’aérer régulièrement. Notre article pour dormir avec le nez bouché détaille ces gestes et explique pourquoi le nez se bouche davantage en position couchée.

Si un médicament contenant de la pseudoéphédrine vous a été prescrit et que vous ressentez des palpitations, une douleur dans la poitrine, un mal de tête brutal et intense, des troubles de la vue ou un malaise, arrêtez ce médicament et appelez immédiatement le 15. Ce sont des situations d’urgence.

D’autres produits disponibles sans ordonnance peuvent jouer sur le sommeil : certains médicaments contre la douleur associés à de la caféine, ou des compléments « énergie » à base de guarana. Pensez à les mentionner à votre pharmacien, au même titre que vos médicaments prescrits. Pour la caféine elle-même, notre article sur le café de l’après-midi montre qu’elle peut écourter le sommeil même quand on a l’impression de bien dormir.

Mois sans tabac : patchs nicotine, rêves intenses et réveils

Novembre, c’est aussi le Mois sans tabac. Les substituts nicotiniques (patchs, gommes, pastilles, sprays, inhaleurs) ont fait la preuve de leur intérêt pour arrêter de fumer et restent un outil précieux. Mais la nicotine est un stimulant, et un patch porté 24 heures sur 24 en délivre aussi pendant la nuit.

Ce que montrent les études : une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2010 dans Tobacco Induced Diseases par Edward Mills (Université d’Ottawa) et ses collègues a regroupé 92 essais randomisés (32 185 participants) comparant les substituts nicotiniques à un produit inactif, ainsi que 28 études observationnelles. Toutes formes confondues, les substituts nicotiniques augmentaient le risque d’insomnie (rapport de cotes 1,42, intervalle de confiance à 95 % de 1,21 à 1,66), comme celui de palpitations ou de troubles digestifs. L’analyse ne distingue pas finement les patchs portés 16 heures de ceux portés 24 heures. Les auteurs ne retrouvaient pas d’augmentation de l’anxiété ni des symptômes dépressifs.
Concrètement, une insomnie ou des rêves inhabituellement vifs en début de sevrage peuvent venir de deux sources qui s’additionnent : la nicotine du patch la nuit, et le sevrage du tabac lui-même, qui perturbe souvent le sommeil pendant les premières semaines. Les deux se distinguent mal, d’où l’intérêt d’en parler.

Il existe des patchs conçus pour être portés 16 heures, retirés au coucher, et des patchs 24 heures. Lorsqu’un patch 24 heures gêne le sommeil, retirer le patch le soir est une piste fréquemment proposée, mais elle doit être discutée avec un professionnel (médecin, pharmacien, tabacologue, sage-femme) : certaines personnes ont des envies de fumer très fortes au réveil, et la stratégie de substitution doit rester suffisante pour ne pas rechuter. Ne réduisez pas votre substitution de vous-même si vous craignez de reprendre la cigarette.

Pour un accompagnement gratuit, Tabac Info Service répond au 39 89. Si vous cherchez un soutien complémentaire pour tenir votre décision, notre article sur l’hypnose dans l’arrêt du tabac présente ce qu’on peut en attendre.

Thyroïde, asthme, Parkinson et autres traitements à connaître

Les hormones thyroïdiennes

La lévothyroxine, prescrite en cas d’hypothyroïdie, remplace une hormone qui règle le rythme de l’organisme. Quand la dose est bien ajustée, elle ne perturbe pas le sommeil. Quand elle devient trop forte par rapport aux besoins (après une perte de poids, un changement de marque, une interaction avec un autre médicament, ou simplement parce que les besoins évoluent), elle peut provoquer des signes d’hyperthyroïdie : insomnie, palpitations, nervosité, tremblements, sensation de chaleur, perte de poids. Une prise de sang (dosage de la TSH) permet souvent de trancher. N’ajustez jamais la dose vous-même. Pour mieux comprendre les liens entre thyroïde et fatigue, voyez notre article sur la thyroïde, le cortisol et la fatigue qui dure.

Les traitements de l’asthme et des bronches

Certains bronchodilatateurs ont un effet stimulant et peuvent donner des tremblements, des palpitations ou de l’agitation, surtout s’ils sont utilisés souvent ou en grande quantité. Mais un asthme mal contrôlé la nuit perturbe lui aussi fortement le sommeil. Si vous utilisez souvent votre traitement de secours la nuit, c’est un signe que l’asthme est mal équilibré : parlez-en à votre médecin plutôt que de réduire votre traitement.

Parkinson, Alzheimer, épilepsie

Les traitements de la maladie de Parkinson peuvent, selon les molécules et les personnes, favoriser des rêves très vifs, des cauchemars, ou au contraire des accès de somnolence dans la journée. Certains médicaments de la maladie d’Alzheimer sont associés à des rêves intenses ou des cauchemars, et l’heure de prise peut compter. Certains antiépileptiques peuvent troubler le sommeil, d’autres le rendent plus lourd. Dans tous ces cas, la marge d’ajustement existe, mais elle relève du neurologue ou du médecin traitant. L’arrêt brutal d’un antiépileptique peut déclencher des crises : c’est l’exemple type du traitement à ne jamais interrompre seul.

TDAH et autres stimulants

Les psychostimulants prescrits dans le trouble du déficit de l’attention, chez l’enfant comme chez l’adulte, peuvent retarder l’endormissement, surtout lorsque la dernière prise est tardive ou que la forme utilisée agit longtemps. Le schéma de prise est défini par le médecin, qui peut l’adapter si le sommeil en pâtit. Certains médicaments utilisés dans l’arrêt du tabac ou la dépression, comme le bupropion, peuvent aussi être en cause.

Et les autres ?

Bien d’autres traitements ont été associés, de façon plus ou moins solide, à des troubles du sommeil. La liste complète est impossible à dresser ici, et c’est justement le rôle de la notice et du pharmacien. Le réflexe à retenir : lire la rubrique « effets indésirables » de la notice de chacun de vos médicaments, et chercher les mots insomnie, troubles du sommeil, cauchemars, rêves anormaux, nervosité ou agitation.

Personnes âgées et traitements multiples : un risque qui s’additionne

Après 65 ans, il est fréquent de prendre plusieurs médicaments différents chaque jour. Chacun peut avoir un petit effet sur le sommeil, et ces effets s’additionnent. Le métabolisme ralentit aussi avec l’âge : un médicament s’élimine plus lentement, et un effet discret à 50 ans peut devenir gênant des années plus tard.

Deux pièges guettent particulièrement les personnes âgées et leurs aidants :

  • La cascade de prescriptions : un médicament perturbe le sommeil, on ajoute un somnifère pour compenser, le somnifère provoque une somnolence ou des chutes, et ainsi de suite. Mieux vaut remonter à la source.
  • Les produits « pour dormir » en vente libre : certains contiennent des antihistaminiques sédatifs, qui peuvent provoquer confusion, constipation, rétention urinaire ou chutes chez la personne âgée. La recommandation européenne sur l’insomnie de 2023 ne recommande d’ailleurs pas les antihistaminiques pour traiter l’insomnie.
Une somnolence marquée dans la journée, une confusion nouvelle, des chutes la nuit ou des troubles de l’équilibre chez une personne âgée doivent conduire à demander au médecin traitant un bilan complet des traitements. Le pharmacien peut aussi proposer un bilan partagé de médication pour les patients âgés qui prennent plusieurs médicaments au long cours : renseignez-vous auprès de votre officine.

Repérer le lien : la liste des traitements et l’agenda du sommeil

La meilleure façon d’aider votre médecin à faire le lien, c’est de lui apporter des faits plutôt que des impressions. Deux outils suffisent, et ils ne demandent qu’un peu de régularité.

Étape 1 : la liste complète de ce que vous prenez

Écrivez sur une feuille, ou dans les notes de votre téléphone :

  • chaque médicament prescrit, avec l’heure à laquelle vous le prenez réellement (pas seulement celle de l’ordonnance)
  • la date de début, et la date des derniers changements de dose ou de molécule
  • les médicaments achetés sans ordonnance, même occasionnels : contre le rhume, la douleur, l’allergie, les brûlures d’estomac
  • les compléments alimentaires, plantes, huiles essentielles, tisanes « sommeil » ou « énergie »
  • les produits utilisés pour l’arrêt du tabac
  • votre consommation de café, thé, sodas, boissons énergisantes et alcool
Cette liste sert aussi à repérer les interactions. Beaucoup de plantes, du millepertuis au pamplemousse, modifient l’effet des médicaments. Notre article sur les plantes qui peuvent modifier l’effet de vos médicaments vous aidera à identifier celles à signaler.

Étape 2 : l’agenda du sommeil sur deux semaines

Chaque matin, notez en deux minutes :

  • l’heure du coucher et l’heure à laquelle vous pensez vous être endormi
  • le nombre et la durée approximative des réveils nocturnes
  • l’heure du réveil final et l’heure du lever
  • la qualité ressentie de la nuit, sur une échelle de 1 à 5
  • la présence de rêves inhabituels, de cauchemars, de levers pour uriner, de jambes agitées
  • les heures de prise de vos médicaments ce jour-là, et tout ce qui sort de l’ordinaire (oubli, prise décalée, médicament ponctuel)
Au bout de deux semaines, des tendances apparaissent souvent : les nuits sont plus mauvaises les jours où la cortisone a été prise plus tard, les réveils pour uriner suivent le diurétique du soir, les cauchemars ont commencé avec le nouveau traitement. La recommandation européenne sur l’insomnie de 2023 cite d’ailleurs l’agenda du sommeil parmi les outils du diagnostic, avec l’entretien qui doit explorer les antécédents médicaux et les traitements. Notre article sur l’agenda du sommeil et la polysomnographie propose un modèle et explique comment le remplir.

DateMédicaments et heure de priseCoucherEndormissement estiméRéveils (nombre, durée)LeverQualité (1 à 5)Remarques
LundiExemple : traitement A à 8 h, traitement B à 20 h23 h0 h 152 réveils, 40 min7 h2Cauchemar, lever pour uriner
Mardi
Mercredi

Étape 3 : la relecture de la notice

Pour chaque médicament de la liste, cherchez dans la notice la rubrique des effets indésirables. Surlignez ce qui concerne le sommeil, l’humeur, la nervosité ou les rêves. Ce n’est pas pour vous autodiagnostiquer, mais pour arriver en consultation avec une piste précise.

Ce qu’on peut ajuster avec le médecin ou le pharmacien

Une fois le lien suspecté, plusieurs options existent, et aucune ne se décide seul. Selon le traitement et votre situation, le médecin peut envisager :

  • de modifier l’heure de prise, quand le traitement le permet : passer au matin un médicament stimulant, avancer en début d’après-midi un diurétique, changer le moment d’un traitement qui donne des cauchemars
  • d’attendre quelques semaines, quand l’effet est connu pour s’atténuer, avec un point de suivi programmé
  • d’ajuster la dose, à la hausse ou à la baisse, ou de contrôler une prise de sang (par exemple la TSH pour la thyroïde)
  • de changer de molécule au sein de la même famille ou pour une autre famille, avec un schéma de transition
  • de réévaluer l’ensemble de l’ordonnance, surtout après 65 ans ou en cas de traitements nombreux
  • de traiter un trouble associé révélé par le bilan : apnées du sommeil, jambes sans repos, reflux, douleur nocturne

Les questions à poser, à recopier telles quelles

  • « Je dors moins bien depuis le début de ce traitement. Est-ce un effet connu ? »
  • « Est-ce que l’heure à laquelle je le prends peut jouer ? Puis-je la changer, et comment ? »
  • « Cet effet est-il censé passer avec le temps, et au bout de combien de temps faut-il en reparler ? »
  • « Existe-t-il une alternative qui toucherait moins le sommeil dans ma situation ? »
  • « Y a-t-il une interaction entre mes médicaments, mes compléments et ce que je prends sans ordonnance ? »
  • « Puis-je prendre quelque chose pour dormir en attendant, ou vaut-il mieux l’éviter ? »
  • « Quels signes doivent me faire rappeler rapidement ? »
Le pharmacien est un interlocuteur précieux, souvent plus facile à joindre que le médecin. Il a une vue d’ensemble de ce que vous achetez, connaît les interactions, et peut vous dire si un effet est fréquent avec votre traitement. Il vous orientera vers le médecin si un changement de prescription est nécessaire.

Ce qu’il ne faut pas faire

N’arrêtez jamais seul un traitement prescrit. C’est la règle la plus importante de cet article. Les conséquences d’un arrêt brutal dépendent du médicament, et certaines sont graves :

  • corticoïdes pris depuis plusieurs semaines : risque d’insuffisance surrénalienne aiguë et de rechute de la maladie
  • antidépresseurs : syndrome d’arrêt et risque de rechute dépressive
  • bêtabloquants : emballement du cœur, poussée de tension, douleurs thoraciques
  • antiépileptiques : risque de crises
  • somnifères et anxiolytiques de la famille des benzodiazépines : insomnie de rebond, anxiété, et parfois des symptômes de sevrage plus sérieux
  • hormones thyroïdiennes, traitements de Parkinson, traitements du cœur : décompensation de la maladie traitée
Ne décalez pas l’heure de prise de vous-même. Un horaire peut sembler anodin, mais il a parfois une raison : l’efficacité sur 24 heures, une interaction avec un repas ou un autre médicament, la protection contre un pic de tension matinal. Le changement se discute, il ne s’improvise pas.

N’ajoutez pas de somnifère en automédication. Un produit pour dormir pris « pour compenser » ajoute un médicament à une liste déjà longue, avec ses propres effets indésirables : somnolence le lendemain, chutes, troubles de la mémoire, dépendance. Notre article sur les somnifères et la différence entre être sédaté et dormir explique pourquoi ils ne règlent pas le problème de fond. La recommandation européenne de 2023 ne recommande pas non plus les antihistaminiques, la mélatonine à libération immédiate ni les produits de phytothérapie pour traiter l’insomnie.

Méfiez-vous des plantes et compléments « pour dormir ». Ils ne sont pas anodins quand on prend déjà un traitement. Certains renforcent l’effet sédatif d’autres médicaments, d’autres modifient leur élimination par le foie. Le millepertuis, par exemple, diminue l’efficacité de nombreux médicaments, dont certains anticoagulants, contraceptifs et immunosuppresseurs, et s’associe dangereusement aux antidépresseurs. Demandez toujours l’avis de votre pharmacien.

Ne changez pas de marque, de forme ou de dosage sans le signaler. Passer d’une forme à libération prolongée à une forme classique, ou d’un patch à un autre, peut modifier l’effet nocturne.

Si l’insomnie persiste : la TCC-I comme traitement de référence

Parfois, le lien avec un médicament est confirmé et l’ajustement règle le problème en quelques semaines. Parfois, l’insomnie s’est installée et continue même après le changement : de mauvaises habitudes se sont créées, l’anxiété de ne pas dormir entretient l’éveil, le lit est devenu un lieu de lutte. On parle alors d’insomnie chronique, lorsque les difficultés reviennent plusieurs nuits par semaine et durent depuis des mois.

Ce que montrent les études : la recommandation européenne sur l’insomnie, mise à jour en 2023 par Dieter Riemann (Université de Fribourg-en-Brisgau) et un groupe d’experts de la Société européenne de recherche sur le sommeil, recommande la thérapie cognitive et comportementale de l’insomnie (TCC-I) comme traitement de première intention de l’insomnie chronique chez l’adulte de tout âge, y compris en présence d’autres maladies, en présentiel ou sous forme numérique. Les médicaments ne sont proposés qu’en second recours, pour une durée courte et après une évaluation des bénéfices et des risques.
La TCC-I combine plusieurs techniques : régularité des horaires, restriction du temps passé au lit, contrôle du stimulus (ne rester au lit que pour dormir), travail sur les pensées qui entretiennent l’éveil, et relaxation. Elle ne demande pas d’arrêter vos traitements et peut être menée en parallèle. Notre article sur la TCC-I, thérapie de référence de l’insomnie chronique détaille ses étapes, et un autre présente la restriction du temps passé au lit, l’une de ses composantes les plus efficaces.

Le soutien complémentaire

Des approches complémentaires peuvent aider à retrouver un apaisement le soir, à condition de ne jamais remplacer le suivi médical ni l’ajustement du traitement. La sophrologie, par exemple, propose des exercices de respiration et de relâchement musculaire que l’on peut pratiquer seul au coucher. Elle peut être utile pour calmer l’hypervigilance qui s’installe après plusieurs semaines de mauvaises nuits. Notre article sur les exercices de sophrologie du soir décrit ce qu’elle apporte et ce qu’elle ne remplace pas. Si l’insomnie s’inscrit dans un contexte dépressif, notre article sur l’insomnie et la déprime explique comment les deux s’entretiennent.

Quand consulter

Prenez rendez-vous avec votre médecin traitant, ou demandez conseil à votre pharmacien, si :

  • votre sommeil s’est dégradé dans les semaines suivant un nouveau traitement ou un changement de dose
  • vous avez envie d’arrêter un traitement parce qu’il vous empêche de dormir
  • vous dormez mal depuis des semaines sans amélioration, quel que soit votre traitement
  • vous êtes somnolent dans la journée au point d’avoir du mal à conduire ou à travailler
  • une personne âgée de votre entourage a des chutes nocturnes, une confusion nouvelle ou une somnolence inhabituelle
  • vous avez un ronflement fort, des pauses respiratoires observées par votre entourage, ou des jambes agitées au coucher
Contactez rapidement votre médecin, le jour même si possible, en cas de :

  • confusion, agitation, hallucinations ou comportement inhabituel après un nouveau traitement
  • excitation, euphorie ou besoin de sommeil très diminué sous corticoïdes
  • palpitations persistantes, tremblements importants ou forte nervosité sous hormones thyroïdiennes
Appelez le 15 (ou le 112) sans attendre en cas de douleur dans la poitrine, de palpitations avec malaise, de mal de tête brutal et intense, de troubles de la vue, de faiblesse d’un côté du corps, de difficultés à parler, de convulsions, ou de toute situation qui vous semble grave, en particulier après un décongestionnant.

Appelez le 3114 si des idées noires, une envie de mourir ou de vous faire du mal apparaissent, quel que soit le traitement en cours. Ce numéro national de prévention du suicide est gratuit, joignable 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, pour vous comme pour un proche inquiet.

Pour un rappel général sur les différents troubles du sommeil qui peuvent se cacher derrière une « insomnie », voyez aussi notre article sur les troubles du sommeil à reconnaître.

FAQ

Quels médicaments peuvent empêcher de dormir ?

Les familles le plus souvent en cause sont les corticoïdes en comprimés, certains antidépresseurs dits activateurs, les bêtabloquants, les diurétiques pris en fin de journée, les décongestionnants oraux à base de pseudoéphédrine, les substituts nicotiniques, les hormones thyroïdiennes lorsque la dose est trop forte, certains bronchodilatateurs, les psychostimulants et certains traitements de Parkinson, d’Alzheimer ou de l’épilepsie. Tous les médicaments d’une famille n’ont pas cet effet, et tout le monde n’y est pas sensible. La notice et le pharmacien restent les meilleures références pour votre traitement précis.

La cortisone empêche-t-elle de dormir, et à quelle heure la prendre ?

Oui, la cortisone et ses dérivés peuvent retarder l’endormissement et avancer le réveil, car ils imitent le cortisol, une hormone d’éveil. Les prescripteurs indiquent généralement une prise le matin pour respecter le rythme naturel du cortisol, mais c’est votre ordonnance qui fait foi. Si vous la prenez le soir et que vous dormez mal, demandez au médecin ou au pharmacien si l’horaire peut être changé. Ne l’arrêtez jamais brutalement après plusieurs semaines de traitement.

Mon antidépresseur peut-il être la cause de mon insomnie ?

C’est possible, surtout en début de traitement avec un antidépresseur dit activateur. L’effet dépend de la molécule, de la dose, de l’heure de prise et de la durée. Il s’atténue parfois après quelques semaines. Parlez-en au médecin, qui peut adapter l’horaire, la dose ou la molécule. N’arrêtez pas seul : l’arrêt brutal expose à un syndrome d’arrêt et à une rechute. Si des idées noires apparaissent, appelez le 3114.

Les bêtabloquants donnent-ils des insomnies ou des cauchemars ?

Chez certaines personnes, oui. Les bêtabloquants freinent la sécrétion nocturne de mélatonine, ce qui peut expliquer des réveils nocturnes, et des rêves inhabituels ou des cauchemars sont décrits avec certaines molécules. Un petit essai a montré qu’un apport de mélatonine améliorait le sommeil de patients sous bêtabloquants, mais cela ne justifie pas d’en prendre sans avis médical. Le médecin peut évaluer si une autre molécule conviendrait mieux. Ne l’arrêtez jamais brutalement.

Le patch nicotine empêche-t-il de dormir ?

Il peut y contribuer. Une méta-analyse de 92 essais a montré une augmentation du risque d’insomnie sous substituts nicotiniques, et le sevrage du tabac perturbe lui-même le sommeil au début. Lorsqu’un patch 24 heures gêne les nuits, le retirer au coucher ou passer à un patch 16 heures est une piste à discuter avec votre médecin, votre pharmacien ou Tabac Info Service (39 89), pour ne pas fragiliser votre arrêt.

Peut-on prendre un somnifère pour compenser ?

Pas de vous-même. Ajouter un somnifère ou un produit en vente libre contenant un antihistaminique crée de nouveaux risques (somnolence le lendemain, chutes, interactions, dépendance) sans traiter la cause. La bonne démarche consiste à identifier le médicament en cause avec votre médecin, à ajuster ce qui peut l’être, et si l’insomnie persiste, à envisager la TCC-I, traitement de référence de l’insomnie chronique.

Trouver un sophrologue près de chez vous

Pendant que vous ajustez votre traitement avec votre médecin, un accompagnement en sophrologie peut vous aider à apaiser le moment du coucher et à relâcher la tension accumulée après des semaines de nuits difficiles. Ce soutien vient en complément du suivi médical, jamais à sa place : signalez toujours au sophrologue les traitements que vous prenez. Consultez notre annuaire des sophrologues pour trouver un praticien près de chez vous.

Sources

  1. Van Gastel A. Drug-Induced Insomnia and Excessive Sleepiness. Sleep Medicine Clinics. 2022. PMID : 36150808. DOI : 10.1016/j.jsmc.2022.06.011
  2. Scheer FA, Morris CJ, Garcia JI, Smales C, et al. Repeated melatonin supplementation improves sleep in hypertensive patients treated with beta-blockers: a randomized controlled trial. Sleep. 2012. PMID : 23024438. DOI : 10.5665/sleep.2122
  3. Wichniak A, Wierzbicka A, Walęcka M, Jernajczyk W. Effects of Antidepressants on Sleep. Current Psychiatry Reports. 2017. PMID : 28791566. DOI : 10.1007/s11920-017-0816-4
  4. Riemann D, Espie CA, Altena E, Arnardottir ES, et al. The European Insomnia Guideline: An update on the diagnosis and treatment of insomnia 2023. Journal of Sleep Research. 2023. PMID : 38016484. DOI : 10.1111/jsr.14035
  5. Mills EJ, Wu P, Lockhart I, Wilson K, et al. Adverse events associated with nicotine replacement therapy (NRT) for smoking cessation. A systematic review and meta-analysis of one hundred and twenty studies involving 177,390 individuals. Tobacco Induced Diseases. 2010. PMID : 20626883. DOI : 10.1186/1617-9625-8-8
  6. Fardet L, Flahault A, Kettaneh A, Tiev KP, et al. Corticosteroid-induced clinical adverse events: frequency, risk factors and patient’s opinion. British Journal of Dermatology. 2007. PMID : 17501951. DOI : 10.1111/j.1365-2133.2007.07950.x
  7. Deckx L, et al. Nasal decongestants in monotherapy for the common cold. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2016. PMID : 27748955. DOI : 10.1002/14651858.CD009612.pub2
  8. ANSM. En cas de rhume, évitez les médicaments vasoconstricteurs par voie orale. ansm.sante.fr, publié le 22 octobre 2023, mis à jour le 10 décembre 2024.
  9. ANSM. Rhume : ordonnance obligatoire pour toute dispensation de médicament à base de pseudoéphédrine. ansm.sante.fr, publié le 10 décembre 2024.
  10. ANSM. Médicaments vasoconstricteurs à base de pseudoéphédrine : fiche d’information destinée aux patients. ansm.sante.fr, février 2025.
⚕️ Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié.

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Cet article fait partie de notre dossier Sommeil.

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Articles similaires

FW

Fabrice Wigishoff

Fondateur de ViziWell · Supervision éditoriale

Triple master en hypnose thérapeutique, 30 ans d'expérience en hypnothérapie et coaching. Spécialiste de l'arrêt du tabac, gestion du stress et préparation mentale. Passionné de neurosciences, Fabrice décrypte les études cliniques mondiales pour rendre les thérapies complémentaires accessibles à tous.

En savoir plus →

Auteurs des sources scientifiques

AW

Adam Wichniak

Psychiatre, chercheur — Third Department of Psychiatry, Institute of Psychiatry and Neurology, Varsovie, Pologne

Psychiatre et spécialiste du sommeil, auteur de travaux sur les effets des antidépresseurs sur le sommeil.

DR

Dieter Riemann

Professeur de psychologie clinique — University of Freiburg, Department of Psychiatry and Psychotherapy

EM

Edward J. Mills

Épidémiologiste — Faculty of Health Sciences, University of Ottawa, Canada

Épidémiologiste spécialisé dans les revues systématiques et méta-analyses, notamment sur les traitements d’aide à l’arrêt du tabac.

AG

Ann Van Gastel

Psychiatre, médecin du sommeil — Multidisciplinary Sleep Disorders Centre and University Department of Psychiatry, Antwerp University Hospital, et University of Antwerp (CAPRI), Belgique

Psychiatre spécialisée en médecine du sommeil, autrice de travaux sur les effets des médicaments sur la veille et le sommeil.

FS

Frank A. J. L. Scheer

PhD, Professeur de Médecine — Medical Chronobiology Program, Brigham and Women's Hospital / Harvard Medical School

Chronobiologiste étudiant l'influence de l'horloge circadienne et du comportement alimentaire sur le sommeil et la santé métabolique.